NOSTALGIA, le Blog qui fait oublier les tracas !

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Em Clemau sei Footzegge : Joonoua 2019

Liewe Noschtalchia lèsa, Ich glaab Ich honn mool widda de finga oufem rischdische lorh gehatt…

Wie Ich gesiin hohn wifiel geld die politsischdde odda déa Boxa wo uff se geschla hat (ma wäs jo nimmé wèa ouf wähne schladd !) mit sonna Intanetcagnot vedient honn, do honn Ich a moll widda E guddi Idé kritt.

In soome kommenda honn Ich E mool gesaat das ma so ebbes ah Fa E Noschdalschia Webmäschdda wo de gonze Daa fa nix schafft unn om monads änd kè geld mé hat wèhe seina klèni Téléflicka unn Kombiudda Schbétsialischt Penntsion..

Ei was mènnena donn, do hat unsa Schandall (das kennene na jo, das wo imma houddel hat mit sayna taschdadoua unn mit weaboung fa gewischt se vèaliere) also das Schandall hat’s gemarh unn voa fiatzén Daa so E Kaniott fa mich in’s Indanät gesétst.

Om Onfong hat alles geklappt unn es is E éaschdda virement vunn 0,14 € unn donn tzwaï onnere ingetzalt woa unn das ware donn schunn 0,87 € ingesoomt. Donn is awa E gonzi Wourrh nix mé koum unn do honn Ich gedenkt das die leid jo fa die Politsay unn dea Boxa intsaale unn das se jo nit soo viel geld honn fa jedem se gän sounsch dède se jo nit fa mé gäld manifeschdirre…

Doo wo Ich donn iwaèmohl onscht kritt honn das waa wie dea compte ins minus gong iss…

Ich honn do nit weschdonn was passiat iss, wayl Ich jétss dea indanet Bonk 9567 € schoulisch bin unn das geht imma weidda !

Was ma doo passiad iss, iss ounglaoublisch unn Ich froohe mich ob Ich ah nit onfonge soll uff E politsischt odda uff E gilet jaune tzuschloon soll das Ich widda flissisch were…

Jetz honnisch awa ongscht widda E doumhät se marhe wenn Ich uff de falsche schloon, also Schandall luh das de das kondo widda lèsche konnscht befoa de GouGouk koumt unn may Agadémigga ounifoam, may Noschdalschia Kombioudda unn may nayi télé holle koumt.

Ich veschpresche da das de nimools mé wéaboung fa absemarrere uf dayne Noschdalschia saydde krischt unn das day Minischdda loohn oufgebessat wèad soball Ich als Présidennt gewèhlt bin…

Oum Goddes wille, helf ma, Ich schwère da das Ich das nimmé marrhe !

Ich dèd a norh gèa E grosses Méassi soohn onn all die Schpènda wo om onfong geld guèn honn :

De  JLM 0,14 €, es Schandall 0,21 €, es Schosiann 0,12 €, es Franswaas 0,09 $, de Dschoo 0,11 $, de Ttirisdoa 0,07 € (unn E boukseknop), de Fronz 0,02 €, unn 2-3 wo anonym blaiwe wille unn nit gennänt wäre wolle (?).

Soo, das hédde ma hinna uns, schigge aych all, biss ball unn vegässe nit fa unsa Blog se wähle :

http://www.nadidom.be/pages/topsite/index.php

 

déprimé.jpg

Chers amis nostalgiaques, je crois que je me suis encore fourré dans une sacrée histoire…

Lorsque j’ai vu combien ont rapporté les cagnottes internet pour soutenir les policiers ou les boxeurs qui frappent ou encaissent (on ne sait plus qui frappe sur qui) des coups, j’ai eu, une fois de plus, une idée fumeuse…

J’avais demandé dans un commentaire aux lecteurs de Nostalgia de mettre en ligne une cagnotte au profit du Webmaster bénévole du Blog parce qu’il travaille gratos du matin au soir et à du mal à finir son mois avec sa petite retraite d’ancien réparateur télé et de spécialiste en informatique.

Eh bien figurez-vous que Chantal (vous la connaissez, c’est celle qui a toujours des problèmes avec son clavier et avec des publicités pour maigrir), eh ben la Chantal l’a fait et a mis en ligne il y a une quinzaine de jours une cagnotte à mon intention.

Au début, ça avait l'air de bien marcher et il y a eu un premier versement de 0,14 € suivi de deux autres qui ont fait grimper le montant à 0,87 €.

Ensuite, pendant une bonne semaine il n’y a plus eu de versements. Je me suis dit qu’il fallait patienter un peu car la plupart des gens ont continué à donner pour les œuvres de la police ou pour les boxeurs et qu’ils n’avaient forcément pas les moyens de donner à tout le monde sinon ils ne manifesteraient pas pour avoir plus d’argent.

Là où j’ai commencé à paniquer c’est lorsque le compte est tombé à zéro puis lorsqu’il est carrément devenu négatif…

Je ne comprends pas du tout ce qui s’est passé car actuellement je dois 9567 Euros à la banque qui a mis cette cagnotte en ligne et ça continue de grimper!

C’est tout de même incroyable ce qui vient de m’arriver et j’en suis à me demander si je ne dois pas commencer moi aussi à taper sur un flic ou sur un gilet jaune pour inverser le truc et remettre ma trésorerie à flot…

J’ai encore peur de faire une connerie en faisant le mauvais choix, aussi Chantal, annule ce compte avant que l’huissier vienne saisir mon uniforme d’académicien, mon ordinateur sponsorisé par Nostalgia et ma nouvelle télé!

Je te promets en contrepartie que tu n’auras plus jamais de publicités pour maigrir sur tes pages Nostalgia et que j’augmenterai ton indemnité de ministre dès que je serais élu Président de la république.

Au secours, ne me laisse pas tomber, c’est promis, je ne le ferai plus !

J'aimerai également dire un grand merci aux généreux donateurs du début :

JLM 0,14 €, Chantal 0,21 €, Josiane 0,12 €, Françoise 0,09 $, Joe 0,11 $, Thyristor 0,07 € (et un bouton de culotte), Fronz 0,02 €, et 2-3 anonymes qui ne veulent pas être nommés (?).

Voilà, ça c'est fait, soyez sages, à bientôt, et n’oubliez pas de voter pour notre Blog :

http://www.nadidom.be/pages/topsite/index.php

 

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22/01/2019
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J.L. Miksa : Mériter l'habit vert

Il était une fois un pays magique où tous les enfants pouvaient réaliser leurs rêves. Oui, tous leurs rêves. Ce pays s'appelait "Schoeneckaland" !

Tous les habitants étaient contents et vivaient en bonne harmonie. Il n'y avait pas de distinction entre les pauvres et les riches, car ils avaient choisi d'être l'un ou l'autre lorsqu'ils étaient enfants.

L'argent n'était d'ailleurs pas le point le plus important aux yeux de tous parce qu'ils étaient tout simplement heureux et n'en possédaient que pour ce dont ils jugeaient utile d'acheter.

La seule obligation que le roi de ce pays exigeait en contre partie de ce bonheur, était que chacun travaille pour le bien de la population.

Il y avait du travail pour tous les habitants. Une loi ordonnait de travailler cinq heures par jour deux jours par semaine pour les travailleurs des usines et pour les métiers qui demandaient une présence en continu, les équipes se relayaient pour que personne ne travaille plus que ce que dictait la loi.

Ceci fonctionnait très bien jusqu'à ce qu'un gamin se mette un jour à rêver de devenir Immortel.

- Quoi ? s'était écrié le roi. Devenir Immortel ? Mais ceci est hors de question !

Et aussitôt le petit rêveur fut sommé de venir s'expliquer chez le roi.

- Alors petit, demanda le roi, tu veux devenir Immortel ?

Oui, dit timidement le petit, dont le visage affichait une fierté non dissimulée.

Mais, mais mon petit, il n'y a pas d'Immortels au Schoeneckaland !

- Je sais !

Mais si tu le sais, pourquoi veux-tu en devenir un ? Cela est impossible !

- Ici rien n'est impossible mon roi, ne sommes-nous pas dans le pays où tous les rêves se réalisent ?

- Oui, nous y sommes, mais si tu as été réveillé, c'est que celui-là n'existe pas !

- Mais s'il n'existe pas, il faut l'inventer !

- Oh mais c'est facile à dire pour un enfant, mais dans la vraie vie ça ne se passe pas comme çà ! D'abord, qu'entends-tu exactement par "Immortel" ? Tu ne veux pas mourir un jour comme tout le monde ?

- Mais non mon roi, pas du tout, Immortel, c'est celui qui est reçu à l'Académie.

- Mais de quelle Académie me parles-tu ?

- Celle des Immortels.

Le roi s'est soudain tu. Manifestement il ne comprenait pas ce petit garçon et s'en trouvait fort gêné. Ne voulant pas perdre la face il renvoya le petit chez lui :

- Va, rentre chez toi, j'ai besoin de réfléchir.

Le petit rentra chez lui tandis que le roi fit venir à lui les penseurs du royaume.

Il n'hésita pas à leur parler du rêve étrange qu'avait fait un enfant et avoua qu'il n'avait rien compris à cette demande.

Les penseurs avaient beau chercher, ils ne voyaient pas non plus à quoi pouvait correspondre le fait d'être un Immortel.

Après de longues journées passées à consulter les livres anciens et les savants, force était de constater que personne ne savait ce qu'était un Immortel, autrement que quelqu'un qui ne meurt jamais, et tous savaient que cela n'existait pas.

Devant l'impuissance de son peuple à trouver une réponse, le roi eut l'idée de faire venir du "Parisaland" un pays lointain, un mage qui lui devrait sans aucun doute savoir ce qu'est un Immortel.

Après quelques jours arriva ce fameux mage qui fut reçu par le roi. Aussitôt le roi lui posa la question fatidique :

- Mon mage, as-tu déjà entendu parler d'un être Immortel ?

- Non roi, je n'ai jamais entendu parler d'un être Immortel, mais nous avons dans notre pays des Immortels !

- Mais comment cela est-il possible ? Vous n'en avez pas un mais plusieurs ?

- Ah, je vois, vous n'en avez pas ici !

- Non, nous n'en avons pas, c'est bien pour cela que je t'ai fait venir à moi, car un petit garçon à fait le rêve d'en devenir un.

Le mage se mit à rire si fort que le roi s'est levé de son trône et a ordonné le silence. Les soldats ont ceinturé le mage et ce dernier a fini par arrêter de rire. Il a levé la tête vers le roi et lui dit ;

- Pardonne moi roi du Schoeneckaland, je ne voulais pas vous offenser. Si la raison de ma venue est de vous apprendre ce qu'est un Immortel, je vais vous le dire.

Et le mage se mit à décrire avec maints détails ce qu'étaient des Immortels. Il dit qu'ils appartenaient à leur Académie, celle des Immortels, parce qu'ils y ont été élus. Il expliqua comment elle fut créée il y a fort longtemps par des hommes amoureux de la langue du Parisaland, à quoi consiste leur travail et qu'une fois qu'on y entre, on en sort plus !

Le roi fut effrayé par ces propos, le mage le rassura en ajoutant que c'était une image, que leur travail reste immortel, mais que leur personne meurt comme chacun d'entre nous.

Le roi qui était doté d'une intelligence remarquable, avait exigé tout savoir sur cette institution et une fois qu'il eut tout compris, il renvoya le mage et fit à nouveau venir à lui le petit enfant.

Ce dernier arriva tout aussi timidement que la première fois. Le roi lui posa une question :

- Veux-tu toujours devenir Immortel ?

- Oui mon roi, je le veux !

- Sais-tu au moins ce que veut dire "Immortel" ?

- Oui, c'est quelqu'un qui est habillé en vert… et qui porte l'épée !

- En effet et le bicorne aussi, et…

- C'est vrai j'allais l'oublier, il porte un joli bicorne sur la tête.

- Ne me coupe pas la parole s'il te plait…

- Pardon mon roi, mais… mais, mon rêve va-t-il se réaliser ?

- Je n'en suis vraiment pas si sûr, n'habites-tu pas un petit village avec un baraquement occupé par de nombreux étrangers ?

- Oui, mais pourquoi cette question ?

- Parce qu'un mage venu du Parisaland m'a expliqué ce qu'est le personnage de ton rêve, et je ne pense pas qu'un petit garçon comme toi peut devenir un Immortel, en sachant d'où tu viens.

- Mais ne sommes-nous pas au pays magique où tous les rêves se réalisent ?

A cette question le roi fut gêné et ne sachant quoi répondre et lui dit :

- Tout d'abord tu sais à peine lire et écrire ton nom, or pour devenir ce que tu veux, il te faut écrirrrre des livrrrrres, devenir célèbrrrre, après seulement on pourra en reparler.

- Mais j'écrirai des livres et je deviendrai célèbre,

- Il te faudra aussi entrer dans une Académie, l'Académie des Immortels !

- J'y entrerai mon roi, je n'en doute pas !

- Mais tu devras en connaitre au moins deux ou faire une lettre de candidature à son secrétaire perpétuel. Que tu rendes visite à tous les Immortels et qu'ensuite tu sois élu !

- Cela ne me fait pas peur, je ferai tout cela et je serai un Immortel !

Et en effet, le petit se mit à apprendre à lire, à écrire, il participa à des rencontres, des séminaires et devint célèbre.

Les habitants de Schoeneckaland n'en revenaient pas qu'un des leurs soit connu dans plusieurs pays, même dans le Parisaland !

Tous le soutenaient dans son ambition et le roi l'autorisa à quitter le pays pour Parisaland.

Quelques longues années plus tard le petit qui était devenu grand et bel homme est revenu dans son pays, le Schoeneckaland.

 

langues-hum.jpg 

Il était vêtu d'un costume vert, portait l'épée et le bicorne avec fierté. Tous l'accueillirent avec ferveur, le roi lui-même lui demanda de venir conter devant tous son aventure au Parisaland.

Il prit la parole :

Mes amis, j'ai écrit des dizaines et des dizaines de livres. J'ai été récompensé par le monde de la littérature et compté parmi mes nouveaux amis des Immortels.

Ils m'ont encouragé à poser ma candidature pour l'élection d'un siège abandonné par l'un des leurs qui venait de quitter ce monde.

J'ai eu le bonheur d'être élu au premier tour contre trois autres grands postulants du Parisaland. J'ai dû écrire un texte que j'ai dû lire dans une cérémonie qui a eu lieu une semaine avant mon installation officielle. Lorsque je suis rentré dans l'hémicycle, tous les académiciens se sont levés. La prochaine fois qu'ils le feront, ce sera à ma mort.

Voici mon discours lu devant cette commission restreinte :

" Si je me dois d'être aujourd'hui parmi vous, c'est parce qu'un jour, ou plutôt une nuit, un petit garçon fit un rêve merveilleux dans un pays, le Schoeneckaland, où tous les rêves se réalisent. Comme c'est vrai, et même si dans ce pays il n'y a pas d'Académie d'Immortels, le bon roi en fit venir un et c'est grâce à ses explications que ce petit a fait de sa vie un Amour de la langue Française. Chaque jour fut un rêve poussé de succès en succès qui aboutit à ce siège que vous m'offrez aujourd'hui……"

Il continua la lecture de son discours et une fois celui-ci terminé il eut droit en retour au discours par les membres de l'Académie :

- "Monsieur, Vous êtes désormais des nôtres et le cérémonial exige que je vous rende hommage, ce qui est très facile au vu de votre parcours hors du commun. Sorti d'un petit village d'un pays lointain, vous rêviez de devenir Immortel comme peu d'enfants en rêvent. Ce rêve ne vous quittera jamais, votre soif d'apprendre et votre amour de la langue Française feront que vous ne vous détourniez jamais de cet amour. Vous travaillerez jour et nuit à la recherche de textes qui vous vaudrons la reconnaissance de tous. Votre humilité égale à votre nature de forçat de l'écriture fera de vous un homme envié et apprécié, nul ne vous déteste tant que les prétentieux qui se présentent devant notre porte et que nous refoulons aux calanques de l'histoire, tandis que vous, vous acceptez chacun avec le respect que mérite chaque être sur cette terre…..

La lecture dura une bonne heure et il raconta ensuite le cérémonial qui suivit :

- J'ai dû ensuite me rendre auprès du président du Parisaland afin qu'il approuve mon élection car il est le protecteur de l'Académie. Lors de ma séance d'installation un mot du dictionnaire me fut attribué : "Clémence". J'ai reçu la médaille de l'Académie frappée de la devise "à l'Immortalité" et de mon nom. J'ai fait confectionner un costume avec broderies, un bicorne et une épée. Lors de mon installation en présence de trop rares amis de notre pays, j'ai eu droit aux honneurs militaires de la Garde républicaine.

Pendant la période initiatique de trois mois je n'ai pas eu le droit d'intervenir lors des séances, mais depuis, très régulièrement je me rends à l'Académie pour y travailler sur le dictionnaire de la langue française.

Le récit durait et durait, tous écoutaient avec attention, et, de temps en temps, on entendait des applaudissements et des encouragements criés à tue-tête par les habitants du Schoeneckaland.

Il y avait Joe qui n'arrêtait pas de demander ce qui se disait car il ne comprenait qu'à moitié car il avait migré vers un autre pays, mais pour rien au monde il n'aurait raté la venue du petit. Un peu plus loin CDCC tapait sur son clavier malicieux pour envoyer des messages à la terre entière tant elle était fière de lui, et Fronz qui avait quitté la plus belle rue du monde pour venir féliciter son ami avait fait le trajet en vélo, Thyristor qui pour une fois était droit comme le courant redressé, le Grand Blek portait une magnifique coiffe en peau de castor, ses nombreux autres amis, eux aussi écoutaient religieusement cette narration quand arriva l'heure rituelle du thé.

Le roi fit servir à chacun, en hommage au petit, un thé revigorant (*) que tous avalèrent d'un trait.

Ils se mirent tous à chanter, danser, plus rien d'autre ne comptait que la joie et le bonheur d'être ensemble quand soudain une sonnerie se fit entendre.

Elle était bizarre, c'était comme un sifflement strident qui s'atténuait et se renforçait, il durait, durait, c'était atroce jusqu'à ce que ma main appuie sur le buzzer, et là, non di diou, vous ne me croirez pas, j'étais dans mon lit, oh zut, tout ça n'était qu'un rêve !!!

Quel dommage, j'aurai tant voulu que ce soit vrai, que je puisse lire vraiment le discours de Jean d'Ormesson qui disait entre autre, il y a quelque chose de plus fort que la mort : c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants et la transmission, à ceux qui ne sont pas encore, du nom, de la gloire, de la puissance et de l’allégresse de ceux qui ne sont plus, mais qui vivent à jamais dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui se souviennent.

Ou encore placer dans le texte cette méditation sur sa vanité qui fit prononcer par un empereur romain mourant, les mots célèbres : "J’ai été tout, et tout n’est rien", ou cette citation d'un sage : "Demain expliquera peut-être aujourd'hui, mais il ne le comprendra plus".

 

(*) Lire les récits Céréalité et Le mystère de Leipzig du même auteur.

https://static.blog4ever.com/2016/02/814449/artfichier_814449_7967631_201811244441318.jpg
 

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12/01/2019
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Clément Keller : Une matinée ordinaire

Richard, un des personnages clés de l'histoire, est à l'époque un adolescent de 16 ans qui vient de finir son apprentissage de mineur et travaille, comme la majorité des jeunes de son âge, au fond d'un des nombreux puits de charbon de la région.

Pur produit d'un environnement familial désastreux, le gamin est à la recherche de son identité. Mal à l'aise, complexé et avide d'horizons nouveaux, Richard ressent le besoin impétueux de fuir ce microcosme marginalisé dans lequel il se sent étouffer.

Il va essayer, avec les faibles moyens que le destin  met à sa disposition, de s'extraire du cloaque dans lequel sa famille et les adultes qui gravitent autour de lui se sont enfoncés.

La cité de baraques, havre radieux et fleuri de toute une génération d'immigrés de la première heure, s'est transformée au fil des années en un ghetto sordide et malsain dans lequel ne vivent plus que quelques dizaines de familles marginalisées difficilement intégrables.

 

Richard posa la bougie allumée sur la table et prit place sur une des chaises dépareillées qui meublaient, avec le buffet en Formica, la petite cuisine. Il faisait encore froid en ce début du mois de mars et, comme bien souvent, le feu dans la cuisinière à charbon était éteint.

L'adolescent poussa un bref soupir, s'étira de tout son long en baillant et son regard encore ensommeillé s’arrêta sur le journal chiffonné de la veille abandonné parmi les bouteilles de bière vides qui jonchaient la table…

La soirée de son Fritz de père a dû être une fois de plus longue et alcoolisée, se dit-il, en tendant la main pour s’emparer du journal.

Pourtant tout avait bien commencé. Le Robert était venu en compagnie du Gautier, un de leurs voisins, en début d'après-midi rendre visite au Fritz pour papoter et boire un canon à la santé des dangereux déséquilibrés qui se lèvent tous les matin pour aller bosser alors que c'est tellement plus marrant de pouvoir faire la fête en buvant un coup entre potes...

Depuis sa chambre, Richard les entendait échanger des plaisanteries douteuse et leurs rires gras et sonores faisaient trembler les minces cloisons de la baraque.

Les choses dégénérèrent un peu plus tard quand le Robert, déjà passablement éméché, fit une remarque désobligeante au Fritz en mettant en doute ses capacités de mécanicien arguant du fait que la Terrot qu'il avait réparé quelques semaines plus tôt était une fois de plus en panne. Le Gautier en rajouta une couche en émettant l'hypothèse qu'on ne confie pas sa moto à un pochtron notoire sans savoir s'il est à jeun et que la prochaine fois il ferait mieux d'aller chez quelqu'un qui s'y connaissait vraiment !

Le Fritz, également à moitié bourré, hurlait de plus en plus fort et criait qu'ils n'avaient qu'à aller boire la bière chez celui qui allait leur réparer la moto et que de toutes façons, la prochaine fois il les enverrait paître eux et leur saloperie de bécane pourrie...   

Richard sentant vaguement que la réunion allait tourner au vinaigre, décida de quitter les lieux pour aller passer l'après-midi chez son pote le Clémau qui habitait à l'entrée du village et possédait une guitare... Valait mieux écouter de la musique et chanter que de rester en compagnie de cette bande de poivrots.

Il rentra tard dans la soirée. Le Robert et le Gautier étaient partis, le Fritz était déjà couché et le désordre dans la cuisine prouvait bien que la rencontre avait été mouvementée.

Il se cala sur son siège, déplia le quotidien et commença la lecture à la lumière vacillante de la bougie qui jetait des ombres fantomatiques sur les murs en planches...

Le Républicain Lorrain, jeudi, 8 mars 1962...

Les avatars de monsieur Subito... Il survola du regard la bande dessinée, esquissa un sourire, s'arrêta un instant sur la dernière image lorsque son regard fut attiré par le programme du cinéma UT à Stiring-Wendel, une ville, avec Forbach, proche de la Ferme de Schoeneck...

Rocco et ses frères...

Le titre du film lui rappelait une des familles italiennes de la cité, les Galetti dont un des fils, Mario, avait le même âge que lui..

Mario et ses douze frères et sœurs… Peut-être que dans ce film avec le jeune Alain Delon, la Mama allait également acheter le pain à la boulangerie avec une brouette comme la mère Galetti lorsqu’elle revenait du dépôt de pain du Milich Matz (1)

 

Rocco_et_ses_freres.jpghttps://static.blog4ever.com/2016/02/814449/artfichier_814449_8047828_201901033418711.jpg

 

Cette idée saugrenue le laissa songeur. Il aurait bien voulu aller voir ce film dimanche après-midi avec ses copains mais ne savait pas encore si sa mère allait pouvoir lui donner son argent de poche pour la semaine.

Samedi dernier elle lui avait donné une pièce de cinq francs, mais l'avait reprise le dimanche matin pour aller acheter des canettes de bière chez l’épicier Muller car le Fritz, tournait nerveusement en rond dans la baraque et emmerdait tout son monde parce qu'il était en manque d'alcool...

Bien qu'il travaillait et remettait l'intégralité de sa paie à ses parents, Richard n'avait que rarement de l'argent de poche.

L'alcool et les frasques de son géniteur épuisaient rapidement les finances familiales et son maigre salaire était parfois le seul revenu car le Fritz était passé maître dans l'art d'esquiver le travail sous toutes ses formes. (2)

Richard aimait aller au cinéma. Cette distraction relativement bon marché lui donnait moyennant quelques francs l'occasion de s'évader de ce quotidien triste et grisâtre dans lequel il se sentait prisonnier et sans le moindre espoir de pouvoir s'évader.

Le cinéma lui permettait de rêver d'un monde en couleur où les rêves les plus fous devenaient réalité pendant quelques heures…

A l’instar de la plupart des adolescents de l'époque, ses préférences allaient vers les films dans lesquels jouaient de jeunes acteurs tels James Dean ou Elvis Presley, les idoles cinématographiques des Teenagers des années 60...

Il avait vu deux fois La  fureur de vivre sorti en 1955 et s'était entièrement identifié au héros du film, incarné par l'acteur James Dean.

Ce dernier était jeune, beau, charismatique et incarnait l'idéal de toute une génération d’adolescents en mal d'identité. 

Richard avait l'impression de se reconnaître à travers ce personnage révolté mais plein de tendresse et de spontanéité. Elvis Presley incarnait également tout ce qu'il aurait tant voulu être lui-même, chanteur, jeune, riche, beau et surtout, admiré et adulé par la gente féminine...

À part sa jeunesse et peut-être un certain charme un peu rustique, Richard était loin de l’image de ces idoles que sa génération encensait.

Ne possédant ni vélo ni mobylette, c’est à pied, à travers la forêt qui longeait la carrière de sable exploitée par les houillères, qu’il allait le samedi soir ou le dimanche après-midi retrouver ses copains de la mine devant le cinéma U.T. ou Apollo de Stiring.

Il aimait s’abreuver à cette fontaine de l'illusion en cinémascope et les films projetés dans ces salles obscures, même s’ils dataient parfois, lui remontaient le moral et lui donnaient le courage d’affronter les lendemains sinistres et désolants qui se succédaient entre sa cité de baraques et son travail de forçat au fond des puits de charbon…

Richard continuait à survoler les pages du journal et esquissa un autre sourire en pensant à cette famille voisine qui avait tapissé, faute de papier peint, tous les murs de la baraque avec de vieux journaux. Chez eux au moins il y avait de la lecture toute l'année...

Il tourna la page et continua sa lecture.

-  Prix du kilo d'or fin : 5545 francs...

Voilà une information intéressante ! A raison d'un salaire mensuel de mineur de charbon débutant d’environ trois cent francs, un kilo du métal précieux représentait...

Il fit un rapide et approximatif calcul, cela représentait l'équivalent de presque un an et demi de travail à creuser le charbon et à pousser des berlines en se faisant engueuler par des chefs qui en demandaient toujours plus !

Il laissa pendant un moment son esprit vagabonder et s’imagina travaillant au fond d'une mine d'or en Afrique du sud. Là-bas, il ne ramperait pas dans la boue et la poussière noire et n’aurait plus jamais froid…

Bien sûr, il ignorait tout des conditions de travail en Afrique qui étaient pires que celles qu'il connaissait au puits Simon, mais sa soif de richesse et d'aventure le faisait rêver et il avait tendance à idéaliser tout ce qui était susceptible de lui faire gagner rapidement et facilement beaucoup d'argent...

Il se voyait déjà, ramenant dans sa musette de grosses et lourdes pépites scintillantes qu’il pourrait ensuite échanger contre d’épaisses liasses de dollars dans une banque où le directeur l’accueillerait en lui serrant longuement la main et lui donnant du « Monsieur Richard » gros comme le bras...

Après quelques mois de ce travail facile, il aurait fait fortune et reviendrait en vacances à la Ferme dans une grosse voiture américaine comme celles que conduisaient ses idoles du moment...

Tous les copains seraient stupéfaits et lui, grand seigneur, les inviterait à tour de rôle à l'accompagner faire le tour de la cité dans sa Cadillac rouge flambant neuve... 

Pendant un instant, il imagina le visage ahuri de ses amis et le regard envieux qu’ils jetteraient sur son costume sur mesure, sa chemise à jabot en soie, ses bottines de style Beatles et les sièges plein cuir de sa limousine… Ensuite, dans un élan de générosité spontanée, il leur distribuerait des liasses de dollars à tour de bras !

Richard aimait faire de sa vie un rêve et de ses rêves une réalité...

Un nouveau  frisson secoua son corps et le fit brusquement revenir à la case départ.

Il faisait toujours aussi froid et il était toujours assis dans la cuisine de cette baraque pourrie à lire le journal à la lumière blafarde d’une bougie.

La réalité du moment était toute autre, il fallait revenir sur terre et oublier tous ces rêves dorés et motorisés pour revenir à son triste quotidien…

Ce 8 mars 1962, les mines d’or d’Afrique du sud et les Cadillac rouges n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Dans la chambre à coté de la cuisine les ronflements alcoolisés et les borborygmes émis par le Fritz qui cuvait sa cuite le ramenèrent rapidement à la triste réalité…

Il avait encore du pain sur la planche avant d’être multimillionnaire… 

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Richard était complètement réveillé maintenant. Il rajusta ses vêtements, récupéra son bougeoir puis se dirigea à nouveau vers la cuisine.

Il s'approcha de l'évier et ouvrit largement le robinet en laiton. Pas la moindre goutte d'eau n'en sortit. Il poussa un  juron et se rappela que son geste machinal d'ouvrir le robinet ne servait plus à rien car l'eau avait été coupée depuis quelques jours dans la cité.

- Bientôt on nous démontera le toit au-dessus de la tête pendant notre sommeil, se dit-il en serrant les dents. Il sortit la cuvette galvanisée de l'étagère que cachait le rideau accroché au bord de l'évier et transvasa à l'aide de la louche le fond d'eau qui restait dans un des seaux posés dans le coin de la pièce.

Vu le froid ambiant, ça suffisait largement pour faire un semblant de toilette.

- Quand je pense qu'il y a des gens qui ont l'eau chaude et le chauffage central, se dit-il en plongeant le visage dans la cuvette. Je crois que j'ai dû naître au mauvais moment dans la mauvaise famille !

Le froid vif et l'eau glacée n'incitaient pas à de longues ablutions. Il se contenta de passer un peu d'eau sur son visage et ses mains puis décrocha une serviette en tissu rêche et à la propreté douteuse du clou planté au-dessus de l’amas de seaux et des gamelles et s’essuya rapidement.

Il regarda les récipients vides et soupira. A son retour du poste cet après-midi, non seulement il faudra qu’il aille voler du charbon (3) sur le crassier pour allumer le feu, mais il devra également aller puiser à la pompe, située à quelques centaines de mètres de sa baraque, la provision quotidienne d'eau potable.

Richard haïssait cette corvée qu’il jugeait dégradante. Il détestait se promener à travers les ruelles de la cité en tirant cette carriole brinquebalante chargée de seaux, de bidons et de gamelles car il avait l'impression que la terre entière le suivait du regard et se moquait de lui.

Sa plus grande crainte était de croiser un jour quelqu’un qui le connaissait et qui ne savait pas qu’il habitait ici, au cœur de ce bidonville qui portait si bien son nom…

L’heure avançait et l’adolescent se dépêcha de mettre son unique pantalon à peu près neuf, un Levi's, un vrai (4), avec son étiquette en cuir, qui faisait toute sa fierté.

Acheté aux Stocks Américains à Forbach avec l'argent de poche laborieusement économisé durant les six derniers mois, il l'avait longuement délavé dans une bassine d'eau additionnée de Javel afin qu'il ressemblât le plus possible à ceux portés par les Cow-Boys galopant sur leur monture à travers les grands espaces de l'ouest sauvage américain.

Il enfila ensuite le pull-over à carreaux que lui avait offert l'année dernière son oncle Eddy et se baissa pour mettre ses chaussures.

La vieille paire de godasses était en triste état, mais il n'avait pas les moyens de s'en acheter d’autres dans l'immédiat.

- Elles feront bien encore quelques semaines, se dit-il en nouant les lacets effilochés et raidis par le froid.

Il se dirigea vers la porte donnant sur l’extérieur, prit au passage le blouson posé sur le dos de la chaise, l'enfila, souffla la bougie, ouvrit la porte sans faire de bruit et quitta le baraquement...

Il traversa d'un pas rapide le jardinet qui donnait directement sur la rue et parcourut du regard le décor de désolation qui s'offrait à sa vue...

Cette année-là, le printemps avait du retard à l’allumage, la neige s’était tardivement remise à tomber et quelques flocons épars scintillaient dans la lumière jaunâtre des lampadaires qui éclairaient les ruelles désertes de la cité.

Dans le halo de la lumière, les formes floues des baraquements se découpaient sur un fond de forêt embrumée.

Çà et là, quelques carreaux de fenêtres éclairés témoignaient du lever d'autres ouvriers des houillères qui comme lui, partaient pour le poste du matin.

- S'il neige c'est qu'il va faire moins froid, pensât-il en se dirigeant d’un pas assuré vers la mare (5).

Derrière la place attendraient certainement déjà ses copain Henri et son frère Wolfgang.

Il y avait également Mohamed, un jeune Algérien, (Kabyle précisait-il fièrement !), arrivé depuis peu avec sa famille dans la cité et qui avait trouvé rapidement de l’embauche à la mine.

Richard traversa la place à la hauteur de la maison des Savran et se dirigea vers la rue principale.

Tous les mineurs du poste de matin se retrouvaient dans cette rue qui débouchait sur la départementale 32. Un raccourci à travers la forêt, longeant le château d’eau menait ensuite vers la Halte Schoeneck, la gare des houillères où les ouvriers prenaient le train qui allait les emmener vers les différents puits. 

 halte.jpg

  

Devant lui marchaient en silence deux voisins plus âgés qui habitaient le bas de sa rue. Même démarche, mêmes vêtements, même musette, même casquette, même paie, même façon de parler, pensa-t-il en les voyant, ce sont tous des clones du pays du charbon...

Ils répondirent avec un grommellement vague au Gluck auf ! (6) qu'il leur lança lorsqu'il les dépassa.

Pas bavards ce matin les vieux, se dit-il en se retournant pour leur jeter un dernier regard, ils ont certainement mal dormi comme moi, ou alors fait trop trico-traco (7) avec leur femme cette nuit...

Lui aussi pensait parfois à trico-traco et à la petite rouquine, la Jacqueline qui aimait bien qu'il s'occupât d'elle. Il se rappelait de ces soirées de tendresse volées l'été dernier, à l'époque où il faisait son timide apprentissage d'homme…

La Jacqueline était leur professeur des choses de l'amour dans la cité et, maintenant qu'il repensait à tous ces petits instants de bonheur qui égayaient son quotidien, il se sentait soudain moins seul et moins désemparé et avait même l'impression étrange qu'il faisait soudain moins froid...

- Tiens, pour une fois les frangins ne s’engueulent pas, se dit-il lorsqu'il vit Wolfgang et son frère Henri marcher paisiblement l'un à coté de l'autre sans dire un mot.

- Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ce matin ? C'est le froid qui les rend si tristes et taciturnes ?

Il salua d'une poignée de main les deux amis qui restèrent muets et impassibles.

Derrière eux, le sifflement caractéristique de Mohamed leur fît tourner la tête.

Ils aperçurent au coin d’une des ruelles la silhouette filiforme de leur ami Maghrébin qui courait à perdre haleine dans leur direction en faisant de grands gestes avec ses bras.

- Hé les gars, attendez-moi… Je viens avec vous, j’ai eu du mal à me réveiller ce matin !

Le quotidien de Mohamed (8) n’était pas facile non plus et son père lui menait la vie dure mais bizarrement, il était toujours de bonne humeur le matin.

Arrivé à la hauteur du groupe, il esquissa quelques pas de Twist et se mit aussitôt à chanter son air favori du moment, une chanson de Claude François :

 

Je n'suis sans doute pas très vieux...

Mais je connais l'amour...

Quand une fille te rend malheureux...

Ne pleure pas tous les jours...  

Si tu veux qu'elle te voie
Et qu'elle s'attache à toi
Si tu veux qu'elle ne soit
Vraiment rien qu'à toi

Dis-lui que tu l'aimes à la folie
Dis-lui que tu l'aimeras pour la vie
Dis-lui, dis-lui, oh dis-lui, oui dis-le-lui. 

 

Richard regarda Mohamed en souriant. Il ignorait si son copain avait déjà fait son apprentissage pratique des choses de l'amour avec la Jacqueline, mais il savait que la seule fille qui aurait pu le rendre heureux habitait le village, s'appelait Madeleine, était blonde comme les blés et que la passion que le fier Kabyle lui vouait n'avait pas de limites... 

Mohamed aurait donné sa vie pour la blonde Madeleine. Malheureusement, la belle était restée inaccessible.

Bien sûr, il ne ménageait pas ses efforts pour essayer d'attirer l'attention sur lui et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour se faire remarquer quand il descendait au village pour entrevoir l'élue de son cœur.

Il revêtait alors son costume à carreaux couleur bleu pétrole, un modèle que son père, vendeur de vêtements sur les marchés de la région, n'avait pas réussi à vendre, chaussait sa paire de souliers en daim verdâtre puis passait un bon quart d'heure devant la glace ébréchée accrochée au-dessus du lavabo de sa cuisine pour essayer de coiffer ses cheveux courts et frisés à la mode des Beatles.

Mohamed ne se rendait pas compte de l’image décalée dans le temps que reflétait le miroir.

Il était le seul de la bande à se balader vêtu d'un costume à carreaux alors que tous les autres se promenaient en Blue-Jeans, en blouson et, lorsque leur trésorerie le permettait, chaussés de bottines à talonnettes.

Au village quand elle le rencontrait au hasard d'une promenade, la belle Madeleine se contentait de le  saluer gentiment et de lui jeter un regard doux et attendrissant.

Ce simple regard bouleversait Mohamed et son cœur s’emplissait aussitôt d’une chaleur apaisante qui le rendait heureux et plein d’espoir pendant le reste de la semaine.

Il était alors sur son petit nuage et le monde en dessous de lui pouvait s’écrouler, il n’y avait plus que le sourire de sa Madeleine qui lui importait…

 

simon construction.jpg

 

En attendant, la neige tombait de plus en plus dru et les quatre adolescents se recroquevillèrent dans leurs vêtements.

Ils étaient maintenant arrivés à hauteur du chemin forestier qui débouchait à coté du château d'eau.

Ce raccourci étroit et sinueux à travers les bois rejoignait la Départementale 32 qui menait vers Forbach et leur faisait gagner tous les matins quelques centaines de mètres.

Le sentier débouchait environ cinq cents mètres plus loin à coté du château d'eau, près des premiers baraquements de la Halte de Schoeneck.

On avait nommé ce groupe de baraques situé à coté du passage à niveau ainsi car les trains de mineurs faisaient halte à cet endroit pour ramasser les ouvriers et les emmener vers les différents puits de mine de la région.

Lorsque le groupe arriva près de la voie ferrée, le train était à l’arrêt et les wagons déjà bondés.

A l'intérieur, assis sur les bancs en bois sales et poisseux, les employés des bureaux, reconnaissables à leur costume et à leur chemise blanche, parfois même ornée d'une cravate, somnolaient à côté des ouvriers vêtus de leur blouson et coiffés de leur casquette.

Sur le quai baigné par la vapeur qui s’échappait de la machine, ceux qui arrivaient saluaient les collègues déjà présents d'un sonore Glück Auf !

Richard avait entendu un jour les anciens raconter que les Houillères du Bassin de Lorraine avaient rassemblé des familles d'origines tellement lointaines et  disparates qu'ils parlaient jusqu'à vingt-cinq langues et dialectes différents.

Ici sur ce quai, jeune ou vieux, français ou étranger, ils se sentaient tous égaux au moment de partir pour la descente dans l'antichambre de l'enfer qu'étaient ces mines de charbon traîtres et poussiéreuses.

Richard et ses amis sautèrent à leur tour dans les wagons bondés et restèrent debout près de la porte.

Le train était tellement plein que les derniers arrivants se tenaient à l'extérieur, dans le froid, debout sur les marchepieds des wagons.

Les places assises sur les dures banquettes de bois étaient obligatoirement réservées aux anciens et aucun des jeunes mineurs n'aurait transgressé cette règle de savoir-vivre établie depuis des générations dans le monde des ouvriers du charbon.

Quelques minutes plus tard, le lourd convoi s'ébranlait en haletant et en gémissant dans un bruit de sifflet et de ferraille.

Crachant de la vapeur par tous ses orifices il emportait sous la neige qui continuait à tomber cette marée humaine qui marcherait dans quelques minutes dans les entrailles de la terre avec des lumières scintillantes sur la tête.

Encore une matinée ordinaire... se dit Richard en fermant pendant un instant ses yeux encore alourdis par le manque de sommeil… Fin du chapitre. 

 

(1) Milich Matz, de son vrai nom Reuland était le gérant d’une minuscule laiterie-dépôt de pain installée dans les cagibis du baraquement dans lequel habitait la famille de notre ami Joe Surowiecki, auteur de plusieurs récits présentés dans ce Blog.

(2) Lire les récits  Bière qui coule n’amasse pas mousse et Les rois de la mécanique.

(3) Lire le récit ‘Le voleur de charbon’

(4) Lire le récit ‘Spoutnick Pajalousta ?’

(5) Lire le récit de Nadine Chaboussie  ‘Le bonheur est dans… la mare !’

(6) Gluck auf ! est le salut en ‘Platt’ (patois local) du mineur dans la Moselle de charbon.  Il signifie ‘Bonne chance’, sous-entendu ‘remonte vivant’.

(7) Inutile d’expliquer, vous avez compris…

(8) Lire le récit ‘Mohamed’

 

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04/01/2019
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Em Clemau sei Footzegge : Détzemba 2018

So, jetz honn Ich ändlich maï Waynartsgeschenksbrieff (200 points au Scrabble allemand !) onn de Père Emmanoël geschiggt !

Hoffentlisch isses nit se schpät, Ich honn E haouffe Awedd im Détzemba gehatt middem Noschdalschia Blok. Wenn’s fa disjoa se spät is, isses a nit schlimm, donn solla ne fa näkschjoa behale !

Ich honnem èaklèat das Ich disjoa scheen lieb wa, das Ich may Phosphoreszierend geschträfdi ounabouks ongedoun honn wie mia all, unn das Ich ohne ebbes gaboutsemarre manifèschdiat honn.

Ich honn jo geméakt dassa disjoa frih midde Geschèngge ongefong hat, waschainlisch waïla viel awed hatt.

Die Politsischdde unn di CRS honn jo schoun ihre Weinartspäkscha ausgepakt.

Doo waa E bissie gäld drin, naye Knibbelle, scheene Kourelsischere wéschdde, veaschdéaggde Hälme unn naye Tränegasschpraydoose (encore une fois 200 points au Scrabble germanique !) die viel waida schpritsse.

Die ‘Smicards’ honn a scheene geschengge kritt.

Die wo scheen brav ware unn imma gehoaischt honn was de Chef saat krinn jetz jede monad 100 Euros méh unn soga E prämie.

Die Pensionèa die krinn disjoa nix, awa Ea hat veschprooch dassa ne serick gèbt was manne geklaout hat. Koomisch wie dèa disjoa soo lieb is de Père Emmanoël !

Ich honn noua nitslische Dinga fa may späderi Réguirung velongt.

Seéascht honn Ich fa mich, E nayi phosphoreszierend geschträfdi ounabouks besdéld, die aldd vongt oon abzefroonzelle, E nayi fèlafrayi Taschdadoua fa maï Minischderin es Chandal, najes Wéaktsaysch fa unsa JLM wo ima noch onn saynem Colisée Baouplatss erum foumelt, E nayes Rindfläschmessa fa de Thyristoa, E naji Féllwescht fa unsa Grand Blek, unn E scheena naya Koffa fa’s Schosiane, das wo jo imma uff räse iss.

Fa unsere amérigoonische unn kanadische Fraynde honn Ich fa de Joe E Soomlung vunn de gonze Elvis Presley Pladde bestellt, fa de Augouscht naye Pétanque Boulle, unn fa’s Edith Françoise E naya Téamomèdda.

Ich hoffe dassem Père Emmanoël sei Koobolde Castaner, Rugy, Belloubet, Buzyn unn all die onnere dismool die Awed rischdisch marre unn das say Schlidde nit kapudd géht oda im Schné schtägge bleibt !

Soo, jetz muss Ich Aysch awa losse, Ich muss may Waynartsgebäck aussem Baggowe holle, disjoa honn Ich hauptsäschlich Makrone gebackt !

Scheene faydaa liewe Noschdalschia lèsa unn Proscht Najoa !

 

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Version française pour les non-initiés :

Ça y est, j’ai enfin envoyé ma lettre de demande de cadeaux au Père Emmanoël !

J’espère qu’il n’est pas trop tard, j’ai eu plein de boulot pendant ce mois de décembre avec le Blog Nostalgia. Si elle n’est pas arrivée à temps pour cette année, c’est pas grave, il en tiendra compte pour l’année prochaine !

Je lui ai expliqué que j’étais bien sage durant toute cette année et que j’ai mis mon slip à rayures phosphorescentes comme tout le monde et que j’ai manifesté sans rien casser.

J’ai vu qu’il a commencé à distribuer les cadeaux avant Noël, certainement parce que cette année il a énormément de travail.

La police et les CRS ont déjà déballé leurs paquets-cadeaux.

À l’intérieur, il y avait un peu d'argent, de nouvelles matraques, de beaux gilets pare-balles, des casques renforcés et de nouvelles bombes lacrymogènes longue portée.

Les smicards ont également eu de beaux cadeaux. Ceux qui ont été sages, ont bien écouté leur patron et n’ont pas fait de bêtises vont avoir 100 Euros de plus tous les mois ainsi qu’une prime.

Les retraités eux ne reçoivent rien, mais il a promis qu'on leur redonnerait ce qu'on leur a volé. C'est bizarre comme il est gentil cette année le Père Emmanoël !

En ce qui me concerne, je n’ai demandé que des trucs utiles pour mon futur gouvernement.

Pour moi, tout d'abord un nouveau slip à rayures car l’ancien commence à être usé sur les bords, un clavier sans fautes de frappe pour ma ministre Chantal, de nouveaux outils pour JLM qui bricole toujours autour de son chantier du Colisée, un nouveau couteau à découper les côtes de bœuf pour Thyristor, un nouveau gilet en fourrure pour le grand Blek et une belle valise pour Josiane qui part souvent en voyage.

Pour nos amis américains et canadiens j’ai demandé la collection complète des CD d’Elvis Presley pour Joe, de nouvelles boules de pétanque pour Auguste ainsi qu'un nouveau thermomètre pour Edith-Françoise.

J’espère que les lutins Philippe, Castaner, Rugy, Belloubet, Buzyn et tous les autres feront cette fois-ci leur boulot comme il faut et que le traîneau du Père Emmanoël ne tombe pas en panne ou reste bloqué dans la neige…

Sur ces bonnes paroles je vais vous laisser car je dois sortir mes gâteaux de Noël du four. Cette année j’ai surtout fait des Mac(a)rons…

Joyeuses fêtes chers lecteurs de Nostalgia et trinquons à la nouvelle année !

 


 

Lire les autres billets d'humour :

Billet Février 2018 (Changements de Présidents) 

Billet Mars 2018 (Le catalogue russe) 

Billet Avril 2018 (La grève à la SNCF) 

Billet Mai 2018 (N. D. des Landes - Le prix Eurovision) 

Billet Juin 2018 (La coupe du monde) 

Billet Juillet-Août 2018 (La canicule) 

Billet Septembre 2018 (Macronix le gaulois) 

Billet Octobre 2018 (Nouveau Gouvernement) 

Billet Novembre 2018 (Gilets jaunes etc...) 

Billet Décembre 2018 (Cadeaux de Noël) 

Billet Janvier 2019 (La cagnotte)

 

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23/12/2018
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Oncle Joe raconte : Elvis et moi

Comme la plupart d'entre vous le savent sans doute, Elvis Presley a été enrôlé dans l'armée américaine alors qu'il était déjà une très grande Star aux États-Unis et dans beaucoup d’autres pays du monde. Il a servi dans l'armée américaine de 1958 à 1960 et a passé environ 18 mois à Friedberg, en Allemagne. Il n'a pas passé beaucoup de temps à vivre dans les baraquements avec les militaires, car, après quelques semaines, Elvis et sa famille ont vécu dans un logement privé, une sorte de résidence pour ‘Hôtes de marque’…!

En ce qui me concerne, ma famille et moi avons quitté la cité de Behren dans l’Est de la France en août 1960 pour nous installer près de Chicago, aux États-Unis et, c’est vers la fin de 1961, que le bon vieux «Oncle Sam» m'a contacté par courrier pour me demander de venir sans délai remplir mes obligations militaires pour mon nouveau pays, les U.S.A.

Une partie de ce service militaire a été effectué en Allemagne de début 1962 à décembre 1963, c’est-à-dire environ trois ans après le passage du King Elvis.

Eh bien, mes amis, jusque-là, les seuls points communs entre le King et moi sont d’avoir été tous deux enrôlés dans l’armée américaine et d’avoir effectué tous deux notre service dans une caserne en Allemagne. Je suppose que beaucoup de personnes étaient dans le même cas mais patience, vous allez bientôt en savoir plus à propos de l’extraordinaire complicité entre Elvis Presley et votre oncle Joe préféré…

elvis anime.gif

Le King a fait ses classes à Fort Hood, au Texas, et, après cette période, il a été envoyé à Fort Dix dans le New Jersey, puis, de Fort Hamilton à New York vers Bremerhaven, en Allemagne, par bateau. En ce qui me concerne, j’ai fait mes 14 semaines d’entraînement militaire à Fort Lenard Wood, dans le Missouri, puis, tout comme le King, mon service s'est déroulé également en Allemagne.

A l’instar d'Elvis, j’ai été envoyé à Fort Dix, dans le New Jersey, mais dans mon cas, avec 14 autres gars, l’opération fut ralentie suite à une erreur administrative de l'armée.

Nous avions eu des ordres contradictoires. Le premier de ces ordres nous demandait de rejoindre la «63rd. Ordinance Division» et l'autre disait de rejoindre la «526 Medical Coro». On nous a dit que nous resterions à Fort Dix pendant environ deux jours afin de réduire le contingent de l'armée mais en réalité nous sommes restés à Ford Dix pendant 8 jours et je me suis dit que l’armée n’était apparemment pas pressée de nous envoyer en Allemagne.

Alors que ma compagnie et les autres compagnies étaient déjà en route par bateau vers l'Allemagne, moi et mes 14 camarades sommes restés à Fort Dix à ne rien faire si ce n’est profiter de 3 repas quotidiens et perdre notre temps au «Mess» du Fort à nous ennuyer et à gaspiller le peu d'argent que nous avions en buvant de la bière «3.2 G.I.».

Finalement, au bout de 8 jours, le commandant local nous a demandé de préparer nos affaires afin d’être prêts pour le départ vers l’Allemagne.

Le même jour, on nous a emmenés en bus à l’aéroport de Philadelphie et nous avons embarqué sur une ligne aérienne commerciale (La Panam) en direction de Francfort sur le Main... Je dois dire que l’ennui des jours d’attente a été bien récompensé.

Nous avons pris l’avion et sommes arrivés à destination environ 7 heures plus tard sans rien faire et, cerise sur le gâteau, en compagnie d’une jolie et attentionnée hôtesse de l’air.

Ce voyage n’était en rien comparable à la traversée de l’Atlantique en bateau pendant 5 jours de nos amis, traversée durant laquelle on leur a surement demandé d’exécuter des corvées en tous genres, alors que nous n’avions rien d’autre à faire que de rester tranquillement assis dans notre confortable fauteuil et de profiter de notre vol !

En arrivant à Francfort, on nous fit monter à bord d’un bus de l’armée américaine qui nous transporta dans un bâtiment situé, si mes souvenirs sont exacts, au centre de la ville.

C’était un vieux bâtiment de 3 étages pompeusement baptisé «Centre d'affectation temporaire de l'armée américaine», comme le précisait le grand panneau blanc aux lettres rouges planté devant l’entrée.

Chers amis lecteurs, même si tout cela vous semble banal pour l’instant, ne perdez pas le fil, soyez confiants, car, malgré les apparences, nous approchons de plus en plus de mes aventures avec le King Elvis et les détails ci-après sont absolument nécessaires afin de planter le décor de cette grande aventure…

Nous étions logés au troisième étage de ce petit bâtiment et devinez quoi ?

Surprise, surprise... Les consignes du Sergent-Major en charge de notre groupe furent les mêmes qu'à Fort Dix (on se demande parfois comment l'Amérique fait pour gagner les guerres !)

Les gars, voici les ordres : nettoyez-moi tout ce bazar, vous partez d’ici dans un jour ou deux !

Comme nous avions reçu ces mêmes consignes quelques jours plus tôt, ce discours nous sembla très familier...

Eh bien oui, une fois de plus nous avons passé une semaine entière dans ce centre d’affectation temporaire et figurez-vous mes amis, que c'est la première coïncidence de mon aventure avec le King car lui aussi avait été logé pendant environ une semaine au troisième étage de ce petit bâtiment...

Je peux donc dire sans mentir que votre Oncle Joe et le King ont vécu pendant une semaine dans le même bâtiment ce que peu d'autres personnes peuvent affirmer à ce jour.

Mais ce n’est pas tout, le meilleur reste à venir !

Laissez-moi vous donner quelques informations à propos de ce bâtiment élancé ressemblant à une cabane dans les arbres.

Il était composé d’un minuscule sous-sol et de trois petites salles dont la première servait à 90 % d’espace de stockage. Le deuxième étage était constitué  d’une salle de conférence de taille raisonnable et de bureaux privés.

Au troisième étage, se trouvaient nos quartiers d’habitation composés de deux salles A et B avec environ 15 lits et 15 casiers dans chaque pièce. À une extrémité, il y avait une petite douche et une petite salle de toilettes.

À l’extérieur, entouré d’une relativement grande pelouse se trouvait un Patio avec deux tables en acier, une table de pique-nique et une douzaine de chaises métalliques...

Cette partie arrière était entourée d'un mur de briques rouges d'environ 8 pieds de hauteur avec des tessons de bouteilles cimentés sur le dessus du mur. (Nous avons découvert un peu plus tard que ce bâtiment était un ancien commissariat de police datant de l’époque d'Adolf le moustachu) !

Ce bâtiment n’avait pas de salle à manger aussi, pour prendre nos trois repas quotidiens, nous devions marcher en formation pendant un peu plus d’un kilomètre en direction d’un petit restaurant allemand dans lequel 5 tables étaient mises à la disposition de l’armée américaine.

Avantage pour nous, les repas étaient servis par de charmantes dames allemandes dans de la vaisselle «normale» ce qui nous changeait des plateaux en acier de l’armée…

Eh bien, voici encore un élément relatif au King :

- J'ai mangé tous les jours, pendant une semaine, au même endroit qu’Elvis et peut-être même à sa table car il n’y en avait que 5. 

Mais permettez-moi de faire une dernière remarque à propos de ce restaurant :

Nous y allions trois fois par jour mais Elvis seulement 1 fois et c'était de la folie durant cette unique «sortie» quotidienne car l’arrivée au restaurant du King était précédée d’une noria de Fans (surtout des jeunes filles !) et causait systématiquement des embouteillages dans le centre de Francfort.

 


 

Essayez d’imaginer la scène :

Elvis, flanqué d’une «garde rapprochée» de policiers militaires en uniformes, est conduit au restaurant avec, autour du cortège, une foule hurlante de jeunes Fans tentant d’apercevoir leur idole...

Lorsque moi et mes camarades étions assis dans ce même restaurant, il n'y avait aucun policier militaire à l’horizon, mais, à l’époque du King, il y en avait chaque fois une bonne douzaine autour des tables.

Cette anecdote de la «Saga Elvis locale» nous a été rapportée par notre Sergent-Major et j'ai eu l'impression que ce dernier était plutôt fier d'avoir vécu cette présence d’Elvis pendant quelques jours dans le centre…

Je ne peux pas le blâmer ce cher Sergent, peu de gens peuvent dire qu’ils ont eu la chance d’assister tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il vente, à la sieste du grand Elvis Presley !

Tout Sergent qu'il était, lui aussi avait droit à son heure de gloire...

Voilà les amis, j'espère que vous êtes toujours avec moi et que je ne vous ai pas endormi en vous racontant mes aventures avec le King Elvis, mais ne vous inquiétez pas, on va bientôt arriver au point d’orgue de mon aventures avec Elvis…

Revenons un instant à nos quartiers de vie du troisième étage. Deux salles, une douche et une salle de toilette que je vous en ai déjà décrits un peu plus haut.

Dans la salle de douche, il y avait 4 pommeaux de douche, eh bien, je suis sûr que pendant son court séjour, Elvis, a dû prendre une douzaine de douches à cet endroit. 

Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre que :

- Moi aussi, les gars, j'ai pris mes douches dans la cabine d'Elvis ! 

Combien de personnes parmi vous peuvent en dire autant ?

Parlons maintenant des toilettes (n’allez pas plus vite que moi, finalement c’est MON histoire avec Elvis !)...

Dans la salle de bain il y avait trois lavabos avec de l'eau courante froide et chaude sortant d’un robinet monté dans le mur. Je suis sûr qu’Elvis se rasait, se lavait les mains et le visage dans ces lavabos pendant son séjour et je peux donc fièrement affirmer ;

Je me suis rasé et j’ai lavé mes mains et mon visage au-dessus du même lavabo que le King. Je les ai utilisés tous les trois et je suis sûr qu’Elvis en a au moins utilisé un !

Sur l'autre mur des toilettes il y avait trois urinoirs fixés au mur et deux cuvettes de WC auxquelles il y manquait les couvercles…

Vous savez, votre Oncle Joe arrive à la fin de ses aventures avec Elvis après une petite semaine alors qu’Elvis, lors de son long séjour dans ce centre a dû utiliser tous les urinoirs et au moins une des cuvettes pour faire son «affaire»… Alors oui mes amis, je peux fièrement dire :

- J'ai fait pipi et me suis assis sur le trône sur lequel le King du Rock’n’roll  Elvis était assis trois ans plus tôt !

 

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Voilà chers amis, ces 'aventures' avec Elvis se sont toutes déroulées en Allemagne pendant mon service militaire et n'ont rien à voir avec celles que vous connaissez déjà et qui ont eu lieu près des baraques de ma bonne vieille Ferme de Schoeneck ou dans les environs proches…

Mais combien d'anciens habitants de cet endroit peuvent dire qu'ils ont eu le privilège de s'asseoir sur le même trône qu'Elvis Presley ? Franchement, je dois être le seul !

Clément, je t’ai envoyé ce récit car Elvis, Star mondiale de la musique et de la chanson, nous a quitté bien trop tôt et je suis persuadé que s’il était encore en vie, il serait encore au Top aujourd’hui.

Personnellement, j'aime la plupart de ses chansons et, Dieu merci, grâce aux disques, aux CD et aux DVD, ses chansons, ses films et sa voix seront toujours là, même quand nous serons tous partis pour un monde qu'on dit meilleur...!

Prenez tous soin de vous et laissez-moi vous souhaiter un joyeux Noël ainsi qu’une bonne année 2019, il vaut mieux que je le fasse maintenant, vous savez, à mon jeune âge... Joe

 

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Un document unique : Oncle Joe en 2013, lors de sa dernière visite à Graceland (Memphis, Tennessee)

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12/12/2018
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