NOSTALGIA, le Blog qui fait oublier les tracas...

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J.L. Miksa : Mériter l'habit vert

Il était une fois un pays magique où tous les enfants pouvaient réaliser leurs rêves. Oui, tous leurs rêves. Ce pays s'appelait "Schoeneckaland" !

Tous les habitants étaient contents et vivaient en bonne harmonie. Il n'y avait pas de distinction entre les pauvres et les riches, car ils avaient choisi d'être l'un ou l'autre lorsqu'ils étaient enfants.

L'argent n'était d'ailleurs pas le point le plus important aux yeux de tous parce qu'ils étaient tout simplement heureux et n'en possédaient que pour ce dont ils jugeaient utile d'acheter.

La seule obligation que le roi de ce pays exigeait en contre partie de ce bonheur, était que chacun travaille pour le bien de la population.

Il y avait du travail pour tous les habitants. Une loi ordonnait de travailler cinq heures par jour deux jours par semaine pour les travailleurs des usines et pour les métiers qui demandaient une présence en continu, les équipes se relayaient pour que personne ne travaille plus que ce que dictait la loi.

Ceci fonctionnait très bien jusqu'à ce qu'un gamin se mette un jour à rêver de devenir Immortel.

- Quoi ? s'était écrié le roi. Devenir Immortel ? Mais ceci est hors de question !

Et aussitôt le petit rêveur fut sommé de venir s'expliquer chez le roi.

- Alors petit, demanda le roi, tu veux devenir Immortel ?

Oui, dit timidement le petit, dont le visage affichait une fierté non dissimulée.

Mais, mais mon petit, il n'y a pas d'Immortels au Schoeneckaland !

- Je sais !

Mais si tu le sais, pourquoi veux-tu en devenir un ? Cela est impossible !

- Ici rien n'est impossible mon roi, ne sommes-nous pas dans le pays où tous les rêves se réalisent ?

- Oui, nous y sommes, mais si tu as été réveillé, c'est que celui-là n'existe pas !

- Mais s'il n'existe pas, il faut l'inventer !

- Oh mais c'est facile à dire pour un enfant, mais dans la vraie vie ça ne se passe pas comme çà ! D'abord, qu'entends-tu exactement par "Immortel" ? Tu ne veux pas mourir un jour comme tout le monde ?

- Mais non mon roi, pas du tout, Immortel, c'est celui qui est reçu à l'Académie.

- Mais de quelle Académie me parles-tu ?

- Celle des Immortels.

Le roi s'est soudain tu. Manifestement il ne comprenait pas ce petit garçon et s'en trouvait fort gêné. Ne voulant pas perdre la face il renvoya le petit chez lui :

- Va, rentre chez toi, j'ai besoin de réfléchir.

Le petit rentra chez lui tandis que le roi fit venir à lui les penseurs du royaume.

Il n'hésita pas à leur parler du rêve étrange qu'avait fait un enfant et avoua qu'il n'avait rien compris à cette demande.

Les penseurs avaient beau chercher, ils ne voyaient pas non plus à quoi pouvait correspondre le fait d'être un Immortel.

Après de longues journées passées à consulter les livres anciens et les savants, force était de constater que personne ne savait ce qu'était un Immortel, autrement que quelqu'un qui ne meurt jamais, et tous savaient que cela n'existait pas.

Devant l'impuissance de son peuple à trouver une réponse, le roi eut l'idée de faire venir du "Parisaland" un pays lointain, un mage qui lui devrait sans aucun doute savoir ce qu'est un Immortel.

Après quelques jours arriva ce fameux mage qui fut reçu par le roi. Aussitôt le roi lui posa la question fatidique :

- Mon mage, as-tu déjà entendu parler d'un être Immortel ?

- Non roi, je n'ai jamais entendu parler d'un être Immortel, mais nous avons dans notre pays des Immortels !

- Mais comment cela est-il possible ? Vous n'en avez pas un mais plusieurs ?

- Ah, je vois, vous n'en avez pas ici !

- Non, nous n'en avons pas, c'est bien pour cela que je t'ai fait venir à moi, car un petit garçon à fait le rêve d'en devenir un.

Le mage se mit à rire si fort que le roi s'est levé de son trône et a ordonné le silence. Les soldats ont ceinturé le mage et ce dernier a fini par arrêter de rire. Il a levé la tête vers le roi et lui dit ;

- Pardonne moi roi du Schoeneckaland, je ne voulais pas vous offenser. Si la raison de ma venue est de vous apprendre ce qu'est un Immortel, je vais vous le dire.

Et le mage se mit à décrire avec maints détails ce qu'étaient des Immortels. Il dit qu'ils appartenaient à leur Académie, celle des Immortels, parce qu'ils y ont été élus. Il expliqua comment elle fut créée il y a fort longtemps par des hommes amoureux de la langue du Parisaland, à quoi consiste leur travail et qu'une fois qu'on y entre, on en sort plus !

Le roi fut effrayé par ces propos, le mage le rassura en ajoutant que c'était une image, que leur travail reste immortel, mais que leur personne meurt comme chacun d'entre nous.

Le roi qui était doté d'une intelligence remarquable, avait exigé tout savoir sur cette institution et une fois qu'il eut tout compris, il renvoya le mage et fit à nouveau venir à lui le petit enfant.

Ce dernier arriva tout aussi timidement que la première fois. Le roi lui posa une question :

- Veux-tu toujours devenir Immortel ?

- Oui mon roi, je le veux !

- Sais-tu au moins ce que veut dire "Immortel" ?

- Oui, c'est quelqu'un qui est habillé en vert… et qui porte l'épée !

- En effet et le bicorne aussi, et…

- C'est vrai j'allais l'oublier, il porte un joli bicorne sur la tête.

- Ne me coupe pas la parole s'il te plait…

- Pardon mon roi, mais… mais, mon rêve va-t-il se réaliser ?

- Je n'en suis vraiment pas si sûr, n'habites-tu pas un petit village avec un baraquement occupé par de nombreux étrangers ?

- Oui, mais pourquoi cette question ?

- Parce qu'un mage venu du Parisaland m'a expliqué ce qu'est le personnage de ton rêve, et je ne pense pas qu'un petit garçon comme toi peut devenir un Immortel, en sachant d'où tu viens.

- Mais ne sommes-nous pas au pays magique où tous les rêves se réalisent ?

A cette question le roi fut gêné et ne sachant quoi répondre et lui dit :

- Tout d'abord tu sais à peine lire et écrire ton nom, or pour devenir ce que tu veux, il te faut écrirrrre des livrrrrres, devenir célèbrrrre, après seulement on pourra en reparler.

- Mais j'écrirai des livres et je deviendrai célèbre,

- Il te faudra aussi entrer dans une Académie, l'Académie des Immortels !

- J'y entrerai mon roi, je n'en doute pas !

- Mais tu devras en connaitre au moins deux ou faire une lettre de candidature à son secrétaire perpétuel. Que tu rendes visite à tous les Immortels et qu'ensuite tu sois élu !

- Cela ne me fait pas peur, je ferai tout cela et je serai un Immortel !

Et en effet, le petit se mit à apprendre à lire, à écrire, il participa à des rencontres, des séminaires et devint célèbre.

Les habitants de Schoeneckaland n'en revenaient pas qu'un des leurs soit connu dans plusieurs pays, même dans le Parisaland !

Tous le soutenaient dans son ambition et le roi l'autorisa à quitter le pays pour Parisaland.

Quelques longues années plus tard le petit qui était devenu grand et bel homme est revenu dans son pays, le Schoeneckaland.

 

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Il était vêtu d'un costume vert, portait l'épée et le bicorne avec fierté. Tous l'accueillirent avec ferveur, le roi lui-même lui demanda de venir conter devant tous son aventure au Parisaland.

Il prit la parole :

Mes amis, j'ai écrit des dizaines et des dizaines de livres. J'ai été récompensé par le monde de la littérature et compté parmi mes nouveaux amis des Immortels.

Ils m'ont encouragé à poser ma candidature pour l'élection d'un siège abandonné par l'un des leurs qui venait de quitter ce monde.

J'ai eu le bonheur d'être élu au premier tour contre trois autres grands postulants du Parisaland. J'ai dû écrire un texte que j'ai dû lire dans une cérémonie qui a eu lieu une semaine avant mon installation officielle. Lorsque je suis rentré dans l'hémicycle, tous les académiciens se sont levés. La prochaine fois qu'ils le feront, ce sera à ma mort.

Voici mon discours lu devant cette commission restreinte :

" Si je me dois d'être aujourd'hui parmi vous, c'est parce qu'un jour, ou plutôt une nuit, un petit garçon fit un rêve merveilleux dans un pays, le Schoeneckaland, où tous les rêves se réalisent. Comme c'est vrai, et même si dans ce pays il n'y a pas d'Académie d'Immortels, le bon roi en fit venir un et c'est grâce à ses explications que ce petit a fait de sa vie un Amour de la langue Française. Chaque jour fut un rêve poussé de succès en succès qui aboutit à ce siège que vous m'offrez aujourd'hui……"

Il continua la lecture de son discours et une fois celui-ci terminé il eut droit en retour au discours par les membres de l'Académie :

- "Monsieur, Vous êtes désormais des nôtres et le cérémonial exige que je vous rende hommage, ce qui est très facile au vu de votre parcours hors du commun. Sorti d'un petit village d'un pays lointain, vous rêviez de devenir Immortel comme peu d'enfants en rêvent. Ce rêve ne vous quittera jamais, votre soif d'apprendre et votre amour de la langue Française feront que vous ne vous détourniez jamais de cet amour. Vous travaillerez jour et nuit à la recherche de textes qui vous vaudrons la reconnaissance de tous. Votre humilité égale à votre nature de forçat de l'écriture fera de vous un homme envié et apprécié, nul ne vous déteste tant que les prétentieux qui se présentent devant notre porte et que nous refoulons aux calanques de l'histoire, tandis que vous, vous acceptez chacun avec le respect que mérite chaque être sur cette terre…..

La lecture dura une bonne heure et il raconta ensuite le cérémonial qui suivit :

- J'ai dû ensuite me rendre auprès du président du Parisaland afin qu'il approuve mon élection car il est le protecteur de l'Académie. Lors de ma séance d'installation un mot du dictionnaire me fut attribué : "Clémence". J'ai reçu la médaille de l'Académie frappée de la devise "à l'Immortalité" et de mon nom. J'ai fait confectionner un costume avec broderies, un bicorne et une épée. Lors de mon installation en présence de trop rares amis de notre pays, j'ai eu droit aux honneurs militaires de la Garde républicaine.

Pendant la période initiatique de trois mois je n'ai pas eu le droit d'intervenir lors des séances, mais depuis, très régulièrement je me rends à l'Académie pour y travailler sur le dictionnaire de la langue française.

Le récit durait et durait, tous écoutaient avec attention, et, de temps en temps, on entendait des applaudissements et des encouragements criés à tue-tête par les habitants du Schoeneckaland.

Il y avait Joe qui n'arrêtait pas de demander ce qui se disait car il ne comprenait qu'à moitié car il avait migré vers un autre pays, mais pour rien au monde il n'aurait raté la venue du petit. Un peu plus loin CDCC tapait sur son clavier malicieux pour envoyer des messages à la terre entière tant elle était fière de lui, et Fronz qui avait quitté la plus belle rue du monde pour venir féliciter son ami avait fait le trajet en vélo, Thyristor qui pour une fois était droit comme le courant redressé, le Grand Blek portait une magnifique coiffe en peau de castor, ses nombreux autres amis, eux aussi écoutaient religieusement cette narration quand arriva l'heure rituelle du thé.

Le roi fit servir à chacun, en hommage au petit, un thé revigorant (*) que tous avalèrent d'un trait.

Ils se mirent tous à chanter, danser, plus rien d'autre ne comptait que la joie et le bonheur d'être ensemble quand soudain une sonnerie se fit entendre.

Elle était bizarre, c'était comme un sifflement strident qui s'atténuait et se renforçait, il durait, durait, c'était atroce jusqu'à ce que ma main appuie sur le buzzer, et là, non di diou, vous ne me croirez pas, j'étais dans mon lit, oh zut, tout ça n'était qu'un rêve !!!

Quel dommage, j'aurai tant voulu que ce soit vrai, que je puisse lire vraiment le discours de Jean d'Ormesson qui disait entre autre, il y a quelque chose de plus fort que la mort : c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants et la transmission, à ceux qui ne sont pas encore, du nom, de la gloire, de la puissance et de l’allégresse de ceux qui ne sont plus, mais qui vivent à jamais dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui se souviennent.

Ou encore placer dans le texte cette méditation sur sa vanité qui fit prononcer par un empereur romain mourant, les mots célèbres : "J’ai été tout, et tout n’est rien", ou cette citation d'un sage : "Demain expliquera peut-être aujourd'hui, mais il ne le comprendra plus".

 

(*) Lire les récits Céréalité et Le mystère de Leipzig du même auteur.

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12/01/2019
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