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Clément Keller : Schoeneck, le beau coin (11)

La pâte à modeler.

Monsieur Thil Félix, mon premier instituteur au cours préparatoire, a été dans ma jeune vie l’enseignant qui réussit à ouvrir mon esprit, déjà curieux et avide de savoir, à l’apprentissage de la langue française car, comme je vous l’ai déjà raconté dans les récits précédents, comme beaucoup de mes camarades, j’intégrai le cours préparatoire de l’école communale du village en 1954 sans comprendre ni parler le moindre mot de français… 

Comme bien souvent, grand-mère n’avait retenu que le côté négatif de la chose et se lamentait déjà devant les lourdes épreuves qui attendaient son petit-fils unique et préféré :

Jetz mouss das Kind norh froonschésch léhre, Hoffentlisch géht das goutt, Ich bin jo schoun iwa sechsisch oun konns norh imma nit…

(Maintenant il va falloir en plus que cet enfant apprenne le français, et moi qui ai déjà plus de 60 ans je n’y arrive toujours pas).

En effet, malgré quelques efforts méritoires, les bases de la langue française de ma ‘Oma’ se limitaient à quelques expressions basiques :

Boschoua (Bonjour) Orewa (Au-revoir), Bouddèl (bouteille) Odschawel (Eau de Javel), Trotwa (Trottoir), Barablé (Parapluie) et à quelques extraits de chants liturgiques qu’elle avait l'habitude de psalmodier le soir, assise au bord de son lit, tout en égrenant son immense chapelet modèle 'compétition' :

Chirai, Chirai, Chirai, Chirai lavoir un Schour… Ozièl, Ozièl, Ozièl, Ozièl dans ma Batri…

(J’irai la voir un jour, au ciel dans ma patrie)… (1)

Jusqu’à l’âge de six ans, c’étaient les seuls mots dans la langue de Molière que j’entendais de temps à autres et je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour vous décrire l’état dans lequel mes camarades des ‘baraques de la Ferme’ (2) et moi-même nous trouvions dans cette école de la République dont la langue officielle se situait à des années-lumière de nos vernaculaires respectifs…

 

maramcle.jpg

 

Clémau et sa sœur Anne-Marie (Ami)

 

Ce qui est merveilleux dans le monde de l’enfance c’est qu’on apprend vite et que la faculté d’adaptation aux différentes situations est quasiment instinctive voire innée.

En l’espace de quelques mois, nous possédions tous les bases suffisantes pour comprendre et nous faire comprendre dans cette ‘nouvelle’ langue qui serait dorénavant la nôtre…

Il faut préciser que notre instituteur pratiquait également le ‘Platt’ (3) et cela nous a beaucoup aidé durant les premières semaines de notre toute nouvelle vie d'écoliers.

Felix Thil était un excellent pédagogue et, si derrière ses fines lunettes cerclées d’acier son regard bleu était bienveillant, il forçait également au respect.

L’expression ‘une main de fer dans un gant de velours’ collait parfaitement au personnage car il savait doser avec beaucoup de subtilité les encouragements ou, le cas échéant, les réprimandes.

 

classe.jpg

 

Une salle de classe des années 50

 

Si durant les premiers mois de classe dans ce 'Cours Préparatoire' nous apprenions à compter avec des bûchettes, à lire et à déchiffrer les lettres et les syllabes grâce à ‘Nini et Toto’ et à ‘Papa fume la Pipe’, notre instituteur faisait également appel à notre esprit créatif en utilisant un ‘ingrédient’ qui m’était totalement inconnu jusqu'alors : la pâte à modeler…

Une fois par semaine, il distribuait à chacun d’entre nous un petit bloc de cette masse malléable et colorée devenue grise à force d‘être mélangée et triturée en nous donnant pour seule consigne de laisser libre cours à notre imagination. 

Et ce n'est pas l'imagination qui nous faisait défaut... Que d’animaux et d’objets extraordinaires naissaient alors de nos petites mains lors de ces ateliers de ‘sculpture’ improvisés et, même si certains fougueux destriers ressemblaient plus à un chien ayant eu un grave accident de la circulation ou à un animal ayant subi des modifications génétiques irréversibles, c’est avec une fierté non dissimulée que nous comparions nos œuvres respectives…

 

Sans titre 2.jpg

 

La première fois que je participai à cette activité ‘artistique’, je rentrai fièrement à midi et, lorsque grand-mère me demanda comme à son habitude ce que j’avais appris ce jour-là, je lui répondis en ‘Platt’ et avec l’assurance du vieil habitué :

Ay Oma, Hait homma Pâte à Modeler in de Schoul gehat

(Aujourd’hui nous avions ‘Pâte à modeler’ à l’école)

De Pater(4) Modelé ? Ay Clémau, der Paschtor kenn Ich Jo gaa nit… Is das E naya ?

(Le Père Modelé ? Clément, je ne connais pas ce curé ? Est-ce un nouveau ?)

J’entendis dans la cuisine maman éclater de rire…

Grand-mère avait confondu le mot Pâte à modeler avec le terme allemand Pater (qui se prononce Paada) et qui signifie Révérend Père.

Dans la foulée, elle en avait conclu que nous avions eu la visite à l’école d’un énigmatique curé du nom de Modelé

Légèrement vexée par le rire de maman, grand-mère secoua la tête, rétorqua qu’elle ne comprenait rien à ces trucs modernes et me fît asseoir à table où m’attendait une grande assiette de Soudelbohnesoupp et des Poonekourhe (4).

Paada Modelé… Paada Modelé… So E kwatsch !

(Paada Modelé… Paada Modelé… Quelle connerie !) l’entendis-je encore marmonner pendant qu’elle remettait rageusement une pelletée de charbon dans la cuisinière…

Quant à moi, je vidais consciencieusement mon assiette, engouffrai 2 Poonekourhe grands formats et me dépêchai de quitter la table pour aller jouer dehors avec mon vélo Manufrance (5) avant de repartir pour l’école…

 

(1) A écouter absolument en CLIQUANT ICI

(2) Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cet endroit, CLIQUEZ ICI

(3) Pour ceux qui ignorent tout de cette 'langue' fleurie, CLIQUEZ ICI

(4) Une soupe de haricots, carottes et pommes de terre avec des crêpes ! Plus d'infos ICI

(5) Lire le récit ’Mon premier Vélo’

 

 

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07/06/2019
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Em Clemau sei Footzegge : May 2019

Liewe Noschdalschia lèsa, als Ich es letschde mool may Briefboot gesihn honn das wa kouatz voa de Europawahle un dea hat so rischdisch ongeschla aousgesihn...

Als Ichem die Hond gèhn honn ounne gefrooht honn oba kronk wéa oda obba die Frégg häd do hadda mich mideme lähre blick ongeklootzt unn hat ènfarh gesaat :

- Noch schlimma, Ich mouss die gonze Wähltzédelle eroumdroohn !

Do hon Ich eascht geméakt das sei scheenes élektrische drayrad woa so schtolz drouf wa hinne vunn lauda gewicht fascht sezommzgebroorh wèa un das das hinaschdde Schoutzblèch fascht ouffem räfe geschläft hat.

- Do honn Ich Hounnade devoun oun jedes voun dènne dinga wieht sofill wie dray wourrhe Poscht oun die Misse allegèah noch woa somschda vedèlt wäre, Ich in nit wait woum nèave sesoomebrourh !

Donn issa gonz lognsoom im himbelle gäh de Brifkaschdde voun maynem nochba gong oun hat weidda gegroumelt oun die gonz weld awa Haoupsäschlich die Polidigga vedoomt.

De rèschd hon Ich Nimmé veschdon, Ich hon noua norh gehéaht wia gesaat hat 'das wèat norh nidemol méh betzahlt... Alles noua Aschlé..., Alles Schei..., Ia kinne mich om A... lègge...

Don hon Ich May Brifkaschdde oufgemarh unn honn tatzäschlich so E braouni Kouveat eraousgehol mit eme gonze putsche wähler zéddele die elèn on papia E däl woum Amazonie ouawald gekoscht honn.

Do ware so viel Kondidadde (doat mouss die Soupp gudd schmägge !) das die Gemän E gonzi rai plagadde wänd hat misse uffschdelle fa die gonze plagadde voun dène Kondidadde oufseglève...

Oun dea gonze siagouss noua fa E pa daa spädda feschtseschdelle das die Marine 0.9 % mé schdimme gritt hat als de Macronix de Gaulois, das de Wauquiez sich E naya rodda Jagge kaaffe konn, das die sotzialischde Kapidänlos uff Ihrem Pédalo weidda pletsche un das voum Mélanchouille noua norh say hologramm rescht geblieb is, was fa denne der sich als 'ountaschtbar' voa gonz Fronkraich dogeschdelt hat E richdischa schtoss ons schinbän wa...  

Kouatz gesaad, ma hon gewäld, sie honn fascht alle gèa gewunn un sogga die wo veloa honn sin gliklisch dasse mit so viel onzehn unn wuadde weloa honn.  

Was uns onbelongt, geht's lèwe weidda, de Francis Lalanne un sei Koah 'les petits chanteurs aux gilets jaunes' die wère jede Somschdda weidda ouf de Schtroos singe, mia wère weidda schdayere, alles was gabbout gemach wèad unn ounsere illousionne betzahle...

So, liewe Noschdalschia lèsa, jetz los Ich Aych gehn, wissena, seit das E senator uns éaklèat hat das wourscht Kreberègenda is als das unkraoutvenischdoungsmiddel (1) Glyphozad, doun Ich ma jede moaje beim frischdik Pesticid uff my zwiebak schmére unn honn imma méa huddel fa das zaych se finne...

Ich wère ma waschaynlisch E vorrat oaganisire misse, Ich will jo nit om Lyonakrebs odda om Kwétschesischméakrebs abkratze !

So, bis ball, blaywe gesund unn vegässe nit fa de Noschdalschia Blog se wähle, das is änfarha als fa die Europawahle unn ma doud nit de Wald in gefah bringe !

 

fact2.jpg 

Et voici la version française de ce pamphlet :

Chers lecteurs de Nostalgia, lorsque j’ai vu mon facteur la dernière fois, c’était quelques jours avant les élections européennes, et il avait l’air complètement abattu…

Je lui ai serré la main et quand je lui ai gentiment demandé s’il était malade ou s’il avait attrapé la grippe, il m’a fixé avec un regard vide et m’a simplement dit :

- Pire que ça, je dois distribuer les bulletins de vote… !

C'est là que j’ai remarqué que son nouveau tricycle électrique dont il était si fier croulait sous le poids du chargement et que le garde-boue arrière frottait pratiquement sur les pneus…

- J’en ai des centaines et chacune de ces enveloppes pèse aussi lourd que 3 semaines de courrier habituel et nn plus, il faut que tout soit distribué avant la fin de la semaine, je suis au bord du Burn-out ! 

Puis il s'est dirigé d'un pas las et en claudicant vers la boîte à lettre de mon voisin tout en maudissant l’humanité entière et les politiciens en particulier.

Je n’ai pas compris le reste de sa litanie mais j’ai encore cru entendre ‘c’est même pas payé en plus… bande de trous du c…, faites ch… et allez-vous faire…’, puis j’ai ouvert ma boîte à lettre et j’en ai effectivement retiré une grosse enveloppe brune dont le contenu en tracts et bulletins de vote représentait l’équivalent de la déforestation d’une partie de l’Amazonie…

Il y a avait tellement de candidats (la soupe doit être bonne !) que la commune a dû bricoler en vitesse une nouvelle rangée de panneaux pour pouvoir y coller toutes les affiches des prétendants…

Tout ça pour apprendre quelques jours plus tard que la liste de la Marine avait fait 0.9 % de plus que celle de Macronix le gaulois, que le Wauquiez pouvait aller s’acheter un nouvel anorak rouge, que les socialos dérivaient sans capitaine sur leur pédalo et qu’il ne restait plus que l’hologramme à Mélanchouille car lui-même était en pleine déconfiture ce qui est un tout de même un sacré coup de pied dans les tibias pour celui qui pérorait devant la France entière en prétendant que sa personne était soi-disant sacrée et intouchable !

Bref, on a voté, tout le monde est content, ils ont presque tous gagné et même les perdants sont fiers d‘avoir perdu avec autant de prestige et de dignité…

Quant à nous, la vie continue, Francis Lalanne et ses choristes ‘les petits chanteurs aux gilets jaunes’ vont continuer à se produire sur la voie publique tous les samedis et nous on continuera à payer la casse, les impôts et le prix de nos illusions… 

Sur ce, chers lecteurs de Nostalgia, je vais vous laisser à vos occupations, car, depuis qu’un sénateur nous a expliqué que la charcuterie était plus cancérigène que le Glyphosate, je me tartine du pesticide sur mes biscottes du petit déjeuner et j’ai de plus en plus de mal à en trouver.

J'envisage d’ailleurs de m’en constituer un stock, je n’ai pas envie de succomber à un cancer dû au saucisson ou à la confiture de Quetsches !

 

desherbant.jpg

 

A bientôt, portez-vous bien et n'oubliez pas de voter pour le Blog Nostalgia, c’est plus simple que pour les européennes et on ne risque pas de mettre la forêt en péril !

 

(1) Ce mot existe également dans la 'vraie' langue de Goethe si vous en doutez, CLIQUEZ ICI !

 

https://static.blog4ever.com/2016/02/814449/artfichier_814449_7967631_201811244441318.jpg
 

Lire les autres billets d'humour : 

Billet Février 2018 (Changements de Présidents) 

Billet Mars 2018 (Le catalogue russe) 

Billet Avril 2018 (La grève à la SNCF) 

Billet Mai 2018 (N. D. des Landes - Le prix Eurovision) 

Billet Juin 2018 (La coupe du monde) 

Billet Juillet-Août 2018 (La canicule) 

Billet Septembre 2018 (Macronix le gaulois) 

Billet Octobre 2018 (Nouveau Gouvernement) 

Billet Novembre 2018 (Gilets jaunes etc...) 

Billet Décembre 2018 (Cadeaux de Noël) 

Billet Janvier 2019 (La cagnotte)

Billet Février 2019 (La tempête de neige) 

Billet Mars 2019 (La vie en jaune)

Avril 2019 (Le chéquier perdu) 

 

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01/06/2019
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Parlez-nous de vous : Joseph Schoumer

L’histoire de notre ami Joseph Schoumer ressemble à un de ces romans de Charles Dickens, cet auteur anglais de l’époque Victorienne qui nous a laissé des chefs d’œuvre tels que Oliver Twist, David Copperfield ou son fameux Conte de Noël ayant comme personnage central le célèbre Mister Scrooge

Né le 19 avril 1943 au sein d’une fratrie de 13 enfants, la mère, Madeleine Schoumer est abandonnée brutalement par son mari et, n’ayant pas de revenus, n’a d’autre solution que de confier ses enfants à l’assistance publique.

Cet organisme placera les plus jeunes, dont Joseph, dans l’orphelinat Saint Joseph (un nom prédestiné) géré par des ‘Bonnes sœurs’ à Sierck-les-Bains en Moselle tandis que les plus âgés (14 ans et plus) iront travailler et vivront chez différents paysans de la région…

Les filles quant à elles seront transférées dans un autre orphelinat à Rettel, un village voisin.

 

sierck.jpg

 

Le quotidien à l’orphelinat est minuté et bien rodé. Joseph raconte :

Le réveil du dortoir dans lequel une trentaine de gamins sont installés est assuré par une des ‘Sœurs’ le matin vers 6h30.

Une fois réveillés, on se met à genoux devant nos lits respectifs pour une première prière puis départ en groupe pour une rapide toilette devant les éviers.

La toilette terminée, retour vers le dortoir où nous revêtons la tenue mise à disposition par l’orphelinat puis chacun s'active pour faire son lit.

Dès que nous étions en mesure de manier un couteau, il fallait aider dans les cuisines à préparer les repas en épluchant les légumes ou en faisant la vaisselle.

On nous avait également appris à faire le ménage, à laver les planchers et plein d’autres menus travaux que nous exécutions sagement sans nous poser de questions…

Joseph passera ainsi une dizaine d’années dans ce lieu fermé dont il ne sortira quasiment jamais et dans lequel les jours se suivent et se ressemblent…

La classe était également assurée par des sœurs qui réduisent le programme scolaire officiel à l’apprentissage du latin, du français et de la religion.

Parfois nous répétions pendant une journée entière de petites pièces de théâtre qui étaient ensuite présentées à un public choisi les jours de fêtes religieuses.

Une chorale qui interprétera les nombreux chants religieux lors des messes est également mise en place…

Le jeune Joseph vivra ce quotidien en compagnie de ses frères André (qui a déjà 14 ans et qui est resté comme peintre à l’orphelinat), Roger, Henri et Marcel.

Ces derniers, déjà plus âgés, quitteront l’orphelinat pour aller travailler chez les paysans des environs.

Les années passent et, pendant ce temps, la mère fait la connaissance d’Antoine Noël (encore un nom prédestiné !), un ouvrier mineur originaire du pays-haut (Hayange) venu travailler dans les mines de charbon locales.

Ce dernier est provisoirement hébergé par Charles, un des frères aînés qui travaille déjà à la mine. Madeleine et Antoine s’entendent bien et un nouveau couple se reforme et habite provisoirement dans les baraquements de Simon Sud.

Antoine mettra tout en œuvre pour sortir rapidement les enfants de sa compagne Madeleine de l’orphelinat et c’est finalement en 1955 que ces derniers quitteront Sierck-les-Bains pour rejoindre leur ‘nouvelle famille’ qui occupe désormais une baraque entière à la cité de la Ferme de Schoeneck

C’est la première fois de sa vie que le jeune Joseph, alors âgé de 12 ans, quitte l’endroit dans lequel il vit depuis une dizaine d’année.

Il avait senti lors des dernières visites de sa mère que des choses étaient en train de bouger mais il ignorait encore que le quotidien de la fratrie allait changer à ce point et qu’ils quitteraient bientôt ces structures qui les avaient accueillies, nourries et protégées…

Joseph sentait confusément que sa jeune vie allait basculer vers l'inconnu.

Il se souvient très bien de cette mémorable journée, faite de sentiments partagés entre joie et crainte, lorsque les portes de l’orphelinat s’ouvrirent pour la première fois vers cette liberté qu’il attendait inconsciemment depuis si longtemps et qu’en même temps, il appréhendait…

Un matin ils sont venus me chercher pour me ramener à la gare où je devais prendre le train pour Forbach. A 12 ans, je n’avais jamais roulé ni dans une voiture ni dans un train et je me sentais comme un extra-terrestre qui débarque sur la terre.

Cette arrivée dans un monde 'ouvert’ me causa un véritable choc et les crises d’angoisse et de peur se succédèrent pendant les premiers mois de cette liberté inattendue…

Je découvrais tout ce qui m’était jusque-là inconnu. D’autres enfants, des adultes, des familles, toutes ces baraques pleines de gens qui parlaient des langues que je ne comprenais pas, les jeux, la forêt, l’école, des rues pleines de vie et de mouvement, les magasins, les vélos, les mobylettes et l’Autobus… Rien n’était plus comme avant et j’explorais petit à petit ce nouveau monde dans lequel je me sentais encore étranger...

Les premiers mois passés en famille dans la baraque de la Ferme de Schoeneck furent pour Joseph et ses frères un festival de joies et de nouvelles découvertes.

Leur 'nouveau père' Antoine leur fit découvrir tout ce qu'ils ne connaissaient pas.

Il les emmena pour la première fois de leur jeune vie à la foire, firent en sa compagnie de longues promenades dans la forêt voisine, et prirent l'Autobus pour aller explorer Forbach, la ville la plus proche dans laquelle il découvrirent des magasins, endroits nouveaux dans lesquels il n'avaient jamais mis les pieds...

Les premières semaines passèrent très vite puis Joseph entra à l’école du village chez Monsieur Blum.

Il se fit rapidement de nouveaux amis au sein des élèves de sa classe et manifesta rapidement un intérêt évident pour le sport en intégrant l’équipe de Basket locale puis en devenant jeune sapeur-pompier dans le corps de l'équipe des volontaires du village…

Ces premières années de sa nouvelle vie ont laissé pleins de merveilleux souvenirs à l’ami Joseph qui aime les raconter avec des étincelles de bonheur dans le regard :

On avait même construit un terrain de Basket derrière le bâtiment du Burghof à Forbach sur lequel on s’entraînait le plus souvent possible…

Comme j’étais grand et sportif, je jouais également au foot dans le pré entre la Ferme de Schoeneck et le village.

Il y avait mon frère Marcel malheureusement décédé à 15 ans d'une méningite mal soignée, Muller Berti & Roland, les frères Birig, Derr André, Scepanzick, toute une bande de jeunes footballeurs dont certains auraient pu faire une belle carrière… Moi j’étais dans les « caisses » en tant que gardien et c’est à cette époque qu’on m’a surnommé « Yashine » du nom de ce gardien de but russe très connu dans les années 50-60. Et puis on allait également jouer sur la place de la mare où se trouvait le 'rouleau' et dans la baraque du foyer dans lequel on pouvait jouer au Ping-Pong et lire des livres à la bibliothèque…

C’étaient de belles années pleines de découvertes !

Bref, tout allait pour mieux dans le meilleurs des mondes et à 14 ans, l’ami Joseph entre en apprentissage chez un artisan qui tenait un atelier métallurgique à Stiring-Wendel et qui travaillait en sous-traitance pour les H.B.L.

Malheureusement tout ne se passe pas comme on lui avait promis et, au lieu de faire un véritable apprentissage, Joseph est exploité et travaille comme manœuvre mais avec le salaire ridicule de quelques dizaines de Francs d’apprenti…

Il fallait absolument que je me sorte de cette galère et j’ai donc volontairement pris la décision de « bâcler » mon travail afin que le contrat d’apprentissage soit rompu.

Ça a marché et comme la plupart de mes amis travaillaient à la mine, j’ai décidé d’y entrer également pour apprendre le métier de mineur…

J’ai passé la visite médicale d’embauche et j’ai commencé le dur apprentissage de mineur en travaillant au triage des Skips de charbon au puits Gargan de Petite-Rosselle…

Pendant tout le poste, armé d’un bâton, je synchronisai l’arrivée des berlines de charbon en bloquant ou en libérant les wagons afin de réguler au mieux le déversement du charbon sortant du sous-sol…

C’est à l’école des mines que joseph prends conscience des lacunes de l’enseignement religieux dispensé par les bonnes sœurs.

Excellent élève en dictée et en français il est nul en calcul et un professeur du centre d’apprentissage viendra spécialement de Sarreguemines pour lui donner des cours de rattrapage.

Ce prof m’avait dit : c’est dommage pour la suite de ton apprentissage, je vais venir 3 fois par semaine pour te donner des cours de soutien en calcul. Cela ne te coûtera rien, je le fais pour t’aider… Je n’oublierai jamais ce que ce professeur a fait pour moi !

 


 

A 18 ans, Joseph est appelé à faire son service militaire et là également, un Capitaine bien intentionné fit en sorte qu’il puisse suivre des cours de mathématiques afin de rattraper définitivement le niveau d’un élève ayant suivi une scolarité normale.

Au retour de l’armée, il rencontre sa première épouse et de cette union naquirent 3 enfants. 

Malheureusement cette union fut un échec et ils se séparèrent après 10 années de vie commune.

Quelques mois après cette séparation il fit la connaissance de Marie Jeanne, une jeune mère de deux enfants avec laquelle il vécut en parfaite harmonie jusqu’à son décès en mai 2018.

Durant sa vie professionnelle, Joseph sera un syndicaliste engagé et convaincu, intégrera par la suite les équipes de sauveteurs et terminera sa carrière avec le grade de boutefeu.

Aujourd'hui, après avoir surmonté quelques petits ennuis de santé, il vit une paisible retraite dans sa maison de Stiring-Wendel, entouré de l'affection d'Estelle, la fille de Marie-Jeanne, de son petit fils Enzo, et des autres membres de la famille.

C'est là qu'il ma reçu par une belle journée de mai en compagnie de quelques ami(e)s fidèles venus papoter avec lui et échanger des souvenirs du bon vieux temps...

Mais ça, c'est une autre histoire dont nous parlerons une prochaine fois. C. Keller, mai 2019

 

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26/05/2019
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Em Clemau sei Footzegge : April 2019

Liewe Nostalschia Lèsa, Ich bin im momènt gonz Fetzaywellt…

Ich Souhre schoun sayt zway wourhe may Schègghäft unn finnes nimmé…

Es iss doch änfarh se finne, es hat so E blaua Deggel unn de noomme vunn de Bonk schteht in goldischa schrift drouf. Obna’s klawe oda nit, Ich finnes nimmé !

Ich koomisch norh genaou earinnere von Ich’s om letchdde mool benoutz honn.

Das wa wie Ich mayna frayndin E esse inna wouaschdboud in Fouabarh betzalt honn…

Ich konn misch norh genaou earinnere, 8.60 € honn Ich domols betzalt.

Als Ich hèmm koum bin, honnisch das Schègghäft onn say noamales platz hingeleht, in E Pabbeldeggelscharggel (!) wo Ich aus sichahâtsgrind imam im Gaade unna’s Kaminholtz veschdégge. Awa déa wa nimmé do… Ich honn die 12 Schdère Holz di gonz Wourh änzelt eroumgedrät unn honn nix gefoun…

Donn Honn Ich gedènkt daas Ich’s sunschwo hingeléht honn, doat wo Ich’s Baaggeld noamal hinlèhe, gonz ounne inn de Congélateur inna louftdischdde Toutt…

Doat was awa a nit… Donn honn Ich de gonze Daa die 250 Kg ingefrorenes in de Congélateur widda ingeraoumt, honn im Wéschkoab noogelouht, im Kloo, unn sogga im bett unna de Matratz wo Ich die Bonk Ausiesch unn die Schdayatzéddele hinléhe.

Nix se marrhe, das ding wa endgildisch veschwunn !

Das hatt mich séah geèyaht weil Ich a E Spänd fa die Notre-Dame Kathédraal honn wille marhe. Als Ich gesihn honn das die Familie Arnaud unn Pinaud E bissie vunn hrem geld gènn honn donn honn  Ich gedenkt das Ich a E bissie, im vehälniss zu maynem inkoume, spènde kind…

Un Jetz bin Ich in de Klèm…

Wie soll Ich don mayne 2.35 € hinschigge ohne Schègghäft ? Ich honn das gonze Minz ouf die Poscht im doaf gebroung (Ja, mia honn norrh änni !) awa das liewe Mädde hat ma gesaat dasses vebott wéa geld imme Päksche oder mit Chronopscht se veschigge…

Ich Bin so rischdisch vetzeifelt wail Ich Jetz widda E nayes Schègghäft beschdelle muss wo das alte eascht 8 joah ald wa unn fascht nit benoutz wa…

Hoffentlisch doud das nit de widdaoufbaou voun de Kathédraal vetzöggere, unsa Macronix dea Galia hat jo veschprohr das die in 5 Joah widda oufgebaout wèa…

Wenn ebbes nit klabbe soll donn klappt’s halt nit… Es is lèdda soo !

So, liewe lèsa, bis donn, bleiwe gesound unn bis zoum nägschdde moohl !

https://static.blog4ever.com/2016/02/814449/artfichier_814449_8211933_201905154054784.jpg

 

Et voici la version sous-titrée pour les non-Plattophones :

Chers lecteurs de Nostalgia, je suis en ce moment complètement désespéré…

Ça fait 15 jours que je cherche partout mon chéquier et je n’arrive plus à mettre la main dessus.

Il est pourtant facile à reconnaître, il a une belle couverture bleue avec le nom de ma banque écrit dessus en lettres dorées.

Eh bien, croyez-le ou non, impossible de le retrouver !

Je me souviens pourtant très bien de la dernière fois que je l’ai utilisé, c’était lors d’un repas que j’avais offert à mon amie en février  2016  dans un snack à Forbach.

Je me souviens même du montant de ce chèque : 8.60 €… En rentrant, je l’avais rangé à son endroit habituel, un carton que je cachais, par mesure de précaution, dans le jardin sous le bois servant à allumer la cheminée…

Eh bien figurez-vous qu’il n’y est plus ! J’ai retourné morceau par morceau les 12 stères de bois pendant toute la semaine et je n’ai pas réussi à remettre la main dessus…

Ensuite, je me suis dit que je l’avais peut être rangé ailleurs, à l’endroit où je planque l’argent liquide, au fond du congélateur dans un sachet hermétique…

Eh bien il n’y était pas non plus. J’ai passé la journée à remettre les 250 kg de produits surgelés en place, à fouiller dans la corbeille à linge sale puis dans les WC et même sous le matelas, là où je mets habituellement mes relevés de banque et ma déclaration d’impôts rien, mon chéquier a définitivement disparu !

Ça m’embête beaucoup car je voulais également faire un don pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Lorsque j’ai vu que les familles Arnaud et Pinaud ont donné un peu de leur argent, je me suis dit que moi aussi je devais participer à cette reconstruction en faisant un chèque en rapport avec mes revenus…

 

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Et maintenant je suis coincé… Comment faire pour envoyer ma participation de 2.35 € si je ne retrouve pas mon chéquier ?

J’ai ramené des espèces au bureau de Poste du village (oui, on en a encore un !) mais la gentille dame à la réception m’a dit que c’était interdit de les envoyer par colis postal ou par Chronopost…

Je suis désespéré et je vais être obligé de commander un nouveau chéquier alors que celui-ci  n’avait que 8 ans et n’a pratiquement pas servi…

J’espère que cela ne retardera pas la reconstruction de cet édifice que notre  Macronix le Gaulois nous a promise avant 5 ans !

Décidément, quand ça ne veut pas ça ne veut pas…  C’est malheureusement ainsi…

En attendant, à bientôt chers amis lecteurs et portez-vous bien !

 

 

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Billet Octobre 2018 (Nouveau Gouvernement) 

Billet Novembre 2018 (Gilets jaunes etc...) 

Billet Décembre 2018 (Cadeaux de Noël) 

Billet Janvier 2019 (La cagnotte) 

Billet Février 2019 (La tempête de neige) 

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15/05/2019
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J.F. Hurth : Police, Sexe et Harmonica

Amédée FOUILLARD n'était pas Shérif, juste Officier de Police du district de NOIREMINE, une ville qui "était une fois dans l'Est".

Ce fin limier était chargé de la sécurité des 17.216 habitants qu'on appelait les "NOIREMINEURS".

Et l'on pouvait dire que la ville était bien gardée, pas comme à  MARSEILLE où même les Arabes n'osent plus sortir le soir.

Quant aux NOIREMINEURS, beaucoup d'entre eux passaient leur journée sous terre, dans le monde du charbon, de l'obscurité et souvent de la peur.

Mais de retour chez eux, dans leur coron de surface, la télé les rassurait tous les soirs, en leur annonçant des misères et des catastrophes bien plus grandes, mais qui avaient lieu ailleurs. Alors la vie redevenait belle et la trouille plus facile à vivre.

 

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A NOIREMINE un jour, le drame eut lieu quand même.

Amédée Fouillard a 47 ans. Son épouse TATYANA est une splendide Biélorusse d'importation, de couleur blanche.

Charpentée comme une nageuse Soviétique, à l'exception de deux seins audacieux, elle a dû laisser tomber sa profession de vétérinaire, en même temps que tombait le mur de Berlin. Or, l'ensemble tombait bien, car Tatyana, grâce aux frontières désormais ouvertes, put arriver en France sans armes ni bagages car aucun de ses diplômes n'y fut validé.

Alors, amoureuse du monde animal comme elle l'était, c'est sans hésitation, ni embarras du choix d'ailleurs,  qu'elle accepta d'exercer sa passion et ses connaissances, à l'abattoir municipal, en qualité de "désosseuse" de 1ère classe.

Amédée et Tatyana eurent deux enfants, conçus amoureusement et selon les préceptes d'une fameuse méthode. Celle du Dr. "HO GINO", un gynécologue Asiatique de couleur jaune, nippon ni mauvais mais bien allumé quand même, car il voulait réguler les naissances dans le monde entier, grâce à une méthode qui portait son nom, mais qui ne fonctionnait que lorsque les couples ne couchaient pas ensemble.

Le corollaire de cet échec contraceptif, se traduisit par des milliers d'enfants qui dès leur naissance faisaient tirer la tronche aux parents, quand ce n'est pas le couple qui se défaisait, chacun accusant l'autre d'avoir couché ailleurs.

Il faut aussi préciser que le  Dr. HO GINO avait de bonnes raisons d'en vouloir aux femmes.

Oui, à la fin de la guerre, deux de ses maîtresses n'eurent  même pas  la courtoisie de le prévenir de leur disparition. 

L'une à HIROSHIMA, à la suite d'une fausse couche, l'autre à NAGASAKI dans un accident de voiture, pas loin de la gare.

Rappelons qu'il a définitivement cessé de vivre dans les années 70. Mais, dans certains EHPAD, quelques unes de ses anciennes victimes, lui en veulent encore derrière leurs déambulateurs.

Mais revenons à l'Amédée Fouillard qui dans son rôle de justicier local, était très occupé par le grand banditisme qui régnait dans sa ville.

C'est à regret qu'il mettait ses malfrats au violon, alors qu'il jouait bien mieux de l'Harmonica. BANDITISME oui !

-  Dans les maisons de retraite où l'alcool, la drogue et une prostitution déferlante, faisaient des ravages.

- Dans les écoles primaires où les maîtres étaient confrontés au terrorisme des élèves, qui exigeaient avec la complicité des parents, la suppression des mauvaises notes et la traumatisante correction à l'encre rouge.

- Plusieurs cas de "radicalisation" avaient été signalés chez les 3ème année de maternelle, sans compter un spectaculaire vol de "GABARDINE" dans le vestiaire du centre culturel, lors d'une soirée LOTO, animée par GINETTE.

C'est ce crapuleux délit qui mit la ville en émoi. Dès le lendemain la presse parlait du scandaleux vol de l'unique manteau d'ALBERT, un unijambiste qui venait de perdre sa femme RAYMONDE, la redoutable patronne du Café du Commerce.

Le journal louait aussi le courage de GINETTE  qui avait malgré la panique des joueurs, su mener son LOTO au bout et remettre leurs cadeaux aux champions.

Or l'enquête menée rondement par Amédée FOUILLARD, démontra qu'ALBERT, qui s'était lui-même dérangé pour assister aux obsèques de sa femme, portait bien la GABARDINE au cimetière.

A partir de ce moment là l'enquête piétina et la presse ne ménagea pas Amédée, malmené qu'il fut par d'incessantes critiques.

C'en fut trop. Même jouer des heures à l'Harmonica ne le calmait plus. Fouillard à force de côtoyer les rivages de l'immonde et par peur de dévisser, se mit à chercher un exutoire dans la pratique du sport. Et ce fut le Tennis !

Membre Fondateur du club de NOIREMINE, ses obligations sont grandes et les nombreuses réunions du Comité Directeur, souvent arrosées comme des troisièmes mi- temps, se terminent très tard et en chansons paillardes, avec l'Amédée à l'Harmonica.

TATYANA sa Biélorusse désosseuse d'abattoir de 1ère classe, n'aime pas trop ces absences et parfois même trouve au retour de ces nuits, que l'haleine d'Amédée est fort chargée...voire désagréable. Souvent endormie, elle ne connaît pas non plus l'heure à laquelle il rentre, bien qu'il prétende invariablement : "Il est juste... 1H 10' ma chérie".

Mais cette nuit-là il est 4H47',  lorsque notre flic musicien, ouvre la porte avec une prudence fébrile. 

Mais laissons Amédée FOUILLARD lui-même,  vous raconter comment les choses  se sont passées ce soir-là...

Je ferme la porte d'entrée qui couine et j'attaque la montée d'escalier. Un putain d'escalier, avec ses 17 marches puant la vieille cire, gémissant d'usure et qui me fait tousser deux fois, avant d'ouvrir la grinçante porte de l'appartement.

Je traverse le salon sans me cogner, je réprime en douceur un rot de moyenne intensité, je traverse le bureau et je vois la chambre conjugale entr'ouverte.

Mon exquise Tatyana dort d'un sommeil angélique, lovée... et légèrement découverte à hauteur du genou gauche.

Et là,  je me souviens fort bien. C'est le moment où surgit "L'Idée fixe". Oui ce genre d'idée qui arrive dans un coin du cerveau, là où le bon sens est difficile à localiser.

Lorsque je vois le galbe raffiné, la blancheur suggestive et le grain parfait de cette jambe slave, faiblement éclairée par le rayon blafard d'une lune opaline, suspendue comme un gigantesque testicule, dans un ciel constellé d'étoiles... ALORS !!

Alors, je remercie le "Très Haut" de m'avoir permis de conserver intact mon cerveau reptilien, celui qui justement rappelle impérativement aux mammifères que nous sommes, les besoins vitaux :

- MANGER - BOIRE - DORMIR et, se REPRODUIRE !!

Hâtivement, je raccroche le  Holster d'où dépasse la crosse de mon 357 magnum de service.  

Les enfants sont chez les parents, ça tombe bien et mon pantalon aussi. Dès lors l'idée fixe s'accélère exponentiellement.

Trois mètres plus loin c'est la chemise et, plus loin et plus fébrilement encore tout le reste, sauf une chaussette que je ne quitte que pour la Saint Valentin.

En extase je frôle de ma main experte ce genou offert et je ne remarque pas que TATYANA à peine éveillée, me regarde de l'œil inexpressif d'une désosseuse professionnelle, examinant un quartier de viande.

- C'EST QUI ?... qu'elle démarre avec la rudesse de ces slaves victimes de l'émigration, juste après les affres de la seconde guerre mondiale.

- C'est moi mon amour que je murmure d'une voix déjà rauque...

- C'EST QUELLE HEURE ?... poursuit-elle en se retournant avec une petite fuite d'un bruit délicieusement incongru et laissant dans le même mouvement exposée en liberté, une moitié de fesse charnue et appétissante.

C'est 1H 10' que je précise à 4H38', titulaire d'une dose d'alcoolémie propice aux "idées fixes"

A ce stade du récit,  il n'est pas inintéressant de rappeler ce qui dans le même segment de temps, se passe dans le reste du monde:

- A Colombey-les-deux-Eglises, De Gaulle vient d'achever ses "Mémoires de Guerre".

- A Guéret dans sa Creuse natale, Poulidor rêve d'un gilet jaune

- A Frankfort, de retour chez lui, Cohn Bendit vient de fêter ses 24 ans     

- A Noiremine, dans la salle de bain, Ginette compte fiévreusement ses bénéfices du Loto.

- A Hazebrouck dans le Nord,  il fait 14° avec un vent faible.

                             

* * * * * * * * * * 

 

Je tente alors le tout pour le tout, en engageant ma jambe droite et froide dans le lit tiède.

Tatyana soliloque immédiatement quelques mots dans un sabir franco/Stalinéen qui échappent à l'Officier de Police imprudent que je suis.

Car je n'ai pas compris que ses paroles étaient en réalité une mise en garde, mais encouragé par "l'idée fixe",  j'engage alors le reste de mon corps dans le lit douillet et convoité.

ERREUR TOTALE ! Le combat fut immédiat, sans concession, d'une violence inouïe !

Epilogue du drame :

Bouté hors du lit conjugal Amédée FOUILLARD se relève avec la dignité, dont seuls les hommes savent faire preuve dans ces situations là.

Sans chemise, sans pantalon, il se dirige vers la cuisine, la tête entre les épaules et "l'Idée fixe" désespérément mobile entre les jambes.

Sur le carrelage glacé, pieds nus devant le réfrigérateur de marque "BRANDT" la fierté du ménage, il termine un yaourt périmé et, avec le délicieux accent des courageux ressortissants de la Moselle/Est, on peut l'entendre dire !

Un jour... oui un jour… je l'aurai, je l'ôôrai !

  

Pour conclure ce dossier, soyons objectifs.

La vie d'Amédée FOUILLARD n'était  pas une sinécure avec GINETTE  au loto, TATYANA  au lit et une affaire de "GABARDINE" jamais résolue.

Mais le temps passa, l'heure de la retraite d'Amédée avait sonné depuis longtemps, lorsque GINETTE fut mise en terre quelques années plus tard.

Au cimetière le temps était maussade ce samedi 27 Avril 1969.

C'est à la demande d'ALPHONSE le mari de la défunte, qu'Amédée joua  l"Ave Maria" de Schubert sur son Harmonica chromatique, histoire de mettre l'ambiance à la descente du cercueil.

 

harmonica.jpg

 

Tout le gratin du Loto était là, même le beau- frère du Maire, avec son uniforme de pompier et des espadrilles neuves.

Et subitement, il se mit à pleuvoir très fort au cimetière de Noiremine et, l'ancien flic avait oublié son parapluie.

Tiens prends le mien, que lui fait l'ALPHONSE avec un clin d'œil de jeune veuf en liberté.

La GABARDINE que j'ai sur le dos, c'est une sacrée qualité, ça laisse rien passer.

Je l'ai trouvée  ce matin dans les affaires de… GINETTE.      

 

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11/05/2019
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