NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Danielle Hofmann Grandmontagne : Lili

«Si un jour dans le désert, vous rencontrez un petit bonhomme avec des boucles blondes et un rire de cristal... Je vous en supplie, venez me prévenir, me dire qu'il est revenu...» 

Le petit Prince de Saint Exupéry.



C'est vrai, chaque année, les étoiles sont à la même place. Donc, si vous retournez à l'endroit où un être cher est parti, exactement au même jour, chaque mois, chaque année, à la même heure, vous pouvez le rencontrer.

Même la NASA, les savants calculent la position des étoiles pour le retour sur terre des navettes spatiales.

Alors, je vais vous raconter ce qui m'est arrivé ce soir.

Aujourd'hui, c'est le sept décembre, le lendemain de la Saint Nicolas, qui comme chacun le sait, descend le soir du ciel pour apporter des petits gâteaux aux enfants. C'est en souvenir du temps où il était évêque. Il avait sauvé trois petits enfants qui étaient déjà dans le saloir.

Ici, on est en Bavière. Alors la fête de Saint Nicolas et son père fouettard, comme le temps de l'avent d'ailleurs avec les couronnes de sapin ornées de boules et bougies rouges sont une tradition très respectée. Ici, l’ambiance de Noël est encore plus intense qu'ailleurs, car les murs des maisons sont peints avec des Jésus, des Vierges, des anges et des fleurs toute l'année.

Avant Noël, les gens mettent des guirlandes illuminées, des étoiles, des crèches en bois sculpté, des boules brillantes d'or et d'argent aux fenêtres, et, devant leurs portes des sapins, des rennes, des traîneaux recouverts de neige blanche, partout, pour que les miracles deviennent possibles.

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du départ d'une princesse d'étoiles, ce soir, à sept heures.

Je la connais bien parce qu'elle est ma petite sœur. Elle a toujours été princesse, d'abord parce qu'elle est très belle et puis aussi parce qu'elle a toujours été dans la lune et les étoiles. Les gens disaient aussi qu'elle était trop gentille pour rester longtemps sur la terre, que le Bon Dieu rappelle à lui ceux qui sont des merveilles.

Elle était même plus gentille que Saint Martin, elle ne coupait pas son manteau en deux, elle l'avait donné en entier à une jeune clocharde. Elle donnait tout pour faire plaisir au désespoir de mes parents. Quand une fille, qu'elle avait hébergée, lui a volé sa télévision, elle a simplement affirmé qu'elle en avait plus besoin qu'elle-même. C'est la vérité.

Aujourd'hui, je suis donc en Bavière en formation pour un nouveau produit pharmaceutique. Un hôtel restaurant avec salles de cours. Une journée de séminaire très ennuyeuse: des formules chimiques, des résumés cliniques, des courbes certifiant que, bien sûr, c'était le meilleur; et de longs discours sur la meilleure manière de vendre ce médicament pour les rhumatismes. A l'accueil, dans une joyeuse ambiance de décors de Noël, un musicien jouait de la cithare.

Vers six heures, je suis sortie dans la nuit pour chercher une église ouverte. Les rues étaient illuminées. Dans le village, malheureusement, la plupart des églises sont fermées la nuit à cause des cambrioleurs. En effet, elles renferment beaucoup de statues baroques pleines d'enluminures à la feuille d'or.

La première semblait gentille avec son clocheton rond en forme d'oignon et sa cloche tintait comme une soprano. Je savais qu'à l'intérieur, elle devait être toute blanche, avec des statues et des tableaux rococo.

La deuxième était loin, noire, triste et semblait fermée elle aussi. J'en ai fait le tour pour trouver une porte ouverte. Je voulais tant allumer un cierge et penser à Lili dans la pénombre. L'église était sombre. Aux murs, des sculptures macabres de Jésus ensanglantés, des reliques de bouts d'os dans une chasse, des autels avec l'odeur de la cire, de l'encens et de l'eau des fleurs fanées.

Des noms aussi, avec des épitaphes en allemand, « Margarethe, Johann, Hans », des prénoms de gens, qui étaient enterrés dans des caveaux encastrés dans les murs. Des dates, des lieux, le tout en écriture gothique que j'avais de la peine à déchiffrer.

Malgré mon gros manteau de fourrure, j'en avais froid dans le dos. Je suis sortie.

Personne aux alentours, juste le vent qui sifflait dans les arbres.

Et là, j'ai entendu Lili, ma princesse d'étoiles! Ma petite sœur riait aux éclats comme si elle venait de me jouer un bon tour.

Je ne la voyais pas, mais elle m'a dit: «Oublies les squelettes des Bavarois, c'est une pratique débile!». Elle riait tellement que moi aussi j'eu le fou-rire.

Elle a ajouté: «Viens, on va dîner. Un chouette restaurant! Tu mangeras aussi pour moi. Oui, avec un verre de Beaujolais et tu me raconteras»

Je l'ai suivi; elle rigolait comme d'habitude: «ils sont fous sur la terre!»

On marchait en regardant les vitrines.

«Tiens, ton truc pour le plastique que tu cherchais! Tu vois, le magasin ouvre à neuf heures demain.»

Je n'étais même pas étonnée puisqu'elle est ma sœur. Devant le restaurant, elle m'a montré la carte: « Tu vas prendre du canard, on aime cela toutes les deux.»

 

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On est entrées. Le restaurant était joli, à l'intérieur, les murs peints comme à Salzbourg, des bougies, une charmante décoration de Noël, chaleureuse, sans prétention.

Je pensais à la longue lettre concernant Mozart que Lili m'avait envoyée autrefois.

On a choisi une table un peu à l'écart. Sur la nappe blanche, il y avait une bougie, un vase en céramique blanc avec des branches de sapin, un nœud en tissu rouge et des petites boules rouges.

Elle s'est assise à côté de moi, le menton sur ses mains croisées puisqu'elle n'a plus besoin de manger. Ses yeux pétillaient de malice. C'était un miracle !

Non, je ne rêvais pas, elle était bien là. Comme si elle avait changé le programme de la musique: Butterfly, my Butterfly, dans un an, je reviendrais...

Tout au long du dîner, nous avons entendu les chansons de l'année de son départ.

Les gens nous regardaient, elle et moi. Pourtant, je ne parlais pas tout haut, ce n'était pas la peine. Je souriais simplement de temps en temps. Bon, j'aurais pu sourire à cause du canard. Il n'y avait rien d'extraordinaire en apparence, mais les gens devaient sentir sa présence.

Lili me faisait rire à cause de ses remarques.

Un ami commun m'avait dit qu'il penserait à elle ce soir. «Merci, mais j'ai entendu au téléphone; racontes quand même!» Ou bien, « C'est idiot de mettre des oignons au vinaigre dans un canard... Les Allemands et leur cuisine !» Ou alors, «Le Beaujolais n'est pas à la bonne température!» Cela me faisait rire parce que c'était moi qui le buvais.

Au moment de l'addition, elle m'a dit; «Tu vois, on paye pour une personne et non pour deux!»

Elle disait les choses avec naturel, comme avant son départ. Et tout à coup, je comprenais mes rêves. La nuit, elle venait me voir de Munich, mais elle ne voulait jamais me donner son adresse, ce qui me désolait. Maintenant, je savais.

Et puis, elle m'a dit: «Viens, il faut partir!» Elle avait encore des visites à faire à la famille, à ceux qui pensaient à elle ce soir.

J'ai vidé mon verre; la musique avait changé. Je suis sortie, elle était repartie.

Mais, je n’étais plus triste. Elle m'avait expliqué que les humains ont tort.

Elle habite aussi une étoile, mais pas seulement avec un baobab ou une rose.

Là-haut, ce n'est pas triste. Il y a Maurice Chevalier, Joséphine Backer, des tas de gens qui sont arrivés cette année-là, en même temps qu'elle. Et puis, il y ses copains voisins du cimetière, des Tontons, des Pépés et Mémés que je n'ai pas connu.

Le seul problème, c'est pour les gens sur la terre, parce qu'ils n'ont pas la foi, parce qu'ils encadrent des bouts de squelettes dans des boites transparentes, parce qu'ils n'aiment pas assez fort pour aller retrouver ceux qui sont partis une fois par an à l'endroit où il faut.

Si jamais, l'année prochaine, je ne peux pas aller en Bavière à cette date, et, que vous voyez une jolie poupée blonde qui rit devant une église, dîtes le moi, dites-lui que je l'aime éternellement. 

Et puis, allez dîner avec elle... Danielle Hofmann Grandmontagne

 

 

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16/07/2020
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