NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Chantal Faber : Figures de Schoeneck

Quelques personnages en quête d’auteur :

Je me souviens très bien du Touvak Spatz qui tenait le magasin de tabac, enfin c’était surtout sa femme qui était dans le magasin, lui-même conduisait son camion et faisait du transport de charbon.

Mon père s’occupait de ferronnerie et avait tout le matériel qu’il fallait dont un poste de soudure. Il rendait souvent service pour quelques bricolages, et c’est ainsi que Touvak Spatz venait régulièrement chez mon père pour quelques réparations sur son camion, souvent des points de soudure ou autres bricoles dont je ne me souviens plus. A la maison, j’entendais parler de lui, et je ne connaissais que ce surnom, comme j’étais encore petite, j’étais persuadée que c’était son vrai nom.

Il avait l’habitude de venir dans la cour, à l’arrière de la maison où se trouvait la cuisine et de crier le nom de mon père d’une voix de stentor !

La sonnette, il ne connaissait pas ! Un jour, j’étais à la fenêtre, et voilà que Touvak Spatz appelle « Yabo » comme à son habitude. J’explique au passage que Yabo était le surnom de mon père. On l’a toujours écrit ainsi mais il aurait plutôt fallu écrire «Jabo» (explication supplémentaire, les Jabos (Jagd Bomber) étaient des avions chasseurs bombardiers allemands de la dernière guerre.) Qui avait donné ce surnom à mon père ? Mon frère Bernard m’a dit que les jumeaux, et lui en particulier en était l’auteur.

Papa avait fait son service militaire à la base aérienne de REIMS, et il possédait une photo qui faisait sa fierté où il était aux commandes d'un avion dans la tenue du parfait aviateur de l’époque !

Et de là, le surnom qui lui a été attribué et qui lui est resté toute sa vie.

 

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Personne ne l’appelait Jean, à part ma mère, c’était tantôt Johann son prénom allemand, «Schenglé ou Schang» probablement un dérivé de Johann. Même mes frères l’appelaient «Yabo» Mon père était également une figure atypique.

Fort en gueule, tournée des bistros le Weekend, mécréant comme c’est pas possible.

Il disait toujours que sa mère et sa tante l’avaient définitivement dégoûté de la religion. Et que sa jeunesse avait été gâchée par toutes ces bigotes qui lui faisaient la leçon sans arrêt ! Tout était péché !

A l’âge adulte, il n’a plus mis les pieds à l’église, à part pour les enterrements.

Pour en revenir au Touvak Spatz, j’étais postée à la fenêtre, quand il a appelé !

Alors j’ai dit à mon père «do is de Touvak spatz» (Voilà le Touvak Spatz) Immédiatement après, je suis descendue dans la cour pour aller jouer et le Touvak Spatz m’a pris par l’oreille et m’a dit d’un air mécontent, « wie hachte gesat, de Touvak Spatz ?» (Qu’as-tu dit ? le Touvak Spatz ?) Bien sûr, j’étais terrifiée !

Faut savoir qu’il en imposait. Je l’ai toujours vu dans sa salopette bleue, un tour de taille impressionnant, une grosse tête bien ronde, cheveux coupés ras, cicatrice sur le front.

Il plaisantait, et voulait me faire peur, c’était réussi ! Et d’ailleurs je n’avais aucune idée de son vrai nom !

Un autre qui me faisait peur, c’était le «Knoutcha» boulanger du village et épicerie tenue par sa femme Hilde. Parfois, il s’aventurait dans le magasin, sûrement pour écouter les derniers potins, et discuter un peu le coup. Sauf qu’on ne comprenait rien ! Son visage était complètement déformé et de travers, sa mâchoire n’existait plus, à la place un os en travers de sa joue, ce qui l’empêchait de parler normalement.  De plus, il s’appuyait sur deux béquilles placées sous ses aisselles et marchait difficilement. D’après ce que j’ai su, c’était dû à un (ou plusieurs) accidents de moto. Quand il venait dans le magasin, Hilde prenait toujours un air excédé, même en étant petite, j’avais vite compris qu’elle n’appréciait pas quand il venait y faire ses incursions.

Nous avons aussi eu le cordonnier, chez qui nous allions régulièrement pour ressemeler et réparer   nos chaussures,  elles devaient durer !

J’ai fait le chemin jusqu’en bas du village de très nombreuses fois. On envoyait régulièrement les enfants faire les courses, chez l’épicier, le boulanger, le cordonnier avec notre petit filet à provisions de l’époque. On n’était parfois pas bien âgés, mais on allait tout seul à l’école, et au village. Et même jusqu’à la douane pour faire passer les cigares en fraude.

Et puis un jour, l’affaire du cordonnier périclitant, la commune l’a nommé policier municipal, chargé de faire traverser les enfants à l’école car il y avait de plus en plus de voitures, de surveiller si les gens se garaient bien etc… Sauf qu’il a pris son rôle très à cœur, et sans ménagement ! Les amendes pour voitures garées sur le trottoir devant la boulangerie et autre, se sont mises à pleuvoir et les gens étaient très mécontents ! Surtout quand il faisait semblant de ne plus nous connaître.

C’est ainsi qu’il a eu le surnom de «Shérif». Alors mon père a toujours dit que c’est lui qui avait  donné ce surnom. Vincent ou Clément, si vous avez  d’autres informations à ce sujet, j’aimerais bien savoir si c’est vrai ! Mon père était très énervé quand il parlait de lui.

Ce n’était sûrement pas facile pour le cordonnier qui connaissait tous les habitants du village, de faire à la fois son travail, et de ne pas mécontenter les gens.

Un jour, il allait vers le stade en uniforme, dans la rue du Puits et Kim, le chien de Stéphan, dès qu’il voyait un uniforme aboyait à tout rompre d’un air menaçant !

C'est alors que Stéphan dit à son chien «här doch ouf se biele, das is jo nour de Schuchta mit e ohnere buchs» (mais arrête un peu d’aboyer, c’est seulement le cordonnier avec un autre pantalon) !

Stefan était de notre famille, et cette histoire nous a bien fait rire.

Un jour, j'avais 13 ou 14 ans, alors que je préparais ma communion solennelle, j’allais au catéchisme à l’église et, une fois de plus, j’étais en retard...

Comme j’habitais rue Clémenceau, je prenais souvent le raccourci à travers le cimetière pour aller à l’église, sauf le soir parce que j’avais peur !

Mais, un beau jour, la commune décida que les enfants et adolescents non accompagnés, ne pouvaient plus passer par le cimetière et, comme j’étais en retard, je me suis dit «ni vu, ni connu, hop un petit raccourci» ! Hélas, c’était sans compter sur la vigilance du Shérif, qui se trouvait justement au cimetière...

 

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J’étais déjà arrivée aux escaliers à côté de la morgue, donc presqu’à l’église, quand il m’a fait signe de venir vers lui.  Et j’ai eu droit à une grande leçon de morale : Interdiction de passer par le cimetière, etc…etc… Bien sûr j’ai tenté de plaider ma cause, en essayant de lui faire comprendre que je n’étais pas le petit voyou du coin, que j’étais juste en retard pour le caté, et en plus vous me connaissez bien, vous savez bien que au grand jamais, je n’irais faire une dégradation au cimetière... 

Rien à faire, il ne s’est pas laissé amadouer. En étant à deux pas de l’église, j’ai dû faire demi-tour et passer par le village. Autant dire que j’en avais gros sur la patate.

Et c’est pour ça que beaucoup de villageois lui en voulaient, car il était devenu trop intransigeant.

Après le Shérif, on a eu un autre cas, S. qui habitait près de la sortie des écoles, et qui avait sûrement longtemps rêvé de devenir policier, avec ses hautes bottes sur des jambes arquées, sa casquette et son immuable bleu de travail, il a tout simplement commencé à faire traverser les enfants, en se mettant au milieu de la rue.

Je crois même qu’à un moment le Shérif et lui faisaient double emploi !

Dès que le Shérif n’était pas là, S. en profitait pour se placer au milieu de la route pour arrêter les voitures. Il n’avait plus toute sa tête,  je ne me souviens plus combien de temps a duré ce manège.

Ceci est un petit échantillon des phénomènes du village. Il y en avait d’autres…

 

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28/09/2020
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