NOSTALGIA, le Blog qui fait oublier les tracas...

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Piotr Thyristor : Vive le train... (ou pas) !

Tout avait pourtant bien commencé…

Mi-avril 2022, pendant la période de Pâques, avec ma femme nous sommes invités à un baptême à Niort.
Une très belle fête de famille, de superbes moments passés tous ensemble, plein de choses à se raconter et de jolies balades dans cette belle ville des Deux-Sèvres (79), située pas très loin des Marais Poitevins [en Charente-Maritime (17)].

C’est au retour, que cela s’est gâté…

Pourtant, ayant dû me battre pendant plus de 6 mois pour faire valoir mes droits à la retraite, j’étais convaincu d’avoir connu le pire, en basculant dans un autre monde, « Barjoland », fait de désordre, désorganisation, mauvaise foi, incompétence et incohérence, bref le Chaos.
Je pensais naïvement qu’il ne pouvait pas exister un autre univers aussi « courtelinesque » et « ubuesque » que celui de ces organismes aux noms aussi poétiques et charmants que CNAV, CRAV, AGIRC-ARRCO, DDTE, DIRECCTE, KLESIA, CICAS et autres.

Et cependant, j’ai trouvé : ça s’appelle SNCF !

Les scènes du récit qui suit sont si « décalées » que même Chevallier et Laspalès n’auraient pu les imaginer dans leur fameux sketch Le train pour Pau ; elles sont pourtant intégralement authentiques.

Revenons à notre retour de Niort : nous avions réservé un premier TGV devant assurer la liaison Poitiers-Massy, puis un deuxième TGV de Massy à Lorraine TGV.

Nous sommes partis de Poitiers à 14h19, devions arriver à Massy à 15h51, quitter Massy à 16h27 puis arriver à Lorraine TGV à 18h14.

Le train quitte Poitiers et s’élance ; avec mon épouse, nous évoquons les bons moments  de cette fête de famille, lorsque le train ralentit, jusqu’à s’arrêter totalement, en pleine campagne. Une voix retentit dans le haut-parleur :

- Ici, votre Chef de bord : le TGV s’est arrêté inopinément. Nous faisons le point avec le conducteur et reviendrons vers vous. Retard estimé : 25 minutes...

10 à 15 minutes plus tard :

- Ici, votre Chef de bord : le conducteur va effectuer un reset de la machine. Nous vous informons que l’électricité est coupée, la climatisation ne fonctionnera donc plus.

Nous sommes arrêtés en pleine campagne, sous le soleil qui tape de plus en plus fort : impossible d’ouvrir les fenêtres dans un TGV ; de plus, les portes du train restent fermées pour des rasions de sécurité. Il fait donc de plus en plus chaud et tout le monde commence à transpirer. Au bout de 10 à 15 minutes, nouvelle annonce dans le haut-parleur :

- Ici, votre Chef de bord : la manipulation n’a pas fonctionné, le conducteur va effectuer une dernière tentative. Retard estimé : 1 heure.

Toujours pas de contrôleur ou d’agent visible…

 

vaches.jpg

Un quart d’heure passe et le haut-parleur grésille à nouveau :

- Ici, votre Chef de bord. Les différents essais n’ont rien donné. Nous allons nous rendre à la gare de Vendôme, où de l’eau vous sera donnée. Une rame de remplacement viendra vous chercher afin de vous acheminer à Massy. Retard estimé : 3 heures.

Quelques temps plus tard, l’électricité revient et le convoi se remet en route ; on suppose qu’une locomotive est venue remorquer le TGV.

Ouf, la clim fonctionne à nouveau : ça fait du bien !
Nous aimerions en savoir plus, mais toujours personne pour nous renseigner : comment va-t-on faire pour notre correspondance ? Y aura-t-il de la place ? À quelle heure va-t-on finalement arriver à Lorraine TGV ?
L’application « SNCF Connect », installée sur nos Smartphones, pourtant très bavarde lors de l’aller, avec une diffusion régulière d’informations sans grand intérêt (« nous entrons en gare de xxxx », « nous quittons la gare de xxxx », « n’oubliez pas vos affaires dans le train »), après avoir fourni quelques informations très brèves et inexploitables, devient bizarrement muette.
Je décide de consulter la rubrique « Besoin d’aide ? Trouvons la réponse qui vous convient » : je tape « TGV panne Poitiers » ; réponse « vous souhaitez aller à Cannes ; confirmez-vous ? ». Je laisse tomber.

Le haut-parleur retentit à nouveau :

- Ici, le Chef de bord. Je demande aux agents SNCF présents dans le train de venir me rejoindre en voiture 4, près du bar, pour une réunion de crise pour nos passagers...

Ce n’est pas rassurant… De plus, il est très étonnant que cette communication se fasse par haut-parleur et pas en privé, via le téléphone dont ils sont tous dotés.

Enfin, arrive notre « Chef de bord », que nous voyons pour la première fois en chair et en os. Très rapidement, les questions des passagers, pourtant restés très polis, l’agacent :
- Ben, une panne, ça peut arriver, non ? 
Vous croyez que ça me fait plaisir, moi ? Je devais partir en congés !
Bon, nous n’en saurons pas plus. Étonnant qu’une personne, sensée représenter l’entreprise dans laquelle elle travaille, puisse s’exprimer ainsi.

Lorsqu’il quitte le wagon, arrive un autre agent, vraiment pas plus agréable, bien que les passagers restent toujours très calmes. Mais, et c’est normal, nous avons tous des questions à lui poser. Ses réponses sont du même acabit que celle du Chef de bord :
- Lorsqu’il y a des problèmes avec des avions qui ont du retard, les gens sont beaucoup plus tolérants et ne se plaignent pas autant... On s’en prend toujours aux agents de la SNCF !

 

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Le summum est atteint lorsqu’on lui demande comment cela va se passer pour notre correspondance : étant donné qu’elle sera déjà partie lorsque nous arriverons à Massy, il y a fort à parier que la correspondance suivante risque d’être saturée, surtout après le week-end de Pâques ; réponse :

- Eh ben, si par exemple, vous êtres 50 et qu’il n’y a que 20 places, ce seront les 20 premiers qui auront de la place. Vous comprenez, c’est une question de sécurité : on ne peut pas surcharger les trains...

Nous arrivons enfin à la gare de Vendôme : à la sortie du train, nous trouvons effectivement des packs d’eau sur le quai, à même le sol. Les bouteilles d’eau auraient pu nous être distribuées, mais non ! Bon, estimons-nous heureux, ils auraient pu mettre des abreuvoirs à bestiaux.

Après une longue attente, la rame en panne est dégagée sur une voie latérale et arrive enfin la rame de remplacement en provenance de Massy. Les agents de la SNCF présents sur le quai nous disent de nous installer où nous voulons : il n’y a plus de numéro de wagon ou de place à respecter.
Nous rentrons donc dans la rame de remplacement, posons nos valises, nos affaires et nous installons. Sur les sièges, de petits cartons-repas ont été posés : pas grand-chose, mais c’est toujours bon à prendre. À peine installés, le haut-parleur retentit :

- Merci de bien vouloir garder les mêmes numéros de voiture et, si possible, les mêmes numéros de place...

Ce même message est diffusé à plusieurs reprises.

Nous décidons de ne pas bouger et, étonnamment, le transfert de la rame en panne à la rame de remplacement se passe plutôt bien.

Le train part enfin en direction de Massy, puis ralentit au bout d’une dizaine de minutes puis, nouveau message dans le haut-parleur :

- Ici votre Chef de bord ; le TGV s’arrête inopinément ; nous faisons le point et vous informerons.

Finalement, le train accélère et tout rentre dans l’ordre.

Nouveau message :

- Les passagers ayant une correspondance en direction Strasbourg ne doivent pas descendre à Massy, mais rester en voiture jusqu’à Roissy, où un TGV les acheminera vers Strasbourg...

Nous restons donc dans le train jusqu’à Roissy, où nous descendons et nous hâtons de prendre notre correspondance.

Le train est annoncé pour un départ à 20h02, mais le numéro de voie ne figure pas sur le panneau d’affichage. Nous interrogeons un agent de la SNCF, qui nous informe que le train a 20 minutes de retard et que le numéro de voie ne va pas tarder à être communiqué.

Nous en profitons pour lui faire part de nos déboires et lui demandons comment faire, car nos billets sont valables pour la correspondance Massy-Lorraine TGV de 16h27 et pas pour celle de Roissy-Lorraine TGV-Strasbourg de 20h02. Réponse : « Je vous accompagnerai jusqu’au train et en informerai mon collègue ».

Le numéro de voie est finalement annoncé ; arrive un flot de voyageurs qui courent vers la voie et l’agent qui devait nous accompagner nous dit simplement « C’est par là ! ».

Nous ne voulions pas rater le train, sinon j’aurais pris quelques minutes pour lui parler du pays ! D’ailleurs, au fur et à mesure de notre périple, les (rares) agents SNCF présents dans le train nous demandaient de nous renseigner auprès des agents SNCF de la gare à venir et les (rares) agents SNCF de la gare nous renvoyaient vers les agents SNCF du train à venir… une manière comme une autre de se débarrasser du problème …et des personnes !

Nous sommes sur le quai, bondé, et attendons ce fameux train : rien, toujours rien…
Nouvelle annonce via les haut-parleurs sur le quai :

- Suite à un loupé [je cite mot pour mot], nous vous demandons de changer de voie, de prendre le train à destination de Lyon et de descendre à Chessy où vous pourrez prendre une correspondance en direction de Strasbourg...

Tout le monde se précipite et essaie de s’engouffrer dans le train déjà bondé.

Nous sommes tous collés les uns aux autres, comme dans un métro en heure de pointe, mais avec en plus valises, sacs, affaires et vestes sous le bras. Un véritable capharnaüm.
Et dire que l’on nous avait précédemment indiqué que l’on ne pouvait pas surcharger des trains, pour des raisons de sécurité…

Nous descendons à Chessy, où nous avons, à nouveau, beaucoup de mal à trouver un agent SNCF. Finalement, nous apercevons une « agente » de la SNCF, à qui nous tentons d’expliquer cette histoire décousue, de plus en plus difficile et de plus en plus longue à raconter. Elle nous conseille de prendre un RER en direction de la gare de l’Est, afin de prendre un train vers Strasbourg.

Nous lui expliquons que le train allant de la Gare de l’Est à Strasbourg passe par Lorraine TGV, mais ne s’arrête pas à Lorraine TGV. Elle affirme le contraire.

Je monte le ton et lui demande de vérifier, ce qu’elle fait. Après avoir contacté sa responsable par téléphone, elle confirme mes dires et nous demande de nous installer dans une salle d’attente en nous informant qu’elle allait finir son poste et que l’un de ses collègues allait venir…

Un (très) long moment plus tard, arrive un autre agent SNCF, qui liste le nom de toutes les personnes concernées par ce problème, en nous promettant de revenir avec une solution.
Un nouveau (très) long moment plus tard, il arrive avec 2 autres agents et un chariot rempli des mêmes petits cartons-repas que l’on nous avait distribué précédemment.

Au lieu d’effectuer la distribution dans la salle d’attente, ils laissent le chariot dans le couloir : du coup, un certain nombre de personnes présentes, mais non concernées par le problème, sont venues se servir, certaines repartant avec 2-3 cartons sous le bras…

Bien plus tard, l’agent revient avec des billets pour un train partant le lendemain matin à 07h52, en direction de Strasbourg, avec arrêt à Lorraine TGV, mais au départ de Roissy !
Bien plus tard encore, il nous remet des bons de prise en charge pour une nuit d’hôtel à l’hôtel Séquoia Lodge, situé à proximité immédiate du parc de Disneyland.

Nous lui demandons comment nous rendre à l’hôtel ; réponse :

- Il y a une navette.

Ceci ne nous avançant pas beaucoup, nous lui demandons où prendre cette navette; réponse :

- À la sortie de la Gare, mais pas juste devant...

Nous sortons de la Gare : il fait nuit, et après nous être renseignés auprès de passants, nous trouvons cette fameuse navette qui nous amène à l’hôtel.
Nous y arrivons à plus de minuit, épuisés. C’est un très bel hôtel, mais nous n’avons vraiment pas eu le temps d’en profiter.

Le lendemain, après quelques petites heures de sommeil, nous quittons l’hôtel, sans avoir pris de petit-déjeuner (il est 6h30 et le restaurant n’ouvre qu’à 7h00) et prenons la navette en direction de la gare de Chessy.  Et là, bizarrement, nous trouvons des nuées d’agents de la SNCF, regroupés et arpentant l’intérieur de la gare tels des pigeons et nous proposant même de nous renseigner : un peu facile, quand le problème est passé…

 

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Nous prenons le train de Chessy à Roissy, en profitons pour prendre un rapide petit-déjeuner, et embarquons finalement dans le TGV de Strasbourg, qui nous a déposé à bon port en Gare de Lorraine TGV à 10h25, soit avec environ 16 heures de retard !

Je terminerai cette « petite » anecdote par un bon mot de l’un des passagers :

- Quand ils ne sont pas en grève, ils sont en panne !

 

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23/04/2022
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