NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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L'EVACUATION EN 39-40


Evacuation en 1939 : la famille Muller Karl

Après leur expulsion en septembre 1939, et dès juillet 1940, les mosellans sont encouragés à rentrer chez eux par les autorités allemandes. 
Cependant, fin 1940, nombre d'entre eux étant toujours réticents face à l’occupant, 60 000 Mosellans francophiles ou francophones, jugés 'indésirables', sont au contraire expulsés vers la zone libre. C'est également le cas pour quelques rares familles de Schoeneck.  
Leurs biens sont théoriquement mis sous scellés, mais, en réalité, ils sont saisis par les autorités allemandes, ou pillés par des habitants indélicats. En novembre 1940, quatre familles de Schoeneck, dont les Abel et les Muller-Karl, sont chassés de chez eux parce qu’ils ne correspondent pas aux critères de l’idéologie nazie, ou qu’ils ne prêtent pas allégeance au Reich. 
Ils sont chassés vers la zone libre comme mes grands-parents. La police et la gestapo, en perquisitionnant dans le café qu’ils tiennent en gérance, trouve des extraits manuscrits du discours de l’appel du 18 juin 1940. Ils sont aussi accusé d’écouter radio Londres et du refus de suspendre la photo du moustachu Adolphe dans la salle du café. 
Muller-Karl, grâce au fait qu’il soit unijambiste et qu'un des gestapiste était moins regardant, (Eh bien oui, cela existait !), a échappé au camp de rééducation.
Apparemment tout était déjà prévu, dénonciation, perquisition et évacuation. La famille a un délai de moins d’une heure pour se préparer à quitter les lieux et rejoindre la gare de Forbach. Ils ont droit à 50 kilos de bagages et 2 000 francs d’argent liquide. Ils doivent signer une déclaration dans laquelle ils s’engagent à ne pas retourner en Moselle. Après un cours séjour dans la région de Toulouse où les habitants, à cause de leur patois, les traitent de 'schleus', la famille rejoint la ville de Marseille où ils retrouvent d'autres membres de leur famille.
Muller-Karl n’en est pas à son coup d’essai. En 1915, alors qu'il résidait à Zarbeling en Moselle où il tient une épicerie, tient souvent des propos nationalistes, ce qui lui vaut un emprisonnement à Sarrebruck, dans la même cellule que deux curés de la région de Sarrebourg. La terrible machine administrative nazie est en marche. C’est le début des dénonciations et des règlements de compte. 
 
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Octobre 1940, Muller-Karl et son épouse à la fenêtre de leur café.

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Le café, vue d'ensemble, (aujourd’hui rue Victor Hugo).
  
Très rapidement, l’engagement volontaire dans les armées allemandes fut encouragé. Comme le résultat était peu convaincant, les hommes valides furent incorporés de force dans l’armée allemande à partir de 1942.
Environ 130.000 alsaciens et 30.000 lorrains furent envoyés pour combattre sur le front Russe, et non sur celui de l’Ouest, car les allemands ne leur faisaient pas confiance.
Ces hommes furent surnommés les malgré-nous. 
Mais il faut aussi rappeler la triste réalité, qui est les sort de ceux que j’appelle les malgré-eux.
Les indésirables expulsés fin 1940 de leur villes ou villages et ceux internés dans des camps qui pour beaucoup d’entre eux était la destination de leur dernier voyage.
La nièce et le neveu de Muller-Karl ne sont pas revenus, Pierre est décédé au Konzentrationslägerb (KL) de Natzwiller-Struthof le 29 mars 1943 et son épouse Marie-Adèle à Auschwitz le 13 octobre 1942, laissant 2 enfants qui ont été cachés par des voisins lors de leurs arrestations. JR Béguier
 


04/01/2017
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Gabriel Monnet

J’ai écrit ce texte en 2004 d’après les témoignages de mon ami Gabriel Monnet avec lequel j’ai travaillé pendant des années à Sarrebruck. Les souvenirs qu’ils m’a confié à l’époque se recoupent avec les récits de Cécile Faber et de Rose Klassen c’est pourquoi j’ai trouvé pertinent de les intégrer dans notre série sur l’exil vers la Charente. J’ai également joint les photos qu’il m’avait confiées à l‘époque. Gaby a aujourd’hui 86 ans, bon pied, bon oeil  et vit toujours à Stiring-Wendel. Clément Keller, juin 2016.

 

Gabriel Monnet

Troisième et dernier enfant de Michel et Catherine Monnet, Gabriel Monnet est né le 1er octobre 1930 rue de la république à Stiring-Wendel à une époque où les enfants naissaient encore à la maison. A partir de 1936 il emprunte le long chemin qui mène, les jours de classe, à l’école du vieux Stiring.

Jusqu’en 1940 il apprend le français à l’école avec interdiction de parler allemand. Une fois revenu de Charente, la Lorraine est rattachée à l’Allemagne et les écoliers apprennent cette fois l’allemand avec interdiction de parler français !

Seul point positif pour le jeune Gabriel, plus besoin d’aller à l’école du vieux Stiring, mais à l’école du centre beaucoup plus proche de son domicile. Sorti de l’école allemande en 1944, Gabriel Monnet apprend son métier chez M. Luc Adolphe, maître-tailleur, alors que les cours de l’école professionnelle sont de nouveau en  Français ! Drôle de région que cette Moselle-Est, aimée plus que tout par ses habitants !

L'évacuation

Nous avons été évacués vers Château-neuf en Charente en automne 1939. Nous sommes partis avec M. Maldener avec son cheval et sa grosse charrette en emportant peu de bagages. Arrivés à Delme à bord de camions de l’armée nous avons repris le lendemain le train direction Charente et je me souviens que l’évêque de Metz distribuait du chocolat aux enfants. Une fois arrivés en gare de Château-neuf nous avions le choix entre la ville et la campagne. Ma mère, native d’Alsting choisit spontanément la campagne sous prétexte qu’on y trouvait plus facilement à manger.

C’était l’automne et les viticulteurs avaient besoin de bras pour faire les vendanges auxquelles participaient tous les adultes. Nous fûmes tout d’abord nourris par les autorités, puis, on nous donna de l’argent avec lequel nous allions pouvoir nous débrouiller tout seuls. Pour nous les enfants, l’intégration fût relativement facile et nous nous fîmes rapidement des amis. Les adultes, eux, se faisaient souvent traiter de ‘boches’ parce que la plupart des réfugiés ne parlaient pas français et ne pouvaient de ce fait s’entretenir avec les allemands.

C’était oublier que de 1871 à 1918, la Lorraine était annexée à l’Allemagne et cela, ils n’y pouvaient rien !

Petit à petit, la vie s’organisait à Château-neuf. M. Lang, du Café à la rose a ouvert un bistro et je me souviens que vers le mois d’octobre  1940 quelqu’un avait écrit un poème dont je me rappelle un fragment : ‘Adieu Charente et Vienne… nichs wie Hemm !  (Adieu Charente et Vienne, vivement le retour à la maison !).

Hélas, en rentrant à Stiring, tout le logement était sens dessus-dessous. Beaucoup de choses avaient été volées par l’organisation Todt ou par les gens qui ont construit les Bunkers et qui avaient également fait sauter la maison Hauter, bâtie rue Jeanne d’arc.

La gelée de mûres

En Charente, les gens de Château-neuf croyaient que les mûres avec lesquelles les femmes de chez nous faisaient de succulentes gelées étaient indigestes et la Baronne, qui habitait à St Surain, n’en mangeait jamais de peur d’en mourir !

Les premiers soldats allemands

Le 24 juin 1940, nous jouions près du pont de la Charente, quand soudain arrive un Panzerspähwagen (un blindé léger sur roues) d’où descendit un soldat allemand qui se dirigea vers moi et me demanda où était  le BürgerMeisterAmt. Voyant que je ne connaissait pas ce mot, il me demanda alors où était la Mairie

Entre-temps, mon copain de Château-neuf avait pris la fuite de peur de se faire embarquer par les soldats allemands. Il n’en crût pas ses yeux lorsqu’il me vit rentrer sain et sauf à la maison ! Suite à cet événement, les troupes allemandes sont venues en ville. Ils laissèrent leurs camions sur une place et défilèrent en rang, chantant à plein poumons Oh du Schoener WesterWald… Ils étaient en uniforme et avaient de rutilantes bottes de cuir aux pieds, mais la rumeur courrait que ce n’était que du carton !  

Le sport, les spectacles et les divertissements 

Lors d’un match de foot ’amical’ entre soldats allemands et une équipe locale, un des soldats m’a remis de l’argent pour aller lui acheter des Apfelsinnen. Je reconnaissais le mot Apfel (Pomme) mais malgré ma connaissance de notre Platt, ce mot m’était aussi étranger que celui de BürgerMeisterAmt. Je courût aussitôt à la maison et ce fût ma mère qui m’expliqua qu’il s’agissait simplement d’oranges…

La relève de la garde au ParadeMarsch (Pas de l’oie) exécutée devant la mairie rebaptisée Palais de justice et Kommandatur était également un spectacle très prisé par les gamins. Une autre fois, nous, les jeunes réfugiés avions joué une pièce de théâtre et j’étais fier de faire partie de la troupe. Après guerre, j’ai d’ailleurs intégré le cercle culturel de Stiring-Wendel dans la troupe de théâtre local.

Après un court séjour à la campagne, la famille Monnet intègre un appartement en ville chez un dentiste car les enfants évacués devaient malgré tout être scolarisés. A côté du dentiste habitait un marchand de bois, charbon et boissons et le chauffeur  chargé des livraisons emmenait régulièrement le jeune Gaby dans ses tournées pour lui faire apprécier la région.

Une fois par semaine ils prenaient la direction d’Angoulême, et après quelques voyages, Gaby le lorrain pure souche, maîtrisait le ‘parler’ avec l’accent charentais comme s’il était né là-bas...

Le "Platt'

A l’époque il était interdit aux élèves de parler le Platt (le francique) à l’école. Les contrevenants à la règle recevaient ’le bouchon’ et, ceux qui étaient en sa possession après la récréation recevaient une punition. Un jour, alors qu’une voiture s’était couchée sur le côté du trottoir, le jeune Gaby commente l’incident et prononce le mot ’Trottoir’… Il reçut aussitôt le fameux ’bouchon’ mais échappe tout de même à la punition car, par chance, le mot ‘Trottoir’ était le même en Platt qu’en Français !

La propagande

La propagande faisait partie intégrante de la stratégie nazie et je me souviens des nombreuses phrases-clé inlassablement répétées par le régime. 

Denke Deutsch, Handle Deutsch, Sprich Deutsch ! (Pense allemand, agit allemand, parle allemand !)

Der feind hört mit ! (L’ennemi écoute)

Verladet Schnell, Räder müssen Rollen für den Sieg ! (Chargez rapidement, les roues doivent tourner pour la victoire !)

Kohlenklau ! (voleur de charbon, dans le sens anti gaspillage de l’énergie)

La popotte

La popotte (FeldKüche) était installée place de l’église St Pierre à Château-neuf, et, un jour, le soldat qui s’occupait de la cuisine voulut me donner 4 plaquettes de beurre que je refusais parce que l’on m’avait dit que les allemands empoisonnaient les aliments. Du brauchst keine Angst zu haben, die Butter ist nicht vergiftet ! (Tu n’as pas besoin d’avoir peur, ce beurre n’est pas empoisonné !) me répondit-il… Malgré cette justification et, au grand désespoir de ma mère, j’ai refusé ce cadeau royal...

La guerre

Drôle de période… Lorsqu’il y avait des alertes nocturnes après minuit, nous avions classe à 11h du matin. Je me souviens parfaitement du premier bombardement de Saarbrücken, nous n’allions même pas dans les caves car nous n’étions pas conscients du danger. Par la suite, les autorités nous ont obligé à nous réfugier dans les caves pendant les alertes et à masquer les fenêtres avec des VerdunklungsRollos (rideaux pour occulter la lumière). Un jour, alors que nous jouions dans la forêt, lors du bombardement du Habsterdick, la DCA allemande toucha un bombardier américain en plein dans son chargement de bombes. Le pilote lâcha toute sa cargaison ce qui fit beaucoup de morts.

Les débris tombèrent un peu partout, même sur la ligne de chemin de fer près du moulin à scories.

Pendant la période dite KellerZeit (le temps des caves), certaines personnes sont allé habiter le FelsenBunker (Bunker creusé dans la roche), situé au-dessus de l’actuel chalet des amis de la nature. Je me souviens également d’un officier allemand qui, courant février 1945, voulait encore gagner la guerre et fût tué par les américains le 3 mars 1945. La poignée d’hommes qu’il commandait n’avait plus le moral et s’était rendue les mains sur la tête. 

 

 

Béret interdit, travail obligatoire

Je me souviens être sorti de l’église, la tête coiffée d’un béret… Un policier allemand me l’a enlevé de la tête et m’a signifié que je devais en référer à mon père car le port de ce type de coiffure était interdit. Malheureusement cela m’était impossible car papa était décédé depuis le 1er janvier 1938... L’envahisseur nous obligeait également à nous inscrire aux jeunesses hitlériennes et ma mère avait réussi à repousser cette échéance jusqu’en 1943. Après cette date il ne fût, hélas, plus possible d’y échapper. Quand à ma sœur et à mon frère, ils furent obligés de partir au Arbeitsdienst (service de travail obligatoire) où on les équipa d’une bêche. Ma sœur fût libérée de cette contrainte après quelques mois et, après environ, une année de travail, mon frère fût incorporé de force dans la Wehrmacht. Suite à une blessure reçue au front russe, il fût envoyé en convalescence et n’a plus ré-intégré les rangs de l’armée devenant ainsi déserteur aux yeux des autorités allemandes. Après un certain temps, un vieux policier allemand de Stiring est venu annoncer à ma mère que mon frère n’avait pas ré-intégré son unité. Ma mère se mit à pleurer et commença à lui faire des reproches en lui demandant ce qu’ils avaient fait avec son fils… Le policier, ému, consola ma mère en lui tapotant doucement l’épaule. Il ignorait bien entendu que le frangin était caché dans la pièce à côté et risquait de ce fait d’être fusillé pour trahison s’il avait été découvert. Heureusement que le brave policier ne fit pas de zèle ce jour là !

Les dangers au quotidien

Pour nous ravitailler en eau potable nous allions au Schalkenthal puiser l’eau à un puits installé par les allemands lors de la construction des Bunkers. Malheureusement, un jour, un jeune homme fût tué par un éclat d’obus et nous allâmes ensuite chercher de l’eau au puits Sainte Marthe, inconscients du grand danger encouru, debout dans un équilibre précaire sur un madrier posé au dessus de l’ouverture du puits... Malheureusement, cette eau n’était pas potable et ce n’est qu’après qu’une personne soit tombée malade que nous sommes allé s dans la jardinerie Huppert, où travaillait ma sœur, pour nous ravitailler en eau potable.

Un autre jour, nous fûmes victime d’un obus à air comprimé StalinOrgel’ qui détruisit toute une dépendance de la maison. Sous l’effet de la pression, toute la suie contenue dans la cheminée sortit par le fourneau à charbon et nous nous sommes retrouvés noirs de suie comme des ramoneurs, sans parler de la soupe au Tapioca que nous étions en train de manger !

Lors d’un bombardement, un Blindgänger de 300 kg (Bombe non explosée) tomba dans la maison Reinert, dégringola par les escaliers jusqu’aux portes de la cave dans laquelle était réfugiée toute la famille, heureusement sans exploser...

Manger et trouver de la nourriture

Pendant la période où les américains ont arrêté le front, la popote allemande avait été transférée dans la cour du 105 rue nationale et depuis ce jour, nous avions toujours à manger. Le jour de noël 1944, comme j’avais 14 ans, je reçu en cadeau des denrées introuvables dans les magasins ou chez les fermiers. Pour avoir du pain, il fallait faire la queue dans les différents magasins et présenter des tickets de rationnement. Nous allions également Hamstern (comme le hamster, qui stocke la nourriture dans ses bajoues) à Alsting en vélo pour essayer de mettre la main sur un peu de graisse ou du lait. Vers la fin de la guerre, nous n’avions plus de pneus à nos vélos et nous les avions remplacé par des morceaux de tuyau d’arrosage fixés avec du fil de fer sur les jantes. Bien entendu, en roulant, le fil de fer cassait et les tuyaux s’allongeaient… On revenait la plupart du temps à pied en poussant notre vélo qui roulait sur la jante !

Camp de prisonniers

Il y avait un camp de prisonniers Russe à l’endroit où se situe l’actuel espace Rémy Botz et un cimetière Russe dans la forêt. Lorsque nous allions à la messe à la chapelle du Habsterdick, nous donnions des casse-croûtes aux prisonniers affamés, ce qui était formellement interdit par l’occupant.  

Les américains arrivent !

Dans la matinée du 3 mars 1945, mon futur beau-frère est parti après être resté presque 3 mois chez nous et s’est réfugié en compagnie d’un soldat allemand dans le Bunker situé à hauteur du chalet des amis de la nature.

Les américains, qui avaient avancé entre temps jusqu’au Bunker, les ont délogé avec une grenade, heureusement sans faire de blessés. L’après-midi de ce même jour, installé à mon poste d’observation habituel, la lucarne de la cave, j’ai vu arriver les premiers soldat américains… J’ai aussitôt averti ma famille en disant : Die Amerikaner kumme ! (les américains arrivent !). Une fois arrivés dans la maison au 105 rue nationale, ils ont rassemblé tout le monde sur le trottoir sous un tir d’artillerie allemande. Après une courte concertation, ils ont laissé redescendre les femmes et les enfants dans la cave et ont emmené les hommes adultes trois maisons plus loin.

Après les troupes combattantes, a suivi l’intendance qui nous a distribué du Chewing-Gum mais nous ne savions même pas ce que c’était ! Contrairement aux allemands, les américains avaient des rations en abondance et, parfois ils ouvraient les caisses pour n’en sortir que les cigarettes et les préservatifs et ils jetaient le reste dans le Kohlekaschte, le petit chariot posé devant le fourneau et dans lequel nous mettions le charbon. On se dépêchait évidemment de récupérer tout ce qu’ils jetaient pendant leur absence !  

L'Europe 

Grâce à des hommes qui pensaient ’Européen’, comme Jean Monnet, Robert Schuman, Charles de Gaule, Konrad Adenauer, De Gaspérini et beaucoup d’autres, nos deux nations sont devenues amies et aucun conflit entre français et allemand n’a eu lieu depuis presque 60 ans.

Un des premiers objectifs que se sont fixé les membres de la communauté était la paix et il semble que cet objectif ait été atteint, hélas, uniquement au sein de l’Europe car beaucoup de guerres continuent à faire rage de par le monde. Est-il réaliste de rêver un jour d’une communauté mondiale où les conflits auraient disparus ? Les hommes et les femmes de la génération qui a connu et subi les horreurs et la misère de ce dernier conflit savent mieux que tous ce que signifie le mot Paix et resteront toujours d’ardents défenseurs de l’amitié entre les peuples.

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24/06/2016
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En route vers la Charente : la famille Klassen

C’est en 1996, il y a 20 ans, que ma nièce Nathalie Kundolf, aujourd'hui professeur des écoles, a réalisé cet exposé dans le cadre d’un travail scolaire. Les témoignages consignés dans ce document sont ceux de ma mère, Rose Keller, née Klassen et de son frère Adolphe Klassen, tous deux décédés depuis quelques années. Au même titre que les témoignages de Cécile Faber, ces écrits laisseront une trace indélébile dans notre mémoire collective. 

Je vous souhaite une bonne lecture. Clément Keller.,  juin 2016.

 

Je retrace dans ce récit les souvenirs personnels et l'évacuation de Schoeneck comme me l'ont raconté deux témoins de cette époque, Rose et Adolphe Klassen qui avaient respectivement 14 et 17 ans en août 1939; il aurait suffit qu'Adolphe eût deux ans de plus et il partait sur les champs de bataille. Rose n'est autre que ma grand mère et Adolphe son frère, mon grand oncle.

Tous ceux qui ont vécu cette période troublée ont témoigné chacun à sa façon, selon son âge et sa situation. C'est pourquoi il ne faut à aucun moment généraliser ce récit qui se borne à raconter la vie d'une seule famille du jour où tomba l’ordre d'évacuation jusqu'à leur retour.

Ils avaient jusque là vécus dans l'insouciance d’une vie bien tranquille entourés des leurs. Adolphe était ouvrier mineur comme la plupart des jeunes du village tandis que Rose fréquentait l'école de couture de Forbach. Leur père travaillait aux Aciéries de Burbach et leur mère s'occupait de la maison, du potager et élevait quelques animaux.

Leur maison se situait à l'extrémité du village à l'orée d’une forêt. On vivait ainsi au rythme des saisons : le dimanche matin ils allaient ensemble à la messe et l'après midi si le temps le permettait, ils partaient faire une longue promenade familiale.

Les événements dramatiques ont débuté au court de l’été 1939.

Signes précurseurs d'une guerre imminente

La situation politique en Europe se dégrade : l'Autriche en 1938 et la Tchécoslovaquie en 1939 furent annexés par Hitler à l’Allemagne et sont rayés du nombre des pays indépendants.

La crise devient internationale et ne peut déboucher que sur une guerre mondiale.

A l'aube du 1er septembre 1939 les blindés allemands envahissent la Pologne. Le 3 septembre, l'Angleterre et la France, alliés de la Pologne, déclarent la guerre à l'Allemagne.

Commença alors entre la  France et l'Allemagne ce qui fut appelé « la drôle de guerre ». Confiantes en la solidité de la Ligne Maginot, la France et l’armée française se mirent à envisager une guerre défensive longue et difficile le long de la frontière.

La proximité de Schoeneck par rapport à la ligne Maginot avait été la cause des évacuations.

En effet, elle avait été construite pour arrêter les attaques allemandes.

Cette ligne de défense était composée d'immense cavernes souterraines où n'effleuraient à la surface que mitrailleuses, chambre de tirs, canons… Ces cavernes étaient tenues par 30 000 hommes reliés par téléphone et par une troupe d'intervention de 50 000 hommes pour entretenir et développer les réseaux barbelés.

Le danger était devenu trop grand pour les populations civiles, il fut ordonné l’évacuation immédiate et sans délai. Ainsi, 45 % des habitants de la Moselle, soit 302 732 personnes avaient été chassées de chez elles. Etaient touchés les arrondissements de Sarreguemines, Forbach, Boulay et Thionville.

Sur 765 communes, 300 ont été évacuées. Les départements d’accueil seront la Charente, la Charente Inférieure (aujourd'hui appelée Charente Maritime), la Vienne, la Haute Vienne, la Haute Loire et le Morbihan. Les habitants de Schoeneck seront accueillis en Charente.

Le dernier jour de paix

Le père de Rose et d’Adolphe, mobilisé depuis une semaine, a déjà quitté le cercle familial. Il avait cependant, dès son arrivée, adressé une lettre à la famille dans laquelle il leur précisait l'endroit exact où il se trouvait et la fonction qu’il occupait : il était gardien de ligne de chemin de fer à Liaucourt.

En août, tout le monde vivait dans l'attente de cette guerre qui s'avérait de plus en plus certaine entre la France et l’Allemagne. L’oreille collée à la TSF, la famille écoutait toutes les informations pour se tenir au courant de l’avancée d’Hitler.

Certaines rares familles privilégiées étaient déjà parties en voiture rejoindre de la famille ou des amis dans des régions moins exposées.

Pour tous les autres, la vie continue dans l'attente angoissée des événements futurs.

Les préparatifs

Cette journée qui restera gravée dans leur mémoire avait pourtant commencée au village de façon tout à fait ordinaire. Adolphe était allé comme à l'accoutumé, faire son poste du matin à la mine. C'est par le Ministère de la Défense, via la Préfecture et la Sous Préfecture, qu'est arrivé le 1er septembre 1939 l'ordre d'évacuation à Schoeneck par téléphone. 

Les habitants furent prévenus par le crieur public qui traversait le village pour annoncer la nouvelle au son de sa cloche. Mais le bouche à oreille l’avait précédé dans toutes les rues. C’est ainsi que tout le village s'est préparé à un départ vers l'inconnu, car ils ignoraient en effet tous la destination. Seules quelques familles aisées qui sont parties avant la majorité des habitants avaient eu connaissance du département d’accueil.

Rose aida donc sa mère pour préparer à la hâte un bagage pour chacun. Celle ci avait confectionné des sacs à dos à l'aide de taies d’oreiller auxquels elle avait cousu de solides bretelles. Chacun emporta autant d’affaires personnelles qu’il était capable de porter.

On emballa donc que les plus beaux vêtements. Il n'était pas nécessaire de s'encombrer inutilement pour ce voyage qui allait être très long et très éprouvant. Rose fut autorisée par sa mère à emporter un objet qui lui tenait particulièrement à cœur : c'était une petite fourrure pour le cou qu'elle porta sur elle malgré la chaleur de cette fin d'été.

Chaque membre de la famille portait autour du cou une pochette en tissu dans laquelle étaient réparties toutes les économies du ménage. Et les rares objet de valeur et les quelques bijoux avaient précieusement été camouflées au milieu des affaires de la mère. De plus, par précaution, chacun emporta quelques casses croûtes dans un sac puisque personne ne savait quand et comment on allait se nourrir.

La plupart des villageois avaient quelques animaux qu'ils étaient obligés de laisser sur place.

La famille Klassen possédait alors une chèvre, des lapins, une poule et un chien qui les suivra jusqu'à Forbach.  C'était la cave de la maison qui était aménagée pour les bêtes, mais on ne pouvait pas les y enfermer. Par conséquent, on les a donc lâchés et on leur a mis de la nourriture à disposition dans la cour, si bien qu'il y avait une multitude d’animaux très divers qui courraient même dans les rues en totale liberté.

Il y eut ainsi, en ce jour d'exode, une brave grand mère, la mère Wallian, qui décida de rester au village pour s'occuper de toutes ces bêtes livrées à elles mêmes. Elle fut cependant évacuée de force quelques jours plus tard.

Le départ

Adolphe, Rose et leur mère partirent donc ce jour là à pied, à 16 h 30 précisément. La plupart des habitants en firent de même, et se retrouveront tous au fur et à mesure à la gare de Forbach qui était le premier lieu de rassemblement.

Quelques voitures servaient au déplacement des personnes âgées et des malades qui ne pouvaient pas se déplacer par leurs propres moyens. Les automobiles restantes avaient été réquisitionnées par la mairie pour le transport des archives municipales.

Certains jeunes sont partis à vélo, mais lorsqu'on les informa qu’ils seraient interdit de monter dans les trains avec les bicyclettes ils partirent devant, en pédalant, vers la prochaine étape.

Les adultes avançaient lentement, se retournant souvent, ne sachant ni quand, ni dans quel état ils retrouveraient leurs maisons, leurs meubles, leurs affaires personnelles abandonnées. Dans les potagers, les légumes n’étaient pas tous récoltés. En temps normal, ils auraient été mis en conserve pour l'hiver. Les jeunes comme Rose et Adolphe ne réalisaient pas à quel point la situation était dramatique.

Le voyage Forbach-Delme

Autour de la gare de Forbach se regroupèrent peu à peu les habitants de tous les villages environnants. On organisa le remplissage des trains par village. Les gens de Schoeneck furent installé dans d’anciennes voitures de quatrième classe avec des bancs en bois assez inconfortables. Il fallait s'asseoir très serrés pour faire monter le plus possible de personnes par wagon. Chacun serrait son baluchon sur ses genoux et le train se mit en route pour Delme, première étape.

Cette petite ville se situe à la limite du département de la Moselle, au sud de Metz. On y restera environ une semaine. L'accueil fut plutôt improvisé, quelques personnes seulement pouvaient être logées dans des maisons ou dans des salles. Mais la plupart, comme la famille Klassen, couchaient dans des granges. Il faisait beau et sec et quelques jeunes dormaient même à la belle étoile. Pour eux ce voyage représentait déjà une forme d’aventure.

C'est à Delme que furent recrutés les mineurs, dirigés quelques jours plus tard vers le Pas de Calais. Adolphe, bien que mineur, a préféré accompagner sa mère et sa sœur.

Le père de Rose et Adolphe qui avait été mobilisé avant l'évacuation, était affecté à la garde de la ligne Metz-Nancy et se trouvait alors à Liaucourt. C’était à une dizaine de kilomètres de Delme. Sa famille profita du séjour pour partir à sa recherche. Ils finirent par le trouver à la caserne de Liaucourt. Les jours suivants, ce fut le père qui rendit alors visite à sa famille aussi souvent que possible. Ils se retrouvaient chaque soir dans un café et passaient quelques moments ensemble. Au départ du train qui emmenait se famille vers l'inconnu, il fut sur le quai de gare pour embrasser les siens. Il ne savait pas quand il les reverrait.

La suite du voyage s’effectua dans des conditions encore plus précaires. Ils furent cette fois entassés dans des wagons à bestiaux, 40 personnes dans chacun. Pour améliorer quelque peu le confort des passagers, quelques bottes de foin avaient été éparpillées sur le sol et chacun s'y installait tant bien que mal.

Le voyage allait être très long et très pénible, mais chacun y mettant du sien, on parvint à maintenir une ambiance relativement bonne : tous étaient embarqués dans la même galère et on s'entraidait au mieux.

Direction Charente

Le reste du trajet durera encore 6 jours pour toutes ces personnes entassées dans les wagons, sans eau et sans toilettes. Le voyage était sans cesse interrompu par de nombreux arrêts en rase campagne où les femmes et les filles courraient se cacher derrière les buissons ou les arbres pour se soulager. Ces arrêts s’avéraient cependant aussi commodes que les arrêts au gares de passage où l’unique WC était pris d’assaut par des centaines de voyageurs. Cependant, c’était là seulement que chacun pouvait faire un brin de toilette.

Le train empruntait les lignes secondaires sur la première partie de ce voyage, les lignes principales étaient réservées à la défense nationale. C’était aussi l’armée qui rapportait le ravitaillement aux passagers, du pain, des sardines, du saucisson sec, de l’eau, jamais de repas chaud mais une nourriture suffisante.

Les nuits étaient les plus pénibles. chacun essayant de trouver un peu de repos dans cette promiscuité. Après avoir contourné Paris par le sud, on rattrapa enfin la ligne principale Paris-Tours-Bordeaux où l’on avança bien plus rapidement. Les gens furent alors informés que leur destination serait la Charente.

Court séjour à Château-Neuf sur Charente

A Château-neuf sur Charente, à 15 Km d’Angoulême, le train s’arrêta enfin. Dans cette ville étaient déjà relogés, entre autres, de nombreuses familles de Siring, et il n’y avait plus beaucoup de possibilités d’accueil pour les gens de Schoeneck. Par conséquent, il furent hébergés dans des hangars et dormaient à nouveau sur la paille en attendant une solution.

Cependant, un couple d’enseignants de la ville, la famille Bréjou, proposait un meublé à une personne de confiance, mais qui devrait en échange aider aux tâches ménagères. Le curé de Schoeneck fit part de cette offre à la maman d’Adolphe et de Rose qui accepta aussitôt.

Ils eurent donc la chance d’habiter dans deux chambres très confortables d’une belle maison, occupée par un couple retraité et leur fille, mariée et mère d’un petit enfant.

C’est ainsi que Rose passa ses premières journées en Charente à promener à travers les vignes ce bébé pendant que sa mère s’occupait de l’entretien de cette maison bourgeoise et confectionnait de bons repas dont ils profitaient avec plaisir après les restrictions alimentaires du voyage. Le séjour ne dura que quelques semaines et il fallut encore repartir car trop de réfugiés sur peuplaient Château-Neuf.

Les gens de Schoeneck furent envoyés à la campagne mais furent séparés et dispersés dans deux villages différents, Jauldes et Jurignac. C’est là que séjournera la famille Klassen pendant près d’un an.

La vie à Jurignac 

A Jurignac, ils furent chaleureusement accueillis par la famille Montalembert. Cette riche famille viticole possédait un immense domaine mais leur maison était située au cœur du village. La famille Klassen a été installée dans le sous-sol de leur maison, la place était suffisante pour y installer une cuisine avec deux grands lits.

Au début, il manquait l’essentiel : ni matelas, ni table, ni chaises, ni poêle pour préparer les repas. L’administration de Charente distribua tout cela mais aussi des vêtements, des chaussures etc. Cette marchandise venait de la Moselle : les stocks des commerçants évacués ont été redistribués et les commerçants indemnisés.

Pour une distribution équitable, le maire de Schoeneck passait dans chaque habitation et notait tout ce qui y manquait. Les Montalembert firent aussi leur possible pour améliorer leur quotidien, par exemple en mettant à disposition une grande armoire à glace pour les produits frais.

La communication entre les Charentais et les Lorrains n’était pas facile au début dans la mesure où les gens de Schoeneck ne parlaient que le patois lorrain ou l’allemand, la langue de l’ennemi. Seuls les jeunes parlaient français et ne cessaient de tout traduire. C’est ainsi que les charentais ont compris que ces réfugiés endimanchés n’étaient pas les capitalistes qu’ils redoutaient et l’entente peu à peu devenait plus chaleureuse.

Administrativement, les habitants de Schoeneck étaient donc répartis sur deux communes, Jauldes et Jurignac, situées de part et d’autre, à une vingtaine de kilomètres d’Angoulême, donc distants d’une quarantaine de kilomètres. Ces villages étaient formés de nombreux domaines viticoles qui s’étendaient à perte de vue, malgré leur petit nombre d’habitants.

C’est ainsi que les réfugiés se trouvaient rarement réunis sauf à l’église lors de la messe du dimanche ou au hasard de leurs promenades. Cela amenait également le Maire et le Curé à faire de nombreux déplacements. Ce phénomène de dispersion se retrouva partout en Charente, les habitants d’une même ville étaient toujours séparés, par exemple les 12.000 habitants de Forbach tous évacués, étaient répartis sur 28 communes.

Le Maire de Schoeneck avait été démis de ses fonctions officielles et toutes les requêtes administratives des réfugiés devaient être soumises à la mairie locale. Au début, Adolphe était interprète bénévole puis son aide devint indispensable et il eût bientôt une fonction officielle.

Un bureau lui fut alors installé dans la maison à l’étage.

Rose s’occupa à nouveau d’enfants, la famille Montalembert avait deux fillettes, Pierrette, 9 ans, et Francine, 2 ans, dont elle s’occupait avec plaisir et qu’elle promenait dans une vieille poussette rouillée.

La vie quotidienne en Charente

Parmi les réfugiés, il y avait peu d’hommes en âge de travailler, ils étaient nombreux à être mobilisés. Les plus âgés encore valides et les jeunes gens étaient journaliers chez les paysans ou participaient au travaux de vigne. Cette année là, même les femmes et les jeunes filles, dont Rose, aidaient aux vendanges. Mais principalement, elles s’occupaient de l’entretien de leur logement.

Au fil du temps, chacun s’habitua à cette nouvelle vie. Au village, elles rencontraient les autres femmes à l’épicerie, à la boulangerie, ou autour du puits. Elles adoptèrent aussi quelques méthodes charentaises, par exemple, elles allaient au lavoir pour battre leur linge et l’étendait ensuite sur les prés pour le sécher au soleil. Oubliés les lessiveuses et les fils d’étendage.

En plus du salaire pour ceux qui travaillaient, les familles réfugiées percevaient une indemnité journalière de 10 francs par adulte et de 5 francs par enfant, qu’ils allaient chercher à la mairie tous les jours. Financièrement, ils n’étaient donc pas dans le besoin.

L’intégration des petits schoeneckois ne posait aucun problème, puisqu’ils étaient scolarisés avec les petits charentais.

Le curé de Schoeneck se partageait entre ses paroissiens. Il vivait tantôt quinze jours à Jauldes puis quinze jours à Jurignac et assurait les offices religieux dans les deux paroisses avec le curé local. Lors de ses séjours à Jurignac, il avait pour habitude de prendre son petit déjeuner chez la famille Klassen.

Les évacués mosellans, tous catholiques pratiquants, sont surpris par le mauvais état des églises. Les femmes décidèrent de refaire une beauté à la maison du Seigneur.

A grande eau, elles ont frotté les sols, les statues et ont ciré les bancs, puis, chaque samedi, elles donnaient un coup de balai et un coup de chiffon. Le curé les remerciait en leur offrant un petit cognac...

Ainsi s’écoulaient les semaines paisibles, sans aucun signe apparent de guerre. Mais les réfugiés se tenaient au courant de la situation  politique en Europe. Par courrier, le père d’Adolphe et de Rose donnait régulièrement de ses nouvelles et s’inquiétait de sa famille. L’hiver arriva exceptionnellement rigoureux pour la région puisqu’il a même neigé.

Les charentais accusaient alors les lorrains d’avoir apporté un peu de froid dans leur maigre bagage. A Noël, pendant la messe de minuit à laquelle tous assistaient, une rumeur traversa l’assistance au beau milieu de l’office.

C’était le père de Rose et d’Adolphe qui venait d’entrer dans l’église et cherchait sa famille. Il avait été démobilisé quelques jours plus tôt et venait d’arriver. Quelle belle nuit de Noël, la famille est à nouveau au complet. Le père était alors âgé de 46 ans et avait présenté les extraits de naissance de ses deux enfants, ce qui lui permit d’être démobilisé plus vite. Rapidement, il fut employé par Monsieur Montalembert au domaine viticole, ce qui améliora d’autant la situation financière de la famille pendant ce séjour forcé en Charente.

Les parents sont allés plusieurs fois en bus à Angoulême. Ils ont principalement acheté des tissus qui serviront plus tard à habiller la famille. Monsieur Montalembert leur mis également à disposition un lopin de terre derrière la maison. Une fois défriché, il fut transformé en potager et ils pensèrent avec mélancolie à leur grand jardin abandonné à Schoeneck.

Le printemps arriva, la guerre semblait tellement loin. Pour les jeunes comme Rose et pour les enfants la vie était douce et insouciante; ces mois de dépaysement et de découvertes ressemblaient aux vacances qu’ils n’avaient jamais connus.

L'avancée des allemands en France

Les adultes, toujours à l’écoute des nouvelles à la radio, s’inquiétaient de l’avancée de l’armée allemande. En mai, les opérations défensives des allemands commencèrent par l’invasion des Pays bas, de la Belgique et du Luxembourg. Puis l’armée allemande franchit la frontière française, c’était le 12 mai. Début juin, les événements se précipitèrent : le front français fut percé sur la Somme, dans l’Aisne, dans la Basse Seine.

Tandis que l’armée française était en pleine retraite, la population de ces régions, prise de panique, fuit sur les routes du sud. Les réfugiés installés en Charente observèrent alors d’interminables cortèges de voitures sur les routes de campagne. C’étaient des gens du nord de la France mais aussi des belges et des luxembourgeois. L’armée allemande avance toujours et entre dans Paris le 14 juin. A Bordeaux, où le gouvernement est venu s’installer, une majorité de ministre est favorable à la constitution d’un armistice avec les allemands. Il sera signé le 22 juin. Les hostilités cessent sur tous les fronts mais la France est occupée au deux tiers. En Moselle, la ligne Maginot ne résiste plus aux attaques allemandes et, le 17 juin, le drapeau du Reich flotte sur la mairie de Metz.

A cette époque, en Charente, on observa l’arrivée des premiers soldats allemands. A Jurignac, ils étaient postés aux quatre coins du village avec leurs chars. Les restrictions se firent ressentir. Malgré les changements politiques et les incertitudes qu’ils entraînent, les gens étaient impatients de rentrer. Les aciéries de Burbach commencèrent à réclamer leur personnel lorrain. C’est l’administration allemande, alors installée en Charente, qui organisa le retour des réfugiés début septembre 1940.

Une année entière s’était écoulée. Rose et ses parents partirent par le premier train; Adolphe suivra un mois plus tard, sa présence était encore nécessaire à Jurignac.

Le retout au pays

C’est l’armée allemande qui a encadré les réfugiés jusqu’à Saint Dizier. Le voyage s’effectua de manière beaucoup plus confortable car cette fois les réfugiés étaient installés dans les trains de voyageurs de troisième classe. Les bagages, plus nombreux et plus lourds étaient chargés dans les wagons à bestiaux. Les gens rapportaient chez eux tout ce qu’ils avaient acheté et aussi tout ce qui leur avait été distribué.

Aux débuts des restrictions, ils ont aussi fait des réserves de conserves pour ne pas être pris de court et les emportèrent aussi.  Le train a suivi un itinéraire par Bordeaux, Toulouse, puis la vallée du Rhône car tous les ponts de la Seine et de la Loire avaient été détruits.

C’est à Saint Dizier que les réfugiés apprirent que l’Alsace et la Moselle avait été annexés à l’Allemagne. Ils furent interrogés par la police allemande sur leurs opinions politiques et on vérifia leur origine lorraine. Quelques personnes ont été refoulées mais la plupart ont été autorisées à rentrer chez eux. Le train les ramena jusqu’en gare de Forbach. Là il fallut chercher un moyen de locomotion jusqu’à Schoeneck, à cause des nombreux paquets, il n’était pas possible de rentrer à pied.

La famille Klassen trouva une charrette à chevaux qui put les prendre en charge. La route directe pour Schoeneck était barrée parce qu’elle était minée et il fallut faire un détour par Stiring-Wendel.

L'état des lieux

Les villageois qui avaient été envoyés dans le Pas de Calais étaient déjà de retour et installés chez eux. Le village, dans son ensemble n’était pas très endommagé sauf quelques maisons situées à des points d’observation stratégiques.

La famille Klassen découvrit avec horreur qu’il en fût ainsi de la leur. Elle offrait un spectacle de désolation : la porte d’entrée et les fenêtres étaient barricadées par des troncs d’arbres et une meurtrière était percée dans le mur qui donnait sur la forêt et les prés avoisinants.

Ils entrèrent par la cave et trouvèrent la maison totalement vidée de ses meubles. Les allemands qui occupaient les lieux avaient disparus avant le retour des habitants.

Un bon nombre de meubles était éparpillés dans le village mais aucun n’appartenait à la famille Klassen. La maison était inhabitable, ils trouvèrent refuge dans la cave d’un voisin puis plus tard dans la maison d’un oncle qui avait lui, retrouvé tous ses biens et qui leur prêta deux chambres. Quelques semaines plus tard, après le retour d’Adolphe, ils commencèrent a déblayer tout ce qui encombrait la maison.

 

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La maison paternelle au retour de Charente

 

La vie continue

Les mines et les usines furent rapidement relancées et les hommes réembauchés, mais la guerre  était loin d’être terminée. A cause de l’annexion à l’Allemagne, tout fut peu à peu germanisé. Les écoles ont ré-ouverts avec des instituteurs allemands.

La vie sous l’occupation devient très difficile. Bientôt il y eût des difficulté de ravitaillement et des tickets de rationnement alimentaire ont été distribués. On manqua bientôt de charbon et d’essence. Les gens se débrouillaient pour en acheter au marché noir. Tous cultivaient à nouveau leur jardin et élevaient quelques animaux. Pour échapper à toutes ces privations, Rose fut envoyée chez une tante en Sarre ou elle trouva une place de domestique.

Cette tante lui confectionna des robes et des blouses avec les tissus rapportés de Charente. Adolphe fut embauché à la gare de marchandise de Forbach où il travailla environ un an. Il fût ensuite envoyé aux « Arbeitsdienst » , service du travail obligatoire à Sarralbe pour reboucher les tranchées avant d’être incorporé dans l’armée allemande à Wiesbaden.

En septembre 1942, Rose revint au village, sa mère, gravement malade, a besoin de son aide. Hospitalisée, elle ne pût être soignée correctement car on manquait de médicaments. Après son décès, en mai 1943, Rose et son père passaient toutes les nuits dans les bunkers.

Le village, occupé par l’armée allemande, fut souvent bombardé à cause de sa proximité avec Sarrebruck et le 14 mars 1945, Schoeneck fut enfin libéré par les soldats américains.

 

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Le retour des Schoeneckois en gare de Forbach

 

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 Rose à 85 ans, en compagnie de deux de ses petits enfants

 

Rose et Adolphe, aujourd’hui disparus, ont vécu des épreuves terribles pendant cette guerre. Par la suite, le jeune Adolphe fût enrôlé de force dans l'armée allemande puis envoyé sur le front Russe où il fût gravement blessé. Quand à Rose, elle se maria en 1948, mit au monde 4 enfants et s'éteignit dans la maison paternelle à l'âge de 87 ans.

Tous deux ont préféré garder les bons souvenirs de cette année d’évacuation et en oublier les mauvais...

 

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18/06/2016
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En route pour la Charente...

Cécile Faber, la maman de Chantal Faber, est décédée en Juin 2008. Elle a laissé à ses enfants un carnet de chroniques manuscrit que sa fille a retranscrit et que nous avons le plaisir de publier sur ce Blog. Ces témoignages personnels, intenses et émouvants sauront, j’en suis sûr, retenir toute votre attention. Nous les publierons au fur et à mesure de leur transcription. Bonne lecture. 

"Je suis née à Guessling  en  juillet 1915 durant la première guerre. N'ayant plus de parents à l'âge de 14 ans, j'ai travaillé la terre avec mes deux soeurs qui étaient déjà mariées. 

A 17 ans,  en 1932, je suis partie pour Reims où j'ai eu  un emploi  de  femme de chambre chez un lieutenant colonel durant 5 ans et c'est là que j'ai rencontré mon mari qui faisait son service militaire à la base aérienne de Reims. Je racontais souvent à mes enfants ce que nous avions vécu durant la 2ème guerre et, à la demande de ma fille, j'en ai fait un récit  au cours des années 80. Plus de 30 ans après ces évènements, je n'avais rien oublié de ces années difficiles."  

Nous nous sommes mariés le 1er septembre 1937. 11 mois plus tard, nous avions des jumeaux ! N’ayant pas trouvé de logement, les beaux-parents nous ont cédé deux pièces que nous avons meublées avec des meubles tout neufs, chambre à coucher et cuisine.

A Reims où j’avais travaillé, j’avais fait  assembler  un superbe trousseau de belle qualité.

Je l’avais acheté chez un marchand près de la Place Royale, qu’une dame m’avait recommandé. Il n’avait que du linge et tissus de Gérardmer.  Comme j’avais tout acheté chez lui, il m’avait fait broder les draps chez les sœurs de St Vincent de Paul qui gagnaient ainsi leur vie et avaient également un orphelinat. J’avais toute la vaisselle nécessaire pour tous les jours, comme pour les repas où nous avions de la visite. 

Mobilisation générale !

Ce bonheur n’a malheureusement duré que deux ans, car nous fûmes brutalement séparés par la guerre, le 1er septembre 1939. La mobilisation générale fut déclarée ! Mon mari a été appelé dès le premier jour.

La population de Schoeneck, comme celle des alentours, fut avisée que nous devions nous préparer à partir, en emportant juste le nécessaire comme vêtements. Il y avait même indiqué, le poids auquel nous avions droit, ainsi que papiers et bijoux. Je me rappellerai toujours, le moment où le jeune père devant quitter ses deux enfants, était agenouillé devant leur lit où les deux bébés gazouillaient gaiement, et lui pleurait à chaudes larmes avant de partir avec une petite valise n’emportant lui aussi, que le strict nécessaire. Tout le reste des affaires est  resté à la maison.

Evacuation.

Nous avons dû nous rassembler devant la mairie, de là on nous a conduit en camion jusqu’à Forbach. Monsieur Dorr, beau-père de Monsieur Dewes, qui était propriétaire d’une épicerie, a fait arrêter les camions qui passaient, pour distribuer chocolat, bonbons et biscuits. A Forbach, nous avons pris le train jusqu’à Landroff. Là-bas,  seize bus nous attendaient  pour nous conduire à Delme. Malheureusement, les jeunes et ceux qui pouvaient bien courir, les avaient vite remplis !

Nous qui avions la grand-mère de 75 ans et deux bébés de 13 mois, nous sommes restés sur place.  On nous avait promis que les bus allaient revenir, mais hélas nous avons attendu en vain.

Avec ceux qui restaient, nous nous sommes installés pour la nuit dans un pré. J’avais emmené une couverture en laine et deux coussins. Il faisait chaud ce jour là, et avec mes bambins, la famille et la vieille grand-mère, nous avons dormi à la belle étoile, après avoir mangé des réserves et du lait pour les enfants que nous avions emmenées,.

Le lendemain, un militaire se présenta pour nous dire de partir pour Delme qui était à 20km, car notre rassemblement pouvait provoquer un mitraillage des allemands.

Il y avait aussi un vieux cultivateur de  Schoeneck, qui était parti avec sa charrette, attelé de son cheval pour emmener sa famille, matelas et diverses affaires. C’était le père de Pierre Heinrich. Pierre,  après la guerre habitait à côté de nous dans une baraque avec sa femme Rosa.

Avant la naissance de nos jumeaux, nous avions reçu un catalogue avec des voitures d’enfants et des poussettes pour jumeaux. A la naissance des enfants, nous y avons commandé une jolie poussette bleue ciel avec des bons pneus et des dossiers qu’on pouvait tourner comme on le voulait. Nous ne nous doutions pas à ce moment là, qu’un jour nous irions  habiter pas loin de ce lieu où nous avions commandé cette poussette car la Charente, nous ne savions même pas où ce département était situé !

Pour partir à Delme, nous n’y avions pas mis les enfants, mais elle était chargée de couvertures et de tout ce qu’elle pouvait encore contenir. Les enfants, nous les avons portés sur les bras à tour de rôle.

Avant de partir pour Delme, on avait encore eu la « gentillesse » de nous donner des masques à gaz qui nous sciaient les épaules. Ils étaient munis d’une bride pour les accrocher, le tout était assez lourd, car contenu dans une haute boîte en fer blanc.

Personne ne savait que Delme était situé si loin. A chaque fois que nous avons rencontré des gens, nous leur demandions  à combien de kilomètres nous étions, et à chaque fois nous étions effarés du nombre de kilomètres qu’il nous restait encore à faire. Impossible de trouver un taxi, et la chaleur était lourde à supporter.

En cours de route en traversant un village dont je ne me souviens plus du nom, nous nous sommes trouvés tout à coup devant mon beau frère, l’un aussi étonné que l’autre.

Il campait dans ce village avec d’autres soldats. Il est allé chercher son casque, l’a rempli d’eau pour me permettre de faire la toilette de mes pauvres bébés, de nous désaltérer au puits et d’acheter du lait pour les enfants.

Nous voilà repartis. Vers le soir, nous nous apprêtions à passer une deuxième nuit dans un parc, quand un monsieur qui avait une voiture, a bien voulu nous conduire jusqu’à Delme.

Les frères de mon mari, Emile et Bernard, avaientt emmené leur vélo et pouvaient faire le chemin plus facilement, ils nous attendaient déjà sur place.

A Delme, ils avaient prévu une cuisine roulante « Goulasch Kanone » qui distribuait de la soupe chaude. C’étaient des militaires. Mais pour en avoir, il fallait des récipients, et en un tour de main, les magasins avaient vendu tout ce qui pouvait contenir de la soupe.

Les derniers, dont nous n’étions pas, ont dû se contenter d’acheter un  « vase de nuit » ou pot de chambre, ce qui veut dire la même chose, cela nous a bien fait rire.

Monsieur Wasiniack, qu’on nommait « le Polen Metzger » avait une boucherie à Stiring-Wendel, dans la rue St Charles  et il était le patron de Bernard qui travaillait comme boucher chez lui. Il avait emmené toutes ses saucisses, car il avait une grande voiture, et les distribuait à côté de la cuisine roulante, ce qui améliorait drôlement le menu.

On nous avait indiqué la maison d’un vieux célibataire pour y dormir. Les hommes occupaient la grange et le grenier à foin et paille, les femmes se partageaient les chambres. Dans la nôtre, il y avait deux lits, un pour Mr et Mme Wallian, et l’autre pour mémé Amélie et pépé. Leurs filles, Marie-Thérèse et Joséphine et moi-même étions installées sur un matelas posé par terre où nous couchions en travers pour avoir plus de place, les jumeaux étaient également à côté de nous.

Au milieu de la chambre,  il y avait une table ronde, où restaient quelques bouteilles d’eau vides du dîner. Marie Wallian dut se lever la nuit pour un besoin pressant. Sans lumière et dans une chambre inconnue, elle a buté dans la table, ce qui a renversé les bouteilles, et nous avons eu un beau fracas dans la nuit tranquille. Réveillés en sursaut, nous avons cru à une bombe ! Après avoir allumé la lumière, nous avons vu Marie toute penaude, et malgré la fatigue de la journée, un fou rire nous a pris.

Le lendemain pour aller aux toilettes dans la cour, il n’y avait qu’un W.C., et nous avons dû faire la queue, comme autrefois devant le confessionnal !

Départ vers la Charente.

Le vieux Monsieur Heinrich, devait laisser son cheval dans un parc, il a essuyé quelques larmes en le quittant. Beaucoup de gens qui étaient venus avec leurs charrettes, tirées par des vaches ou des chevaux ont dû en faire autant.

A la gare avant de prendre le train les gens étaient séparés, les uns pour aller travailler dans le Pas de Calais dans les mines du Nord. Nous avons attendu de longues heures avant qu’un train se présente. C’était un train pour bestiaux, sur les wagons était marqué : 40 hommes ou 8 chevaux.

Après cette longue attente les gens se ruaient vers le train pour pouvoir y entrer, à un tel point qu’il y a eu un mort nommé Muller. Certaines femmes étaient prêtes à accoucher et devaient rester sur place pour l’hôpital. En comptant les enfants, nous étions 50, en plus de Monsieur Wallian avec sa voiturette d’handicapé de la mine. On n’avait même pas pris la précaution d’étaler de la paille par-terre. Il y avait aussi un jeune couple de Petite-Rosselle et leur bébé de 3 semaines, une petite fille.

Le jour, les jeunes étaient installés par terre, devant la porte ouverte, les jambes ballantes dans le vide. Bien des fois, nous restions de longues heures sur les quais.

Des scouts et des sœurs venaient nous ravitailler, donner des médicaments à ceux qui en avaient besoin, des soins aux enfants, des bains de pieds à ceux qui avaient les jambes enflées et douloureuses par les longues heures sans lit et vrai repos. On pouvait dire sans exagération que c’était un long calvaire.

Par moment aussi, le train s’arrêtait en pleine campagne pour permettre aux gens de faire leurs besoins. Personne ne s’occupait des voisins, car il fallait faire vite. Un jour, une vieille dame de Schoeneck est restée sur le bas côté et a dû attendre un autre train de réfugiés.

Nous en avons vu défiler des villages et personne ne connaissait le lieu où nous devions aller.

Cette route a duré une bonne semaine jusqu’en Charente, sans vrai repas chaud. On mangeait ce qu’on nous donnait en route et les conserves qu’on avait emmenées. Je me rappellerai toujours, et d’autres avec moi, les grands fromages de Brie sur de la paille qu’on nous servait souvent pendant les haltes et qui, ma foi, étaient de très bonne qualité.

Arrivée en Charente

Nous voici donc arrivés en Charente, en gare d’Angoulême. Nous devions aller jusqu’à la place St Martial devant la cathédrale et les trottoirs qui y menaient. Comme il faisait beau et chaud, nous attendions là le moment où les autorités voulaient bien nous mener à destination.

A midi, on nous a servi un repas chaud dans une grande salle, puis nous voilà de nouveau dehors. Personne ne savait où nous devions aller. Il n’y a que le soir qu’on nous a amené au train, destination Bellon à 80 kilomètres.

Notre vraie destination devait être Jauldes à 20 kilomètres, car là bas il y avait déjà le maire Schuller Emile et d’autres gens de Schoeneck, mais personne de ceux qui devaient s’occuper de nous n’était au courant.

L’évacuation avait mal commencé et finissait dans le désordre car la commune de Bellon a seulement été avertie 3 heures avant notre arrivée, donc pas grand-chose de préparé !

Arrivée à Bellon.

A la gare de Montboyer nous attendaient ceux qui avaient l’intention de prendre des réfugiés. Monsieur Vigier était de ceux là. Je le vois encore, petit, avec une grande moustache, une casquette sur la tête comme tout bon charentais qui se respecte.

Il faut dire que je lui avais tout de suite tapé dans l’œil, pas à cause de ma personne, mais à cause des jumeaux qui étaient mignons comme des anges avec leurs cheveux blonds et bouclés. Il s’approcha de moi et me dit « je peux recevoir un grand nombre de personnes, choisissez celles  que vous voulez, d’abord la famille et ceux qui en font partie de près ou de loin ».  

Il y avait donc la famille Bernard Faber, (avec leurs filles Bernadette et Mathilde) qui était  le frère de mon beau-père Michel, les grands parents d’Amélie Dauvergne, lui était garde champêtre à Schoeneck, et on l’appelait « Jacky ». Les grands parents d’Odette, future femme du cordonnier, sa mère, son frère André, sa sœur Marlène. Leur père Emile était mobilisé. Une autre lointaine cousine par alliance qui râlait toujours, le couple Wallian et leurs filles.  Enfin toute une troupe…

Mathilde, Bernadette et leurs parents étaient logés dans une grande pièce chez les Vigier même. Mes beaux-parents dans une pièce de la maison qui est maintenant à Jacques et Marie- Thérèse. (Pour information, par la suite, ma belle-sœur a épousé un  fils Vigier).

C’était une vieille maison où pendaient encore partout des toiles d’araignées. Il y avait un lit pour les beaux-parents et, pour nous les jeunes, une belle litière de paille. Pour les jumeaux un landau d’enfant en osier pour l’un, et pour l’autre, un petit lit que nous avait prêté madame Vigier. Les premières nuits, le lit vermoulu et vieux avait craqué sous le poids des beaux parents et cela nous a bien fait rire !

Comme je n’étais pas tout à fait remise de la naissance des jumeaux et que je maigrissais toujours, le droguiste de Forbach, Monsieur Ney, où je devais me faire peser une fois par mois, me disait «  Madame, ihr hohle ab wie ein abreiss kalendar « ! (Vous maigrissez comme un Ephéméride, ces calendriers où on enlève une feuille par jour) expression qui est plutôt dure à traduire.

La fatigue du long voyage a fait qu’à mon arrivée à Bellon, belle maman a fait venir un médecin qui m’a donné des fortifiants pas bien efficaces.

En voyant cela, Paul Vigier, un des fils de 16 ans, a décidé de me céder sa chambre, lui-même couchant alors dans le foin. Puis il a acheté de la Quintonine qu’on met dans du bon vin et pour que je n’oublie pas de le prendre, c’est lui-même qui venait 2 fois par jour me le servir !

Je ne sais pas si c’était le changement de climat ou le fortifiant, mais j’ai retrouvé force et santé.

Ne voulant pas profiter seule de la chambre, j’ai invité Marie-Thérèse, la sœur de mon mari,  à dormir avec moi. Les jumeaux étaient restés sous la surveillance de leur pépé et mémé ; comme ils dormaient bien la nuit, il n’y avait pas grand problème.

A côté de cette maison il y avait une autre vieille bicoque, encore plus misérable avec un plancher plein de trous. Pour ne pas que les jumeaux y tombent, le vieux Jacky et le grand-père d’Odette, les ont remblayés. Ils avaient aussi installé une longue table faite avec des planches. Le matin, ils préparaient le café dans la cheminée pour tout le monde, ainsi que le soir.

Pour le déjeuner, nous devions aller dans le fond de Bellon comme on l’appelait, où on nous préparait le repas, vu que nous ne devions pas rester dans cette commune et que nous ne touchions pas encore les 10 francs de l’époque pour chaque réfugié.

Après quelques jours, madame Vigier a décidé que monsieur Wallian handicapé, sa femme et moi-même avec les enfants, nous devions venir déjeuner à leur table, pour ne pas faire chaque jour ce long chemin.  Sa cuisine était très bonne, les frères Vigier heureux de cette compagnie, et les enfants entourés avec affection. On leur mettait de gros livres sur les chaises pour leur permettre d’arriver à la hauteur de la table et ils mangeaient déjà très proprement.

Madame Vigier me donnait aussi du lait de chèvre pour eux en disant que c’était très bon pour les enfants.

Les femmes plus âgées étaient assises l’après-midi sous un arbre à l’ombre, devant la maison des Vigier pour écosser les haricots pour eux, car les charentais mangeaient chaque jour des haricots, comme nous des pommes de terre.

Les plus jeunes les aidaient dans les champs pour s’occuper un peu. Madame Vigier avait déjà un lave-linge très grand, sous lequel on mettait du feu, et on tournait une roue. Cà lavait très bien et elle nous autorisait à nous en servir.

Les paysans nous apportaient souvent des melons, pêches ou autres fruits que nous achetions assez souvent. Les melons étaient très sucrés et juteux. On payait 50 centimes la pièce, pour tout dire, nous n’étions pas malheureux.

Ce qui me chagrinait, c’est que je n’avais pas de nouvelles de mon mari, parti de Schoeneck quelques heures avant nous. Après plus d’un mois et bien des recherches, il nous avait enfin situés ! On lui avait permis de venir nous voir, mais nous étions déjà repartis pour Jauldes. C’est finalement à « La Mornière », qu’il nous a retrouvé. Paul Vigier l’ayant conduit en petite charrette à la gare de Montboyer.

Le maire, entre temps avait fait le nécessaire pour nous récupérer. Ils sont venus nous chercher en camion pour notre nouvelle destination, et ce chemin n’était pas désagréable, car on s’amusait des drôles de noms de village que nous traversions. 

 


La Mornière.

Nous sommes arrivés vers le soir à La Mornière, une commune de Jauldes.

On nous avait réservé une longue maison, mais où il n’y avait que 2 pièces, comme cela arrivait souvent en Charente. Une grande cuisine qui servait aussi de chambre à coucher dont le sol était dallé de petits cailloux arrondis et, derrière la cuisine il y avait une chambre à coucher. La fenêtre de la cuisine donnait sur des hangars à bois, et les WC. Celle de la chambre à coucher, sur les champs.

Avant de trouver du travail, mes  beaux-frères, Emile (chez un paysan) et Bernard (chez un boucher) couchaient dans la chambre derrière la cuisine, ainsi que ma belle-sœur Joséphine et son mari Emile, qui rentrait souvent tard et réveillait tout le monde. Il avait été démobilisé pour maladie et infirmité à la jambe à cause d’un accident de moto.

Moi-même, je couchais dans la cuisine, les jumeaux à côté de moi dans un petit lit, Mémé Amélie et Pépé Michel de l’autre côté de la pièce.

Les pièces étaient meublées avec des vieux meubles encore très solides. La maison appartenait à Monsieur Renard d’Anais. C’était un cousin de madame Meunier, notre bienfaitrice durant cette guerre et  qui est devenue notre grande  amie.

Le propriétaire nous avait permis de nous servir de son bois qui était dans le verger en grand nombre. Il n’y avait qu’à le couper pour l’adapter à la cheminée, dans laquelle mémé Amélie faisait la soupe pour toute la maisonnée. Plus tard, nous avons reçu une cuisinière par le maire de Schoeneck, que les beaux-parents ont ramené  ensuite à Schoeneck. Elle avait aussi acheté une grande cocotte en fonte pour y faire dorer les pommes de terre. Mon mari rentrait de permission tous les 3 mois.

J’ai oublié de dire que le soir de notre arrivée, il faisait déjà sombre. Nous voulions faire du café, malheureusement pas de moulin. J’ai pris le café, traversé la route, il y avait un petit chemin et, à la première maison qui se présentait, j’ai frappé à la porte, un monsieur m’a ouvert, il y avait aussi ses vieux parents, et après avoir  exposé ma demande, j’ai pu moudre mon café.

Il n’a pas fait froid jusqu’au mois de janvier 1940. Nous étions devant la porte à faire du crochet, car à ce moment on trouvait encore de tout à acheter. A partir de ce moment,  il a fait très froid. Le vent rentrait sous la porte et les fentes du plafond. Nous n’avions pas assez de couvertures, et les enfants sont tombés malades.

Monsieur Meunier, qui était lui aussi très gentil (je garde d’ailleurs de ce couple un souvenir qui ne s’effacera jamais) nous a mis du foin sur le plancher du grenier des deux pièces, ce qui empêchait le vent et le froid de trop pénétrer. Nous pensions avec nostalgie à nos maisons bien chauffées en Lorraine !

Jean qui était venu en permission, avait ramené deux grandes couvertures de l’armée, ce qui nous a bien aidé à supporter le froid. Nous faisions la lessive ensemble et c’est moi qui repassais pour tous.

Madame Meunier adorait les bambins, elle n’avait pas d’enfant, venait souvent nous voir et était heureuse avec eux.

Les tantes et la grand-mère de Jean habitaient Jauldes même, c’était à 1km environ. Ma belle-sœur Marie-Thérèse habitait avec elles, car elles ne savaient pas un mot de français, et elle s’occupait également des courses.

Pour certains habitants nous étions considérés comme des « boches » qui avaient un niveau de vie supérieur en technique et en hygiène. Les soldats  de la région de  Charente qui étaient en Lorraine, relataient dans leurs lettres, les maisons, les meubles, les cuisinières astiquées comme des miroirs. Mais avec la plupart des habitants nous avions de bonnes relations.

Je faisais très souvent le chemin jusqu’à Jauldes avec les enfants dans la poussette, pour aller voir la grand-mère et les tantes, c’était chaque fois la fête chez eux, de voir Fernand et Bernard. La fameuse poussette commandée à la Rochefoucauld, me rendait de grands services pour ces occasions.

On priait souvent le rosaire à l’église de Jauldes. A des jours fixes, les réfugiés de Jauldes et des petits  hameaux des alentours, qui faisaient partie de la commune, y assistaient. On priait pour la paix et le retour de nos hommes.

A La Mornière même, il y avait une petite épicerie tenue par madame Tallon et sa fille Léonie, dont le mari était aussi mobilisé. Il y avait également une épicerie à Jauldes, ainsi qu’un bureau de tabac, la poste et une autre petite épicerie où l’on trouvait des journaux, en plus de 2 bistros.

Les enfants ont commencé à marcher, Fernand, déjà à Bellon, ce qui pour des jumeaux était précoce. Bernard un mois plus tard à La Mornière. Sur les pavés arrondis de la cuisine, ce n’était pas évident, et il  tombait souvent, ce qui a provoqué une bosse sur le front qui avait du mal à partir.

Le maire Emile Schuller distribuait selon les arrivages des contrées déjà évacuées, des vêtements neufs, du tissu, des souliers. Naturellement, il y avait toujours des très malins qui étaient bien informés et vite sur place pour rafler la meilleure part. Comme la tante avait reçu une machine à coudre, elle faisait les vêtements pour les enfants et moi-même. 

Je recevais parfois un colis de la Croix Rouge pour les enfants avec de la laine et d’autres choses, ce qui était bien, car je n’avais que les 10 F par réfugié et un peu d’allocation militaire.

J’avais aussi écrit à François de Wendel, propriétaire des mines avant leur nationalisation, car on nous devait encore le salaire, ainsi que les jours de congés que Jean n’avait pas pris. Tout cela fut payé rubis sur l’ongle. 

Départ des Schoeneckois.

Après un an, la « drôle de guerre » comme on la nommait, se termine et les gens étaient heureux, bien que les allemands occupaient la Lorraine.

Le jour du départ des schoeneckois, mon beau-père Michel était à la gare et avait des paroles vraiment prophétiques. Il disait aux habitants « ne partez pas, la guerre n’est pas terminée ».

Il ne croyait pas si bien dire.

Nous-mêmes, avions décidé de rester. Comme il y avait alors des logements de libres, nous avons déménagé dans une autre maison où il y avait aussi cuisine et chambre à coucher et des vieux meubles.

Malheureusement dans les fentes du lit, il y avait plein de punaises, et Jean était rempli de boutons, chez moi çà ne faisait pas cet effet. Nous ne savions pas tout de suite pourquoi, mais on n’a pas tardé à trouver la cause.

Nous avons alors sorti les lits, lavé le plancher à l’eau de javel, demandé des lits de réfugiés à la commune de Jauldes. C’était des lits avec 4 poteaux et au milieu un grillage. On nous avait aussi donné des bons matelas lorrains des villages évacués. De la même façon on avait distribué des machines à coudre à celles qui étaient couturières.

Je ne sais plus combien de temps nous somme restés, avant de nous décider nous aussi à partir. Déjà à cause du travail, car en Charente il n’y avait pas grand-chose. Nous sommes partis d’abord avec les enfants et Marie-Thérèse, les beaux-parents un peu plus tard.

Quelle peine pour monsieur et madame Meunier de nous voir partir. J’avais écrit sur un calendrier de la poste « je suis de la Lorraine, la France est ma patrie, salut montagnes et plaines, salut mon cher pays ». Madame Meunier était allée voir les 2 pièces que nous avions quittées, a trouvé ce calendrier accroché à côté de la fenêtre et l’a toujours gardé en souvenir.

Retour à Schoeneck.

Arrivés à Angoulême, nous étions rentrés dans un café près de la gare, en attendant le train spécial pour ceux qui rentraient en Lorraine. Dans ce café, il y avait deux  soldats allemands, à la vue des jumeaux, ils nous ont demandé où nous allions et nous avons répondu « en Lorraine ». Ils ont demandé au patron, du café pour nous et des biscuits pour les enfants, et nous ont donné quelques marks qui ont servi à acheter le premier lait en arrivant à Schoeneck.

Le train avait fait une longue halte sur un quai, je ne me souviens plus du lieu. Les gens étaient allongés dans le train  là où il y avait de la place. Les enfants dormaient sur un banc, quand soudain il y a eu une forte secousse, les enfants sont tombés sur le sol. On entendait des cris partout, et une odeur de Schnaps se répandait dans le train,  à cause des bouteilles qui s’étaient  cassées et  que les gens ramenaient de  Charente.

Les hommes sortaient pour voir ce qui se passait. Le conducteur qui avait tamponné le train, disait que c’était bien fait pour les gens qui allaient chez les boches, vu que la Lorraine était occupée par les allemands. Il  a failli se faire rosser.

Enfin nous voilà revenus à Schoeneck. En arrivant devant la maison, il y avait déjà de la vaisselle cassée de mon beau service de table en porcelaine de 74 pièces, qui traînait par terre, ainsi qu’une couverture du lit des enfants, du linge souillé et déchiré, et dans la maison il y avait de tout, sauf pas grand-chose qui pouvait encore servir.

Il nous a fallu plusieurs jours à trois pour débarrasser tout ce qui s’y trouvait. La tante Joséphine et sa sœur Rosa nous avaient raconté que souvent la nuit il y avait de la lumière dans la maison, et  des gens de Schoeneck volaient ce qui était encore récupérable.

Sur le mur de l’escalier il y avait une inscription en allemand ainsi libellée : « So haben die Franzosen, die Schweine dieses Haus hinterlassen ». (Voici l’état dans lequel ces porcs de français ont laissé cette maison)

Vaille que vaille, la vie reprenait comme on pouvait. Jean n’ayant pas trouvé de travail à la mine, qui était inondée, a travaillé à la « Bourbacher Hütte ».

Entre temps, les beaux parents étaient revenus eux aussi de la Charente. Ils ont fait remettre en état deux lits lorrains abîmés inutilement, pour eux deux et leur fille Marie-Thérèse. Leurs meubles de cuisine étaient encore en place, et ils avaient ramené la grande cuisinière qu’on leur avait donnée en Charente.

Les deux tantes et la grand-mère étaient heureuses de notre retour. La grand-mère à Jean était déjà très âgée et surtout contente  de revoir les jumeaux.

Tous les après-midi quand j’avais fini mon travail à la maison et que Jean avait poste de midi, j’allais à travers prés pour lui rendre visite avec les petits.

Après environ 6 mois, alors que j’étais enceinte de Roland, Jean est revenu de son travail et nous a dit qu’il devait partir dans la nuit même, car un camarade de travail lui avait fait part  qu’il valait mieux partir pour retourner en France, il avait entendu qu’on voulait le faire prisonnier. Et il est parti la nuit même. De Paris, il m’avait envoyé une carte pour me faire savoir qu’il avait bien pu passer.

Me voilà à nouveau seule avec les enfants. J’ai été longtemps sans nouvelles. Il était allé chez sa sœur Joséphine et Emile qui étaient restés en Charente, de chez eux Julien You l’a conduit à Chasseneuil et il a trouvé refuge dans une école à Limoges.

De mon côté j’avais envoyé une lettre à un responsable allemand, pour lui demander un  laisser passer pour rejoindre mon mari.

Entre temps, s’est ouvert à St Avold, un bureau pour ceux qui désiraient partir. Avec ma belle mère, nous sommes allés là-bas pour demander les papiers nécessaires. On nous a fixé une date pour un train spécial. Il y  avait foule là-bas.

Pendant ce temps, Jean était retourné à Jauldes et avait trouvé un logement dans une petite maison avec en bas une cuisine et une chambre à coucher à l’étage, le tout meublé.

Avant la date fixée pour le départ, on sonne à la porte, il y avait Nicolas Theisen, et monsieur  Bug qui m’ont demandé de faire le nécessaire pour partir, autrement nous risquions d’être expulsés en Pologne. J’étais très heureuse de pouvoir leur dire que nous ne les avions pas attendus, et que nous avions déjà les papiers en notre possession pour partir.

Nous voilà repartis pour la Charente une seconde fois, avec les beaux-parents et Marie-Thérèse. Ce qu’il  nous restait  comme meubles, nous l’avons déposé chez la grand-mère de Jean,  ainsi qu’une caisse pleine de vaisselle. Cette caisse n’a pas attendu le bombardement, elle fut volée avant, pendant que la grand-mère et les tantes étaient dans les abris souterrains  près de la frontière. Elles étaient désespérées, mais ce n’était pas de leur faute.

Et  pendant le bombardement de leur maison, notre armoire de chambre à coucher fut détruite.

Retour en Charente.

Pendant le voyage, nous avons dû faire une halte à St-Dizier. Là bas, nous avons passé la nuit dans une grande salle sur des matelas et des couvertures qui avaient déjà servi à pas mal de gens. Après quelques jours, une fois arrivés, j’avais des démangeaisons sur la tête, j’ai demandé à Marie-Thérèse ce que çà pouvait bien être, et elle a constaté que j’avais des poux.

Parmi les trois femmes, il n’y avait que moi à en avoir.

Nous étions à nouveau réunis à Jauldes. Mes beaux-parents avaient repris la maison où logeaient sa mère et les tantes la fois précédente. Elle était située juste devant l’église. La nôtre était dans un coin, et il fallait prendre un petit chemin. Pour la troisième fois, nous avons dû acheter de la vaisselle, juste le nécessaire.

Madame Meunier n’avait pas tardé à venir nous voir. Madame Merle à qui appartenait la maison, et son mari nous ont donné le jardin. Un vieux monsieur qui venait pour soigner les bêtes qu’il avait à côté de la maison, l’avait fumé avec du fumier de cheval.  Nous avions de beaux légumes, des pommes de terre et des tomates superbes.

Plus tard, j’élevais des lapins, on nous donnait du foin, et on achetait du lait chez les paysans, ainsi que des œufs. Bernard qui était boucher, nous procurait de la viande.

Puis vint la naissance de Roland, en octobre 1941,  un beau bébé de 9 livres. Madame Merle nous avait prêté un berceau posé sur des tréteaux. Roland était un enfant très sage et agréable.

Madame Merle qui avait un petit garçon du même âge, n’en revenait pas de le voir se réveiller sans pleurer.

Jean avait trouvé du travail comme bûcheron et de ce fait, nous avions du bois suffisant pour nous chauffer. La commune de Jauldes nous avait donné une cuisinière.

Jean avait aussi fait faire chez le menuisier une grande étagère, un côté pour le linge, et l’autre en penderie.  Madame Merle m’avait donné un très grand morceau de tissu, couleur or, j’en avais fait un rideau pour l’étagère, ainsi qu’un autre pour la porte vitrée de la cuisine, pour le soir. Tout cela sur la machine à coudre d’une vieille dame, qui nous vendait parfois une poule. J’y emmenais les enfants, pendant ce temps ils s’amusaient dans la cour fermée.

Devant la maison où nous habitions, il y avait une citerne pour l’eau qu’on tirait avec un seau attaché à une chaîne, enroulée autour d’un rouleau de bois.

Le vieux monsieur venait tous les jours pour soigner poules et cheval, il travaillait pour le propriétaire. Sa belle mère tenait une petite épicerie à l’entrée de Jauldes. Ils vivaient tous dans la même maison. Quand le vieux monsieur ne put plus travailler, monsieur Merle décida de prendre un métayer, et reprit le logement.

De nouveau il a fallu trouver un logement. Par chance, le menuisier Robert Gauthier, qui avait son atelier dans une petite maison près de la rue à deux pas de chez nous, devait le quitter pour s’installer ailleurs. En attendant, nous avons trouvé refuge chez mémé Amélie.

Depuis un moment j’avais une toux terrible et tenace que rien ne pouvait soulager. Un jour, pendant que nous habitions encore chez les beaux-parents, je suis allée rincer le linge au lavoir. Je ne me sentais pas bien du tout et avait du mal à rentrer avec le linge sur une brouette. Amélie fit venir le médecin, j’avais 39° de fièvre. Comme les jours passaient et qu’il n’y avait pas d’amélioration, j’ai dû rentrer à l’hôpital ou on a constaté une pleurésie. Je n’y suis restée que 8 jours, les médecins trouvant qu’à la campagne la nourriture était meilleure pour reprendre des forces. La guérison fut longue à venir, j’avais beaucoup maigri.

Pendant ce temps le menuisier est parti. La maison appartenait à une vieille fille que nous nommions « Klumpen Lieschen » car elle avait toujours des sabots aux pieds. Son frère Georges a tenu à peindre les deux pièces en blanc pour que ce soit propre pour notre rentrée. Monsieur Merle nous avait dit que nous pouvions emmener les meubles, et qu’il les reprendrait une fois que nous serions retournés en Lorraine. Cela nous a bien rendu service. Sa femme et lui-même étaient toujours gentils avec nous et serviables. Il avait une machine à vapeur pour battre le blé et l’avoine des paysans, et Jean lui donnait souvent un coup de main.

La propriétaire de la nouvelle maison avait elle aussi donné  un petit terrain, mais la terre était moins bonne que le premier jardin, et de ce fait pas propice à y planter des pommes de terre, surtout que nous n’avions pas d’engrais. J’y emmenais les enfants. C’était l’été et le petit Roland était en tenue légère. Le terrain était en contre bas de la route et à côté d’un endroit plein d’orties. Et le pauvre Roland y est tombé, et çà faisait très mal. Mais il se consolait de tout en suçant son pouce et en tenant un petit mouchoir dans l’autre main.

Une autre fois, Bernard a trouvé le moyen de s’enfoncer une petite noix dans le nez, au moment où les noix sont encore velues. J’ai bien essayé de la faire sortir, mais sans succès. Quand son père est revenu de la forêt, il l’a emmené à St Angeau chez un médecin qui n’arrivait pas non plus à l’enlever. Le lendemain, il a fallu aller avec lui à Angoulême chez un spécialiste, qui avait lui aussi bien du mal, car le nez était déjà très enflé. Enfin, tout est bien qui finit bien….

Comme nous n’avions pas de pommes de terre, je faisais souvent des nouilles, car nous avions des œufs et nous achetions du blé que monsieur Tallon emmenait chez un meunier et nous ramenait une belle farine.

La belle sœur de notre propriétaire plantait des topinambours dont les tubercules ressemblaient à des pommes de terre. Elle les cultivait pour ses bêtes. Un jour, je lui avais demandé si elle ne voulait pas m’en vendre quelques kilos. Elle a refusé net, disant qu’elle en avait besoin.

Je me suis souvenue qu’à côté de notre petite maison, il y avait une autre vieille maison et une grange avec du foin. Il y avait aussi une pièce dans laquelle elle conservait de magnifiques rutabagas. Le jour, la fenêtre était toujours ouverte pour les aérer. De temps en temps, je passais par cette fenêtre et chipais un de ces rutabagas, sans vergogne, car radine comme elle était, elle aurait aussi refusé de m’en vendre.

Cuites à l’eau, puis dorés dans un peu de matière grasse, c’était très bon. C’est la première fois que j’avoue ce seul  vol de toute  ma vie,  mais cette fois je n’en ai pas honte… Ils avaient pu rester chez eux, n’avaient rien perdu de leurs biens, au contraire, ils gagnaient des sous en pratiquant le marché noir.

Dès que les jumeaux savaient quelques mots de français (entre nous on parlait le patois) ils parlaient en français et bientôt ne parlaient plus que cette langue. Ils avaient pris l’habitude dès que j’avais le dos tourné, d’aller chez deux garçons qui avaient le même âge, et qui habitaient pas loin du lavoir. J’avais beau leur défendre, cela ne servait à rien. Ils étaient amis jusqu’à notre retour pour la lorraine.

Les allemands étaient venus jusqu’en Charente et on trouvait de moins en moins de produits. Il y avait des tickets pour tout. On ne pouvait avoir que très peu de matière grasse. J’achetais tous les jours 3 litres de lait, une fois bouilli et refroidi, il y avait une grosse couche de crème que j’enlevais soigneusement, et tous les trois ou quatre jours, j’en faisais un peu de beurre pour la cuisine et pour faire des gâteaux, que je faisais cuire chez ma belle mère dans des petits moules, car le four n’était pas grand.

 Chaque fois j’en donnais à une vieille dame qui avait sa maison de l’autre côté de la rue, juste en face de chez nous. J’allais lui rendre visite et çà la rendait heureuse. Là bas, faire de la pâtisserie on ne connaissait pas. Mon beau frère Bernard, nous apportait de temps en temps de la graisse de veau. Mes sœurs de Guessling, nous envoyaient du lard, du saindoux et même du tabac.

 Il fallait être inventif pour arriver à manger à sa faim. Avec le lait, la farine et le peu de sucre qu’on recevait, et cela seulement avec les tickets spéciaux pour les enfants, je faisais un genre de pudding pour tartiner le pain. Il faut croire que les repas étaient quand même convenables, car le frère du menuisier qui passait tous les jours devant notre cuisine pour aller déjeuner à Treillis, humait les bonnes odeurs et disait « çà sent bon comme dans un restaurant » !

Le café que nous recevions n’avait de café que le nom. C’était un horrible amalgame de je ne sais quoi. Pour y remédier, on grillait soit du blé, soit de l’orge dans une poêle avec un peu de matière grasse, au moins on savait ce que l’on buvait.

Marie-Thérèse avait emmené les jumeaux à Bellon où elle allait de temps à autre. Elle avait attrapé la galle, maladie assez répandue à l’époque de la guerre, surtout parmi les réfugiés, qui devaient au début, séjourner dans des maisons insalubres. Les charentais ont seulement appris par les Lorrains qu’on pouvait laver les sols et carrelages. Ce que nous avions fait de suite. Mais on avait dû passer des nuits dans des salles où tout le monde passait, et ce n’était pas évident. Bref, les enfants ont couché dans le même lit qu’elle, et ils ont ramené la galle. Les beaux-parents et Jean l’ont eue, par miracle j’étais épargnée.

Jean travaillait toujours comme bûcheron avec monsieur Pierre Ziegler, qui lui aussi était revenu  avec  sa femme et Amélie.

Un soir, il est venu me dire que Jean avait été arrêté par des soldats allemands, auxquels il avait dit qu’ils allaient quand même perdre la guerre.

C’était le 27.04.1944 ! J’ai eu un terrible choc ! J’ai dû faire beaucoup de démarches auprès des militaires allemands pour savoir où ils l’avaient emmené. Avec Marie-Thérèse, on est même allé au camp de la Braconne, situé pas loin de la forêt, et qui était occupé par des allemands. Nous avions vu son vélo adossé à une baraque, et qu’un gars de Schoeneck qui travaillait là bas, nous a ramené ensuite.

Quelques jours après, nous avons su, après avoir été à la Commandature, qu’il était à la prison d’Angoulême. Chaque semaine je devais aller voir un officier allemand, ils étaient tous installés dans les plus belles maisons bourgeoises, pour avoir la permission de lui apporter du linge et des vivres. Le boulanger d’Anais qui passait par Jauldes avait la gentillesse de me vendre du pain sans ticket que je ramenais à Jean.

J’étais toujours accompagnée d’un soldat et cet officier (je le vois encore derrière sa table), ne manquait jamais de me dire des mots malveillants, il était aussi furieux parce que je parlais le français.

J’y allais toujours en vélo, c’était à 20km, j’étais jeune, ce n’était pas difficile. Un jour, je passais juste à côté de La Mornière pour rentrer, il était 11h du matin. Je vis passer une multitude d’avions, je m’étais arrêtée pour mieux les voir. Le lendemain nous avons su qu’ils avaient bombardé « La Madeleine » qui se trouvait à la sortie d’Angoulême, où je passais pour aller à la prison.

La dernière fois Marie-Thérèse m’accompagnait, on entendait les mitrailleurs partout autour de la ville. Le militaire qui m’ouvrait la porte et qui était toujours très humain, il m’avait dit s’appeler Louis, me conseillait de ramener ce que je voulais faire parvenir à Jean, car disait il, c’est une question d’heures, car il était sensé partir ailleurs..

Mais après 4 mois, le maquis avait délivré les prisonniers et la ville d’Angoulême.

Le 31.08.1944, Jean rentrait à notre grande joie à tous. La vie reprit de nouveau son cours. Les après-midi par beau temps, avec quelques voisins, nous étions assis dans l’encoignure d’une porte de grange de notre voisin Michaud, sur le bord de la route. Les uns cousaient, moi je tricotais pour des gens qui me demandaient, j’y gagnais un peu d’argent et le temps passait plus vite en bavardant. Les gens avaient ressorti leur outil à filer la laine de mouton, que beaucoup de paysans possédaient. C’est cette laine qu’on tricotait, et cela faisait de beaux tricots. Marie-Thérèse avait elle aussi appris à filer sur un outil qu’on leur avait prêté.

Les allemands avaient vidé les magasins à Angoulême, et la Rochefoucauld. On ne trouvait plus de laine. Avec Jean et en vélo, nous avions pris le train à la Rochefoucauld pour nous rendre à Limoge où on en trouvait encore. Au début on pouvait encore en faire venir des « 3 SUISSES », puis là aussi c’était fini.

Les tissus, il n’y a que les paysans qui pouvaient encore en avoir, en échangeant contre du beurre et du jambon. C’est par ce biais que madame Meunier en avait trouvé pour faire deux manteaux pour les jumeaux en tissu de laine, qui bien plus tard par les bons soins de la tante couturière et son savoir faire, avait servi à faire une belle veste pour Roland, qui en était très fier, car c’était le premier vêtement en tissu qu’on avait fait vraiment pour lui. Car il usait ce qui était devenu trop petit de ses frères de 3 ans plus âgés, et comme tout était en  double !.....

On envoyait encore des vêtements à Emile pour son fils Jacky, car chez lui aussi les temps étaient durs.

Pour le moment nous étions toujours à Jauldes. Pour faire la lessive c’était aussi un problème. J’avais une lessiveuse et un bac en bois, la poudre de lessive n’était pas très bonne et le savon pas meilleur. Parfois on avait la chance de recevoir un morceau de savon des paysans qui avaient une recette pour en faire. Il fallait de la graisse et un produit qu’on trouvait en pharmacie. En tous cas, il savonnait et moussait bien. Malgré la pénurie, on arrivait à avoir du linge bien blanc, que j’étendais sur un long fil dans le pré de madame Michaud.

Madame Meunier qui venait souvent nous voir, et, lorsque que j’étais occupée à repasser, elle ne manquait pas de me dire « que c’est beau du linge bien blanc et bien repassé ». Elle était toujours prompte à faire des compliments. J’allais souvent chez eux également à La Mornière et le grand-père Bourabier, dont j’avais gardé un si bon souvenir, était content de voir les enfants. Un jour il était très malade et devait recevoir des piqûres que Jean allait lui faire tous les jours. 

* * * * *

Le 02/05/1945, Jean était à nouveau rappelé à l’activité militaire à Dax. J’étais de nouveau seule, ce qui arrivait assez souvent pendant cette guerre. De temps en temps, il avait une petite permission. Il ne fut démobilisé que le 18.09.1945, un mois avant notre rentrée définitive en Lorraine.

Pendant son absence, Madame Meunier nous invitait souvent. On y allait de bonne heure le matin, car elle aimait que je leur prépare des recettes de chez nous, « Grumberkischle, Grumberkneddel, Mehlknedel,  et on rajoutait des tranches de jambon qui chez eux n’était pas fumé, mais séché ! C’était très bon.

Un jour, la scarlatine s’est déclarée chez les trois enfants, ce ne fut pas une mince affaire, car cela provoquait des démangeaisons. J’appelais le médecin, et j’allais en vélo, chercher les médicaments à Champniers.

Puis vint la nouvelle que la grand-mère de Jean allait mourir. Ma belle-mère Amélie reçut un sauf-conduit pour aller la voir, et en même temps revoir la Lorraine.

Les jumeaux couchaient dans leur grand lit donné pour les  réfugiés par la commune, et Roland dans son petit lit, que son père avait fait chez le menuisier et peint en bleu.

Le soir  nous allions parfois,  soit chez madame Privat veuve, et sa fille dont le mari était prisonnier de guerre, pour aider à casser des noix pour faire de l’huile. Nous en recevions un litre en cadeau. Soit  nous allions chez leur  grand-mère Amélie, qui habitait près de l’église, ce qui n’était pas loin de chez nous.

Le jour vint où les jumeaux  se sont réveillés et ayant constaté notre absence, ils se sont levés à moitié habillés pour venir nous chercher. Alors fini, les balades du soir.

A cinq ans, ils sont allés à l’école de Jauldes. L’institutrice attachait le bras gauche de Bernard pour l’obliger à écrire de la main droite, car il était gaucher comme son grand-père Michel. Ce qui fait qu’à l’heure actuelle, il peut se servir de ses deux mains pour écrire.

Les communes organisaient des cavalcades, du théâtre, et autres manifestations pour récolter de l’argent et l’envoyer aux prisonniers.

Pépé Michel était des fois très malade, et avait jusqu’à 40 de fièvre, on ne savait pas pourquoi. Il disait que c’était la malaria qu’il avait attrapée sur le front Russe, pendant la guerre 14-18, « Sumpffieber » qu’il l’appelait.

Presque toutes les nuits, passaient des gens du maquis dans leurs camions. Je me levais pour les voir passer. Une nuit j’ai entendu parler allemand, et un homme donnant des ordres. C’était des soldats allemands qui s’étaient arrêtés juste devant la fenêtre de la cuisine. J’avais une peur sans nom.

Un matin, nous avons entendu des avions et des crépitements au loin. Avec les enfants, je suis sortie de la maison pour voir, et nous avons vu un homme descendre en parachute et l’avion qui tombait. C’était des canadiens descendus par des allemands. Il y avait des morts dans l’avion et la forêt brûlait par endroits. Depuis ce temps les jumeaux avaient peur à chaque fois qu’on entendait un avion.

Les survivants furent cachés par des gens d’un petit village appartenant à la commune de Jauldes. Une femme de Treillis a été arrêtée. Le maire a été menacé, et les allemands lui ont dit qu’ils allaient brûler le village. Le maire a répondu « prenez moi, mais laissez les gens du village en paix. »

Dans la forêt où l’avion est tombé, il y a un monument à la mémoire des aviateurs. Plus tard, il y eut un article de remerciements  dans un journal de la part des canadiens, pour l’aide apportée à leurs compatriotes.

La guerre finie et Jean démobilisé, nous sommes repartis en Lorraine le 22.10.1945 avec un train spécial. Comme on pouvait emmener le peu que nous possédions, nous avions fait faire une très grande caisse en planches pour y entasser, linge, vêtements et la vaisselle qui restait…

Car un jour  en jouant,  les deux loustics se sont pris dans le rideau de l’étagère, et l’ont fait tomber sur eux, et il ne restait plus grand-chose de la vaisselle.

Après notre départ de Schoeneck, un policier allemand s’était installé dans notre maison. Un peu plus tard,  il y eût les tantes, ainsi que les cousines Mathilde et Bernadette avec leurs parents, car ils n’avaient plus de logement après les bombardements.

Chez nous, il ne restait plus que le lit et la commode. Les tantes nous ont donné une table ronde qu’ils avaient encore pu récupérer dans les décombres de leur maison. Nous avions un banc et deux chaises. La grande caisse servait pour la vaisselle et les coffres que nous avions ramenés de Charente, pour le linge.

Les enfants ont d’abord couché sur des matelas, jusqu’à ce que deux lits lorrains fussent réparés par un menuisier, un pour les jumeaux et le deuxième pour Roland.

Jean a de nouveau retrouvé son travail à la mine, et la vie a repris son cours normal.

Les jumeaux, auxquels nous avions laissé les cheveux plus longs que c’était l’habitude à l’époque, et qu’ils avaient blonds et bouclés ont fait sensation à l’école. Ils étaient choyés par les plus grands. Nous avons beaucoup regretté que l’arrière grand-mère n’ait plus eu la joie de les revoir.

Voici que se termine cette tranche de vie avec des peines et des joies. Je prie ceux qui me lisent d’avoir une grande indulgence pour mes écrits.

Cécile Faber.

Voilà, chers ami(e)s la chronique de l'exil de Cécile et de sa famille est terminée. C'est là que s'arrête le manuscrit que sa fille Chantal a eu la gentillesse de recopier et de nous transmettre. Je pense que, comme moi, vous avez su apprécier le coté humain et sincère de ce récit. Merci Cécile, tu n'est plus parmi nous mais le témoignage que tu nous a laissé restera vivant pour longtemps dans nos mémoires... Clément

 

 

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La Mine

 

  


07/06/2016
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