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J.F. Hurth : Mémoire d'un rouleau

Quand une technologie de pointe fait parler un "ROULEAU", fut-il compresseur...

Il y a quelques semaines, CLEMENT nous racontait l'histoire d'un "ROULEAU", qu'on avait laissé depuis fort longtemps, sous un saule pleureur près d'une "MARE", de l'ancienne  "FERME SCHOENECK".

Ce rouleau, à défaut de parc d'attractions à l'époque, était devenu un superbe lieu de rendez-vous des jeunes du quartier.

Clément se demandait aussi quelle était l'origine de cette "Chose" qui ressemblait à un engin de chantier. Il regrettait surtout que le rouleau ne puisse raconter ses souvenirs engrangés et par conséquence, une partie de l'histoire de la jeunesse de la FERME.

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Un Archéologue et une équipe de fins limiers, dirigée par le célèbre Inspecteur "LE BÉRU", viennent de me rendre les conclusions d'une enquête rondement menée.

Grâce à un matériel d'Echo/Sondage hautement sophistiqué, dernière trouvaille d'une "Start-Up" en SILICONE VALLEY, ils ont pu obtenir les aveux complets de ce curieux témoin d'un autre temps.

A titre exceptionnel, je vous livre le contenu de ce dossier classé: "Conf.A2-2AB.COM", intitulé : 

MEMOIRE D'UN ROULEAU

 

Ça fait depuis très longtemps qu'après cette terrible bataille, les soldats m'ont laissé allongé dans le sable. Trop contents de m'avoir occis, ils m'ont volé mon bardat, mes armes, et ils sont partis en hurlant : "Ça fait toujours un Huguenot de moins !" Je dois avouer que ça m'arrangeait aussi, car j'en avais assez de me battre, marre de voir les hommes et les chevaux mourir pour rien.
Maintenant, ça fait des siècles que je repose là, presque mort pour de bon, dans ce sable devenu mon ami. Oui, j'ai bien dit "presque défunt", car sans y tenir plus que çà, je continue à entendre tout ce qui se passe autour de moi.
Par contre, je suis muet comme une carpe et aveugle comme une taupe. 
Je dois dire qu'avec le sable on a tellement attendu, tellement subi de saisonniers tourments, qu'à la fin on s'est confondus, mêlés, et que plus personne ne peut nous distinguer. 
Puis un jour ils sont venus. J'ai d'abord entendu des gens qui parlaient, ensuite il y a eu un bruit toujours plus fort, plus assourdissant, et la terre s'est mise à trembler. 
Alors une machine nous a soulevé et nous a jeté dans une cuve qui tournait comme une toupie, accrochée sur le dos d'une autre machine qui nous a emporté.

Longtemps on a roulé. Et puis, ils nous ont déversé de la poudre qui collait, qui nous brûlait. Mais c'est quand ils se sont mis à nous arroser comme pour nous noyer, que je me suis endormi.

Lorsque je me suis réveillé, j'ai bien senti que je m'étais transformé, que je ne pouvais plus me cacher. J'étais devenu gros, rond et cylindrique comme d'un arbre, un morceau du tronc. Soudés par la poudre qui nous avait brûlés, nous voilà maintenant avec mon ami le sable, durs comme de la pierre et lourds comme du plomb.

Ah ! J'oubliais de vous dire qu'ils nous ont aussi transpercés avec une grosse barre de fer, qui dépasse de chaque côté. 

Je crois qu'on ressemble à un gros "ROULEAU" et Dieu sait pourquoi ils nous ont mis dans cet état là…

Mais plus tard, d'autres hommes sont venus. Ils m'ont accroché à une grosse mécanique qui avançait et moi derrière, je me laissais rouler.

Des jours et des jours comme ça, du matin au soir, à écraser tout sur mon passage. 
Les cailloux, la terre et les plantes, jusqu'à ce que sous mon poids, tout un terrain devienne lisse et plat.

 

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Ensuite ils m'ont détaché et j’ai entendu l'un d'entre eux qui disait dans la langue de chez moi :

Schluss,! Loss das Ding doo schteen, das brauche ma nimmé. (Terminé ! Laisse béton le ROULEAU, plus besoin)... en causer moderne…
Et ils sont partis, se fichant complètement de mon triste sort, comme de mon voisin, un saule pleureur qui tirait sa tronche, depuis des années.
Peu après, j'ai entendu beaucoup de gens qui s'activaient. A les écouter, j'ai compris qu'ils construisaient des maisons en bois, sur mon beau terrain lisse et plat.
Bientôt des personnes qui parlaient toutes les langues, sont venues habiter dans ces maisons en planches.

Chez ces étrangères familles, les hommes travaillaient sous la terre, les femmes s'occupaient de la maison et leurs enfants étaient gais.
Et ces enfants gais, un jour m'ont trouvé, dans ma petite MARE où je m'embêtais.
Ils jouaient avec moi comme si j'étais mort. Mais jeunes comme ils étaient, ils ne savaient pas se méfier assez.

Car moi, le vieux soldat ami du sable, j'entendais tout. Je comprenais toutes leurs langues, toutes leurs confidences.

Curieusement j'aimais tous leurs jeux, toutes leurs joies, mais ils ne le savaient pas.
Quand ils parlaient de moi, ils disaient le "ROULEAU", celui de "LA MARE".
Alors, je ne disais rien lorsqu'ils jouaient aux cartes, aux passionnants jeux de billes, lorsqu'ils se disputaient avec les filles, lorsqu'ils fumaient et parfois même, quand ils s'embrassaient. Je ne disais rien, quand ils me sautaient sur le dos, quand ils disaient des gros mots. J'aurais voulu que le Clémau, Nadine, Roland, Denise, Edith, Valda, Chanlucien, Auguste, Joe  et tous les autres, restent toujours avec moi, pour ne plus être seul comme autrefois.

Mais un jour ils sont partis. D'abord l'un, ensuite les autres. Ils disaient que leurs parents voulaient habiter là où le bonheur serait meilleur, en France ou ailleurs.

Plus d'un demi-siècle qu'ils m'ont laissé dans la mare.

Les maisons de bois ont disparues, tout le monde est parti et moi, le vieux ROULEAU seul dans mon coin, les pieds trempés dans la mare, je ressemble à la forêt qui a poussé autour de moi. Je suis tout barbu, mon dos est recouvert de lierre et de mousse. Souvent, avec mon voisin le saule, il nous arrive de pleurer en douce.

Il n'y a pas longtemps, j'ai entendu des grosses voix d'hommes de maintenant, déjà entendues il y a fort longtemps.

Elles parlaient de me nettoyer, de me mettre en beauté et de me déplacer en un endroit pour mieux se rappeler, peut-être même pour me remercier, qui sait…

Alors encore une fois, j'ai entendu le bruit d'une grosse machine qui m'a soulevé, qui m'a retourné et m'a fait rouler sur l'emplacement d'une baraque disparue, que je connaissais.
Celle du "Old JOÉ", parti vivre très loin, au pays des "CHENÈKRICAINS".
Et c'est bien là chez JOÉ, et au bout du rouleau si j'ose dire, que je les ai entendu éclater de rire. Il y avait, le CLÉMAU, WALDA et le CHANLUCIEN.

C'étaient donc eux, les grosses voix que j'entendais au loin.

Enfin, je vais être bien. Fronz 

 

* * * * * * * * * * 

 

Jean-François ne m'en voudra pas si j'ajoute à son poétique récit cette petite Fable que j'ai écrite et qui est directement inspirée du Chêne et du Roseau de notre grand Jean de la Fontaine.

Le Saule et le Rouleau

Le Saule un jour dit au Rouleau :
Vous avez bien sujet d'accuser la Nature !
Un enfant qui sur vous joue n’est pas un fardeau.
Le moindre vent, qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau
M’oblige à baisser la tête,

Alors que votre front, au Caucase pareil, 

Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout m’est Aquilon, tout vous semble Zéphyr.
De fer et de béton est fait votre habillage

Alors que moi je n’ai qu’un simple feuillage

Pour en imposer au voisinage…
Je n’aurais pas tant à souffrir
Si vous me défendiez de l'orage !
Mais vous êtes fait de ce béton
Résistant si bien aux outrages du temps.
La nature envers moi me semble bien injuste…


Votre jalousie, répondit le rouleau,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont autant qu’à vous redoutables.
Je ne plie et ne romps pas, car j’ai jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté en courbant mon dos...
Mais attendons la fin.

 

Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon arrive comme une furie
Le plus terrible des tracteurs 
Que l’Est eût porté dans ses flancs.
Le Saule tient bon; le Rouleau résiste.
L’engin redouble ses efforts,
Et tire le rouleau hors de terre…

Le lourd rouleau, désemparé,

Quitte en pleurant son vieil ami

Et roule sans se retourner

Vers la place Joe Surowiecki…

Clément de sous le noisetier.

 


 

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05/08/2018
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