NOSTALGIA, le Blog qui fait oublier les tracas...

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J.F. Hurth : Alarme citoyens !

Bondieu quel imbécile ce "MÉDOR" !

Adjudant qu'il était l'animal. Bête à étonner un demeuré, et aucun espoir d'amélioration. 
Oui "MÉDOR" que tout le monde l'appelait, à cause de la façon caniche qu'il avait avec ses supérieurs et la hargne qu'il déployait, à l'endroit de tous ceux qui lui étaient inférieurs. 
Autrement dit, NOUS, les Bidasses du 25ème Régiment d'Artillerie de THIONVILLE en 1960.
Son faciès rouge cramoisi, confirmait dès l'aurore, l'éclatante victoire d'une alcoolémie résiduelle d'environ 1g 80. MÉDOR était la caricature du Sous-officier de carrière, en pleine activité d'auto-démolition.
Son uniforme toujours impeccablement repassé, des Rangers cirés au point d'éblouir, le calot incliné sur le front à deux centimètres du sourcil droit, l'Adjudant MÉDOR jubilait.
Il avait deux grands moments dans sa journée.

1) D'abord la montée des couleurs le matin, où il maintenait un garde à vous tellement figé et rigide qu'on craignait pour une rupture de ligaments.

Sa main droite, vibrait de patriotisme jusqu'au bout des doigts, qu'il plaçait entre son œil vicieux et la pointe du calot. Le coude était aligné dans le prolongement de l'épaule et son regard torve était impressionnant. MÉDOR saluait la France, mais il aurait salué n'importe quoi d'autre, sur un ordre venu "D'en Haut". 
2) Ensuite, lorsque le clairon s'était tu sur une dernière fausse note, il dégonflait toute cette tension, donnait libre cours à ses abdominaux, laissant ainsi son inquiétante bedaine prendre des aises. Sa vareuse était alors tellement tendue, que les boutons astiqués autant que les Rangers, semblaient vouloir prendre des libertés non réglementaires. Sans désemparer, il passait ensuite à l'appel du matin, suivi de l'inspection de nous autres, les 45 "Pioupious" de sa Section.
Il y a des personnes qui savourent un moment de gloire, lorsqu'on leur décerne le Prix Goncourt, d'autres lorsqu'elles gagnent une médaille d'Or aux jeux olympiques.

Lui MÉDOR, c'était à L'APPEL des 45 bidasses innocents qu'il tourmentait à l'ombre du mât des couleurs, qu'en toute bonne conscience, il savourait un curieux orgasme matinal.

Liste de présence hurlait- il à l'adresse du Sous-Brigadier "BRILLANT", Prof.de philo dans le civil, bombardé scribe de service pour l'occasion.

- AKIZOWSKI, qu'il commençait alors l'Adjudant.

Prrécz.. Bréczânt, répondait le fils du récent immigré Polonais, étonné qu'on s'occupe déjà de lui.

- ALLAOUIE Ali !! Tu réponds le bicot ?

Prriisent ! bafouillait l'Arabe fils de Harki, qui se battait pour l'Algérie Française. 
- De la MOLLETIÈRE Jasper Sigismond, Victorin.

- C'est quoi ce con là soldat BRILLANT, s'étonna MÉDOR…

A vos ordres Excellence, s'empresse d'intervenir le rejeton d'Aristo, juste avant de prendre un magistral coup de pied au cul...

Comme çà jusqu'à ZIMMER, une bonne demi-heure plus tard. Parce qu'il y avait toujours un petit rigolo qui répondait "Présent" 2, 3 fois et il fallait tout recommencer.
Ensuite, après une bonne heure de pas cadencé, virilisée par des "Garde à vous", des "Reposez arme" et autres, "En avant marche", MÉDOR nous arrêtait sur un tonitruant :

"SECTIONNNN... HALTE » ! !

Et là commençait le second temps fort du beau métier de l'Adjudant.

- Soldat BRILLANNNNT...!! Bordel à cul donne-moi la liste des corvées et des taulards et fissa, qu'il éructait.

Ah! Il fallait le voir avec sa liste, bras tendu, sourire aux lèvres, ménageant les silences, les tonalités phonétiques, selon qu'il s'agissait de corvée de patates, de désherbage ou de chiottes. 
Un one man show mille fois répété, un superbe moment d'autorité pour ce grand décideur de petit grade.

Mais le zénith de son illusoire toute puissance, était atteint lorsqu'il annonçait les noms des taulards et la durée de la peine.

- 1, 2, 3, voire 8 jours qu'il avait droit d'infliger, selon son humeur et sans appel, notre Procureur de bal musette… J'ose à peine l’imaginer sous d'autres régimes, avec un petit Dictateur en forme, qui lui aurait accordé… carte blanche...

Pendant deux mois, le temps de mes "classes ", j'ai vu le bougre s'en donner à cœur joie. Jamais un signe de lassitude, jamais une baisse d'enthousiasme, toujours à l'apogée de la bêtise.

 

medor2.jpg

 

Sélectionné je ne sais trop pourquoi, pour suivre une formation de transmetteur en "Code Morse", j'entrais dans un espace de semi-liberté, pendant quatre mois.

Reçu à l'examen pas trop facile et donc assez content de moi, je retrouve l'enflure lors d'un rassemblement exceptionnel, qu'il commande sous l'autorité du Colonel en grand uniforme.
Hiératique et altier comme le veut l'usage à ce grade là, ce dernier s'abrite fièrement derrière une batterie de décorations multicolores.

- GARDE À VOUS ! Qu’il aboie notre Juteux, avant d'attaquer une mémorable déclaration :
" Les ceusses que les noms ci-après énumérés par moi-même, partiront pour L'ALGÉRIE, faire leur devoir de soldat de la Patrie, incessamment dans les 8 jours », hurle-t-il.

- REPOS !
Putain, j'en faisais partie. Merde, me v'là fin bon pour la guerre, dans un pays que je situe à peine sur la carte. Si ça se trouve, faudra que je tire sur les frères de mes copains Arabes, qui bossaient avec moi à la mine.

Trois jours plus tard, rassemblement des futurs Anciens Combattants dans la Chapelle. L’Office est présidé par l'Aumônier, gestionnaire des âmes comme un prêtre de chez nous, mais en tenue camouflée quand il bosse dans les casernes.

Mes biens chers Frères qu'il démarre … vous voilà bien volontaires pour la gloire et le maintien de notre belle Algérie Française dans la Nation. Mais vos armes ne suffiront pas à vaincre l'ennemi.
C'est la foi en Dieu qui fera votre force. Et, parce que certains d'entre vous ne reviendront peut être pas, je propose aux braves qui le souhaitent, de leur administrer le Sacrement de l'Extrême Onction.
Croyez- moi mes chers Fils, le moment venu, ce viatique pour le Paradis vous sera bien utile. Bien sûr, je ne le souhaite à personne, mais ne tentons pas le Diable toujours présent parmi nous, surtout en Algérie où ses troupes interviennent en bandes organisées en ce moment.
Ensuite, ceux qui le voudront, pourront communier, mais en silence et en rang par deux !
- AMEN

Alors, quatre Musulmans pas trop catholiques, six Vietnamiens égarés et trois Israélites moins Juifs que Commerçants, se doutant qu'ils s'étaient trompés de BONDIEU, sortent au pas cadencé, comme on leur avait appris à marcher désormais.

Au fond de la Chapelle, une bonne quinzaine de bidasses prient à tout hasard, sur fond de catéchisme modèle CM1. Mais quelques autres dans mon coin et, on n'a jamais trop compris pourquoi, se mettent subitement à gueuler : "LA QUILLE BORDEL !"

C'était davantage pour dire quelque chose que d'être irrespectueux, voyez-vous.
Mais l'homme de Dieu, qui avait plus d'un tour de magie dans son sac, était justement en train de bidouiller une pastille blanche de synthèse, corps et sang confondus, à administrer aux repentants, pour la rémission de leurs turpitudes. Et, pour accélérer le miracle, il soliloquait de mystérieuses incantations dans une langue inconnue au bataillon.

Dérangé et franchement outré par cette interruption défaitiste, le Prête intima à l'Officier de service, l'ordre d'évacuer manu militari cette bande de mécréants, sûrement "Zazous" dans le civil.
Sans l'avoir fait exprès, mais pris dans la nasse, j'étais fait comme un rat. Sur ordre du Colonel décoré, on s'est tous retrouvés en taule en attendant l'énoncé de la sanction.
Trois jours de "Gnouf" et permission de départ sucrée.

Z'allaient être contents mes parents, la "Magda et le Wilhem" , quand je leur écrirai d'Algérie, alors qu'ils me croyaient peinard à "Diedenhofen".., enfin Thionville pour les gens de " l'Intérieur ".
Au deuxième jour de taule dans ma cellule, je vois se pointer MÉDOR.

Mais alors pas du tout l'Adjudant comme je vous l'avais causé avant. Non là, le MÉDOR n'avait plus son bel uniforme. Juste un vieux falzar sans ceinture qu'il tenait de la main.

Des chaussures aussi, mais plus de lacets. Une chemise décravatée. Plus de galons.

 

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- Mes respects mon Adjudant que je lui fais en fayotant, qu'est-ce qui vous arrive, c'est un contrôle inopiné ?

- Font chier, tous des cons, m'ont foutu dedans !

- Je ne comprends pas mon Adjudant, que je refayote...

- Chuis plus Adjudant, m'ont dégradé ces ingrats, alors que je me suis tapé la 39/45, la Corée, l'Indochine et même l'Algérie toute l'année dernière. Ah! les salopards, je leur en foutrais du St.Cyr, bande de cons ! J'étais au feu moi. Cinq années de front et ils m’emmerdent pour une Putain de Jeep ! Et d'emblée il m'explique : " Que la veille il était bourré. Alors avec un copain ils ont piqué une Jeep au garage, pour aller "aux filles" à Luxembourg.

Ces "cons de Luxo" ne les ont pas laissé entrer en boîte. Bagarre, Police et Panique.
C'est dans un sauve qui peut, en excès de vitesse et encore plus bourrés qu'à l'aller, qu'ils ont dézingué la Jeep du Colonel, dans un accident avec délit de fuite "…

- T'as pas une cigarette qu'il me fait, des larmes d'Adjudant dégradé à ses yeux désormais plus pathétiques que vicieux.

J'ui en donne deux, pour qu'il la ferme. C'est quand il m'a demandé si j'avais pas un peu de gnole que je lui ai dit : TA GUEULE !

 

* * * * * * * * * * 

ENGAGEZ VOUS, VOUS VERREZ DU PAYS QU'Y DISENT...

Ça se passe en 1960.

Dix jours exactement après ma rencontre dans la prison du Régiment, de l'illustre "MÉDOR", adjudant alcoolique et dégradé.

Grâce à lui, j'étais sur la liste des "Partants" en ALGERIE, mais je n'étais pas le seul…

Marseille, début 1960.

A plus de 1200 bidasses qu'ils nous avaient entassés sur ce paquebot qui s'appelait le "VILLE D'ALGER", pour aller faire la guerre aux Arabes.

J'en avais connu à la mine des Algériens. Ils bossaient bien et on rigolait ensemble quand ils essayaient de parler "Platt". Mais là, c'était des Arabes carrément inconnus qu'on nous demandait d'aller tuer, dans un pays qu'on situait à peine sur la carte, et sous un soleil qu'on se doutait pas de sa chaleur...

Ça faisait beaucoup.

"Pour une cabine individuelle avec téléphone, c'est 100 francs", nous appâtent les matelots qui avaient l'habitude de se faire de l'argent de poche avec les pioupious naïfs, qui voyaient la mer et un paquebot pour la première fois. "100 francs seulement, tu seras peinard. Traversée de deux jours et bouffe améliorée. Allez aboule tes 100 balles… Tu regretteras pas".

Beaucoup les ont donnés et moi aussi. Du coup de l'argent de poche pour mes 14 mois, il ne m'en restait que 400, des francs. J'étais encore riche. Cabine numéro 213, niveau 0 disait le billet que m'avait remis le matelot roublard.

C'est bien une cabine qu'on a eue sur ce "VILLE D'ALGER ", mais une 6 places. Trois doubles lits superposés, dans environ 10 mètres carrés de surface.

Mais comme on était douze à avoir donné 100 francs pour la même cabine, avec en mains les mêmes faux billets et que ça faisait donc deux troufions par lit de 60 cm, on a bien senti qu'on venait de se faire niquer. 


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La bouffe est arrivée deux heures plus tard. C'était une grosse gamelle avec douze cuillères et 3 pains, qu'un "mataf" a poussée par la porte, sans nous laisser le temps de lui casser la gueule. Je dois rendre justice au cuisinier du rafiot, bien que l'insipide brouet contenu dans la gamelle fut parfaitement dégueulasse. 
En effet, 3 heures après, plus personne n'eut faim jusqu'au lendemain de notre arrivée en ALGERIE. 
C'est vrai, qu’on n’a pas eu de chance avec cette belle Méditerranée qu'est devenue furieusement salope pendant toute la traversée. On avait l'impression qu'elle ne voulait pas de nous, les "Anciens Combattants" de plus tard.
Houle, tangage, creux énormes bref, tout ce que le "VILLE D'ALGER " n'aimait pas. Mais alors pas du tout, et il nous l'a fait savoir.

Presque tous sur le pont qu'on était jour et nuit, accrochés au bastingage ou, à se débattre dans nos gerbes qu'on lâchait par les orifices les plus surprenants.

La cabine, complètement oubliée ! De toute manière elle était devenue inaccessible à cause des couloirs débordants, dérapants et puants. Des centaines qu'on était à chercher les chiottes dans les mêmes coursives, à l'instar des chiens malades des pelotons cynophiles, qui gémissaient leurs nausées à nous rendre plus moribonds encore. 

Le mal de mer collectif comme ça, c'est horrible au point qu'on a juste envie de crever pour que ça s'arrête. 
Je pensai même à "l'Extrême Onction" que ce bougre d'hypocrite aumônier nous avait proposée, sans rire ni vergogne, avant qu'on parte. Le même qui voulait aussi nous administrer la communion au garde à vous et en rang par deux. Capable de tout, çui là.

Comme j'avais refusé ces viatiques paradisiaques, j'étais forcément promis à l'enfer mais à 19 ans, ça allait faire long. 

Finalement on est arrivé. Pas à ALGER, mais à BÔNE a cause du très mauvais temps. Cherchez pas BÔNE sur la carte, c'est ANNABA qu'il faut dire maintenant, si on veut être tranquille. Tout pareil que sous l'occupation le "STAHLHEIM" de chez nous, qui est redevenu "AMNEVILLE" après le départ des "Fritz", juste avant l'arrivée des curistes.

Quand ils nous ont rassemblés dans le port de BÔNE, les Officiers ont bien vu qu’on n’était pas présentables pour aller se faire tuer dans l'honneur. Alors ils ont décrété deux jours de repos ou d'infirmerie et une permission de sortie dans les bouges de la ville, avant de rejoindre nos affectations. Car voyez-vous à l'époque un soldat, ça fume, ça sait boire et ça va au bordel, Nom de Dieu !

Le lendemain, uniforme lavé, repassé, cravate nouée et rangers cirés, on a envahi les bouges de la ville, Et il y en avait des bouges. Pas une Eglise en activité dans cette fourmillante garnison portuaire. Que des bouges !

Moi qui n'avais jamais connu que les serveuses légèrement décolletées des bistrots de ROSSELLE ou de SCHOENECK, j'étais servi. Ébloui même ! C'est beau un bordel la nuit.

Des filles de partout et des faciles encore… Des ivrognes toutes catégories aussi.

Des matelots gueulant leur nostalgie au bar, de la sciure par terre, des Jukebox en furie, le tout dans un brouillard nicotineux.

Un vrai festival de misères en goguette. Ça pue un bordel la nuit.

Alors, dans l'un de ces claques, entre un très petit bonhomme en uniforme blanc.

Quatre galons dorés sur chaque épaule et une pleine collection de décorations sur son blazer d'apparat. Sur la tête une casquette avec plus dorures et de feuilles de chêne que deux Préfets, ou trois Commissaires de Police de chez nous.

Il était rempli d'alcool jusqu'aux cheveux ça se voyait, mais petit comme il l'était, il ne tombait pas. 
Derrière lui, debout dans l'entrée, deux énormes matelots à pompon rouge assuraient sa protection.
C'est le Commandant du "NARCOS", un paquebot GREC, en rade dans le port; gaffe à vos culs, murmurait-on dans le bouge, devenu singulièrement silencieux.

Par hasard, je me trouve au bar juste à côté du nain en blanc qui tient encore droit debout.

Avec ma cravate de travers et mon uniforme à deux balles, je ne pesai pas lourd moi, bidasse Français de deuxième classe. Si quand même, il m'aimait déjà beaucoup, puisqu'il caressait ma main et m'assurait de son indéfectible amour, dans un sabir d'homo de haut rang.

Mille balles qu'il me proposait pour l'accompagner sur son paquebot et autant après une nuit de tendresse à la grecque. Ne sachant pas où disparaître avant que sa libido ne s'emballât, je tente un discret ripage à gauche, mais il s'accroche, le prédateur…"You bist trrés beautiful", qu'il me fait, dans une synthèse d'au moins trois langues.

Conjecturant le pire et, avant qu'il ne mette en action la sienne, qu'il avait pâteuse dans son avaloir d'inverti de luxe, je réussi à m'arracher du cloaque, sous le regard courroucé de ses deux pitbulls à pompons.

C'est dangereux un bordel la nuit !

Dehors, mes copains m'ont rejoint pour m'engueuler d'avoir pas piqué les premiers mille balles que le satyre trilingue m'avait étalés, avant de me calter de ce bobinard à paumés.

Mais ça ne faisait pas assez longtemps que j'étais soldat, pour déjà être intelligent à ce point-là.

Le lendemain, des S/Off. à chevrons, nous ont comptés et recomptés, avant de nous faire grimper armés et casqués, dans des camions "GMC", eux aussi en tenue camouflée.

Mousqueton entre les genoux, trouille au ventre, moral en berne et sans fleur au fusil, on n’était pas glorieux.

Ces bahuts allaient nous propulser dans de dramatiques théâtres d'opérations, à l'assaut d'une défaite, qui nous fera perdre l'ALGERIE, une partie de notre jeunesse, et de trop nombreux camarades.

Je venais de vivre mon premier jour d'une guerre inutile. Gaaarde... à vous !

Des détails ? Plus tard, je vous raconterai... quand on aura le temps.

(Wen ma mol Zeit honn).  Fronz

 

P.S : Pardon à tous les Adjudants et aux Prêtres qui bien sûr, ne ressemblent pas à mes héros. Cette histoire vécue il y a près de 60 ans, n'a plus rien à voir avec la réalité d'aujourd'hui.
Les S/Officiers sont généralement d'excellent niveau, et font tourner l'Institution militaire avec compétence. MÉDOR avait la cinquantaine lorsque je l'ai connu au 25ème R.A. à THIONVILLE, en 1960. Il était donc né vers 1910-15 et certainement pas à Schoeneck ou Petite-Rosselle, car il n'avait pas l'akcent...

Ses origines sociales me sont donc inconnues, mais ses États de Services demeurent impressionnants. Ajoutons qu'une carrière émaillée de quatre conflits majeurs, n'est pas une sinécure. Il suffit juste d'observer notre entourage pour comprendre qu'il en faut souvent beaucoup moins, pour ne plus se rendre compte qu'on est insupportable.

 

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25/06/2018
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Nadine Chaboussie : Les affaires sont les affaires !

Comme vous le savez peut-être déjà, j’ai une cachette secrète dans laquelle j’aime me rendre pour réfléchir ou cogiter lorsque le monde autour de moi ne tourne pas comme j’aimerai qu’il tourne.

Il s’agit de la porcherie, vous l’avez sans doute deviné…

Me revoilà donc, une fois de plus, planquée dans mon endroit préféré.

A force de m'y rendre et pour que l’endroit soit un peu plus confortable, j’y ai posé un cageot à légumes vide, de forme ovale et évasé haut de 35 à 40 cm que j'ai retourné pour m'en faire un siège (Breveté Système D. Nadine).

Je n'ai pas fait de bêtises. Non, je suis là avec mon copain le cochon parce que le docteur de Stiring-Wendel est venu à la maison pour ausculter maman et qu’une ambulance a emmené un peu plus tard ma mère à l'hôpital de Forbach.

Je me suis cachée car je ne voulais pas voir ma mère partir à bord de ce véhicule car j’avais peur qu’en la voyant partir, ma maman chérie ne reviendrai plus jamais à la maison.  M’isoler dans la porcherie était ma façon d’exorciser cette hantise en essayant de ne pas regarder la triste réalité en face…

Mais la réalité nous rattrape toujours et Papa se retrouva ainsi seul et dût prendre quelques jours de congé pour s’occuper de nous et nous garder. Mais, comme le devoir à la mine l’appelait, il demanda à Madame Lepage (1), notre plus proche voisine si elle acceptait de nous prendre en charge, ma sœur et moi.

Bien évidemment cette bonne et serviable personne accepta spontanément de nous ‘adopter’ temporairement en attendant le retour de notre maman.

Me voilà donc attablée dans la cuisine de Mme Lepage en compagnie de ma sœur Barbara, de mon pote Roger, de sa sœur Liliane et de son petit frère Roland. Une véritable petite famille dans laquelle je me sentais comme chez moi.

Chaque jour, après son poste à la mine, papa partait travailler dans son champ, situé du côté allemand de la frontière, à Klarenthal (2) et nous apportait des cageots remplis de légumes frais par-dessus lesquels il rajoutait soit un poulet, un lapin, des saucisses fumées, du lard, ou quelques conserves de viande de porc qu’il prélevait sur notre réserve dans la cave.

A l’instar de Maman, Mme Lepage, qui utilisait les mêmes ingrédients, faisait également une très bonne cuisine, mais comme le disent souvent les enfants, la nourriture est toujours meilleure ailleurs et je mangeai de bon appétit tout ce que l’on mettait dans mon assiette.

Avant que maman ne soit hospitalisée, lorsque j'allais chercher mon copain Roger pour jouer aux billes, je n'avais jamais fait attention à l'aménagement et la décoration de leur baraque.

 

 

cuisinière.jpg

 

La cuisinière à charbon, le cosy, la table, le buffet de cuisine sur lequel était posé un petit carnet à spirale (3), les rideaux blancs en coton amidonnés, l'horloge/carillon accrochée au mur et les tapis représentant des cerfs, des biches et des faons dans la forêt cloués au-dessus du cosy étaient presque pareils que chez nous.

 

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Il y avait cependant une différence notable au niveau de la décoration.

Dans les familles d’origine polonaises, chaque pièce était décorée avec de nombreux cadres comportant des images  pieuses. 

Dans la cuisine on contemplait la Cène, dans les chambres c’était la Vierge Marie entourée d’anges tenant dans ses bras un petit Jésus souriant, la main posée sur son cœur…

Toutes ces belles images avaient des encadrements en plâtre sculpté richement peints couleur or, et longtemps, cette profusion de dorures m’ont fait croire que nous étions des gens riches…

 

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Mais laissons là mes rêves utopiques de richesse et revenons plutôt dans la petite cuisine de Mme Lepage.

Nous étions donc tous à table lorsque ma sœur annonça sans détours ne plus vouloir faire 2 fois par mois (à l'acompte et à la paie) les courses pour Mme Lepage dans la petite épicerie SAMER (4) de la cité. Quantitativement, ces achats représentaient à chaque fois un landau rempli de nourriture et Mme Lepage ‘rémunérait’ cette corvée avec la modique somme de 50 francs de l’époque.

Mme Lepage et moi-même lançâmes un regard interrogateur à Roger qui lui ne broncha pas. Flairant la bonne affaire, je me proposais pour prendre le relais ce que Mme Lepage accepta sans sourciller en proposant, à mon grand étonnement, de doubler la somme en m'offrant 100 franc par tournée…

J’avais remporté le marché ! Bien sûr, j'avais des listes de courses aussi longues qu'un jour sans pain, mais ça me plaisais de rendre service et bien entendu de gagner des sous.

Lors de ces emplettes, entre les bouteilles de vin et les produits de première nécessité tel que la farine, le sucre, l'huile etc. j'achetai à chaque visite également 2 camemberts très, très, mais alors TRÈS bien fait pour Monsieur Lepage. 

Ces derniers étaient d'ailleurs tellement avancés qu’ils étaient presque pourris et, en regardant sur le dessus de la croûte, on voyait même de petits vers qui bougeaient.

Beurk… Rien que l'apparence et l'odeur me donnaient à chaque fois un haut-le-cœur !

L'épicière réservait cette 'spécialité' invendable, dont elle était par ailleurs bien satisfaite de se débarrasser, à l'attention exclusive de M. Lepage qui adorait manger les camemberts au stade de la décomposition... Que voulez-vous, tous les goûts ne sont-ils pas dans la nature ?

Une fois ma livraison de marchandises faite, je récupérai mon dû et, avec ‘mes’ sous, je retournais à la SAMER.

L’épicière me voyant revenir savait déjà qu'elle allait devoir perdre du temps à compter 100 caramels mous ou 5 souris en chocolat à 5 francs + 5 Carambars également à 5 francs et 50 caramels mous... Bref, j'avais le sentiment qu'elle ne pouvait plus me voir !  

Si ma mémoire est bonne, je la voyais brune, petite, mince et peut-être même bossue (5) !

Je n'ai d’ailleurs jamais su son nom, je me contentai tout simplement d'aller 'acheter à la SAMER'.

confiserie.jpg

Encore aujourd'hui, je garde un excellent souvenir de la famille Lepage, mes gentils et serviables voisins d'il y a plus de 60 ans. J'ai appris bien des années plus tard qu'ils avaient déménagé à Creutzwald et j’aimerai profiter de ce récit pour les remercier de nous avoir accueillis.

Je ne me rappelle plus combien de temps ma mère est restée à l'hôpital mais un beau jour en rentrant de l'école, j'eus l'immense joie de retrouver ma mère, en parfaite santé, debout dans la cuisine, occupée à nous préparer de délicieuses tranches de pain perdu accompagnées d'un succulent bol de chocolat chaud dont elle avait le secret…

Toute cette histoire me rappelle d'ailleurs un vieil adage qui résume parfaitement ce récit :

« Un foyer sans mère est un foyer sans âtre ».

Merci maman, merci mon Dieu.

 

(1) Lire le récit  "Roger Lepage mon compagnon de jeux"

(2) Idem lire :  "Le jardin de mon père"

(3) Pour en savoir plus, lire le récit  "Le petit carnet"

(4) Société Alimentaire de la Merle Et de la Rosselle.

(5) Peut-être que notre ami Joe Surowiecki s'en souvient ?

 

 

 

Pour lire les autres récits de Nadine, cliquez sur les titres : 

Mes voisins, la famille Heitzmann 

Roger Lepage, mon camarade de jeux 

Le dentier de Wicek 

Le commerçant juif polonais de Merlebach 

Le Bus ’Mode de Paris’ 

Mes années 60 

L’école et moi 

Petits souvenirs en vrac 

Le jardin de mon père 

Le bonheur est... dans la mare 

Visite du Général de Gaulle à Forbach 

Je cherche fortune... 

 

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13/06/2018
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Clément Keller : Schoeneck, le beau coin (6)

Opa Adolphe - Mon premier vélo.

Adolphe, notre grand-père maternel, futur garde suisse à l’église du village, était un personnage instruit et croyant. Il était la preuve vivante que ces deux qualificatifs n’étaient pas forcément antagonistes comme certaines mauvaises langues auraient pu le prétendre.

Il possédait en outre, une autre qualité, il était facétieux et savait être moqueur, voire ironique, même vis à vis des enfants innocents et crédules que nous étions.

Anne-Marie, ma sœur cadette de 2 ans, en fit les frais un matin de printemps.

Au retour d’une promenade dans les champs et forêts environnants en compagnie de maman, Anne-Marie (Ami pour les intimes), exhibait fièrement à l'attention de grand-père, debout devant l’entrée de la cave de sa maison, un bouquet de fleurs cueillies au cours de la petite sortie familiale.

En bon grand-père il s’extasia pendant quelques instants sur la beauté et le doux parfum du bouquet, complimenta sa petite-fille pour son bon goût et la merveilleuse harmonie des couleurs de ces fleurs sans aucun doute parmi les plus belles du monde puis suggéra en souriant à la gamine d’en faire profiter également notre chèvre, vous savez, celle dont le lait a fait de moi cet enfant que grand-mère et maman considéraient comme étant un des plus beaux en ce bas monde…

Ay Ami, kumm, ma losse A mool die Gayss onn de Blume rieche… (1)

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Notre chèvre coulait des jours paisibles dans le pré situé derrière notre baraque et ce fut un jeu d'enfant d'aller à sa rencontre en empruntant le petit chemin qui y menait depuis la route. La chèvre vint vers nous en poussant des bêlements sonores pour nous faire part du plaisir que lui occasionnait notre visite impromptue... 

Grand-père prit Anne-Marie par la main et tous deux s'approchèrent de l'animal.

Dans un geste plein de tendresse et de douceur, Ami brandit fièrement son bouquet en direction des naseaux de ma pourvoyeuse en lait premier âge, laquelle, bien évidemment, profita de l’aubaine et escamota en une seule et rapide bouchée ce hors d'œuvre appétissant et gratuit pour lequel elle n'avait même pas besoin de se baisser...

Cela ne fit rire que grand-père et la chèvre.

Anne-Marie s’effondra en larmes, maman émit quelques réserves sur l’humour décalé de son géniteur et moi, je restais debout, la bouche grande ouverte, médusé devant cette scène aussi rapide qu’inattendue…

Grand-père était ainsi et, malgré son air sérieux voire sévère, il maîtrisait parfaitement l’art de se moquer gentiment des autres.

Dans les années 50, il n’y avait pratiquement pas de circulation dans notre rue qui s'appelait officiellement rue de la Ferme mais que les anciens du village appelaient la Linsegass (la ruelle des lentilles).

Seules quelques rares voitures, des mineurs partant ou revenant du travail à vélo et l'Autobus Federspiel passaient dans la rue étroite et ce, à une vitesse dont on ne peut que rêver aujourd'hui.

maison keller.jpg

 

La Linsegass dans les années 50

 

Je traversais souvent cette rue vers l'heure des repas pour aller 'renifler' dans les casseroles de ma marraine (la sœur de mon père, que grand-père avait épousée en secondes noces après le décès de son épouse, et qui cumulait de ce fait les fonctions de tante, grand-mère et marraine) afin de voir ce qu’elle préparait pour le déjeuner.

Ce jour-là, une odorante soupe mijotait dans une casserole émaillée posée au coin du feu et, lorsque Marraine souleva le couvercle pour me montrer en quoi allait consister leur repas de midi, je fus intrigué par la consistance mais surtout par la couleur de la mixture…

Willschdde die Supp koohre ? (2) demanda grand-père, le visage barré d’un large sourire…

Haitt Gebbs Choggola Supp ! (3)

De la soupe au chocolat… Même dans mes rêves les plus fous je n’aurais imaginé qu’un tel délice puisse exister !

Entre mes (déjà!) lointains biberons au lait de chèvre, les insipides bouillies de flocons d'avoine, les légumes au jambon moulinés de ma prime enfance et le pot-au-feu dominical, il me restait donc des choses insoupçonnées à découvrir dans le monde de la gastronomie et je me jetais avec avidité sur la petite assiette que grand-père m'avait servie dans la foulée.

Courte fut ma joie et je recrachais avec dégoût la première et seule cuillerée de cette bouillie qui n’avait, hélas, du chocolat que la couleur.

Grand-père, dans un nouvel accès d’humour toujours aussi décalé, avait réussi le tour de force de me faire croire qu’une soupe de lentilles était faite avec du chocolat ! (4)

Décidément, Opa Adolphe maniait avec maestria l’art de nous faire prendre les vessies pour des lanternes et il ne s’en privait que rarement… Es waa halt soo ! (5)

 

♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦

 

Les jours, les semaines et les mois passaient et, en décembre 1952, je fêtais pour la première fois de ma vie (!) mon quatrième anniversaire.

Mis à part les cadeaux de friandises habituels et quelques petits jouets, papa m’annonça que le moment était venu d’avoir mon premier vélo mais qu’il me fallait patienter jusqu’au printemps car il était hors de question d’apprendre à rouler dans la neige et le verglas…

Ne sachant pas très bien à quel moment le printemps montrerait le bout de son nez, je me contentais de demander environ trois fois par semaine si c’était pour bientôt…

La réponse de maman et de Oma était toujours la même…

Muscht noch E bissie geduld honn… De Friling kummt ball… (6)

Et le petit Clémau attendit… attendit… attendit…

Arrivé à ce stade du récit et dans l’attente d’un printemps pas vraiment précoce cette année là, j’aimerai vous expliquer que papa a été un fervent disciple de l'achat en ligne.

Lorsque je dis en ligne, ce n’étais bien évidemment pas à l’aide d’un ordinateur et d’une carte bleue, ces merveilleux accessoires du commerce moderne n’existaient même pas sous forme de projets car la technologie de l’époque s’arrêtait au poste de TSF 3 gammes d'ondes (GO, PO et OC) (7) et à la lampe avec abat-jour montée sur poulie à ressort permettant l'ajustage en hauteur au-dessus de la table de cuisine.

Par contre, il existait un outil fantastique qui proposait à chaque famille française, à l’instar du Web actuel, d'avoir un Hypermarché à domicile. Cet accessoire incontournable du commerce moderne des années 50 s’appelait «Le catalogue Manufrance», un pavé de près de 1200 pages, proposant des milliers d'article allant du jardinage en passant par les armes, les cycles, les montres, les réveils et horloges, les jouets en tous genres jusqu'aux vêtements et sous-vêtements pour gardes-champêtres, chasseurs, sportifs, ainsi que les accessoires nécessaires à l'organisation de festivités communales... Ouf !

Véritable caverne d'Ali Baba ce catalogue pompeusement appelé Tarif Album était édité par la fameuse Manufacture d’armes et de cycles de Saint Etienne et expédié à plus d'un million et demi de clients potentiels dont Papa

 

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La page 'vélo d'enfants' du fameux catalogue Manufrance

 

Dans chacun de ces catalogues il y avait des bons de commande qu’il suffisait de remplir et d’envoyer par la Poste à Manufrance, Saint Etienne et, quelques semaines plus tard, le ou les articles volumineux arrivaient en gare de Forbach où il suffisait d’aller les récupérer au bureau du SERNAM, le Service National des Messageries…

Mais refermons cette parenthèse commerciale et revenons à ces premiers jours ensoleillés de mai 1953. 

Le printemps pointait le bout de son nez et j’attendais toujours mon vélo avec l’impatience d'un Fausto Coppi (8) signant un nouveau contrat de sponsoring quelques jours avant le départ du tour de France...

Mais, comme le dit le proverbe 'Avec du temps et de la patience, on vient à bout de tout', mon vélo, de marque Hirondelle (cette année-là, elle fit le printemps !), arriva en gare de Forbach un jeudi 7 mai de l’an de grâce 1953 et Papa partit à pied à travers la forêt pour aller le récupérer à la gare et le ramener, toujours à pied, à travers la même forêt.

Mon dieu qu’il était beau !

Je ne parle pas de Papa qui l'était aussi, mais de mon nouveau vélo bleu ciel avec sa jolie petite sacoche accrochée sous le guidon, ses deux mignonnes petite roues stabilisatrices à l’arrière et sa pompe en alu brillant fixée sous le cadre…

Mon cœur battait la chamade et je me sentis soudain beaucoup plus proche du monde des adultes car désormais je n’étais plus réduit à trottiner à petits pas dans un périmètre limité et je pressentais que j'allais bientôt pouvoir explorer de nouveaux horizons. 

Depuis ce mémorable 7 mai, date à marquer d'une pierre blanche, j’étais devenu 'mobile' et mon rayon d'action allait s'étendre bien au-delà de petite cour et du jardinet devant notre baraque. Clémau Libertad ! Telle serais désormais ma devise.

Papa finit de débarrasser le guidon et le cadre des restes d’emballage en carton attachés avec des bouts de ficelle et je pus enfin admirer cette merveille de la technologie française dans son intégrale beauté…

Je sentais confusément que nous allions vivre ensemble une longue et belle histoire d’amour... Tout le reste ne serait plus qu'une simple question d'équilibre ! A suivre… 

 

clement velo.jpg

 

1 an plus tard, je pose fièrement avec mon vélo 'Hirondelle' N°1

  

(1) Viens Ami, laisse également la chèvre sentir ton bouquet…

(2) Tu veux goûter la soupe ?

(3) Aujourd’hui, nous avons de la soupe au Chocolat…

(4) Est-ce la raison pour laquelle les anciens appelaient cette rue la 'Linsegass' (ruelle des lentilles) ? Mystère...

(5) C'était ainsi !

(6) Un peu de patience, le printemps arrive bientôt…

(7) Lire le récit  ’L’apprenti-sorcier’

(8) Le coureur cycliste italien Fausto Coppi a dominé le Tour 1952, avec cinq victoires d'étape et 28 minutes d'avance sur le belge Stan Ockers, second au classement général. 

 

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10/05/2018
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J.F. Hurth : Un jour dans la mine

Écrasé par un bloc de charbon de près de 800 Kg, le boutefeu, Ant.., âgé de 38 ans, vient de mourir. L'accident s'est produit dans la veine "HENRI", dans les "Dressants", à l'étage -593 du Puits GARGAN à Petite-Rosselle.

Il était 10 heures 05, ce ... Décembre 1964.

Note à l'attention du lecteur : Le détail de cet accident mortel est consigné au "Centre des Archives Industrielles et Techniques" à Sainte -Fontaine, en Moselle.

Ce dossier, comme tous les dossiers de plus de 50 ans d'ancienneté après les faits, est ouvert au Public. Pour des raisons de discrétion évidente, le nom de la victime et la date de l'accident sont délibérément imprécis. Les lieux et les faits par contre, sont strictement vérifiables.

 

gargan 2.jpg

 Le puits Gargan dans les années 50-60

 

 

4 heures 30' le... Décembre 1964

- "Chan Frooçois.....!  Chan Frooooçoiiis ...! Ouf stééhn, es is Zeit"  !

(Jean-François, lève-toi c'est l'heure)

C'est ma mère qui m'appelle, je dois me lever, je suis de poste du matin.

J'ai 23 ans en ce mois de décembre 1964 et il fait un froid de canard dans la maison.

Fils unique sans le  faire exprès, je vis chez mes parents. Ma chambre à coucher est à l'étage, à côté de celle du Opa qui fume au lit et de la Oma qui rouspète.

Je suis  "Mineur électro-mécanicien fond", au Puits Gargan de Petite-Rosselle.

Cette vieille fosse à charbon est située à 500 mètres de notre domicile, auxquels il faut ajouter 650 mètres de profondeur pour atteindre les chantiers.

Mon père qui travaille au même Puits, est déjà debout depuis 4 heures. C'est toujours lui qui rallume le poêle à charbon (Le Dauerbrenner) de la cuisine, seul endroit chauffé de la maison.

Je dois préciser aux lecteurs de mes précédents récits, que nous avons quitté la plus belle rue du monde, la Waldschtroos, pour notre nouvelle maison dans la rue "Huber", pas loin de l'ancien cinéma "Eden", pour ceux qui connaissent. Je suis désormais un habitant de la "Hubeatschtroos".

La construction de cette illusoire maison du bonheur nous a pris 3 années, entre mes 15 et 18 ans. Avec mon Père et un "Mineur/Maçon", on a trimé à n'en plus pouvoir.

Je vous explique :

Six mois pour fabriquer les agglos chez un oncle du "Bruch à Forbach" qui  trafiquait avec les gitans, quelques élus et un douteux picoleur de Schoeneck; mais on s'en fichait, puisqu'il nous prêtait sa bétonnière, son grand terrain, et parfois une petite camionnette de provenance incertaine..

Un deuxième semestre entier, pour nettoyer avec toute la famille des briques réutilisables d'une "ruine d'ancien atelier", que les Houillères avaient cédée à mon père au franc symbolique. Armé d'un marteau piqueur, Papa faisait tomber les murs et nous : Oma, Opa, Mama et moi,  avec des marteaux de maçon, on nettoyait le mortier qui restait sur les 6 côtés des briques ainsi récupérées. Après cette laborieuse restauration, elles pouvaient servir une nouvelle fois.

Ensuite terrassement manuel et construction tous les jours, avant et après le poste pendant 2 ans encore.

Vous ne pourrez jamais imaginer combien j'ai détesté cette maison et les économies qu'il fallait faire pour y arriver.

Déjà ça m'avait valu l'achat d'une horrible mandoline, alors que je voulais un accordéon. (Voir mon récit de "La Mandoline"). Ensuite ce fut l'impossibilité pécuniaire d'être interne dans un Lycée trop coûteux à Metz, moyennant quoi je me suis retrouvé dans un centre d'apprentissage. C'est vrai qu'en début de "seconde" au Lycée à Forbach je peinais singulièrement, puisque je n'allais au cours que de temps en temps... Ah!... les filles.

Pour ma participation physique à la construction, mes parents ont bien vite remarqué qu'il valait mieux motiver l'Ado pas trop facile que j’étais. Alors ils  se sont mis à me rétribuer chichement pour le travail que je faisais. C'est avec ces sous, soit 27.835 francs très exactement, que j'ai  pu m'acheter un super vélo, de marque "Randonneur".

Un demi course comme on disait alors. Il avait 2 sacoches rouges, 2 fanions tricolores sur le guidon, 8 vitesses et, merveille du frimeur, une lampe d'éclairage avec compteur kilométrique intégré. Les  copains ou les filles montaient sur le porte-bagage, chaque pied dans une sacoche. La classe !

 

fronz2.jpg

 

Faut que je vous dise aussi que chez nous un sou valait vraiment un sou.

J'entends encore les comptes d'apothicaire entre Maman et la Oma, après chaque passage des marchands ambulants.

On a jamais manqué de rien, mais souvent il s'en fallait de peu. Ma Mère, la "Magda", était aux commandes du porte-monnaie et le "Wilhem" mon père, se faisait rembourser les congés annuels qu'il ne prenait pas. De surcroît, il a pendant près de 10 ans travaillé tous les dimanches, et quand il pouvait doubler le poste, c'était le bonheur à la paye.

A la réflexion, je pense que s'il avait été marin-pêcheur en "Terre-Neuve", je l'aurais vu plus souvent.

Chef d'équipe "au Jour", donc bien moins payé qu'un mineur au fond, il fallait bien ça pour rembourser le Crédit Foncier, le Crédit Immobilier et le reste… 

Je dois ajouter, pour la gloire de mes parents et le respect dont je leur suis redevable, que dans l'état d'esprit du milieu ouvrier de l'époque, le seul mot "Construire" était déjà un symbole de réussite et de distinction sociale, comparé à ceux qui étaient restés dans la cité.

C'était ainsi et pas autrement, voyez-vous.

 

 

5 heures... Le même jour.

Ce jour-là donc, comme tous les autres, lorsque mon père a mis le poêle en route, il boit son café. Ensuite  il prend sa musette, allume une cigarette et, avec un clin  d'œil souriant, me lance son traditionnel : "Sali Bub, machs gut, oun koum nit se schpät" (Salut gamin, bonne chance et ne sois pas en retard).

Vingt minutes plus tard, je fais les mêmes gestes et je quitte la maison avec un : "Sali Mama", auquel ma mère répond : "Eddé Bub, oun pass ouf dich ouf" (Salut Gamin et fais attention à toi) .

Oui, elle aussi est déjà debout pour entamer sa journée de femme au foyer, comme toutes les autres épouses de mineurs, en ce temps-là.

Je fume une cigarette pendant mes 10 minutes de trajet à pied.

 

 

5 heures 30'

J'arrive au puits, je traverse la Zechstub, (Salle des mineurs), au passage je décroche ma plaque de présence N° 267 (Mei Blesch) et je rentre dans les bains douches.

Nouvelle cigarette pendant que dans cette salle dite des "pendus", je fais descendre mon vestiaire de travail désormais sec, mais dont le pantalon tient debout tout seul, grâce à la boue de la veille qui l'a rendu rigide en séchant. Je m'habille avec des hardes indescriptibles aux générations de maintenant.

Juste un mot concernant la veste de  mon bleu de travail. Maman avait cousu deux pièces de tissus d'environ 35cm de côté, à l'intérieur gauche et droit de cette veste, constituant ainsi deux grandes poches supplémentaires. L'une pour le "Kafféblesch" bidon à café de 1 litre 5, l'autre pour le casse-croûte et tout un bric-à-brac de dépannage électrique.

Dernière opération très importante : application des "Fussloumpe", encore appelées "chaussettes Russes". Il s'agit de deux carrés de 50 cm. de côté, découpés dans de la toile de jute. Dans la mine, cette toile sert à délimiter les chantiers et on en trouve partout.

Il s'agit d'emballer chaque pied d'une certaine manière et de chausser les bottes ensuite.

On évite ainsi la transpiration et les ampoules. J'arrivais à faire 3, parfois 4 jours avec une paire bien culottée; vous imaginez l'économie de chaussettes ?

Le bonheur n'est-ce-pas?

 

 

5 heures 45'

Je rejoins mon équipe d'électro à la  salle des mineurs.  "Sali, Glück auf, bonjour, bojoua..." Nouvelle cigarette. Le porion distribue le travail. Comme je suis l'un des plus jeunes, il me demande de foncer vite fait à l'atelier "jour", prendre un accessoire oublié et qui doit être installé d'urgence au fond. Et merde! Fallait que ça tombe sur moi ! En plus, on se les gèle dehors. Allez une dernière cigarette, avant l'interdiction de fumer pendant les huit heures de fond, ça réchauffe.

 

 

6 heures

Descente avec la très secouante cage d'extraction. Une douzaine de mineurs par étage de la cage, assis sur les talons, face à face, les genoux en quinconce et la lampe position "veilleuse". Arrivée en bas, à l'étage moins 593, embarquement immédiat dans un petit train qui nous achemine vers les chantiers. A douze par wagonnet, on se chauffe, on rigole, certains dorment, d'autres racontent des histoires, on gueule après la hiérarchie et cette putain de vie en général.

 

 

6 heures 30'

On se retrouve au "Magasin Eléctro/Fond ". On mange une pomme, pendant que le Chef de Poste précise notre mission, distribue les tâches et  les secteurs d'intervention.

Ce Samedi ... décembre 1964, je  suis chargé de procéder à l'installation de "ventilateurs" dans une "taille" assez éloignée. Mon travail terminé vers 9H00, je dois me rendre à la veine "HENRI", un chantier exploité dans les "dressants", pour y assurer la permanence dépannage. Je prends mon sac à outils d'environ 3 kg... Si on y ajoute la batterie/lampe, le bidon-café/casse-croûte, les bottes, et les poches pleines d'accessoires de dépannage, je dois bien peser 8 kg. de plus. Mais on a tous l'habitude de ce barda et c'est à peine si on se plaint.

Je pars donc avec l'élégance du "Sherpa", faire mon petit kilomètre et demi, pour rejoindre le premier chantier.

 

9 heures 30'

Premier chantier terminé, j'arrive enfin à la veine "HENRI" pour y tenir ma permanence d'électro. "Sali Faulenza !" (Salut fainéant), m'apostrophent les copains mineurs du Stoss (Front de taille), torses nus et caleçons pendouillants. Le terme "Faulenza", n'avait rien de bien méchant ni de péjoratif, lorsqu'il était appliqué aux "Electros".

Il avait pour origine que ce dépanneur apparaissait toujours "habillé" dans une taille, où tout le monde était torse nu, en short, et transpirait en raison de l'effort et de la chaleur.

Mais l'Electro lui, allait selon la demande, de galerie en galerie et donc de courant d'air en zone de chaleur ou d'humidité. Il avait par conséquent toujours besoin d'être habillé avec dans ses poches, ou accroché à son ceinturon, ou rangé dans son sac à outil, tout le nécessaire de dépannage en direct, dans les conditions et les endroits les plus improbables.

 

9 heures 40'

Arrivée de Ant... le boutefeu. On se connaît bien, on s'apprécie rien qu'au regard. "Sali Faulenza" qu'il me fait et je lui réponds tout à trac "Glück auf  Schissmon" (Chieur/trouillard) jeu de mot habituel  appliqué sans méchanceté aux boutefeux qu'en Platt on appelait : "Schies mann". On rigole et comme il n'est pas loin de 10H, on décide de casser la croûte.

On s'installe, assis côte à côte sur une planche à l'entrée de taille, en attendant que les mineurs aient fini le forage des trous du "Stoss".

Ant... y introduira ensuite ses explosifs, avant de crier pour que tout le  monde se mette à l'abri : "Achtung, es brennt E mohl" (Attention on tire !), et de déclencher le tir.

 

9 heures 45'

L'insidieuse "Faucheuse" rode déjà. Mon camarade Ant… ne sait pas qu'il lui reste moins de 20 minutes à vivre. Personne ne sait. 

Pour l'instant on rigole et je commence à lui raconter une histoire bien corsée en "Platt". Subitement, le "Panzer" (convoyeur à raclettes), qui évacue le charbon abattu par les mineurs, s'arrête. L'un des mineurs appuie sur tous les boutons disponibles. Rien, rien et toujours rien. Scheise (Merde) !!

Il donne un rageux coup de marteau sur le boitier de démarrage. Rien ! Ah la Saloperie ! Faut dire que les mineurs étaient toujours très énervés en cas de panne, car ils étaient payés au rendement et chaque minute comptait.

"Electrikaaa, Electrikaaaaa ! Es laaft nimééé..!" (Electriciennnnn ! ça ne marche pluuuus.!!) Je regarde, j'appuie... rien. Putain, c'est l'autre moteur au bout de la galerie à 100 mètres environ, qui doit être en panne.

Faut-il aller bordel, chier !

 

9 heures 50'

Sali Ant... et à tout à l'heure que je dis à mon copain, en prenant mon sac à outil pour commencer une pénible progression dans la "Cave" (Keller) de cette veine, d'une centaine de mètres de longueur. Fraîchement remblayée, elle ne fait que 80 cm de haut et c'est à la très disgracieuse marche des canards qu'il convient de recourir si on veut se préserver des cognages de tronche.

Ant... lui aussi, remballe son casse-croûte et commence à préparer ses explosifs.

Salit Fronz, dépêche-toi qu'il me répond, je procède au tir dans quelques minutes, mais tu seras assez loin, t'as rien à craindre.

 

9 heures 55'

Effectivement, je suis presque à 40 mètres d'éloignement du front de taille (Stoss), quand j'entends le tir suivie par la fumée et son odeur caractéristique.

Une boule de "Filasse" (déchet de coton, qui sert à tout) devant la bouche, je m'arrête quelques secondes pour filtrer la respiration de ces vapeurs nocives..

 

10 heures 00

Je suis au moteur arrière du convoyeur, en fin de  chantier. La panne est vite trouvée. Surcharge du moteur et déclenchement intempestif. Il suffit de réenclencher et de réarmer le coffret de commande

 

10 heures 05' environ

J'appelle le front de taille avec le Généphone (Télép.de chantier). Essaye, ça doit marcher que je hurle au gars qui décroche !

Pas de réponse : Alors t’essayes, putain !  Réponse étouffée ...

-L'Ant... est mort.

Quoi, qu'est-ce tu racontes, répète ! "Ant…  écrasé.. bloc  charbo...  mort..., et... "... liaison coupée.

Ça ne peut être qu'un effondrement du "stoss" en entrée de taille. Pas la peine de revenir, il y a bien 5 personnes sur place et je ne pourrai même pas y accéder après le tir.

La solution, remonter par les échelles de la "cheminée" d'aérage et de retour d'air en bout de taille, jusqu'au vieil étage 521, où je savais trouver un transformateur avec son téléphone.

 

10 heures 20'

Arrivée à l'étage 521, transformateur et téléphone pas loin. Ça marche.

J'appelle la voie de base. "SEPP", le permanencier, m'apprend que les secouristes viennent de descendre le corps d'Ant... IL est décédé quelques minutes après mon départ, après avoir été écrasé par un énorme bloc de charbon qui s'est détaché du toit (plafond) de la taille.

Plus tard, l'enquête, ne révélera aucune faute, ni aucune imprudence patente. Juste quelques améliorations techniques à mettre au point. La cause de l'accident restera comme souvent à la mine,  imputée, au destin, au sort, au "hasard"...

Je dois dire qu'en ce qui me concerne, le "Hasard" m'a été pour le moins favorable.

Oui, car quelques minutes auparavant, à côté de l'Ant… vivant, j'étais juste en dessous de ces 800 Kg de "Hasard", lorsqu'il a bien voulu m'appeler ailleurs.

Allez comprendre..

 

Arrêt de la pendule du temps..

Je vomis tout, même le casse-croûte que je n'ai pas mangé. J'éteins ma lampe et je masque le témoin de marche du  transfo qui ronronne son deuil en do mineur.., mmm.mmm…

Dans le noir absolu, je laisse aller ma colère et ma bruyante tristesse.

Lorsque je rallume ma frontale il est midi et je constate que les effets débordants de mon malaise ont disparu. Le rats avaient silencieusement déjeuné.

 

12  heures à 13 H environ

Je dois rejoindre le puits du très vieil étage 450 pour remonter au jour.

C'est loin. Il s'agit tout d'abord de grimper un plan "très" incliné et ensuite de marcher sur plusieurs kilomètres dans des galeries souvent abandonnées où fleurissent les panneaux "Danger de mort ou Passage interdit" etc...  

Ma grosse trouille; une panne de ma lampe dans l'une de ces vieilles galeries que plus personne ne fréquente et donc la confrontation au noir total.

Enfin j'arrive au puits où il n'y a d'effectif que ponctuellement. J'avise un téléphone qui me permet d'appeler le machiniste. Celui-ci m'engueule d'abord très copieusement et ça se termine par un tonitruant "Kesstufoula ?".

Quelques minutes après, il m'envoie la cage d'extraction pour me remonter au jour.

Plus tard il s'excusera.

 

fronz1.jpg

 

14 heures    

Lavé, récuré et coiffé, et après mure réflexion, je demande à être reçu par mon "Chef-Porion".        

En quelques minutes l'affaire est réglée. Je viens de présenter ma "Démission", à la grande surprise de ce Monsieur qui m'aimait bien, je crois.

Je lui explique mon coup de chance de la matinée et ma tristesse pour la dramatique disparition de mon copain Ant…

Je lui raconte aussi que dans cette taille, j'ai déjà perdu accidentellement une bonne partie de mon capital capillaire, frôlant l'accident grave.

Alors, ça suffit, il ne faut pas forcer le destin.

Je lui avoue enfin que sans rien dire à personne, je me savais depuis octobre reçu au concours d'entrée à l'Ecole Nationale de Police.

Dans ma poche une convocation du Ministère de l'Intérieur pour me présenter dans cet établissement le 4 Janvier 1965, soit 3 semaines plus tard.

Il m'a dit "Mach wie de willcht, vieleicht hachte recht. Glück auf".

(Fais comme tu veux, tu as peut être raison. Bonne chance).

Ma vie allait changer dans ce passionnant métier de Policier, dont "l'Ordinaire" consistait à gérer "l'Extraordinaire" des autres.

Surprenante aventure de 35 ans, et sans regret, tout compte fait.

Plusieurs affectations et quelques concours plus tard, mes fonctions en cette fin des années mille neuf cent quatre-vingt, me font redescendre à la mine pour des raisons d'enquêtes, mais aussi avec des délégations de visiteurs. Les règles de sécurité étaient certes améliorées, mais trop souvent encore bafouées par les dangereux impératifs du rendement, précurseur d'une fermeture prochaine.

Dans ces galeries, j'ai toujours espéré voir mon ami "Ant…" pour lui raconter la fin de mon histoire drôle (Witz), trop brutalement interrompue par la "Camarde" tueuse.

Lui,  je ne l'ai jamais revu. Mais dans des niches fleuries au détour des galeries,  j'ai parfois admiré la statue de Sainte BARBE, Patronne des Mineurs.  

BARBE, comme toutes les professionnelles de la foi, tenait les mains jointes en prière, son regard extatique rivé au ciel.

Mais cette Dame, vraisemblablement d'une grande bonté, semblait bien soucieuse.

Peut-être à cause de tous les morts et ces catastrophes qu'elle n'avait pas réussi à éviter aux courageux mineurs qui lui faisaient  pourtant confiance...

Je sais que L'Ant... aussi, vénérait cette Dame avec une foi sincère. Or, fort curieusement, c'est votre serviteur, "mécréant" comme il est interdit de l'être dans certains pays trop ensoleillés, que BARBE choisit d'épargner ce jour-là.

Vous ne m'ôterez pas de l'idée que lorsqu'on n'y comprend plus rien, il vaut mieux admettre que les voies du Seigneur sont impénétrables. C'est très pratique.

Jean-François Hurth, Alias Fronz  (Mai 2018)

 

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28/04/2018
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Parlez-nous de vous : Auguste Calamia

Auguste Calamia nous fait part dans le récit ci-dessous du long périple qu'a connu sa famille entre la Tunisie, l'Algérie, la Sicile, les baraques de la Ferme de Schoeneck en Lorraine pour finalement arriver au Canada en 1956 où il s'est définitivement installé pour y fonder sa famille.

Comme tous ceux de nos amis qui ont vécus à la Ferme de Schoeneck, il a gardé une tendresse toute particulière pour cet endroit qui a su les accueillir et leurs a permis de survivre en leur offrant du travail et un gite. Clément Keller.

 

♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ 

 

C’est grâce à nos parents et à la France...

J’aimerai à mon tour, vous raconter l’histoire d’un immigrant clandestin, ceux que l’on appelle aujourd’hui les ‘migrants’ mais sans faire d’amalgame avec ce qui se passe de nos jours…

Mon père avait été expulsé d’un protectorat français, la Tunisie, à cause de la guerre et de l’alliance de l’Italie avec les forces de l’Axe. Il ne pouvait de ce fait immigrer légalement en France mais avant d’être expulsé de Tunisie, mon père avait dû passer trois ans dans un camp de concentration en Algérie, près de la frontière tunisienne dans le désert du Sahara où les italiens avaient été internés par mesures de précaution.

Tous nos biens avaient été confisqués et ma mère a dû se débrouiller toute seule pendant ces trois années pour faire vivre ses trois enfants. A cette époque j’avais six ans, mon frère François sept ans et demi et ma sœur Pâquerette un an. Maman faisait du repassage, c’est-à-dire qu’elle repassait les uniformes des soldats alliés qui campaient au village et c’est ainsi qu’elle réussit tant bien que mal à s’en sortir.

En 1945 nous fûmes expulsés et, à cause de cette ‘tache’ dans son dossier, mon père ne put immigrer légalement en France. Rien de concret ne se présentant à l’horizon en Sicile, il décida d’employer les grands moyens et, avec la complicité d’un ami, il partit pour la France mais en tant que ‘clandestin’.

Aujourd’hui, lorsque vous traversez la frontière, on vous accueille de l’autre côté et on vous prend en charge, ce fut totalement différent pour mon père.

 

Mais comment a-t-il quitté la Sicile? Voici la recette :

 

1-  Apporter avec soi le strict nécessaire

2-  Sauter dans un wagon de marchandises

3-  Se faire aider moyennant finance par quelques cheminots

4-  Après une semaine arriver enfin à la frontière

5-  Se faire cueillir par les gendarmes (côté français)

6-  Refuser de se faire renvoyer en Italie

7-  Accepter les conditions de la France, c’est-à-dire accepter également d’aller travailler dans les mines de charbon de Lorraine.

 

Voilà donc une famille de commerçant jadis prospère ayant tout perdu, comme toujours à cause de la guerre dont le père dut travailler au fond de la mine à - 800 mètres dans des conditions difficiles mais reconnaissant à la France de lui procurer du travail et du pain pour nourrir sa famille.

Mais papa avait un rêve et ce rêve c’était de se relancer dans les affaires, chose impossible en ce temps-là car il fallait se faire naturaliser pour avoir ce droit.

A cause de certains empêchements, cela prendrait trop de temps pour réaliser son rêve nous disait-il aussi nous fûmes convaincus mon frère et moi de tenter notre chance autrement et, comme beaucoup de jeunes en ce temps-là, notre rêve s’appelait le rêve américain.

Notre décision était prise, nous allions traverser la grande mare…

 

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 Photo souvenir faite à l'endroit où se situait la baraque de la famille Calamia

 

 

Ferme de Schoeneck, juin 1956

Lors d’un soir de bal à la salle Jager à Stiring-Wendel, mon frère François et moi prîmes la décision (et quelle décision !), de tenter notre chance en Amérique.

Nos parents avaient avancé le dépôt pour l’achat d’une maison à Schoeneck ainsi que l’achat d’une automobile mais notre décision était prise, nous allions quitter ce coin de Lorraine que notre famille aimait, au point que l’achat d’une maison et d’une auto fut insuffisant pour nous faire changer d’idée. Il me semble d’ailleurs avec le recul du temps que telle était notre destinée.

Nous partîmes quelques jours plus tard, François et moi pour Metz aux différents consulats et fîmes des demandes pour immigrer soit aux USA, au Canada et même en Australie. Nous nous sommes dits : le premier pays qui nous fera signe, c’est là qu’on ira. Et c’est le Canada qui nous a informé le premier.

Nous savions qu’aux États-Unis c’était presque  impossible, vu que les États-Unis acceptaient un nombre incalculable de familles venant de pays conquis par la Russie, (comme la famille de Joe Surowieki) qui fuyaient le régime communiste.

Pour nous cela prendrait près de cinq ans pour avoir une chance d’aller aux USA et l’Australie appliquait à peu près les mêmes règles concernant l’immigration.

C’est donc le Canada qui remporta le premier prix à la loterie des frères Calamia…

Imaginez la chance pour un pays qui met la main sur deux frères, un de dix-huit ans et l’autre de 20 ans, avec des études complétées en France et un bon métier en poche.

Pas besoin de former ces gars-là, ils arrivent tout éduqués ! Quelle richesse pour le pays qui nous accueille, pas besoin de payer quoi que ce soit. Nous avons payé notre voyage et avions trois cent dollars en argent de poche pour subsister environ six mois sans travail et sans que l’on vive aux crochets du gouvernement canadien.

Quand je vois ce qui se passe aujourd’hui, ce n’est pas pareil du tout. Mais je m’égare un peu…

Entre le premier contact au consulat canadien de Metz, la visite médicale à l’ambassade canadienne de Paris et l’octroi du visa, un mois et demi se sont écoulés (de la mi-juin à la fin août).

Les départs vers Montréal se faisaient en bateau à partir du port du Havre et la seule date de départ disponible était le 2 novembre 1956.

Ce jour fut le plus triste de notre jeune vie.  Là tout devient flou et je ne me souviens plus de rien ou presque si ce n’est d’avoir dit adieu à tous mes amis, d’avoir embrassé ma blonde (ma chérie du moment) Emilie Villemen, mes parents et ma petite sœur Pâquerette.

Puis plus rien… C’est comme si on mourait tout à coup.

Donc après cinq jours de tempête et une journée plus calme à voguer sur le St-Laurent, nous sommes arrivés à Montréal vers 16h30 le 8 novembre 1956.

A cette heure de la journée, à Montréal au mois de novembre, la nuit est déjà tombée et il fait sombre.

Personne à notre rencontre… Nous versons quelques larmes mais il faut y aller.

Nous nous dirigeons vers la gare proche du port, car nous devons prendre le train à minuit, direction Toronto situé à 600 km de Montréal, A 8h le lendemain matin il a fallu chercher un gîte que nous avons trouvé dans le quartier de la ‘petite Italie’. C’était un samedi, et nos hôtes étaient des siciliens établis à Toronto depuis près de cinq ans.

Le lundi nous nous sommes présentés aux bureaux de l’immigration et le même jour je fus engagé par la Canadian Trailmobile, une compagnie qui fabriquait les boîtes et les châssis des camions de transport.

Tout se faisait en anglais, si bien qu’aujourd’hui on se demande encore, pourquoi l’ambassade canadienne de Paris nous a envoyés à Toronto et pas à Montréal vu que Montréal était  une ville a majorité francophone.

Nous y avons vécu  6 mois et avons déménagé à Montréal, où nous pouvions parler français et aller danser et courtiser les filles (!)... J’ai travaillé pendant cinq ans dans le domaine de la construction de chauffages et de climatisations, et puis je me suis souvenu que l’Amérique était le pays des opportunités (A Land of Opportunity) et j’ai changé de métiers plusieurs fois. J’ai été vendeur d’Encyclopédie, vendeur de portes et fenêtres puis représentant pour une compagnie d’assurance.

Puis j’ai fait la connaissance de Denise Trépanier, descendante de colons français arrivés de Normandie au Canada en 1647, et, après deux ans de fréquentation nous avons convolé en justes noces le 2 septembre 1961.

De notre union sont nés  trois enfants : Jean 55 ans, Chantal née en 1964 décédée depuis le 15 novembre, 2016 Richard 51 ans et nous sommes grands parents de six petits-enfants, Annie 28ans, Steve 26 ans, Ianick 22 ans, Kassane 26 ans, Axelle 23 ans et Anthony 9 ans.

Comme vous pouvez le constater nous n’avons pas chômé. J’ai enfin trouvé ma niche dans le mobilier haut de gamme pour la Compagnie Fraser Bros. Ltd. J’y ai travaillé pendant 36 ans en débutant dans cette branche comme vendeur, puis j’ai gravi les échelons pour devenir Directeur des achats puis Directeur Général, ce qui m’a permis de visiter les marchés américains tels que Chicago, Greensboro, High Point, New York ainsi que Montréal et Toronto sans oublier l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre et la France. Je suis retraité depuis mai 1998, et je viens de fêter mes 80 ans. Nous sommes également membres d’un club de golf  et nous jouons 3 à 4 fois par semaine.

Il faut que je vous dise qu’à part le golf j’ai eu comme passions la chasse et la pêche et j’ai fait quelques voyages inoubliables tels que ceux qu’on voyait au cinéma.

J’ai pêché dans le lac Huron (un des cinq grands lacs), j’ai fait deux voyages en hydravion dans le grand Nord Québécois en Gaspésie, au Lac St-Jean et un peu partout au Québec… Que voulez-vous, je suis un passionné et c’est rare que je manque une émission de chasse et pêche à la télé. Je dois vous dire aussi que j’ai délaissé la plupart de ces passe-temps pépères pour m’adonner à la pétanque que j’ai pratiquée entre les parties de pêche, la chasse et le golf.

Vous conviendrez qu’à mon âge, le seul sport non violent qui me reste c’est ce dernier… (Bonne mère !).

D’ailleurs, depuis 16 ans maintenant, j’organise dans le parc à l’arrière de notre maison un tournoi de pétanque qui, bon an mal an, attire une soixantaine de joueurs, membres de la famille et ami(e)s de la famille. Je vous ai envoyé quelques photos de ces mémorables journées qui se terminent généralement dans un bon resto devant un plat succulent et une bonne bouteille de vin de Moselle…

Aussi, permettez-moi chers amis, de lever mon verre à votre bonne santé, à mes meilleurs souvenirs et de vous remercier de nous avoir accueillis dans votre beau coin de France.

 


 

Mes parents ont réalisé leur rêve.

Aussitôt arrivés au Canada mon père s’est lancé avec succès dans les affaires, à Montréal pour débuter, puis à Toronto, avec un magasin spécialisé dans la lingerie pour enfants (garçons et filles) de 0 à 14 ans.

Le magasin se trouvait dans la petite Italie, là où nous avons logé quand nous sommes arrivés à Toronto.

La bonne marche de cette affaire leur a permis de faire l’achat de leur première maison.

Ce qui est triste dans leur histoire c’est qu’ils sont malheureusement décédés assez jeunes et qu’ils n’ont pas pu en profiter pleinement. Quel dommage…

Pour ceux qui ont connu mon frère François, ce dernier a préféré faire sa vie à Toronto où il a travaillé tout d’abord comme carreleur-mosaïste, puis comme moi, il a décidé de changer de métier, et a travaillé comme vendeur pour un grand magasin spécialisé dans le matériel de décoration et de rénovation tel des papiers peints, de la peinture etc.

La Compagnie se nommait St-Clair Wall Paper & Paint. Après une dizaine d’année comme vendeur, François possédait quatre succursales dans le grand Toronto. Il est marié, a deux fils et six petits-enfants. Ma sœur Pâquerette vit aussi à Toronto, elle est maman de deux filles et grand-mère de quatre petits-enfants.

Et même si c’est le Canada qui a été légèrement avantagé nous n’avons jamais oublié que c’est en France, en Lorraine et en Moselle que nous avons été éduqués et formés.

Merci de tout cœur et sachez que nous conserverons un souvenir impérissable de nos années passées dans votre Schoen-eck (beau coin) de Lorraine. Auguste Calamia, avril 2018.

 


 

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27/04/2018
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