NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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JL Miksa : La société des mineurs de Stiring-Wendel

Visite auprès du président de la société de secours des ouvriers mineurs de Stiring-Wendel le 09 mai 2017.

En ce mardi ensoleillé, Walter vient me chercher pour que nous nous rendions auprès de Monsieur Gilbert Baumstummler, président de la société de secours des ouvriers mineurs de Stiring-Wendel qui habite la même ville.

 

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A droite : Gilbert Baumstummler

 

L’accueil chez Gilbert est chaleureux, presque toute la famille nous reçoit et nous nous installons dans le séjour où très rapidement suivent les gâteaux et le café. Fils de mineur moi-même, je ne suis pas surpris par cette gentillesse qui règne dans les cités minières.

Je me présente et commence à poser des questions à Gilbert afin de tenter de cerner le personnage souriant qui est assis en face de moi. Il est âgé de 77 ans et a débuté sa carrière aux houillères du bassin de lorraine à 14 ans en entrant au criblage. A l’époque le triage du charbon se faisait à la main et les jeunes comme lui étaient embauchés pour cette tâche ingrate qui consistait à séparer les gros blocs de charbon des petits et de retirer de la bande transporteuse toute matière autre que le charbon.

Après deux années de ce dur labeur, il entre en apprentissage à l’école des mines du Puits Gargan à Petite-Rosselle, il me donne la date dont il se souvient comme si c’était hier : le 1er octobre 1954 très précisément. Il obtient son CAP de mineur à l’âge de 18 ans et débute sa carrière au fond de la mine dans le Puits Saint-Charles à Petite-Rosselle.

Il gravit les échelons et devient chef d’équipe, ce qui veut en dire long sur son tempérament. Il restera dans ce même Puits jusqu’en 1963. C’est l’année qui connait l’une des plus grandes grèves des mineurs. Sous les drapeaux à cette date, il est réquisitionné pour travailler à la production qui a fortement chuté.

Le temps passe et Gilbert sort de la production pour accompagner une entreprise extérieure aux houillères qui doit assurer la pose de rails au fond.

Il sera muté par trois fois pour se rendre dans d’autres sièges de production.

A Folschviller et à Faulquemont, chaque fois pour une durée de 2-3 ans, puis en fin de carrière il rejoindra le Puits Simon à Forbach. Il y sera affecté aux travaux neufs où il se consacrera durant 10 années à la production de charbon et 5 années comme boutefeu.

Hélas, lors d’un contrôle médical on détecte la silicose dans ses poumons. La médecine lui reconnait un taux d’invalidité de 5 pour cent pour cette raison. Dès lors sa hiérarchie le retire de la production pour lui éviter d’inhaler de la poussière de charbon. C’est ainsi qu’il continuera sa carrière de mineur de fond en assurant la maintenance des bandes transporteuses. Il exercera ce labeur pendant une période de 3 années environ, avant que la médecine du travail ne décèle une aggravation de son état de santé, augmente son incapacité définitive du travail pour la porter à 10 pour cent et lui montre la porte de sortie du monde du travail.

Il entre en pré-retraite en 1987 à l’âge de 47 ans. 

Gilbert a connu des temps forts durant sa période d’activité qui l’ont marqué. Il ne regrette en rien d’avoir exercé ce dur métier, malgré qu’il soit handicapé par la maladie professionnelle du mineur, la silicose. Il retient de ces années d’activité du fond les bons moments passés avec ses camarades. Mot qu’il répète, la camaraderie, ce n’était pas une utopie, elle était réelle…

Il n’oublie aucuns de ceux qui ont travaillé à ses côtés. Il parle du soir de Noël passé au fond de la mine de Folschviller où chacun a ramené ce qu’il avait de précieux, du bon pain et du jambon pour le partager avec ses camarades. Il me raconte qu’il avait vu son porion un peu gêné se débarrasser de son casse-croûte alors qu’ils allaient partager leur repas.

Curieux il est allé rechercher ce dernier qu’il a déballé et c’est aperçu qu’entre deux tranches de pain il n’y avait que quelques patates rôties, les temps étaient durs…

Il se souvient, alors qu’avec ses camarades ils creusaient un bure (galerie verticale qui rejoint deux galeries superposées), les appels au secours d’un jeune mineur qui leur disait que la galerie d’où il vient connaît une importante voie d’eau. Il faut faire vite, la galerie risque d’être entièrement inondée. Sans hésiter son équipe traîne péniblement une pompe d’aspiration Woco qui fonctionne à air comprimé vers le lieu de l’inondation. Malheureusement alors qu’ils arrivent près de l’endroit, un effondrement rend leur progression impossible.

Ils frappent sur les tuyaux métalliques espérant obtenir une réponse … après un court instant ils entendent des coups frappés sur les mêmes tuyaux. A cet instant il y a encore des survivants de l’autre côté de l’effondrement, au même moment les secours arrivent, ils doivent quitter la place pour les laisser travailler… Il y a eu trois morts ce jour-là… son œil se mouille, il se tait, nous respectons tous cet instant de recueillement.

Puis il raconte comment il aurait pu y rester lui aussi, le jour où il est descendu avec ses camarades pour foncer un Puits (approfondir le Puits de Faulquemont, en creusant le fond et en bétonnant les parois). Le fonçage d’un Puits est une lourde tâche, les conditions de travail étaient rendues plus pénibles encore du fait de l’humidité qui régnait dans les lieux. Comme à chaque jour, avec son équipe il emprunte un Cuffat (sorte de grande marmite qui peut contenir plusieurs hommes et qui est reliée par un seul câble à un treuil pour la descente et la remonte) pour atteindre le fond. Ce dispositif passe au travers d’un plancher où une trappe rabattable permet son passage. A un moment donné, ils donnent le signal pour remonter le Cuffat qui est chargé des déblais et, à peine arrivé au-dessus du plancher de réception, le préposé rabat la trappe, c’est alors que le câble cède et le Cuffat lourdement chargé s’écrase sur la trappe. Gilbert remercie le préposé qui en agissant de la sorte leur a sauvé la vie, lui et son équipe étaient juste en dessous à plusieurs dizaines de mètres… il souligne la qualité de l’installation qui n’a pas cédé !

 

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 La société de secours participe à de nombreuses manifestations comme ici lors de

la commémoration du 110ème anniversaire de la société des mineurs de Petite-Rosselle 

 

La société de secours des ouvriers mineurs de Stiring-Wendel a été créée en 1900 pour venir en aide aux mineurs qui tombaient en maladie et dont les 3 ou 4 premiers jours d’absence n’étaient pas rémunérés par l’employeur. La société leur versait une petite somme d’argent pour compenser un peu cette perte financière. Cette société forte de plus de 500 membres à ses débuts, dont le père de Gilbert qui en a même assuré pendant un temps le poste de secrétaire. C’est tout naturellement que lorsqu’il débute au criblage que son père l’incite à adhérer à la société. Gilbert ne quittera jamais plus cette société qui dans les années avant la fin de l’extraction charbonnière comptait encore près de 300 membres.

Aujourd’hui 199 membres en font partie, ainsi qu’une vingtaine de sympathisants (les membres cotisent pour une assurance décès alors que les sympathisants ne peuvent plus y adhérer).

Il a été encaisseur pendant un très grand nombre d’années avant de se présenter à la présidence. Toutes ses actions sont effectuées à titre bénévole, il ne s’octroie aucune compensation financière pour les frais engendrés par ses différentes responsabilités.

Il met un point d’honneur à les régler de sa propre poche.

La société comptait 10 présidents avant son élection, il en devient le 11ème en 2003 et se souvient du temps où la société pouvait se permettre de distribuer de petits cadeaux lors d’évènements tels le mariage d’un membre, les noces de 25 ans de mariage ou lorsqu’un adhérent atteignait une ancienneté de 50 ans dans la société, et d’autres petites occasions qui méritaient récompense amicale. Les élections des miss mineurs, les fêtes et banquets, la joie toujours intacte de retrouver les membres des sociétés de mineurs.

La société de Stiring-Wendel a toujours participé à des manifestations minières, tant en France qu’en Sarre. Voici une partie non exhaustive des commémorations qu’elle suit régulièrement :

- 07 février, catastrophe de Luisenthal en 1962 - 299 victimes.

- 25 février, catastrophe du Puits Simon en 1985 - 22 victimes.

- 15 mars, catastrophe du Puits Vuillemin en 1907 – 83 victimes. Cérémonie le matin au cimetière de Stiring-Wendel ou reposent les 7 mineurs de la ville (au même monument à Petite-Rosselle reposent 30 mineurs de la ville. D’autres villes touchées par la catastrophe ont elles aussi le même monument). Cérémonie l’après-midi à la stèle du Puits Vuillemin même à Petite-Rosselle.

- 24 septembre, grande messe annuelle pour la commémoration de toutes les victimes de la mine.

- 30 septembre, catastrophe du Puits Vouters en 1976 – 16 victimes.

- 16 novembre, traditionnelle messe de la Sainte Barbe et banquet de la Société.

La société participe bien sûr à de nombreuses autres manifestations avec les autres sociétés de mineurs de la région et de la Sarre toute proche.

Gilbert est très investi dans son action de président qu’il mène malgré son âge avancé d’une noble et respectueuse manière vis-à-vis de la corporation.

Dans sa bouche le mot respect a de la valeur, les célébrations sont sérieuses, la gravité des catastrophes est ressentie pendant le déroulement de celles-ci.

Mais c’est aussi un homme qui bouge, qui regarde l’avenir avec plaisir.

Lorsqu’il a pris la présidence de la société en 2003, lors d’une commémoration il a vu les jolis costumes des mineurs de Bexbach en Sarre, aussitôt il a voulu changer ceux de sa société. Les chemises noires ne sont plus d’actualité et chaque membre en choisi une selon ses goûts.

Les cravates, qui sont obligatoires, sont passées du jaune au bleu.

Aujourd’hui il fait confectionner des teeshirts avec écusson aux couleurs de la société.

Les quelques membres féminins se verront attribuer un magnifique foulard bleu intense avec le même écusson (le tissu a été choisi par le président lui-même). Il a aussi participé à la réalisation du dernier drapeau de la société en 2007 et en est fier.

Gilbert est un peu triste en constatant que les jeunes se désintéressent des sociétés de mineurs, sauf ses deux enfants (pourtant non mineurs) qui sont dans la société de Stiring-Wendel. Gilbert nous annonce qu’il pense arrêter ses fonctions en 2018 après 15 ans de bons et loyaux services et il dit avec un grand sourire empreint de fierté : le prochain président sera l’un de mes fils, Jean-Claude (époux de Marie-Rose) nous serons alors président de père en fils !  

Il poursuivra alors paisiblement sa retraite dans son beau logement où trône majestueusement une statue de Sainte-Barbe qui lui accorde généreusement sa protection.

Bien entendu, tant que ses forces le lui permettront, il participera à toutes les manifestions honorant les mineurs.

M. Baumstummler est décoré de deux médailles du mérite. La première décernée par Union Nationale des Combattants pour son activité de porte-drapeau et la seconde pour son activité d’encaisseur. Glück auf !

 

Ci-après le nouveau drapeau et les deux anciens rescapés à ce jour que possède la société.

 

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1er drapeau face A

 

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1er drapeau face B

 

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2ème drapeau face A

 

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2ème drapeau face B

 

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3ème et actuel drapeau face A

 

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3ème drapeau face B

 

Nul ne sait ce que sont devenus les autres drapeaux, disparus avec les guerres et le temps.

Il y en avait cinq en tout :

Le 1er : 26/06/1904, le 2ème : 17/06/1923, le 3ème : 21/07/1947, le 4ème : 04/12/1947

 

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Foulard des dames membres de la société

 

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Assis : Mme Inge et Mr Gilbert Baumstummler.

Debouts : Marie-Rose (belle fille de Inge et Gilbert) et Walter Heitzmann,

mineur et membre de la société.

 

Les présidents successifs de la société :

 

- 1900-1903 : M. Lauer Jacques

- 1903-1904 : M. Schneider Charles

- 1904-1906 : M. Quint Theodor

- 1906-1909 : M. Funck Pierre

- 1909-1920 : M. Hammann Nicolas

- 1920-1926 : M. Stark Charles

- 1926-1935 : M. Krack Gustav

- 1935-1977 : M. Ostermann J. Pierre

- 1977-1978 : M. Ostermann René

- 1977-2003 : M. Ostermann Albert

- 2003          : M. Baumstummler Gilbert

 

Reportage réalisé par J-L Miksa le 12/05/2017.

 

Pour finir, en cadeau pour nos amis mineurs d'ici et d'ailleurs, la chanson Charbon :

 


→ INFO :

Si d'autres associations de mineurs locales souhaitent participer à un reportage, elles sont évidemment les bienvenues. N'hésitez pas à nous contacter par mail :

 

info.stirnet@yahoo.fr      

 

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17/05/2017
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13/05/2017
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Jean-François Hurth : La mine-musée de Velsen (Sarre)

ROSSELLOIS de naissance et mineur de fond comme il se devait pour un gamin qui avait 16 ans en 1957, j'ai quitté la mine et la Région en 1964. Ensuite, vagabond géographique d'une carrière de Policier, je me suis finalement posé à METZ depuis près de 30 ans.

Jamais je n'ai cessé d'aimer mon "Noir Coin" de naissance, mais aussi pour des raisons vraiment personnelles, j'aime un très voisin "Joli Coin", que ses bilingues habitants appellent "SCHOENECK".

Lorsque par périodes j'étais en poste, dans le District de Police de Forbach, il m'arrivait souvent, d'inviter des délégations de collègues Français ou étrangers à visiter l'un ou l'autre Puits de mine encore en activité dans ces années 85/95. Cela ne ressemblait déjà que très peu à la mine que j'avais connue, celle des années 50/60

Le progrès avait heureusement fait son oeuvre. Là où précédemment une centaine de mineurs oeuvraient à la hache,  à la pelle, au pic et aux bruyantes machines à air comprimé, il en restait une vingtaine à surveiller de  gigantesques machines, qui abattaient de fabuleuses quantités de charbon, poussées par d'énormes pachydermes mécaniques, que l'on faisait avancer aux ordres de commandes hydrauliques. Les  techniciens parleraient de "soutènement  marchant ".

Mais tous ces temps sont révolus et nous voilà donc à l'ère des "Musées de la mine".

Un bel exemple au "Carreau de Wendel" à PETITE-ROSSELLE et un autre, encore plus proche de notre mémoire collective, se situe à VELSEN en Sarre, juste à côté de GRANDE-ROSSELLE.

C'est ce musée, cette "Mine Image", que j'ai fait visiter tout récemment à une quinzaine de membres de mon club de marche à Metz. Dès le matin, accueillis par quatre authentiques Rossellois nous avions fait une quinzaine de kilomètres à pied par la forêt de Klarenthal, de VELSEN à PETITE-ROSSELLE, sans oublier les rues, les cités et ce qui restent de vestiges miniers dans le secteur.

Ensuite retour au carreau de VELSEN pour "faire le Briquet" du mineur à la cantine du puits qui est restée en l'état.

Finalement, visite d'environ 3 heures de la "mine image", toute belle, toute propre et toute sécurisée pour les touristes que nous étions.

Alors, étant le seul de la bande à avoir connu la mine, je n'ai pu m'empêcher de rappeler à mon groupe, après la visite et avec un peu d'humour préélectoral, ce qu'aucune "Mine Musée" ne peut faire vivre émotionnellement à ses visiteurs.

Voici donc la modeste teneur de ce propos du 26 Avril dernier, dans la salle d'accueil du :

 

ERLEBNISBERGWERK VELSEN

 

velsen fronz.jpg

 

Tout d'abord  chers amis, deux  AVEUX du vieux Commissaire de Police que je suis !

- Je ne SAIS toujours PAS si FRANCOIS  FILLON, habillé de l'ultime "VESTE" taillée par son électorat, verra la nécessité de réclamer les beaux COSTARDS, qu'il portait au temps de sa GLOIRE.

- Je ne SAIS pas non plus si Madame MACRON va enfin avouer que son jeune EMMANUEL, est en réalité le fruit d'une torride aventure avec CHIRAC, qui avait des maîtresses à la PELLE. Mais je vous rassure, ces affaires seront bientôt  ELUCIDEES par mes meilleurs LIMIERS.

PAR CONTRE !

- JE SAIS, en ma qualité de vieux mineur de fond, de 1956 et 1964, ce que nous n'avons PAS VU, pas ENTENDU, ni RESSENTI au cours de cette visite. Et notre guide n'y est pour rien, évidemment !

- Nous n'avons pas VU de mineur noir de charbon, dégoulinant de sueur, avec pour seuls habits ses bottes, son casque et un pagne en toile de jute autour du ventre, pour travailler en front de taille. Notamment  au Puits GARGAN à Petite-Rosselle, dans la veine "IRMA", par exemple.

- Nous n'avons pas VU, ni souffert du mauvais temps de la mine. L'humidité souvent et même la pluie par endroits, provoquées par les eaux d'exhaure et la géologie du terrain.

- Nous n'avons pas VU les RATS, et Dieu sait s'il y en avaient beaucoup pour nous surprendre dans les moindres recoins et, même boulotter nos casse-croûtes, lorsque nos musettes n'étaient pas accrochées en hauteur.

- Nous n'avons pas RESSENTI la suffocante chaleur qui allait dans certaines tailles, jusqu'à 35°, comme au Puits WENDEL dans la veine "X1" par exemple, et qui nécessitait une consommation de 4 à 5 litres de boisson par poste. Et, sortant de ces tailles trop chaudes, nous n'avons pas non plus été balayés comme le mineur, par un courant d'air permanent,  glacé par endroits et provoqué par l'indispensable aérage de ces profondeurs grisouteuses.

- Nous n'avons pas ENTENDU "L' INFERNAL BRUIT DES MACHINES" : Celui des Haveuses, des convoyeurs à raclettes, des foreuses et des marteaux piqueurs, ainsi que les Tirs et les Dynamitages permanents. Dans la mine et surtout dans les tailles, c'étaient toujours des hurlements pour communiquer, pour s'interpeller.

- Nous n'avons pas RESSENTI, la trouille et l'insécurité permanente, liées au danger que les mineurs n'avaient d'autre choix que d'oublier et pour leur malheur souvent, de banaliser.

Enfin, nous n'avons pas RESSENTI la pression de la nécessité de rendement, les hurlements de ces Chefs d'après guerre, qui avaient souvent davantage de voix.. que de diplômes.

Oui, impossible de recréer dans une "MINE IMAGE" cette si troublante atmosphère, à la fois dramatique et de grande solidarité.

 

velsen2.jpg

Mais il y avait de bons moments. Nous étions presque tous fumeurs à l'époque, et au fond il était strictement interdit de fumer, bien sûr. (Streng Verboten ! )

Alors à la sortie, arrivés aux Bains/Douches, encore appelés salle des "Pendus" ou "Zechtub" en patois..., le très chronologique rituel consistait à se débarrasser D'ABORD  des habits sales et humides. Ensuite, A POIL, chacun allumait sa 1ère cigarette et, presque toujours s'autorisait une canette, achetée à bas prix chez le préposé aux bains, (le  Baadewerter)..

La douche c'était "APRES " et là, il faut imaginer la centaine de mineurs à poils, à la queue leu leu, l'un frottant le dos de l'autre, contents d'en avoir fini de cette journée et de rentrer  chez eux, indemnes. Je vous épargne les blagues, et la poésie des interpellations en bilingue coloré, ça prendrait des heures..

Voilà ce que je voulais vous dire de cette mine des années 50/60. Elle me laisse un tel souvenir que même mes 18 mois de guerre en Algérie et mes 35 années de Police, pas mal  "décoiffantes" non plus, n'ont jamais su égaler.

Et maintenant, avant de nous quitter, et si mon Harmonica le veut bien, je vais tenter de vous jouer  une très belle chanson de mineur que tout le monde connaît. Son titre :

LES CORONS-  de PIERRE BACHELET !

En vous précisant tout de même, que les CORONS ce n'était pas seulement le NORD, mais aussi l'EST, le CENTRE et ici en SARRE, bien entendu.

Allez GLÜCK AUF à tous, bon retour et merci de chanter avec moi… Jean-François Hurth

 

Dernière minute !

A la demande de la gente féminine,

voici une photo avec commentaire personnel de l'ami Fronz.

 

Sans titre 1.jpg

 Mei liives Corinne oun mei goudes Chantal.

Devant la mine , c'était moi le photographe du groupe, d'où mon absence.. Aï yoo..noamaal !
Alors pour satisfaire votre souhait de voir ma vieille tronche,  voici une Photo d'il y a quelques  jours.
C'est le Fronz  au  cours d' un cyclopédique repos, devant la grotte de Corny/Moselle.
 "Longue méditation avec prières bilingues, hypocritement dosées pour obtenir le pardon des tonnes de merveilleux péchés, complètement mortels, commis avec une
scandaleuse allégresse. Mit Humour.. touchour...  - Fronz
 
* * * * * * * * * * 

 

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10/05/2017
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Nadine Chaboussie : le bonheur est... dans la mare !

Nous avons huit ans toutes les deux et en cette journée ensoleillée de juin 1958, mon amie Marie-Thérèse et moi-même avons décidé d’aller jouer à la mare.

Souvenez-vous, cette place n’avait de mare que le nom car cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait plus d’eau à cet endroit…

Notre ami Joe Surowiecki, qui était un des premiers habitants de la Ferme de Schoeneck, se souvient encore de cette flaque d’eau dans laquelle barbotaient occasionnellement quelques canards avant qu’elle ne devienne le terrain sur lequel les entreprises stockaient la terre venant du creusement des fondations ainsi que les différents matériaux destinés à la construction des baraques.

Une fois les travaux finis, le sol fut égalisé puis recouvert de sable rouge et une de ces entreprises oublia, pour une raison qui restera à tout jamais un mystère, un lourd rouleau en béton qui avait été posé au pied du grand saule pleureur.

Bref, de la mare de jadis il ne restait que le nom et l’endroit était devenu, grâce au sable rouge et au rouleau, le terrain de jeux favoris de tous les enfants de la Ferme…

Mais ceci est une autre histoire, revenons plutôt à notre excursion à la mare…

Dans un petit cageot nous avons entassé nos poupées en chiffons, de petites balles colorées en caoutchouc, un jeu d'osselets, quelques billes, nos casse-croûtes et deux gourdes remplies d'eau fraîche.

Arrivées à la mare nous décidons de préparer une maison pour nos poupées. Pour ce faire, nous commençons par arracher quelques branches du majestueux saule pleureur qui vont nous servir de balai afin de nettoyer, en bonnes petites mères de familles, l’endroit choisi pour notre future maison.

Dans le sable nous traçons un cercle, balayons l'intérieur et déposons les branches en suivant les contours du cercle. Pour matérialiser la porte d'entrée, un simple bâton posé à terre fait parfaitement l'affaire.

Nous couchons nos poupées sur de vieilles serviettes pour qu’elles fassent leur sieste et nous pouvons enfin commencer à jouer à l'extérieur de notre ‘maison de filles’.

A titre d'information, sachez qu'une 'maison de fille' n’a, par définition, rien de commun avec les cabanes à vocation bien plus ‘guerrière’ que construisaient les garçons.

S’il avait plu la veille, on prélevait délicatement de petites galettes de sable rouge desséchées du sol de la mare et on s'en servait d'assiettes qu'on remplissaient d'herbes et de plantes diverses. Lors de ces 'dînette entre mamans’, on poussait le réalisme jusqu’à manger parfois le contenu de nos assiettes... mais fort heureusement pas les assiettes !

Ce jour là, nous étions donc tranquillement en train de jouer, lorsqu'un grand garçon de 12 ou 13 ans vint se joindre à nous et se proposa de participer à nos jeux…

Il nous dit s'appeler Helmut, Helmut Jung. Notre nouveau copain commença par nous apprendre à jongler avec trois balles de couleurs différentes puis nous raconta avec force gestes plein de belles histoires et termina l’après-midi en notre compagnie en jouant à la marelle, aux osselets, et même à une mémorable partie de Colin-Maillard durant laquelle nous nous sommes follement amusées et avons ri aux éclats...

Se sentant accepté dans notre petit groupe et mis en confiance, Helmut s'ouvrit un peu plus à nous et nous parla de lui et de sa famille...

Il nous confia qu'il avait deux grand frères et que, lorsqu'il était petit, sa maman l'habillait souvent avec des robes et lui offrait même des poupées pour jouer.

J’avais par ailleurs remarqué que Helmut avait un timbre de voix particulier, mais à cette époque j'ignorais encore que la voix des garçons muait à l’âge de l’adolescence. Contrairement aux autres garçons que nous connaissions, notre ami Helmut avait des gestes doux, était gentil et prévenant et j'étais très fière de l'avoir comme compagnon de jeux.

 

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Puis les années ont passé et nous avons déménagé à Behren, rue de la Liberté...

Malheureusement, cette rue n'avait de Liberté que le nom et je regrettais longtemps d’avoir dû quitter les baraques de ma chère Ferme de Schoeneck

Au fil des mois et des années j’essayais tant bien que mal de m’habituer à cette nouvelle vie dans ce nouvel endroit et, en 1962, par le plus grand des hasards, toujours à Behren, j'ai croisé Helmut qui se promenait main dans la main avec son ami qui habitait à Gersweiler en Allemagne. Ils étaient déjà amis à la Ferme, j'avais grandi, Helmut ne m'a pas reconnue et moi, par timidité, je n'ai pas osé lui parler ce qui était bien dommage…

Nous ne nous sommes malheureusement plus jamais revus depuis et j’ai appris, il n’y a pas très longtemps d'ailleurs, que mon copain d'enfance Helmut était décédé depuis quelques années. Personnellement, j’ai gardé un très bon souvenir de sa personne et je n'oublierai jamais sa gentillesse, sa disponibilité et les intenses moments de jeux et de rigolades passés en sa compagnie… 

 

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Un autre jour, toujours à la mare je vois arriver Jean-Pierre Steigner. Jean-Pierre était, je crois, fils unique ce qui était rare à la Ferme. Ses parents distribuaient les journaux et dans notre langage d’enfants, nous appelions pompeusement son père le ‘journaliste’.

Il existait à l’époque deux journaux locaux, le Républicain Lorrain et sa version en allemand France-Journal ainsi qu’un hebdomadaire catholique également bilingue qui s’appelait L’ami des Foyers Chrétiens. Les familles d'origine polonaises, dont je faisait partie, lisaient également un journal polonais très connu durant ces années là, le Narodewiec

Je me souviens également de la mère de Jean-Pierre appelant, avec un fort accent germanique, son rejeton depuis la fenêtre largement ouverte de leur baraque : 

 

- CHOMMMMPIA...! 

 

Et le Chommmmpia arrivait en courant, sortant je ne sais d'où...

Moi, je pensais naïvement que c'était son vrai prénom et je trouvais ce prénom non seulement très moche mais en plus, complètement  ridicule…

Ce matin là, Jean-Pierre arriva à la mare où nous étions plusieurs enfants en train de jouer à Tarzan. Ce jeu de notre invention, consistait à monter sur le rouleau, à s'accrocher à une branche du saule, à se balancer, à crier et à se lancer finalement le plus loin possible pour retomber à terre dans le sable qui amortissait notre chute.

 

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Nous étions en train de jouer, tous en file indienne à ce jeu assez ‘physique’ et Chommmmpia était juste devant moi. Comme je trouvais qu’il hésitait un peu trop et qu'il n’avançait pas assez vite, je le poussais en bas du rouleau. Chommmmpia rata bien sûr la branche à laquelle il devait s’accrocher, tomba et heurta violemment le sol. Sous le choc il hurla si fort de douleur que j’étais certaine qu’il venait de se casser le bras et que c’était moi la responsable de son accident… 

Prise de panique, je filais comme une flèche vers la maison et j’allais vite me cacher dans la porcherie, l’endroit où je me réfugiais chaque fois que je pensais avoir fait une grosse bêtise…

En général on ne me trouvait pas dans cette ‘planque’ et, après ce qui me semblait un long moment, ne voyant toujours rien venir, je décidais de sortir de ma cachette.

Bien sûr, je n’étais pas très fière de mon comportement. Le pire, c’est que pour me rendre à l'école du village, je n'avais pas le choix, je devais obligatoirement passer, quatre fois par jour, devant la baraque du Chommmmpia qui était située rue de la Ferme, la rue principale de la cité…

Chaque fois que j’arrivais à la hauteur de cette baraque, je fonçais, tête baissée de peur que ses parents ne m'attrapent pour me flanquer une correction.

Il m’arrive encore aujourd’hui de me poser la question si je lui est vraiment cassé un bras… Hélas, à ce jour je n’ai pas trouvé la réponse et, si par le plus grand des hasards il devait lire ses lignes, qu’il sache que j’en suis sincèrement désolée !

La mare... Cet endroit magique où les enfants de la Ferme se retrouvaient pour jouer reste quant à elle, à jamais gravée dans nos mémoires et fera pour toujours partie de nos plus merveilleux souvenirs d'enfance... Ça au moins, c’est une certitude !

 

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60 ans plus tard au même endroit. Le sable rouge a disparu mais le rouleau est toujours là...

 

Pour illustrer en musique nos jeux d'enfants, voici ci-dessous la chanson Le grand Blek écrit et interprété par Clément Keller :

 

 

Pour lire les récits de Nadine, cliquez sur les titres : 

Mes voisins, la famille Heitzmann 

Roger Lepage, mon camarade de jeux 

Le dentier de Wicek 

Le commerçant juif polonais de Merlebach

Le Bus ’Mode de Paris’ 

Mes années 60 

L’école et moi 

Petits souvenirs en vrac 

Le jardin de mon père 

 

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06/05/2017
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Clement Keller : L'apprenti sorcier

Nous sommes en 1959 et je vais bientôt fêter mes onze ans.

En ce temps là, le jeudi nous n’avions pas classe et, lorsque je n’avais rien de particulier à faire ou lorsque le temps ne permettait pas de jouer dans la forêt ou aux billes avec mes copains, j’allais passer mon temps chez Oma Rose, ma grand-mère paternelle.

Elle logeait dans une des pièces de la maison de mon grand-père maternel, Adolphe, qui était également garde-suisse à l’église du village.

Cette pièce était meublée d’une armoire, d’un lit, d’une table, de deux chaises et d’un petit poêle à charbon rond qui lui permettait de se chauffer pendant la saison froide.

Dans un des coins de la pièce, pas loin de la table de cuisine, trônait sur une étagère, un immense poste de radio à lampes qu’il fallait faire 'préchauffer' comme un four avant de capter une émission…

A l’époque, la télé n’existait pas encore chez les familles modestes, le journal, la radio et le papotage entre voisins lors des courses à l'épicerie étaient souvent les seuls liens avec le monde extérieur.

Le poste de radio de ma grand-mère était toujours réglé sur Radio Sarrebruck car, à l’instar de beaucoup d’anciens du village, Oma ne comprenait pas un traître mot de français.

Ce matin là, vers 11 heures, comme à son habitude, elle alluma sa radio pour suivre son émission préférée tout en préparant le repas de midi que je partageais souvent avec elle le jeudi. En général il fallait attendre une trentaine de seconde jusqu’à ce que les lampes ‘chauffent’ mais ce jour là, malgré plusieurs longues minutes, rien… Nix… Nada !

La bête semblait morte et grand-mère au bord du désespoir… 

 

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Très tôt, j’ai été attiré par tout ce qui était démontable, peut-être parce que papa avait eu l’idée lumineuse il y a quelques années de m’offrir une boite de Méccano pour Noël.

Pour être tout à fait honnête, je crois qu'il s’était fait ce cadeau à lui-même car j’avais seulement le droit d'utiliser cette boite de construction lorsqu’il avait fini d’expérimenter ses propres montages.   

Bref, tout objet comportant des vis ou un couvercle aiguisait ma curiosité et je ne pouvais refréner ce besoin de savoir ce qu’il y avait derrière ou à l’intérieur de tout produit manufacturé plus ou moins démontable…

Comme grand-mère cédait en général à la plupart de mes caprices, elle accepta sans trop rechigner que je démonte l’appareil pour essayer de déterminer la raison de ce soudain mutisme.

Elle possédait un seul tournevis qui était toujours rangé au fond du tiroir intégré à la table de cuisine. Ce même tiroir contenait d’ailleurs plusieurs autres outils tels des couteaux, des fourchettes, une tenaille, un marteau, un tire-bouchon ainsi qu'une collection de très belles cuillères en tôle que j’utilisai également lorsque je m’adonnais à certains bricolages…

J’aimerais ouvrir ici une courte parenthèse pour vous parler de ces longues heures d'expérimentations diverses, toujours réalisées sur la table de cuisine chez grand-mère. 

J'étais l'heureux possesseur d'un transformateur qui alimentait jadis un train électrique, offert à l’occasion d’un autre Noël de mon père, et j’utilisais ce transfo pour mener à bien mes bidouillages, en général liées à l’électricité, car j’avais vaguement entendu parler d’un certain Thomas Edison qui avait inventé, entre autres, l’ampoule électrique et avait, grâce à cette invention, rapidement fait fortune.

L’idée de faire fortune me plaisait assez et je m’étais mis en tête de fabriquer moi-même mes ampoules à l’aide de bouteilles de bière vides dans lesquelles j’engageais des filaments torsadés réalisés à partir de brins de câble électrique dénudés… 

 

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Ce que j’ignorais c’est qu’il était nécessaire de faire le vide dans l’ampoule, c’est à dire, dans mon cas, dans la bouteille de bière.

Dans la pratique, mon filament fabrication maison rougissait et fondait systématiquement sans jamais rien éclairer. Après environ 267 essais infructueux j’abandonnais définitivement cette idée pour me consacrer à des tâches plus nobles, toujours dans le but d’améliorer le bien être de l’humanité et pourquoi pas, de m'aider accessoirement à faire fortune.

Mais ceci est une autre histoire et je referme cette brève parenthèse.

Grand-mère m’aida donc à poser le lourd et volumineux poste de TSF (c’est comme ça qu’on appelait à l’époque ces grosses boîtes à musique) sur la table et, armé du tournevis et de mon seul courage, je dévissais une à une les 8 vis qui fixaient le couvercle à l'arrière de l’ébénisterie de la boîte à musique. Inutile de préciser que l’appareil était resté branché...

Pour la première fois dans ma jeune vie, je pus admirer les entrailles d’un récepteur radio et ma joie devait être à peu près la même que celle que ressentait un apprenti chirurgien qui voit pour la première fois l’intérieur du malade qui va succomber sur la table d'opération.

 

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C’était joli à voir. Il y avait plein d’ampoules de toutes les tailles qui brillaient avec une belle couleur orange et plein de petits trucs ronds avec des fils qui sortaient de tous les cotés… Vissé contre le meuble de l’appareil, il y avait même un gros cylindre rond qui ressemblait à un chapeau en feutre comme en portait mon grand-père lorsqu’il allait à la messe le dimanche ou à Forbach avec l'autobus Federspiel pour aller acheter de nouvelles chaussures…

Je compris un peu plus tard que ce truc rond était ce qu’on appelait le ‘haut parleur’.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre poste de TSF…

J’admirais silencieusement les entrailles de l’appareil, ne sachant pas très bien par où commencer l'opération 'dépannage', lorsque l’idée de tapoter un peu partout à l’aide de mon tournevis pour voir comment l’animal allait réagir, me traversa l’esprit…

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Je tapotais donc sur les câbles, les trucs ronds, les trucs carrés, sur les lampes et sur plein d’autres machins de toutes les couleurs… Grand-mère me surveillait  du coin de l’œil mais ne disait rien… Je continuais mon manège pendant quelques minutes et, à force de tapoter, il y eut soudain une étincelle et un grand claquement suivis d’un énorme ronflement et un flot tonitruant de musique emplit la petite cuisine !

Comme l’appareil ne fonctionnait pas, grand-mère avait poussé le volume au maximum et mon ‘tapotage’ avait déclenché un son tellement fort que j’en laissais tomber mon tournevis et grand-mère la grosse pomme de terre qu’elle était en train d’éplucher… Cette dernière roula aussitôt sous la table (la pomme de terre, évidemment, pas la grand-mère !)… 

Je n’en revenais pas ! J’avais réparé la radio tout seul… Mon avenir était assuré car j’avais un don caché, comme Uri Geller, rappelez-vous, cet animateur télépathe Israélien doté de super pouvoirs qui réussissait par télékinésie à tordre les manches des fourchettes et des cuillères ou réparer les réveils cassés des téléspectateurs en direct à la télé...

Clément Geller (1), l’homme qui réparait des postes de TSF par simple tapotage et imposition des mains !

 


Je sentais confusément que de nouveaux horizons s'ouvraient à moi et je réalisais que mon futur métier ne pouvait se concevoir qu’au cœur du monde mystérieux des électrons.

Si j’en ai effectivement fait mon métier une dizaine d’années plus tard, c’est en grande partie grâce au poste de radio de ma grand-mère car, si ce dernier n’était pas tombé en panne ce jour là, j’aurai peut-être été fossoyeur, agent d’assurance ou pire encore… écrivain !

Il faut tout de même préciser que c’était de l’inconscience de démonter cet appareil et de bricoler à l’intérieur alors qu’il était encore sous tension…

Mais bon, qui ne risque rien n’a rien et mes chaussures avaient des semelles en crêpe (2) et de ce fait, je ne risquais pas l’électrocution… En tous cas, c’est ce que j’ai cru pendant des années !

Dans un prochain récit, je vous raconterai la fabrication de mon premier poste de radio et de certaines de mes expériences de chimie réalisées grâce à un coffret ‘Le petit chimiste’ que papa s’était offert pour un autre de mes Noëls…

Une nouvelle sacrée aventure à rebondissements multiples ! à suivre...

 

(1) Je sais, il y a un K mais dans le cas présent ça sonne mieux avec un G (**)

(**) A l'attention de Chantal et des autres lectrices de sexe féminin : cela n'a bien entendu rien à voir avec le fameux point G du même nom !

(2) Comme il faut tout expliquer sur ce Blog, précisons qu'il ne s'agit pas des crêpes de la Chandeleur mais du crêpe, cet espèce de caoutchouc qui remplace le cuir des semelles !

 

 

Une galerie photo de Schoeneck à l'époque des postes de TSF :

  

 

 Du même auteur :

L’arrivée dans la cité

Balade dans la cité

Le petit carnet

Wladimir - Uta - Guiseppe

Mohamed - Maurice

La mine - Retour de la mine

Les autobus Federspiel

Le tourne-disque de Richard

Quand votre coeur fait Boum !

Et (presque !) Boum !

Il était une fois Schoeneck

Spoutnik Pajalousta !

De la Ferme à la mine

La fabrication du lance-pierre

L’élastique - (S’Douaychtsigoumi)

L’église orthodoxe de la Ferme

Les rois de la mécanique

Le voleur de charbon

 

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09/04/2017
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