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Danielle Hofmann Grandmontagne : Le tango d'amour des frontaliers (3)

(3) La rencontre

 

En 1935, Daniel rencontre Annie lors des cours de français. Peu de temps après, il s'engage à Metz au 30e régiment de Dragons. Metz est alors une ville de garnison et la caserne est située près de la porte des Allemands. 

Lors de ses permissions, Daniel part à la découverte des étroites ruelles, des vieilles pierres, des vestiges gallo-romains, lisant l'histoire d'Attila pillant la ville.

Metz a subi de nombreuses annexions, ville européenne par ses habitants avant l'heure. Profondément croyant, il lit le missel du soldat, écoute les conseils de l'aumônier et va souvent à la cathédrale, une des plus belles de France, dont il admire l'architecture gothique et les vitraux.

De style néo-gothique, comme la gare d'ailleurs, la caserne est proche de la Porte des Allemands, Mais, il ne reste pas longtemps à Metz, le régiment de Dragons est transféré à Saint Germain en Laye, ville royale située près de Paris, puis le régiment de Daniel part au Levant.

 

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Annie, détestant Hitler et sa politique, effrayée par les attroupements de gens haineux, les slogans qui fusent, décide de trouver un moyen pour aller à Paris, d'autant plus que Daniel doit y être également.

Elle trouve par des amis une place de jeune fille au pair à Paris. La famille est très gentille, les enfants charmants et la maîtresse de maison lui apprend la cuisine française.

Annie saura gâter sa famille plus tard avec de savoureux plats mijotés avec amour tels des bœufs bourguignons, des blanquettes de veau, des gratins dauphinois, des purées Parmentier ou des  pots au feu de grand-mère et bien d'autres...

Elle se lie d'amitié avec une autre jeune fille d'origine alsacienne, Rose, une grande blonde, cheveux nattés en chignon en forme de couronne, yeux bleus, qui parle bien sûr l'alsacien, mais aussi le français avec un solide accent.

Les deux jeunes filles se retrouvent le dimanche, visitent Paris et ses monuments, s'émerveillent devant la Tour Eiffel et se promènent sur les quais de la Seine.

Elles vont au Sacré Cœur, prennent le métro en admirant les entrées en fer forgé vert, déambulent dans les vieux quartiers, regardent les passants, osent même aller voir Pigalle et le Moulin Rouge de loin, car ce n'est pas un endroit pour des jeunes filles bien éduquées.

Annie confectionne pour elle et son amie des robes fleuries et des bibis parisiens. Parfois, elles vont au bal musette guinguette l'après-midi, dansent des valses, fandangos, charleston et pirouettes avec l'insouciance de leurs vingt ans.

Elles y boivent une menthe à l'eau, une seule qui doit durer longtemps. De temps à autre, elles achètent des cahiers de chansons des « Editions Salabert Paris » qui comportent les notes et les paroles des rengaines à la mode. Elles découvrent Maurice Chevalier, Tino Rossi et les autres. Elles s'assoient sur un banc et déchiffrent la partition en inventant même quelquefois une deuxième voix.

 

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Il semble que la culture générale de ce temps-là ait été plus large qu'aujourd'hui. D'ailleurs, tous les enfants de quatorze ans, qui ont le certificat d'études, savent lire et écrire sans fautes, compter, additionner, multiplier, diviser et même résoudre les énigmes de « baignoire qui se remplissent et fuient » alors qu'ils n'en ont pas à la maison car ils se lavent dans une grande bassine ou vont aux bains publics le samedi en général.

Aux Bains-douches municipaux, on vient avec du savon et une serviette. Dans les petites cabines, une baignoire remplie, posée sur des lattes de bois laissant l'eau s'écouler, offre durant trente minutes le plaisir de se laver consciencieusement.

Si on se dépêche deux personnes peuvent en profiter pour un même modeste prix.

En plus, on leur a inculqué le bon sens, le civisme, la discipline et le respect du maître d'école et du gendarme.

La famille au pair s'est attachée à Annie et l'emmène avec eux en Normandie en vacances.

Elle y découvre la mer, le sable, les galets, les bateaux, les moules et les crevettes. Malheureusement, rien ne dure éternellement et la famille doit quitter Paris.

On lui trouve une place chez Monsieur et Madame Bonnet qui tiennent un café près des Halles. A l'époque, c'est le ventre de Paris et toute la nuit on y travaille.

Les marchandises viennent de toute la France et sont réparties en secteurs, celui de la viande, du poisson, des maraîchers, des crémiers et autres. Annie doit travailler dès cinq heures du matin pour y servir le café ou le verre de rouge. Elle en est heureuse, car en plus de son salaire, elle reçoit des pourboires.

Elle économise sous par sous, car elle a retrouvé son beau militaire Daniel. Il lui envoie des cartes postales qui la font rêver. En allemand ou en français, avec des cœurs et surtout des vues de pays et de villes dont elle n'a jamais entendu parler : Liban, Palestine, Syrie, Akaba, Beyrouth, Homs, Alep, Damas, Baalbeck, Palmyre, Bagdad.

A l'époque, le film de Lawrence d'Arabie n'est pas encore tourné, mais Daniel suit un parcours ressemblant, avec un uniforme semblable au héros. En ce temps-là, l'armée française exige une dot des jeunes filles qui épousent un militaire.

Le régiment de Daniel est à Beyrouth. Quand il a une permission, il vient la voir, et arrive en tenue d'apparat, képi, burnous blanc, pantalon brodé, un costume qu'il s'est fait faire sur mesure et qui lui donne fière allure.

Au Liban, les artisans sont très habiles et le travail n'est pas cher. Ses bottes sont tellement cirées qu'elles éblouissent de loin les passants, comme les boutons de cuivre étincelants de sa vareuse. Il tient à la main sa cravache damassée incrustée d'émaux.

A Paris, les gens se retournent sur ce fastueux militaire qu’ils prennent pour un Haut-Gradé.

 

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Daniel est un passionné de la perfection. Il veut impressionner sa belle et, pour la gâter, il lui amène des spécialités de chez Fauchon, traiteur de luxe à Paris.

Cela ne plaît pas à Annie qui économise péniblement chaque sou pour sa dot.

Ils s'aiment, mais ne comprennent pas les actes et réactions de l'autre, comme souvent bien des couples. Tous deux, avant la déclaration de la guerre s'entretiennent et s'écrivent en français ou en allemand selon la culture bilingue des frontaliers ayant leurs racines de part et d'autre de la frontière.

Comme les Niçois qui parlent en italien ou français selon l'humeur, ou près de l'Espagne, on parle la langue d'Oc ou le basque ou le français. Les frontaliers sont souvent discriminés, alors qu'en fait, ils méritent les honneurs pour leur bilinguisme ou trilinguisme et leur ouverture sur le monde et les différentes cultures ! Ceux sont eux les fleurons, les joyaux  de l'Europe.

L'atmosphère du café près des Halles est rude et bruyante. Les bouchers viennent avec leurs blouses ensanglantées, les plaisanteries parfois obscènes fusent, l'odeur du vin rouge à cinq heures du matin est écœurante pour Annie. Pour échapper à ce milieu frustre et gagner un peu plus d'argent, elle part à Versailles chez Monsieur et Madame Colon. Ils tiennent un petit bar tabac, pas loin de la prison. Daniel vient dès qu'il a une permission.

Le 17 juin 1939, un échafaudage de guillotine est monté sur le trottoir pas loin du bar-tabac et de la prison. Normalement, les exécutions ont lieu la nuit, ou au petit jour avant qu'il n'y ait du monde, mais ce jour-là, les bourreaux ont pris du retard.

Dans la matinée, une foule de gens, hommes, femmes et même quelques enfants accourent pour assister à la décapitation. Comme dans la Rome antique, lors des jeux du cirque, la mort est un spectacle qui intéresse le peuple.

Eugène Weidmann, responsable de six meurtres, sera exécuté en public parmi les cris de la foule. Annie ne va pas voir l'atroce spectacle, mais au comptoir du café, elle entend les hurlements, scène qui va la marquer longtemps.

Ce sera la dernière exécution publique en France. A suivre...

 

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18/02/2022
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