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Nadine Chaboussie : le bus 'Mode de Paris'

Nous sommes en 1959. Je vais bientôt avoir 9 ans et, comme cela m’arrivait souvent lorsque le temps le permettait, je me promenais dans les ruelles de la Ferme en compagnie de ma petite sœur Lucie qui était à l’époque, âgée de 2 ans et demi.

Après quelques minutes de promenade sans but précis, j’arrivais avec Lucie sur la petite place, à quelques pas de l’épicerie Samer.

C’est là, un peu plus bas que l’épicerie, que le laitier ‘Milich Matz’ (que nous appelions Karol) avait installé son magasin dans le cagibi de la baraque de la famille Surowiecki.

En face de la laiterie, de l’autre coté de la place, vivait la famille Krawczyk dont le mari était l'instituteur polonais.

Bref, c’est sur cette placette où se retrouvaient les ménagères qui allaient faire leurs courses que j'aperçus ce jour là un magnifique Bus tout neuf aux couleurs éclatantes avec, sur les parois extérieurs, des vitrines dans lesquelles étaient installés des mannequins habillés à la mode parisienne…

 

 

Intriguée par cette apparition inhabituelle dans notre décor de baraques en planches je fis plusieurs fois le tour du Bus, en tenant toujours la petite Lucie par la main…

Le couple du Bus m'invite alors à monter pour visiter l'intérieur de leur ‘magasin’ mobile. Quelle chance ! Je ne me fait pas prier une deuxième fois, mais avant d’y entrer, j'assois la petite sur la marche du Bus en lui recommandant de ne pas quitter sa place et d’attendre gentiment mon retour...

Quelle aventure ! Oh que c'était beau et chic ! Il y avait du velours bordeaux partout et dans la cabine d'essayage trônait un immense miroir dans un cadre doré… Et partout des vêtements, tous plus beaux les uns que les autres… Je n’avais jamais rien vu de tel, j’avais l’impression de vivre un rêve et je ne sais plus combien de temps je suis resté là à admirer toutes ces merveilles…

Mais même les plus beaux rêves ont hélas une fin, et c’est en sortant du Bus que je m'aperçut que Lucie n'était plus à la place où je l’avais laissée !

Je fût soudain prise de panique et fis fiévreusement plusieurs fois le tour du Bus. Je regardais même sous le véhicule mais rien, personne… J'avais perdu Lucie !

En pleurs je l'ai appelée, appelée encore et encore et je pensais qu’elle venait d’être kidnappée et que mes parents allaient me tuer… Le joli rêve se transforma soudain en cauchemar… J’étais en larmes, totalement désemparée, j’avais failli à mon rôle de grande sœur protectrice et je ne m’en remettrais sans doute jamais…

C'est au moment où mon désespoir était à son paroxysme que Madame Krawczyk sortit de sa baraque, traversa la petite place, me vit en pleurs, me demanda ce qui m'arrivait et m'emmenât chez elle.

A peine arrivée dans sa cuisine je vis sa fille Rose-Marie sortir de la chambre en tenant ma petite sœur par la main… Quel bonheur ! Quel soulagement !

Je revivais… La vie était à nouveau belle !

Et là, Madame Krawczyk me prit à part, me fit la morale en m'expliquant les dangers de la vie et me réconforta en promettant qu’elle ne dirait rien à mes parents…

De  sa fenêtre elle m'avait observée et, pour me donner une bonne leçon avait mis en scène cette mascarade en emmenant Lucie chez elle…

En ce qui me concerne, la leçon a porté ses fruits. Je n’ai plus jamais laissé notre petite Lucie hors de mon champ de vision, ça, je peux vous l'assurer !

Quand au Bus, je ne l'ai plus jamais revu, et, soixante ans plus tard, lorsque je pense à ce beau véhicule, je me dis rien qu’à l’aspect ça nous changeait drôlement du cercueil ambulant que conduisait le vieux père Federspiel… 

Toutefois, dans un souci d'objectivité, je me dois de préciser ici que, malgré son état ‘délabré’ et sa surcharge habituelle en passager, je n’ai aucun souvenir d’accident sur la fameuse ligne Schoeneck-Forbach-Petite Rosselle… 

Apparemment; nous voyagions tout de même en sécurité dans ce vieil autocar pétaradant, propriété de la famille Federspiel !

 

* * * * * * * * * *

 

Lire les autres récits de Nadine Chaboussie :

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Roger Lepage, mon camarade de jeux

Le dentier de Wicek

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Nos ami(e)s racontent

 

 



06/02/2017
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