NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Nadine Chaboussie : le bonheur est... dans la mare !

Nous avons huit ans toutes les deux et en cette journée ensoleillée de juin 1958, mon amie Marie-Thérèse et moi-même avons décidé d’aller jouer à la mare.

Souvenez-vous, cette place n’avait de mare que le nom car cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait plus d’eau à cet endroit…

Notre ami Joe Surowiecki, qui était un des premiers habitants de la Ferme de Schoeneck, se souvient encore de cette flaque d’eau dans laquelle barbotaient occasionnellement quelques canards avant qu’elle ne devienne le terrain sur lequel les entreprises stockaient la terre venant du creusement des fondations ainsi que les différents matériaux destinés à la construction des baraques.

Une fois les travaux finis, le sol fut égalisé puis recouvert de sable rouge et une de ces entreprises oublia, pour une raison qui restera à tout jamais un mystère, un lourd rouleau en béton qui avait été posé au pied du grand saule pleureur.

Bref, de la mare de jadis il ne restait que le nom et l’endroit était devenu, grâce au sable rouge et au rouleau, le terrain de jeux favoris de tous les enfants de la Ferme…

Mais ceci est une autre histoire, revenons plutôt à notre excursion à la mare…

Dans un petit cageot nous avons entassé nos poupées en chiffons, de petites balles colorées en caoutchouc, un jeu d'osselets, quelques billes, nos casse-croûtes et deux gourdes remplies d'eau fraîche.

Arrivées à la mare nous décidons de préparer une maison pour nos poupées. Pour ce faire, nous commençons par arracher quelques branches du majestueux saule pleureur qui vont nous servir de balai afin de nettoyer, en bonnes petites mères de familles, l’endroit choisi pour notre future maison.

Dans le sable nous traçons un cercle, balayons l'intérieur et déposons les branches en suivant les contours du cercle. Pour matérialiser la porte d'entrée, un simple bâton posé à terre fait parfaitement l'affaire.

Nous couchons nos poupées sur de vieilles serviettes pour qu’elles fassent leur sieste et nous pouvons enfin commencer à jouer à l'extérieur de notre ‘maison de filles’.

A titre d'information, sachez qu'une 'maison de fille' n’a, par définition, rien de commun avec les cabanes à vocation bien plus ‘guerrière’ que construisaient les garçons.

S’il avait plu la veille, on prélevait délicatement de petites galettes de sable rouge desséchées du sol de la mare et on s'en servait d'assiettes qu'on remplissaient d'herbes et de plantes diverses. Lors de ces 'dînette entre mamans’, on poussait le réalisme jusqu’à manger parfois le contenu de nos assiettes... mais fort heureusement pas les assiettes !

Ce jour là, nous étions donc tranquillement en train de jouer, lorsqu'un grand garçon de 12 ou 13 ans vint se joindre à nous et se proposa de participer à nos jeux…

Il nous dit s'appeler Helmut, Helmut Jung. Notre nouveau copain commença par nous apprendre à jongler avec trois balles de couleurs différentes puis nous raconta avec force gestes plein de belles histoires et termina l’après-midi en notre compagnie en jouant à la marelle, aux osselets, et même à une mémorable partie de Colin-Maillard durant laquelle nous nous sommes follement amusées et avons ri aux éclats...

Se sentant accepté dans notre petit groupe et mis en confiance, Helmut s'ouvrit un peu plus à nous et nous parla de lui et de sa famille...

Il nous confia qu'il avait deux grand frères et que, lorsqu'il était petit, sa maman l'habillait souvent avec des robes et lui offrait même des poupées pour jouer.

J’avais par ailleurs remarqué que Helmut avait un timbre de voix particulier, mais à cette époque j'ignorais encore que la voix des garçons muait à l’âge de l’adolescence. Contrairement aux autres garçons que nous connaissions, notre ami Helmut avait des gestes doux, était gentil et prévenant et j'étais très fière de l'avoir comme compagnon de jeux.

 

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Puis les années ont passé et nous avons déménagé à Behren, rue de la Liberté...

Malheureusement, cette rue n'avait de Liberté que le nom et je regrettais longtemps d’avoir dû quitter les baraques de ma chère Ferme de Schoeneck

Au fil des mois et des années j’essayais tant bien que mal de m’habituer à cette nouvelle vie dans ce nouvel endroit et, en 1962, par le plus grand des hasards, toujours à Behren, j'ai croisé Helmut qui se promenait main dans la main avec son ami qui habitait à Gersweiler en Allemagne. Ils étaient déjà amis à la Ferme, j'avais grandi, Helmut ne m'a pas reconnue et moi, par timidité, je n'ai pas osé lui parler ce qui était bien dommage…

Nous ne nous sommes malheureusement plus jamais revus depuis et j’ai appris, il n’y a pas très longtemps d'ailleurs, que mon copain d'enfance Helmut était décédé depuis quelques années. Personnellement, j’ai gardé un très bon souvenir de sa personne et je n'oublierai jamais sa gentillesse, sa disponibilité et les intenses moments de jeux et de rigolades passés en sa compagnie… 

 

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Un autre jour, toujours à la mare je vois arriver Jean-Pierre Steigner. Jean-Pierre était, je crois, fils unique ce qui était rare à la Ferme. Ses parents distribuaient les journaux et dans notre langage d’enfants, nous appelions pompeusement son père le ‘journaliste’.

Il existait à l’époque deux journaux locaux, le Républicain Lorrain et sa version en allemand France-Journal ainsi qu’un hebdomadaire catholique également bilingue qui s’appelait L’ami des Foyers Chrétiens. Les familles d'origine polonaises, dont je faisait partie, lisaient également un journal polonais très connu durant ces années là, le Narodewiec

Je me souviens également de la mère de Jean-Pierre appelant, avec un fort accent germanique, son rejeton depuis la fenêtre largement ouverte de leur baraque : 

 

- CHOMMMMPIA...! 

 

Et le Chommmmpia arrivait en courant, sortant je ne sais d'où...

Moi, je pensais naïvement que c'était son vrai prénom et je trouvais ce prénom non seulement très moche mais en plus, complètement  ridicule…

Ce matin là, Jean-Pierre arriva à la mare où nous étions plusieurs enfants en train de jouer à Tarzan. Ce jeu de notre invention, consistait à monter sur le rouleau, à s'accrocher à une branche du saule, à se balancer, à crier et à se lancer finalement le plus loin possible pour retomber à terre dans le sable qui amortissait notre chute.

 

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Nous étions en train de jouer, tous en file indienne à ce jeu assez ‘physique’ et Chommmmpia était juste devant moi. Comme je trouvais qu’il hésitait un peu trop et qu'il n’avançait pas assez vite, je le poussais en bas du rouleau. Chommmmpia rata bien sûr la branche à laquelle il devait s’accrocher, tomba et heurta violemment le sol. Sous le choc il hurla si fort de douleur que j’étais certaine qu’il venait de se casser le bras et que c’était moi la responsable de son accident… 

Prise de panique, je filais comme une flèche vers la maison et j’allais vite me cacher dans la porcherie, l’endroit où je me réfugiais chaque fois que je pensais avoir fait une grosse bêtise…

En général on ne me trouvait pas dans cette ‘planque’ et, après ce qui me semblait un long moment, ne voyant toujours rien venir, je décidais de sortir de ma cachette.

Bien sûr, je n’étais pas très fière de mon comportement. Le pire, c’est que pour me rendre à l'école du village, je n'avais pas le choix, je devais obligatoirement passer, quatre fois par jour, devant la baraque du Chommmmpia qui était située rue de la Ferme, la rue principale de la cité…

Chaque fois que j’arrivais à la hauteur de cette baraque, je fonçais, tête baissée de peur que ses parents ne m'attrapent pour me flanquer une correction.

Il m’arrive encore aujourd’hui de me poser la question si je lui est vraiment cassé un bras… Hélas, à ce jour je n’ai pas trouvé la réponse et, si par le plus grand des hasards il devait lire ses lignes, qu’il sache que j’en suis sincèrement désolée !

La mare... Cet endroit magique où les enfants de la Ferme se retrouvaient pour jouer reste quant à elle, à jamais gravée dans nos mémoires et fera pour toujours partie de nos plus merveilleux souvenirs d'enfance... Ça au moins, c’est une certitude !

 

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60 ans plus tard au même endroit. Le sable rouge a disparu mais le rouleau est toujours là...

 

Pour illustrer en musique nos jeux d'enfants, voici ci-dessous la chanson Le grand Blek écrit et interprété par Clément Keller :

 

 

Pour lire les récits de Nadine, cliquez sur les titres : 

Mes voisins, la famille Heitzmann 

Roger Lepage, mon camarade de jeux 

Le dentier de Wicek 

Le commerçant juif polonais de Merlebach

Le Bus ’Mode de Paris’ 

Mes années 60 

L’école et moi 

Petits souvenirs en vrac 

Le jardin de mon père

Visite du Général de Gaulle à Forbach 

 

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06/05/2017
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