NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Clement Keller : L'église orthodoxe de la Ferme

Nous retrouvons dans ce récit la famille Baumann qui vient d'arriver dans la cité de baraques de la Ferme de Schoeneck. Après une première nuit passée dans leur nouveau logement, le fils aîné, Wolfgang, se réveille et décide de partir à la découverte du voisinage.



La première nuit à la Ferme passa comme dans un rêve.

Lorsque Wolfgang se réveilla le lendemain, tard dans la matinée, et ouvrit les volets de la fenêtre de sa chambre, il eut soudain la sensation étrange d'avoir changé de monde pendant la nuit...

C'était Dimanche. Au loin, des cloches sonnaient à toute volée et un lumineux soleil d'automne brillait dans le ciel bleu limpide et clair. Le paysage gris et triste qu'il avait trouvé à son arrivée s'était transformé pendant son sommeil en un magnifique tableau coloré et lumineux qui se situait aux antipodes de ce qu'il avait vu la veille.

Le pinceau magique des rayons du soleil avait tout changé. La cité entière était comme métamorphosée. Auréolée de ce halo doré, chaud et apaisant, elle ne reflétait plus la tristesse qu'elle semblait dégager sous la pluie.

Les longues ruelles vides et boueuses étaient redevenues vivantes.

Des promeneurs endimanchés déambulaient et discutaient dans le matin clair et ensoleillé, remplissant l'atmosphère d'un brouhaha diffus et sonore.

Les arbres presque dénudés qui paraissaient encore si tristes hier, arboraient fièrement leur dernier feuillage roux et chatoyant. Dans les jardins vides et froids de la veille, les dernières fleurs de saison jaillissaient avec insolence d'un sol fertile et humide, exhibant les couleurs vives et saturées de leurs pétales largement ouverts.

Sous la fenêtre de sa chambre, les prés et les champs se rejoignaient en un doux vallon, et, là bas, presque à l'horizon, la forêt toute entière resplendissait dans l'éclat des teintes merveilleuses de l'automne.

Les troncs argentés et élancés des bouleaux scintillaient sous le soleil doré et le feuillage déjà teinté de roux des hêtres et des chênes frémissait, bercé par une douce brise chargée d'odeurs d'humus et de bois mort.

Même les baraquements avaient un air de fête. Le gris des murs et des toitures s'harmonisait avec le paysage, et, dans les jardins, le linge qui séchait en claquant au vent, s'éparpillait en de larges taches multicolores dans le soleil du matin.    

En l'espace d'une courte nuit, le monde semblait avoir changé. Wolfgang se dépêcha d'enfiler les vêtements qu'il  avait posé sur une chaise à coté du lit et sortit en courant de la chambre.

La famille était déjà à pied d’œuvre depuis un moment, et il fut le dernier à prendre place à la table du petit déjeuner. Sa mère lui servit un grand bol de café au lait et lui demanda s'il avait bien dormi.

Wolfgang coupa d'abord une large tranche  dans le ‘Kilo’ de pain posé sur la table, y étala une couche de margarine ‘Astra’ puis recouvrit le tout avec une cuillerée de sirop de betteraves ‘ Fenner Harz’. 

Il mordit à pleines dents dans la tartine sucrée, puis répondit, tout en mâchant, qu'il avait dormi comme une masse et qu'il avait une faim de loup. Il avala coup sur coup trois tartines, vida son bol de café, puis, une fois rassasié, fit part à son entourage de l'agréable surprise qu'il avait eu au réveil…

Tous les membres de la famille étaient arrivés à la même conclusion. L'endroit n'était pas mal du tout, et la première image trompeuse qu'ils avaient eue de cette cité noyée sous la pluie ne correspondait en rien à la réalité.

Wolfgang était sorti de la cuisine et s'était assis dans l'entrée à coté du cagibi, sur les premières marches du petit escalier en pierres. Il était maintenant aux avant-postes et  observait la foule endimanchée qui arpentait la rue principale de la cité.

Il vit tout d'abord un couple qu'il avait repéré la veille lors de leur arrivée. Pendant le déchargement du camion hier, il avait entrevu l'homme, un géant  polonais à la chevelure blonde qui sortait du jardin en courant pour regagner la baraque voisine. Il le voyait maintenant se promener tranquillement en compagnie de sa femme et de ses deux enfants. Sous le soleil, l'homme semblait encore plus grand et un sourire éclatant éclairait son visage lorsqu'il passa devant l'entrée où était assis Wolfgang.

- Djien Dobré ! Cria-t-il au gamin en lui faisant un amical salut de la main...

Wolfgang n'avait pas compris un traître mot de ce que le voisin polonais venait de lui crier. Il se leva, le visage rouge de confusion et répondit simplement :

- Oui, merci, ça va...

Le Polonais éclata de rire puis se tourna vers sa femme et se mit à lui parler dans sa langue maternelle. Wolfgang les suivit du regard en souriant. Ils  montaient lentement la rue en pente et se dirigeaient vers la forêt, certainement pour faire leur promenade dominicale.

Les deux marmots blonds, pomponnés et vêtus de leurs habits du dimanche couraient en riant à coté d’eux sur la route et  semblaient ravis d'accompagner leurs parents dans cette balade ensoleillée…

Wolfgang tourna la tête vers le bas de la cité. Il vit une longue file de personnes se diriger, par groupes d'amis ou en famille, vers un baraquement surmonté d'une étrange croix, situé de l'autre coté de la route, à quelques dizaines de mètres de l'endroit où il se trouvait. Wolfgang ne savait pas encore que c'étaient les membres de la communauté religieuse orthodoxe qui allaient, comme tous les dimanches, célébrer leur culte dans ce demi baraquement transformé en église.

 

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Intrigué par la foule qui s'y engouffrait, le gamin courut vers la fenêtre de la cuisine et demanda à sa mère l'autorisation d'aller se promener dans la cité. Madame Baumann, toute occupée à préparer le repas, lui demanda simplement de ne pas trop s'éloigner et d'être de retour pour midi.

Wolfgang traversa rapidement la rue et s’approcha de la baraque dans laquelle les fidèles s'étaient rassemblés. Au moment même où il arrivait sur le terre-plein en face de la porte d'entrée, un majestueux et solennel chant s'échappa du bâtiment…

L’enfant s’immobilisa et resta debout devant la petite place, la gorge nouée par l'émotion et sentit des frissons lui courir le long du dos…

Les harmonies polyphoniques et canoniques du chœur des fidèles résonnaient à pleines voix et semblaient inonder la cité toute entière. Wolfgang n'avait jamais rien entendu d'aussi beau. Il s’accroupit devant la baraque et écouta la voix puissante du prêtre auquel le chœur des fidèles répondait à l’unisson...

Comme pétrifié, presque dans un état second, il resta là pendant de longues minutes à écouter ces chants qui le touchaient au plus profond de son jeune être…

Ce n'est que longtemps plus tard, quand les premiers croyants quittèrent l'église, que Wolfgang rebroussa chemin et retourna vers sa baraque. Il venait de vivre quelque chose qu'il n'oublierait jamais et rentrait chez lui avec, au fond du cœur, une sensation indéfinissable…

La Ferme de Schoeneck n'avait pas fini de l'étonner…  (c) 2017 Clément Keller & Softbox 

 

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 La famille Ciesielski habitait la demi-baraque mitoyenne avec l'église orthodoxe

 

 

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Lire les autres récits de Clément Keller : 

L’arrivée dans la cité

Balade dans la cité

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Bière qui coule n’amasse pas mousse

Schoeneck, le beau coin (1) - (2) - (3) - (4) Nouveau !

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06/01/2017
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