NOSTALGIA, le Blog qui fait oublier les tracas...

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Oncle Joe raconte : Elvis et moi

Comme la plupart d'entre vous le savent sans doute, Elvis Presley a été enrôlé dans l'armée américaine alors qu'il était déjà une très grande Star aux États-Unis et dans beaucoup d’autres pays du monde. Il a servi dans l'armée américaine de 1958 à 1960 et a passé environ 18 mois à Friedberg, en Allemagne. Il n'a pas passé beaucoup de temps à vivre dans les baraquements avec les militaires, car, après quelques semaines, Elvis et sa famille ont vécu dans un logement privé, une sorte de résidence pour ‘Hôtes de marque’…!

En ce qui me concerne, ma famille et moi avons quitté la cité de Behren dans l’Est de la France en août 1960 pour nous installer près de Chicago, aux États-Unis et, c’est vers la fin de 1961, que le bon vieux «Oncle Sam» m'a contacté par courrier pour me demander de venir sans délai remplir mes obligations militaires pour mon nouveau pays, les U.S.A.

Une partie de ce service militaire a été effectué en Allemagne de début 1962 à décembre 1963, c’est-à-dire environ trois ans après le passage du King Elvis.

Eh bien, mes amis, jusque-là, les seuls points communs entre le King et moi sont d’avoir été tous deux enrôlés dans l’armée américaine et d’avoir effectué tous deux notre service dans une caserne en Allemagne. Je suppose que beaucoup de personnes étaient dans le même cas mais patience, vous allez bientôt en savoir plus à propos de l’extraordinaire complicité entre Elvis Presley et votre oncle Joe préféré…

elvis anime.gif

Le King a fait ses classes à Fort Hood, au Texas, et, après cette période, il a été envoyé à Fort Dix dans le New Jersey, puis, de Fort Hamilton à New York vers Bremerhaven, en Allemagne, par bateau. En ce qui me concerne, j’ai fait mes 14 semaines d’entraînement militaire à Fort Lenard Wood, dans le Missouri, puis, tout comme le King, mon service s'est déroulé également en Allemagne.

A l’instar d'Elvis, j’ai été envoyé à Fort Dix, dans le New Jersey, mais dans mon cas, avec 14 autres gars, l’opération fut ralentie suite à une erreur administrative de l'armée.

Nous avions eu des ordres contradictoires. Le premier de ces ordres nous demandait de rejoindre la «63rd. Ordinance Division» et l'autre disait de rejoindre la «526 Medical Coro». On nous a dit que nous resterions à Fort Dix pendant environ deux jours afin de réduire le contingent de l'armée mais en réalité nous sommes restés à Ford Dix pendant 8 jours et je me suis dit que l’armée n’était apparemment pas pressée de nous envoyer en Allemagne.

Alors que ma compagnie et les autres compagnies étaient déjà en route par bateau vers l'Allemagne, moi et mes 14 camarades sommes restés à Fort Dix à ne rien faire si ce n’est profiter de 3 repas quotidiens et perdre notre temps au «Mess» du Fort à nous ennuyer et à gaspiller le peu d'argent que nous avions en buvant de la bière «3.2 G.I.».

Finalement, au bout de 8 jours, le commandant local nous a demandé de préparer nos affaires afin d’être prêts pour le départ vers l’Allemagne.

Le même jour, on nous a emmenés en bus à l’aéroport de Philadelphie et nous avons embarqué sur une ligne aérienne commerciale (La Panam) en direction de Francfort sur le Main... Je dois dire que l’ennui des jours d’attente a été bien récompensé.

Nous avons pris l’avion et sommes arrivés à destination environ 7 heures plus tard sans rien faire et, cerise sur le gâteau, en compagnie d’une jolie et attentionnée hôtesse de l’air.

Ce voyage n’était en rien comparable à la traversée de l’Atlantique en bateau pendant 5 jours de nos amis, traversée durant laquelle on leur a surement demandé d’exécuter des corvées en tous genres, alors que nous n’avions rien d’autre à faire que de rester tranquillement assis dans notre confortable fauteuil et de profiter de notre vol !

En arrivant à Francfort, on nous fit monter à bord d’un bus de l’armée américaine qui nous transporta dans un bâtiment situé, si mes souvenirs sont exacts, au centre de la ville.

C’était un vieux bâtiment de 3 étages pompeusement baptisé «Centre d'affectation temporaire de l'armée américaine», comme le précisait le grand panneau blanc aux lettres rouges planté devant l’entrée.

Chers amis lecteurs, même si tout cela vous semble banal pour l’instant, ne perdez pas le fil, soyez confiants, car, malgré les apparences, nous approchons de plus en plus de mes aventures avec le King Elvis et les détails ci-après sont absolument nécessaires afin de planter le décor de cette grande aventure…

Nous étions logés au troisième étage de ce petit bâtiment et devinez quoi ?

Surprise, surprise... Les consignes du Sergent-Major en charge de notre groupe furent les mêmes qu'à Fort Dix (on se demande parfois comment l'Amérique fait pour gagner les guerres !)

Les gars, voici les ordres : nettoyez-moi tout ce bazar, vous partez d’ici dans un jour ou deux !

Comme nous avions reçu ces mêmes consignes quelques jours plus tôt, ce discours nous sembla très familier...

Eh bien oui, une fois de plus nous avons passé une semaine entière dans ce centre d’affectation temporaire et figurez-vous mes amis, que c'est la première coïncidence de mon aventure avec le King car lui aussi avait été logé pendant environ une semaine au troisième étage de ce petit bâtiment...

Je peux donc dire sans mentir que votre Oncle Joe et le King ont vécu pendant une semaine dans le même bâtiment ce que peu d'autres personnes peuvent affirmer à ce jour.

Mais ce n’est pas tout, le meilleur reste à venir !

Laissez-moi vous donner quelques informations à propos de ce bâtiment élancé ressemblant à une cabane dans les arbres.

Il était composé d’un minuscule sous-sol et de trois petites salles dont la première servait à 90 % d’espace de stockage. Le deuxième étage était constitué  d’une salle de conférence de taille raisonnable et de bureaux privés.

Au troisième étage, se trouvaient nos quartiers d’habitation composés de deux salles A et B avec environ 15 lits et 15 casiers dans chaque pièce. À une extrémité, il y avait une petite douche et une petite salle de toilettes.

À l’extérieur, entouré d’une relativement grande pelouse se trouvait un Patio avec deux tables en acier, une table de pique-nique et une douzaine de chaises métalliques...

Cette partie arrière était entourée d'un mur de briques rouges d'environ 8 pieds de hauteur avec des tessons de bouteilles cimentés sur le dessus du mur. (Nous avons découvert un peu plus tard que ce bâtiment était un ancien commissariat de police datant de l’époque d'Adolf le moustachu) !

Ce bâtiment n’avait pas de salle à manger aussi, pour prendre nos trois repas quotidiens, nous devions marcher en formation pendant un peu plus d’un kilomètre en direction d’un petit restaurant allemand dans lequel 5 tables étaient mises à la disposition de l’armée américaine.

Avantage pour nous, les repas étaient servis par de charmantes dames allemandes dans de la vaisselle «normale» ce qui nous changeait des plateaux en acier de l’armée…

Eh bien, voici encore un élément relatif au King :

- J'ai mangé tous les jours, pendant une semaine, au même endroit qu’Elvis et peut-être même à sa table car il n’y en avait que 5. 

Mais permettez-moi de faire une dernière remarque à propos de ce restaurant :

Nous y allions trois fois par jour mais Elvis seulement 1 fois et c'était de la folie durant cette unique «sortie» quotidienne car l’arrivée au restaurant du King était précédée d’une noria de Fans (surtout des jeunes filles !) et causait systématiquement des embouteillages dans le centre de Francfort.

 


 

Essayez d’imaginer la scène :

Elvis, flanqué d’une «garde rapprochée» de policiers militaires en uniformes, est conduit au restaurant avec, autour du cortège, une foule hurlante de jeunes Fans tentant d’apercevoir leur idole...

Lorsque moi et mes camarades étions assis dans ce même restaurant, il n'y avait aucun policier militaire à l’horizon, mais, à l’époque du King, il y en avait chaque fois une bonne douzaine autour des tables.

Cette anecdote de la «Saga Elvis locale» nous a été rapportée par notre Sergent-Major et j'ai eu l'impression que ce dernier était plutôt fier d'avoir vécu cette présence d’Elvis pendant quelques jours dans le centre…

Je ne peux pas le blâmer ce cher Sergent, peu de gens peuvent dire qu’ils ont eu la chance d’assister tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il vente, à la sieste du grand Elvis Presley !

Tout Sergent qu'il était, lui aussi avait droit à son heure de gloire...

Voilà les amis, j'espère que vous êtes toujours avec moi et que je ne vous ai pas endormi en vous racontant mes aventures avec le King Elvis, mais ne vous inquiétez pas, on va bientôt arriver au point d’orgue de mon aventures avec Elvis…

Revenons un instant à nos quartiers de vie du troisième étage. Deux salles, une douche et une salle de toilette que je vous en ai déjà décrits un peu plus haut.

Dans la salle de douche, il y avait 4 pommeaux de douche, eh bien, je suis sûr que pendant son court séjour, Elvis, a dû prendre une douzaine de douches à cet endroit. 

Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre que :

- Moi aussi, les gars, j'ai pris mes douches dans la cabine d'Elvis ! 

Combien de personnes parmi vous peuvent en dire autant ?

Parlons maintenant des toilettes (n’allez pas plus vite que moi, finalement c’est MON histoire avec Elvis !)...

Dans la salle de bain il y avait trois lavabos avec de l'eau courante froide et chaude sortant d’un robinet monté dans le mur. Je suis sûr qu’Elvis se rasait, se lavait les mains et le visage dans ces lavabos pendant son séjour et je peux donc fièrement affirmer ;

Je me suis rasé et j’ai lavé mes mains et mon visage au-dessus du même lavabo que le King. Je les ai utilisés tous les trois et je suis sûr qu’Elvis en a au moins utilisé un !

Sur l'autre mur des toilettes il y avait trois urinoirs fixés au mur et deux cuvettes de WC auxquelles il y manquait les couvercles…

Vous savez, votre Oncle Joe arrive à la fin de ses aventures avec Elvis après une petite semaine alors qu’Elvis, lors de son long séjour dans ce centre a dû utiliser tous les urinoirs et au moins une des cuvettes pour faire son «affaire»… Alors oui mes amis, je peux fièrement dire :

- J'ai fait pipi et me suis assis sur le trône sur lequel le King du Rock’n’roll  Elvis était assis trois ans plus tôt !

 

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Voilà chers amis, ces 'aventures' avec Elvis se sont toutes déroulées en Allemagne pendant mon service militaire et n'ont rien à voir avec celles que vous connaissez déjà et qui ont eu lieu près des baraques de ma bonne vieille Ferme de Schoeneck ou dans les environs proches…

Mais combien d'anciens habitants de cet endroit peuvent dire qu'ils ont eu le privilège de s'asseoir sur le même trône qu'Elvis Presley ? Franchement, je dois être le seul !

Clément, je t’ai envoyé ce récit car Elvis, Star mondiale de la musique et de la chanson, nous a quitté bien trop tôt et je suis persuadé que s’il était encore en vie, il serait encore au Top aujourd’hui.

Personnellement, j'aime la plupart de ses chansons et, Dieu merci, grâce aux disques, aux CD et aux DVD, ses chansons, ses films et sa voix seront toujours là, même quand nous serons tous partis pour un monde qu'on dit meilleur...!

Prenez tous soin de vous et laissez-moi vous souhaiter un joyeux Noël ainsi qu’une bonne année 2019, il vaut mieux que je le fasse maintenant, vous savez, à mon jeune âge... Joe

 

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Un document unique : Oncle Joe en 2013, lors de sa dernière visite à Graceland (Memphis, Tennessee)

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12/12/2018
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J.L. Miksa : Visite aux 'Gilets Jaunes'

C'est le jeudi 6 décembre 2018 que j'ai prévu de me rendre en soutien à une manifestation des gilets jaunes.

Je redoute un peu cette visite pour avoir par le passé assisté à de nombreuses manifestations de mineurs dont je faisais partie et qui finissaient assez souvent de manière fort violente. Mais je n'hésite pas et saute dans ma voiture pour me rendre au rond-point du Cora à Saint-Avold où je suis sûr de retrouver des hombourgeois, peut-être même des anciens mineurs.

Arrivé à proximité sous la grisaille et un crachin d'une tristesse envahissante, je gare ma voiture, je recherche mon gilet jaune mais ne le trouve pas, ça commence mal !

Tant pis, je vais vers eux sans ce signe de reconnaissance.

Une fois à proximité de la tente qui abrite l'intendance et offre quelques sièges pour le repos des troupes, les salutations sont spontanées avec les participants que je croise.

Je vois immédiatement mon ami Emile sous la tente et m'approche de lui pour prendre place sur un siège.

 

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Le duo Emile Weil (Prises de vues) et Sandra Zink (Interviews) 

 

Au dehors il doit y avoir une bonne trentaine de gilets jaunes qui saluent les véhicules qui passent sans problème, ces derniers répondent par des coups de klaxon ahurissants, certains brandissent un gilet jaune hors de la voiture, l'ambiance est bon enfant. 

Nous entamons une discussion au sujet des événements en cours et notre analyse converge sur plusieurs points : en premier il est regrettable qu'aucun groupe de personnes ne soit représentatif au niveau local et national, que les revendications commencent un peu à ressembler à un long cahier de doléance mêlées à de doux rêves et enfin que tous ou presque tous demandent la démission du président de la République.

Pendant que nous discutons, une brave dame nous propose un café et je constate que la table de service est bien remplie de gâteaux et boissons diverses sans alcool.

Régulièrement des personnes apportent des denrées.

Deux jeunes journalistes d'Europe1 assis à côté de moi prennent des notes, l'un sur son smartphone, l'autre sur son portable. Puis arrive Sandra qui est l'habituée des lieux depuis le premier jour, elle fait la bise à tous les présents qui semblent heureux de la revoir.

 

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Mon ami Emile se lève pour faire tourner sa caméra (il est le reporter du canal Média Hombourg) et tend le micro à Sandra qui commente l'événement en remerciant les présents et rappelle qu'elle n'est la représentante d'aucune organisation, mais qu'elle est sensible à l'engagement de chacun des présents dont elle égrène un à un presque tous les prénoms.

Sous la tente certains chantent doucement de vieux refrains des années 70 et à aucun moment je ne vois ni n'entend une quelconque agressivité, mais la détermination se lit sur chaque visage.

Une détermination à aller jusqu'au bout de l'action entreprise il y a déjà plus de trois semaines.

Le temps passe, je dois rentrer préparer mon repas de midi, tandis qu'Emile et Sandra se donnent rendez-vous à 13H 30 pour aller soutenir les "Neuhausers" en grève à Folschviller, par solidarité avec ces travailleurs laissés au bord de la route par leur entreprise.  

 

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C'est sur cette note un peu triste que je les quitte, non sans m'être volontiers prêté au traditionnel "selfi" avec Sandra, histoire de garder une trace de mon passage à ce rond-point qui ne sera malheureusement pas le dernier si j'en juge la détermination des gilets jaunes opposés à la présidence de la République qui ne lâche que quelques miettes sur les revendications pourtant nombreuses, mais surtout, qui affiche un mépris désopilant envers leur personne, les français modestes et les retraités volontairement oubliés et sortis du paysage. Hombourg-Haut, le 06/12/2018, JLM

 

 

 

 

Reportages Sandra Zinck / Emile Weil (c) Média Hombourg 2018

 

 

 


 

Vous pouvez suivre l'actualité locale et les nombreux reportages de Monsieur Emile Weil sur Facebook Emile Weil, Média Hombourg, ainsi que sur la page Sandra Zinck et son groupe de Hombourg-Haut. (c)Photos F.B. Sandra Zinck

 

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06/12/2018
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Em Clemau sei Footzegge : Nowemba 2018

Ma honn Jo Die létscht zayt noua voun de Schillé Schôôn onn de nahrichdde unn in de Télé geschwätzt…

Hunnattdaouzendde honn om 17 Nowemba Manifèschdiaat unn E haouffe tzeisch velongt.

De Benzinpraïs, die Schdayerre, die C.S.G., de Loohn, unn E haouffe onneres Zeich wo Ich Vegess Honn.

Do Honn Ich Jo onn dem Daa A wille mitmahrre, honn awa lèdda keen passenda Schillé Schôôn fa mich Gefounn.

Awa Do honn Ich Jo (schuwidda !) E guddi Idé kritt.

Fa De Buzz se mahrre unn Noschdalschia bekoont ze mahrre, honn Ich Im sinn Ah so E Akssioon se Schtadde die Ich Geschschtrayffde Ounabouks Nènne dät.

Das wär doch E grossa Voadèl waïl Die Politsay donn Die Manifeschdirende nit erkäne Dät weil ma Incognito voam Elysée Palascht unns Vessoomele kindde.

Wemma donn so waït sinn unn all voam Macronix de Gaulois say wohnung schdénn, dät änna vunn uns mit sayina Drilapayff payffe unn jeda voun ouns dèt donn die Bouks errunna losse unn say Gestrayffdi Unabouks wieze.

Unn donn dedde ma das alles velongge :

 

- Freies Nostalschioum Fa jédda

- Fraybia bay de politsay

- Die  Schtayakaze wäre in Casino's oumggebaout

- Die Schtaya Tzeddelle misse mit Chanel N°5 Pafumiatt wärre

- Wemma Fronsésch schraybt braurh ma Baym Pluriel keen X odda S mé se benoutsse

- Baym Baccalauréat dèaff ma in SMS schraywe

- Jedda Polidigga mouss E Roddi Noos oufsètze Wenna E Allocution mahrrt

 

elysee.jpg

 

Version française pour les non-initiés :

On n’a parlé ces derniers temps que des gilets jaunes aux infos et à la télé…

Des centaines de milliers de personnes ont manifesté leur mécontentement le 17 novembre en exigeant des tas de choses…

Le prix de l’essence, les taxes, la C.S.G., les salaires et plein d’autres trucs dont je ne me rappelle plus.

Je voulais également participer à cette journée, mais comme je n'ai malheureusement pas trouvé de gilet à ma taille, j'ai eu (une fois de plus !) une bonne idée.

Pour faire le Buzz et faire connaître Nostalgia, j’envisage de lancer une opération similaire appelée Slip à rayures.

Cette opération aura un grand avantage sur celle des gilets jaunes car on pourra se réunir ‘incognito’ devant le palais de l’Elysée et la police ne pourrait pas nous reconnaître facilement.

Lorsqu’on sera prêt, une fois arrivé devant les appartements de notre Macronix le Gaulois, l’un des nôtres utilisera son sifflet à roulettes et tous les participants baisseront en même temps leur pantalon pour montrer leur slip à rayures.

Ensuite on exigera :

 

- Nostalgium gratuit pour tous

- Bière gratuite dans les commissariats de police

- Transformation des centres des impôts en casino

- Feuilles d’impôts parfumées au Chanel N°5

- 2 Pleins d’essence obligatoires et gratuits par mois

- Abrogations du X et du S au pluriel

- Autorisation d’écrire en langage SMS lors des épreuves du Bac

- Obligation du port d’un nez rouge lors de chaque allocution officielle de nos dirigeants

 

→  Merci de bien vouloir confirmer votre participation à l'adresse ci-dessous : 

 

S.A.R.L. (*)  Clémau & Cie Ltd.

Chef d’orchestre du Blog Nostalgia

Chambre capitonnée 232, entrée B,

Couloir F2 (entrée des cas désespérés)

Maison de santé de Steinbach (Moselle)

(*) Slips À Rayures Larges

 

boutique-15.jpg

 

IMPORTANT : Le slip à rayures homologué 'manif' sera bientôt en vente dans la

 

BOUTIQUE NOSTALGIA

(Cliquez sur la boutique pour consulter nos offres)

 

* * * * * * * * * * 

Lire les autres billets d'humeur 

Billet Février 2018 (Changements de Présidents) 

Billet Mars 2018 (Le catalogue russe) 

Billet Avril 2018 (La grève à la SNCF) 

Billet Mai 2018 (N. D. des Landes - Le prix Eurovision) 

Billet Juin 2018 (La coupe du monde) 

Billet Juillet-Août 2018 (La canicule) 

Billet Septembre 2018 (Macronix le gaulois) 

Billet Octobre 2018 (Nouveau Gouvernement) 

Billet Novembre 2018 (Gilets jaunes etc...)

 

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25/11/2018
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Clément Keller : Schoeneck, le beau coin (9)

Chaudement vêtu de ma toute nouvelle veste fourrée, ma casquette d’aviateur sur la tête et mon premier cartable solidement arrimé sur le dos, je regardais Oma (Grand-mère), debout sur le pas de la porte, toute de noir vêtue comme à son habitude, essuyer furtivement une larme.

Elle m’avait fait des adieux dignes d’une mère voyant son enfant unique et chéri partir à la guerre avec la certitude qu’il n’en reviendrait pas…

Du aames kind… Hoffentlich passiat da nix… Résie, pass gudd uff de Clémau uff, waad bissa in de Schul iss, unn vegess nit em lehra se soon dassa Jo noch so kleen is…

(Pauvre petit… Pourvu qu’il ne t'arrive rien… Rose, fait bien attention à lui, attend qu’il soit dans la salle de classe et n’oublie pas de rappeler à son instituteur qu’il est encore si petit…)

Comme d'habitude, maman hocha la tête sans dire un mot, descendit les deux marches du perron et traversa le petit jardinet clôturé qui donnait sur la route.

 

cleam.jpg



Quelques mois avant la rentrée des classes avec ma sœur Anne-Marie

  

Je commençais sérieusement à baliser lorsque je vis de l’autre côté de la rue mon grand-père paternel, également debout en haut de l’escalier de sa petite maison en compagnie de ma marraine, me faire de grands signes de la main et me crier un tonitruant « au-revoir » !

Décidément, cette rentrée des classes était peut-être plus dangereuse que je l’imaginais…

Pourquoi diable me faisaient-ils tous des adieux comme si je risquais de ne plus revenir ?

Jusque-là, cette journée ne m’avait pas particulièrement inquiété car j’étais impatient de participer à cette nouvelle aventure, de découvrir cette école dont on m'avait tant parlé et de me faire de nouveaux camarades.

Soo, jetz missema awa gehn… Kumm, de Lehra waad nit, ma diaffe nit se spät koumme…

(Voilà, maintenant il faut y aller… Viens, l’instituteur n’attendra pas, il ne faut pas être en retard…).

Maman me prit tendrement mais fermement par la main et nous nous engageâmes dans la rue. Je marchais à ses côtés sans me retourner, suivant du regard les enfants de la cité de baraques de la « Ferme » qui couraient bruyamment autour de nous en piaillant et en criant dans des langues inconnues…

Je reconnus quelques visages de gamins un peu plus âgés qui s’arrêtaient parfois sur le chemin de l'école au bord du pré dans lequel je faisais du vélo, à l’époque pas si lointaine où je vivais encore en liberté surveillée sous le regard vigilant de ma grand-mère.

Bien souvent ils me parlaient en faisant de grands signes, mais je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’ils essayaient de me dire…

Oma m'expliquait alors :

Das sinn aahme Kinna Clémau, die meischdde Koumme aus Poole unn Rouslond, die honn jo alleguär soo schlimme zeidde mittgemach wärem Kriesch…  

(Ce sont de pauvres enfants Clément, la plupart viennent de Pologne et de Russie, ils ont connu tant de misère pendant la guerre)… (1)

La guerre…

Les « vieux » en parlaient parfois entre eux et, là aussi, j’entendais des phrases étranges que je ne comprenais pas, bien qu’elles soient dites en « Platt », notre patois local :

- Denne ihr Buh, de Pédda, dea iss im Krisch geffall, dea wah eascht 22 joah ald…

- Das waah domols soo schlimm fa die äldere… Soo viel vunn denne Kinna sinn jo nimmé häm koum…

- Ja, unn luh mohl de "Ruddel”, dea iss hèm koum unn hatt awa sei bän veloa…

(Leur fils, le Pierre, il est tombé à la guerre, il n’avait que 22 ans… C’était terrible pour les parents… Il y a tant d'enfants qui ne sont pas revenus à la maison… Et regarde le “Ruddel”, lui il est rentré mais il a perdu sa jambe)…

Quelles discussions étranges… C’était où cette « guerre » où des gens tombaient et ne revenaient pas ou perdaient même une jambe ?

Moi aussi j’étais déjà tombé en faisant du vélo, mais je suis très vite revenu à la maison en pleurant et Oma m’a prise dans ses bras pour me consoler.

Mais moi j’étais encore un enfant, pas un vieux de 22 ans ! 

Et les jambes ? Comment peut-on en perdre une ? J’avais même vérifié en remontant mon short et en essayant de tirer dessus. Rien à faire, elles étaient solidement attachées.

Je n’y comprenais plus rien et je me disais simplement que cet endroit qu’on appelait la « guerre » devait ressembler à une espèce de grande forêt pleine de pièges dans laquelle on pouvait se perdre ou se faire couper en morceaux. J'en concluais rapidement qu’il valait mieux ne pas y aller, en tous cas pas pour l'instant...

Que de sagesse et de pureté dans ces réflexions innocentes de l’enfance, cette éphémère enfance qui allait lentement mais sûrement être pervertie au fil des années par le terrible et inquiétant monde des adultes…

 

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Première année d'école avec Monsieur Félix Thil (suivez la flèche !)

 

En attendant, j’allais à l’école et je n’avais jamais entendu qu’on n’en revenait pas ou qu’on y perdait ses jambes !

De plus en plus d’enfants, les plus jeunes accompagnés de leur maman ou parfois des deux parents, se dirigeaient, tel un troupeau, vers le grand bâtiment de l'école primaire qui se situait en haut du village.

Nous, les habitants de la Linsegass (la ruelle des lentilles) appelions cet endroit Es Éwadoaff (le haut du village), et si on continuait cette route sur quelques centaines de mètres on arrivait même In's Paradies (Au Paradis ) !

J’avais déjà fait plusieurs « répétitions » de ce parcours avec maman et je savais qu’il fallait monter la petite côte devant l’église, puis longer la vieille Mairie pour arriver enfin devant la cour de l’école dans laquelle des dizaines d’enfants, des habitués sans doute, jouaient déjà en criant et en courant entre les majestueux marronniers… (2)

Je reconnus de loin parmi un groupe d’adultes mon futur instituteur Monsieur Félix Thil, celui même qui était venu à la maison il y a quelques semaines pour procéder à mon inscription. Il portait les mêmes lunettes finement cerclées d’une monture en acier mais était vêtu cette fois-ci, d’une longue blouse grise et d'un cache-nez.

De temps en temps il interpellait l’un ou l’autre des gamins les plus turbulents pour leur demander de se calmer puis continuait à discuter en souriant avec ses collègues.

Ça devenait sérieux. Nous étions arrivés dans la cour et maman me conduisit parmi le groupe des « nouveaux », me lâcha la main, salua 2-3 personnes qu’elle connaissait puis, lorsque retentirent des coups de sifflet, me quitta en disant qu’elle reviendrait me chercher à la fin de la classe pour le repas de midi.

Elle me prodigua encore quelques conseils d’ordre généraux ordonnés par Oma puis sortit pour se positionner avec les autres parents derrière le grillage qui séparait l’école de la rue.

Je me sentais soudain seul, presque abandonné. J'avais le cœur lourd et une grande envie de pleurer comme la fois où j’étais tombé du vélo (sans perdre ma jambe !).

J’avais des larmes dans les yeux lorsque l’instituteur nous regroupa pour nous faire gravir le grand escalier donnant sur la porte d’entrée du bâtiment. Je me retournais et fit un dernier salut de la main à cette maman que je distinguais vaguement à travers le rideau de larmes qui embuaient mon regard.

Les autres groupes d'enfants, s’étaient mis en rang sur un nouveau coup de sifflet et attendaient dans un silence respectueux les ordres de leur instituteur.

Ceux-là étaient déjà « formatés » et connaissaient les règles. Je sentais vaguement que je n’allais pas tarder à les connaître également…

Dans le couloir qui menait aux différentes salles de classe le maître nous fit déposer nos cartables puis enlever nos vestes, nos châles et nos casquettes. Il nous aida à accrocher nos vêtements sur les crochets alignés le long du mur puis nous précéda, ouvrit la porte et nous fit enfin entrer dans la salle de classe.

 

musee-ecole.jpg

 

Tout ici me semblait immense et démesuré. Moi qui avais l’habitude de vivre à cinq dans une baraque d’environ 40 m2 je me sentais perdu dans cette grande pièce au plafond très haut et aux immenses fenêtres…

Devant moi, je découvris une quinzaine de bancs en bois à 2 places, et, au fond de la salle mon regard fût attiré par un poêle rond de couleur argentée dans lequel ronflait un feu de bois.

Aux murs, des images et des dessins divers et, face aux bancs, je vis un immense tableau sur lequel le « maître » avait joliment dessiné à la craie de couleur le couple Nini et Toto, ces deux enfants modèles qui allaient, au fil des jours et des semaines, nous accompagner dans le laborieux apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Cette première année scolaire allait sans aucun doute nous réserver son lot de surprises...

À suivre.

 

ninitoto.jpg

 

(1) La plupart des habitants de cette cité de baraques étaient à l’époque originaires des pays de l’Est. Plus d’infos ICI.

(2) En 1954, l’école primaire n’était pas encore mixte. Les filles avaient leurs propres classes dans le bâtiment de l’ancienne Mairie.

 

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21/11/2018
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J.F. Hurth : Les affaires Félix

Ça va faire plus de dix ans qu'il a tiré sa révérence le FÉLIX et toujours pas de nouvelles, alors que nous avions les meilleures relations de son vivant.

Étonnant, c'est pas dans ses façons, il a dû se passer quelque chose. 
Désolé donc, car dans ce récit qui résume sa vie, mais sans quelques précisons de sa mémoire, j'ai dû prendre des libertés avec plusieurs dates et certains noms propres.

Je pense qu'il me pardonnera.
Par contre, je n'ai rien modifié quant à l'authenticité des faits que je vous livre, à l'instar de ce que lui-même aurait souhaité vous raconter.

 

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FÉLIX était le meilleur ami de mon père, qui lui s'appelait WILLEM. Aucun des deux n'avait choisi son prénom. 

FÉLIX était beau comme Alain DELON, mais depuis plus longtemps, car il était son aîné de 10 ans.
Comme DELON, il a été apprenti boucher.
Comme DELON, il plaisait aux femmes. 
La comparaison s'arrête là, car FÉLIX n'a jamais fait de cinéma, mais il savait faire tout le reste. Des affaires en particulier. 
- À 20 ans il excelle dans le métier de tourneur sur métaux aux Houillères. Avec son CAP de boucher, il commence à surprendre.
- À 22 ans il quitte l'entreprise, achète un camion on ne sait trop comment, et devient livreur de charbon à domicile.
Au deuxième camion ça devient sérieux et il décide de passer le permis de conduire...
Bientôt il a trois camions et deux chauffeurs. Il gagne alors assez d'argent pour acheter un "ÉNOOORME" camion de chantier. Il laisse tomber les livraisons de charbon et commence à travailler dans les carrières de sable, notamment pour l'installation du siège "Wendel" à Petite-Rosselle, dans les années cinquante.
Les Houillères payent très bien mais il faut aller vite. Il travaille jour et nuit dans son énorme camion "Mack", avec une cabine à deux mètres du sol et une direction à peine assistée à l'époque. Bientôt il en aura deux, puis trois, et même quatre, de ces engins monstrueux.
L'argent rentre à flots, mais FÉLIX sans prévenir arrête cette affaire. Il vend tout et part s'installer pendant un an dans un superbe hôtel à Nice. Les pieds en éventail, il prend ses premières vacances, découvre la mer, multiplie les conquêtes féminines et trouve que la vie est belle. 
Un jour, il revient avec une blonde sulfureuse, au bronzage intégré et montée sur talons aiguilles, où elle range une grande partie de ses neurones.
Sans crier gare, il se lance dans le marché de la "BIÈRE AMOS".

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De temps en temps il débarque chez nous, mais beau comme il est, mon père planque alors ma mère, car FÉLIX avec sa belle gueule, faut s'en méfier un peu, il est du genre furtif.

J'ai 11 ans à l’époque et à chacune de ses visites, parfois avec sa blonde et vaporeuse Niçoise, à l'impossible accent et aux incessants tricotages de jambes, je fonce dans la rue (La Waldschtroos, plus belle rue du monde...), pour admirer sa voiture.
C'est souvent des camionnettes à bennes basculantes pleines de bosses, qui sentent le gasoil et les fuites de toute nature. La roue avant droite coincée contre le trottoir de la descente, car le frein à main est incertain.
Parfois même, il vient carrément en gros camion brinquebalant plein de caisses "D'AMOS" avec sa niçoise repeinte et surélevée.
Mon père le WILLEM, il disait toujours que le plaisir du FÉLIX avec les bagnoles, comme avec les femmes, c'était pour voir comment ça fonctionne.
Évidemment, son extraterrestre qu'il appelait "OUASEL"(Ursule), alors qu'elle se prénommait "RAMONA", n'a pas fait long feu. Finalement elle est repartie sous son soleil pour mettre à jour son bronzage en même temps que son agenda, tandis que FELIX sans difficulté, en a trouvé une autre toute neuve, en fin de soirée du samedi suivant, à un bal champêtre près de Gaubiving.
Quand plus tard il est venu nous la présenter, j'ai eu le coup de foudre du préadolescent incendié au lance flamme, modèle "Grande Guerre".
Amoureux transi à près de 12 ans, j'étais prêt à vendre ma "Communion solennelle", avec le curé qui nous y préparait, pour une seule bise de cette nana, canon à fond la caisse.
"Mei PRICHITT" (Ma BRIGITTE), qu'il disait le FÉLIX qui avait maintenant 27 ans, un projet par jour et un fort accent de chez nous.
Cette beauté autochtone habitait au Bruch, quartier de Forbach, dans la champignonnière cité de baraques qui pousse là-bas à l'époque. Je crois que c'est la seule femme qu'il ait aimée, alors qu'il en a pratiqué des dizaines. Pour preuve, il l'a gardée jusqu'au bout.

Faut préciser que c'est surtout à elle que revient le mérite d'être restée... 
Mais, entre temps, son Dépôt/Distributeur de "BIÈRE AMOS" commence à marcher et, comme d'habitude, au 4ème camion, FÉLIX arrête pour se lancer, fin des années soixante, dans la construction de ce qui fut le Restaurant à l'enseigne : "CITY SEE" .
Un sympathique "Routier", avec un jardin d'enfants et un étang de pêche. L'ensemble créé par lui à coups de Bulldozer, avec l'assistance de sa PRICHITT pour les finitions à la brouette. Je crois que le bâtiment existe encore, mais sans le commerce. C'est à la sortie de Sarrebourg, pas loin de l'usine à chaussures "MEPHISTO"
Dans la foulée il construit leur maison d'habitation attenante et, comme l'affaire marche bien pendant des années, ils peuvent acheter 2, voire 3 appartements dont la location représentera une retraite pour leurs vieux jours car FÉLIX, je précise, ne cotise nulle part, sauf à l'obligatoire Sécu.
Mais avant de raconter la suite, faut quand même que je vous cause du bonhomme, parce qu'on pourrait croire que j'invente.
On imagine bien que pour réussir à cette vitesse partout où il passe, faut pas être bête, faut aimer le risque, faut inspirer confiance et surtout, faut bosser tout le temps. J'ajoute qu’il ne fume presque pas, boit à peine, mais adore les femmes, qui le lui rendent bien.
Quand le FÉLIX parlait, sans jamais élever la voix et ce, quel que fût l'endroit où il se trouvât, tout le monde écoutait. 
Il y a des gens comme ça ! Ils sont tout simplement charismatiques et crédibles, même sans connaître les subtilités du verbe "Avoir", et ses horribles fricotages avec le complément d'objet direct.
Je pense que né au Far-West, il aurait été chercheur d'or, de même qu'il aurait trouvé du pétrole dans la Creuse, ou vendu des passe-partout aux gardiens de prisons, s'il avait été taulard. 

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Ce ne fut heureusement jamais le cas, même si FÉLIX a passé sa vie sur la ligne blanche, sans jamais la franchir. Seul son casier judiciaire est vierge, lui beaucoup moins, je vous expliquerai. 
A titre d'exemple pour sa réputation...
Quand il est à Sarrebourg, patron de son "Restau-Routier" dans les années 70/80, il appelle régulièrement le flic que je suis à l’époque pour obtenir le renouvellement de son autorisation de "Détention d'arme", car son affaire est isolée en sortie de ville.
Je passe alors par les gendarmes compétents du secteur, qui pratiquent la traditionnelle enquête de personnalité. 
Jamais de problème. FÉLIX est l'ami de tous, y compris des forces de l'ordre et obtient son droit de "Détention" illico. D'ailleurs partout où il passe, il trouve très rapidement un éclectique réseau d'amis, grâce auxquels tout s'arrange, tout devient possible. 
Demandez-lui un "CHAR LECLERC" de la 2ème guerre mondiale, il réfléchit et vous demande très sérieusement :
- Was fa Faab ? (de quelle couleur ?)... Là je pousse un peu.., mais pas beaucoup, je vous assure.
Entre mes 11 et 17 ans, mes parents mineurs de fond, m'envoient chez lui pour me «dégrossir», mais aussi pour bosser et gagner un peu de sous pendant mes vacances scolaires. Autant vous le dire tout de suite, là-bas j'ai presque tout appris.
Plus tard, mineur de fond comme toute la famille, après des études secondaires courageusement ratées, je vais de surcroît perdre six ans de soirées télé !
Oui, car pour pallier le retard et remonter la pente, faut bosser des concours tard le soir et après le boulot.
Finalement, mais assez laborieusement faut bien l'avouer, j'arrive à intégrer le sanctuaire de la flicaille, "L'École Nationale Supérieure de la Police", pour une formation de Commissaire sur 2 ans. A la sortie, on nous suggère que pour accélérer la carrière, ajouter un DESS au cursus, çà ferait plus chic.
Allez.., entraîné à la rédaction de presque n'importe quoi, autant en finir avec ces études tardives. 
"Analyse du phénomène LE PEN", que j'ai titré mon Mémoire. (je répète : "Analyse") 
C'était en 1989, mais je me suis rendu compte très rapidement que ce parchemin de carte de visite, n'était d'aucune utilité pour la pose d'un carrelage et carrément hors sujet pour tapisser le salon, ou faire fonctionner le lave-linge, connaissances indispensables, comme on sait, si on veut être tranquille et garder son épouse. 
FÉLIX lui, il m'avait déjà enseigné tout le reste de ces fameuses "choses de la vie".
Comme le camouflage de l'émotion, le goût du risque, l'auto dérision et surtout l'humour.
Les "Fondamentaux" comme on dit maintenant, pour faire moderne.
Les appliquer était un exercice autrement difficile et j'avoue n'y être arrivé que de temps en temps. Sa grande théorie de la réussite en dix mots : 
"C'EST ÇUI QUI SAIT S'ADAPTER AVANT LES AUTRES, QUI GAGNE".
Çà, il me l'a martelé cent fois et il avait raison.
A ses débuts dans les années cinquante, jeune marié avec sa PRICHITT, ils habitent à Forbach dans sa maison natale. 
Son père est mort à la mine très jeune, et la maman qui occupe l'étage, n'est pas un exemple de douceur maternelle, ni de gentillesse avec sa belle-fille.
Comme son affaire de "BIÈRE AMOS" marche bien et pour occuper la PRICHITT, il ouvre une "Épicerie-Laiterie" qui tourne bien aussi.
Seul sur la Place, il a toute la clientèle des baraques, comme d'autres commerçants, dans d'autres cités, à Schoeneck ou Petite-Rosselle, en cette difficile période d'après-guerre, quand les gens prennent une revanche sur la nourriture qui a manqué trop longtemps.
Ma relation à FÉLIX est très particulière. Car voyez-vous le truc qui m'attache, c'est que peu importe mon jeune âge, il me traite selon la nécessité, en exécutant, en confident, en ami, ou comme le fils dont il rêve sans trop l'avouer.
Mais en adulte, dans tous les cas.
Cela flatte évidemment l'Ego de l'enfant unique en liberté conditionnelle que je suis, car chez lui enfin, je suis déjà un "Grand", et j'y crois.
Mon boulot : nettoyer les moteurs des camions de livraison avec un pinceau et du gasoil. Charger, décharger, être sympathique avec les clients, être discret aussi et le couvrir quand il fait du "hors-piste" de toute nature...
En fin de journée, contrôle de mon travail. Jamais de remarque désagréable ou de félicitation. Mais, invitation ou "Non", à boire une petite mousse avec lui et ses chauffeurs-livreurs, dans son grand garage, qui sent les camions, la clope et le chien.
Un jour il me dit:
- Demain après-midi je vais à la pêche. Je t'emmène à condition que tu me procures des asticots. Les plus beaux tu les trouveras au "Dreckbéach". (Décharge sauvage )
Le boucher "X", y balance ses restes de carcasses, c'est là où ils sont le plus gros. Mais fais gaffe à ne pas les écraser, faut qu'ils bougent encore pour que les poissons mordent.
Au "Dreckbéach" en question, je trouve effectivement un gros fémur de vache avec encore pas mal de barbaque et donc pléthore d'asticots superbes, en pleine activité.
Une boîte de conserve pleine que je ramène fièrement, trois heures plus tard.
Lui, il est sorti et c'est sa PRICHITT qui m’interdit d'entrer en hurlant bizarrement.

Il est vrai que je sens la charogne à vomir. Elle me balance des habits du FÉLIX et brûle les miens, en même temps que mes chaussures aux relents de bidoche en décomposition.

Elle me traite avec une méchanceté qui ne lui ressemble pas du tout.
Quand le FÉLIX rentre, il a tout compris en voyant sa PRICHITT tituber et vociférer.
Il me prend à part et confidentiellement, comme à un ami de son âge, il me chuchote:
- Es PRICHITT is choun wida voll, ich muss oufpasse, ich menn das sauft...
(La Brigitte est encore ivre, faut que je la surveille, je crois qu'elle picole.)
C'est vrai que la pauvre s'était mise à s'arsouiller insidieusement au "Kiravi", à cause des frasques amoureuses de son FÉLIX, mais aussi parce que le couple ne pouvait pas avoir d'enfants et que la belle-mère au-dessus, ne contribuait en rien à la paix du ménage. 
Je vous raconterai plus tard comment il a fait pour la sortir de cette addiction au pinard et ses dérivés. 

 

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Le lendemain, il m'emmène à l'étang du "Stock" près de Sarrebourg pour m'apprendre à pêcher toutes sortes de poissons. Et ça marche ! 
A telle enseigne que pour le pique-nique, c'est avec les asticots gros calibre intégrés, qu'on a grillé et avalé presque toute la pêche. 
Quel régal ! Ensuite je me suis gondolé de rire quand il m'a raconté en les imitant, les mésaventures de ses copains, dont certains sont de pathétiques héros de comptoirs.
Par contre ce jour-là, le père qu'il savait représenter parfois, ne m'a pas offert une de ses cigarettes "Gitane", qu'adolescent en herbe, je lorgnais du coin de l'œil.
Merveilleux souvenir de cette journée en tout cas. 
En rentrant près de Forbach, il s'arrête devant un bistrot, le "Tout va bien", prétextant un rendez-vous avec un copain.

Il revient une heure plus tard empestant l'Eau de Cologne.
- Donne-moi le vieux "Lumpe" (chiffon) dans la boîte à gants, qu'il me fait en conduisant.

Je lui file ce chiffon qui servait à nettoyer le carburateur. 

Il l'a passé sur son visage sans rien dire. J'ai compris plus tard, pourquoi il préférait sentir le gasoil, avant de rentrer chez sa PRICHITT...

Un autre jour, mais là je dois avoir 15 ans, il m'emmène dans sa camionnette chez les gitans du "Hohlweg", au "Bruch" à Forbach. 
C'est là que résident depuis plus de cinquante ans maintenant, les "gens du voyage", désormais sédentarisés pour la plupart. 
Son arrivée est toujours saluée sympathiquement par ces Tziganes, ces Manouches ou les Roms, car sa camionnette est chargée de caisses "d'AMOS" et de sucreries.
Les friandises, il les distribue avec la tendresse d'un Papa aux enfants qui piaillent de joie.
Les canettes de bière, c'est pour les parents, avec force tapes dans le dos.
Mais son authentique empathie à l'égard du monde des Gitans, était bien plus profonde. 
En 1942, FÉLIX, 17 ans, avait caché pendant quelques mois, deux pères de familles nombreuses, dans l'ancien "Fumoir camouflé" de sa maison, leur évitant ainsi la déportation par les SS, dans un camp où les "fumoirs", avaient une fonction bien différente...
Alors, de facto, il était devenu l'indéfectible et légendaire ami des gens du voyage, qui avaient compris qu'il avait risqué sa vie, pour deux des leurs.
Plus tard, il m'a même expliqué que son premier camion à charbon, il le devait pour partie aussi, à la reconnaissance des Tziganes. 
Ensuite dans ce "Hohlweg" qui lui était acquis, j'assiste à un troc d'objets les plus hétéroclites et d'origine bien sûr douteuse...
C'est ainsi qu'un jour, il récupère le violon de mon Grand Père. L'instrument avait disparu depuis des années.

Il l'obtient en échange d'un "Carillon-douze coups", mais à "L'Avé Maria" désaccordé...
Du coup, mon "Opa" (Pépé), s'est remis à jouer "Le Temps des cerises", pour le grand malheur du voisinage et du défunt Paganini.
Mais je vous ai déjà causé de ce Opa particulier. C'est çui qui avec sa hache, pousse comme Rafaël Nadal, des "Han" de bûcheron quand il fait du petit bois d'allumage...
Le même aussi qui le soir, une oreille toujours collée à sa T.S.F.-Radiola, n'écoute que les opéras en chiquant du "gros gris", car selon lui, à l'opéra on ne fume pas.
Finalement, comme ses copains mineurs, qui eux non plus ne jouaient pas au Polo ni même au Golf, il est mort à 61ans de silicose. Quand on ne s'entretient pas...

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Dernière anecdote avec FÉLIX, le mentor de mes jeunes années.
Du temps de l'affaire "BIÈRE AMOS", il avait un chauffeur qu'il appelait la "Carpe" (ou la "Kaap" en Platt).
Comme le poisson donc, parce que la rhétorique du bonhomme se traduisait en borborygmes, du genre consonnes muettes. Et comme une Carpe, il ne survivait que dans l'élément liquide, la bière en l'occurrence.

Un picoleur de haut niveau en somme.
FÉLIX lui avait cédé pour presque rien, l'un de ses vieux camions de livraison de charbon pour lui éviter le chômage. 
Un jour il me dit :
- Demain tu vas livrer le charbon avec le "Kaap", il t'apprendra à conduire.

J'avais entre 14 et 15 ans.
Le lendemain, fier comme "Artaban", je me glisse dans le camion à côté du Kaap au volant, direction la "Kohlehall" (Trémie de chargement du charbon), à Petite-Rosselle.
C'est un plan légèrement incliné, où les camions attendent les uns derrière les autres leur tour de passage sous la trémie.
On se place en queue de file et Kaap me dit qu'il y en a pour une heure d'attente, avant d'être servi. Pour avancer, j'ai qu'à débrayer, pédale de gauche et freiner, pédale de droite, en suivant la file en légère descente.
En cas de problème, il est au bistrot d'en face.
Il n'est jamais revenu. Sous la trémie, on m'a chargé les trois tonnes indiquées sur le "Bon" et je me suis garé tant bien que mal, à hauteur du bistrot. 
Dès que j'ai ouvert la porte j'avais compris. Fallait plus compter sur le Kaap
Debout sur une table, il gueule comme un fou contre tout :
- Le Président René Coty, le Capitaine Dreyfus, la météo, Barabas, le Clergé, la Police et surtout sa femme la Paloma, une belle Espagnole qui avait fui la dictature de Franco, persuadée qu'elle était la pauvre, qu'en France on lui ficherait la paix.
Avec l'aide du taulier, on l'installe dans le camion, côté passager.
- Tu conduis qu'il me fait, ordre du FÉLIX
Faut dire que j'avais tellement envie de conduire depuis si longtemps que j'avais observé le FÉLIX au volant et, tout seul dans la cour, je bougeais les camions pour le stationnement.
Tout a bien marché jusqu'à la baraque au n° 7 rue de la Paix au Bruch, pour la première livraison.
Le chargement était séparé par des ridelles, à raison d'une tonne par compartiment. 
Pour "Kipper" (Décharger), c'est simple... Ouverture de l'arrière, monter la benne, laisser glisser la tonne de la première ridelle par terre.
Restent 2 tonnes séparées par les ridelles
Prochaine livraison au n° 9, quinze mètres plus loin.
Du haut de mes 15 ans je décide de ne pas redescendre la benne pour ce court chemin.
De surcroît, dans le jardin juste à côté, une appétissante femme toute mûre, me sourit dans sa robe de chambre largement échancrée.
Elle va voir ce que je sais faire celle-là !
Débrayage, plein gaz et... et merde ! Oh putain… le bordel ! 
Les deux roues avant se lèvent, dans la benne les ridelles cèdent et… 2 tonnes de charbon par terre au mauvais endroit.
- "Du Junges Aschloch ! ! " (espèce de jeune trou du c..), qu'il gueule le Kaap.

- Tiens, v'là une pelle, compte pas sur moi pour t'aider et il entre dans la cabine avec son trop plein d'alcool de la tête aux pieds.
Benne redescendue, je commence à recharger. Dix minutes plus tard, toujours pas de Kaap.

Je vais voir à la cabine et j'entends son puissant ronflement d'ivrogne en cessation de discernement.
Quand je me remets à pelleter, trois mineurs du voisinage viennent avec leurs grandes pelles à charbon, me prêter main forte. Une heure plus tard tout est rentré dans l'ordre.
De retour chez le FÉLIX , celui-ci est mort de rire quand il extrait le KAAP du camion, pour le "ranger" délicatement dans le garage, comme une fragile piège détachée. 
Ensuite, il lui dit gentiment:
- "Mach da niks draus Kaap, ich flicke da dai Kachte."
(T’en fais pas Kaap, je vais la réparer ta caisse)
25 ans plus tard, en fonction au Commissariat de Forbach, on me fait savoir qu'un nommé Kaap qui me connait trééés.. très bien, veut être reçu.
Il arrive en même temps que la porte, sa poignée et le gardien annonceur en hurlant "Sali Fronz" !..., juste avant de me broyer la main.
Septuagénaire, les stigmates de comptoir n'ont pas raté sa trogne, mais l'ensemble est encore sortable. Il vient pour un PV évidemment injuste, trop cher, scandaleux.., tous des cons, etc.. Je lui promets la lune, il se calme.
Ensuite on se tord de rire à l'évocation de sa cuite, de mon démarrage "manière Fangio" et du charbon par terre au Bruch.
Trois mois après j'apprends sa disparition et j'ai très mal au cœur.
Sacré Kaap de ma jeunesse, attachant et surprenant jusqu'au bout.
Ben oui.., je l'avais classé son P.V.
On pourrait croire que FÉLIX, a réussi tout le temps dans les affaires qu'il menait. 
Bien sûr que non, il a connu quelques déconvenues et la plus importante d'entre elles, n'était pas loin de le laisser sur la paille.
En quelques mots : 
Dans les années soixante, il s'associe avec les frères " XX..." et mise beaucoup d'argent pour créer avec eux, un "Parc de Poids Lourds d'Occasion avec pièces détachées".
Il se fait avoir par les deux lascars qui l'évincent et gardent sa part d'argent liquide donnée façon "Tope là", comme cela se fait à l'époque.
L'affaire devenue importante, est revendue très chère plus tard, par les frangins que le scrupule n'étouffe pas.
L'entreprise existe d'ailleurs encore à la sortie Metz, sous le sigle "Montois Poids Lourds".
FÉLIX n'a jamais oublié cette trahison. Il ne comprend tout simplement pas que des amis puissent manquer à la parole donnée pour le voler. Cela dépasse son entendement et sa déception est plus grande que sa colère. 
Mais comme on va le voir, c'est le hasard qui va lui permettre de prendre sa revanche, avec un certain panache d'ailleurs.
Revenons un instant à son Restau-Routier avec Etang de pêche, ça marche bien, mais PRICHITT qui tient le comptoir, a rechuté dans les bras de Bacchus, ce Dieu Grec un peu salaud avec les fragiles.
FÉLIX connaît trop le pouvoir de cet amour infidèle. Il sait surtout que pour la sortir de son addiction, faut partir vite et trouver une autre activité, loin des comptoirs.
Quelques semaines plus tard, pour la santé de sa Brigitte qu'il vénère, il vend tout, achète une caravane et prend la direction du Sud-Ouest, où une importante "Casse-Auto", son vieux rêve, est à vendre.

 

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C'est celle des roublards frères "XX.", que le démon du jeu a mis en faillite. FÉLIX qui n'en savait rien, tombe des nues lorsqu'il l'apprend, arrivé sur place. 
On croirait un roman alors que c'est juste un segment de sa vie. Je résume :
FÉLIX avec l'argent de la vente de son "Routier", régularise alors la situation d'endettement des frères "XX..." et rachète l'affaire à un prix dérisoire. .
Ensuite, magnanime et bon Prince, il embauche les frangins combinards.
C'est le côté "Panache" que j'évoquai plus haut, à l'instar d'un Cyrano des temps modernes. 
L'affaire marche. Lui et sa femme vivent pendant près de deux ans dans la caravane et, avec l'aide bien obligée des frères "XX...", qui n'ont plus rien à lui refuser, il construit une maison d'habitation à proximité.
Brigitte, encouragée et motivée par ce nouvel objectif, avec désormais un époux de plus en plus sage et bienveillant, oublie les pièges du scélérat Dieu Bacchus et sera sobre jusqu'à sa mort à l'âge de 87 ans. 
Sans enfants, elle gâte ses neveux et nièces qui adorent cette femme exemplaire.
FÉLIX mène son affaire avec bonheur pendant quatre ans encore, avant de revenir au pays à près de 70 ans, pour y passer les dernières années avec son épouse. 
Il ne la quitte que pour travailler dans son atelier.
Très vite, avec un tour à bois et un peu d'outillage rudimentaire, il devient créateur de sculptures d'ornement sur mobilier. 
Doué, sans l'avoir jamais appris, il expose et vend parfois, avant d'offrir ses petites merveilles à sa famille ou aux amis dont je fais partie. Comme toujours le succès ne l'intéresse pas, ce sont les obstacles pour y parvenir qui le font vibrer.

* * * * * * * * * * 

C'était pourtant une belle matinée de printemps, lorsqu'un infarctus passant par là et, sûrement pour tromper l'ennui, se mit à tourmenter FÉLIX par une attaque en règle.
Mais à 82 ans, il en avait un peu marre des défis. Alors il s'est laissé faire.

 

Il était l'être le plus extraordinaire que j'ai connu. Fronz

 

Épilogue et remerciements

 

Je viens d'avoir un "Signal" du défunt  FÉLIX, il était temps.

D'au-dessus les nuages il remercie tous ceux qui suite à la lecture du récit de sa vie, ont compris que sa surprenante mais honnête marginalité, était de circonstance et ne faisait que  s'accommoder de l'époque "Après-Guerre".

Quelques questions pourtant :

- Est-il un aventurier quand, au péril de sa vie, il sauve des "Camps  de Concentration" en les cachant, deux gitans père de famille nombreuse ?
- Peut-on lui reprocher d'être bien vu par les gendarmes et de son entourage, ou encore lorsqu'il embauche deux escrocs qui l'avaient volé ?

- Peut-on accabler ce beau gosse sympathique et pécuniairement à l'aise, d'avoir multiplié ses conquêtes féminines ?

Je pense que non. Essayer de se mettre à sa place, c'est déjà commencer à comprendre.
Que dire aussi des changements de cap et d'activité, chaque fois qu'il pourrait profiter du succès de l'affaire en cours.

Est-il un instable, ou un battant qui en veut ?

Et sa hantise de la réussite aboutie, dont il sait que s'en satisfaire, serait le meilleur moyen de faire ronronner son moteur de vie.

En définitive savez-vous, je crois que FÉLIX c'est comme un alpiniste qu'il fonctionne.
Ce qu'il aime, c'est l'escalade. Le sommet c'est bien, mais à quoi bon y rester.
G. Clémenceau utilisait une belle métaphore pour illustrer ses petites "escalades" vers d'autres sommets du bonheur. Ainsi, parlant du Plaisir d'Amour, il disait :

"Le meilleur moment avec une femme, c'est quand on monte l'escalier".

Difficile de comprendre le  choix de vie des autres, mais je suis à  peu près sûr que FÉLIX a bien fait de quitter l'honorable métier de "Tourneur sur métaux".

Et ses héritiers aussi ! Fronz.

 ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦

 

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17/11/2018
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