NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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RJA : Souvenirs d’un enfant de l’après-guerre.

Né en 1941 en Charente de parents schoeneckois, RJA a vécu et vit encore dans notre village. Pour des raisons qui lui sont personnelles et que nous respectons, il préfère garder l'anonymat et nous livre le récit ci-dessous dans lequel il retrace avec beaucoup de sensibilité et de vécu ses souvenirs d'enfant de l'après-guerre. 

J'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à lire ces témoignages d'une époque révolue. Un grand 'Merci' pour cette contribution à notre mémoire collective. Clément Keller

 

Schoeneck  avait beaucoup souffert de la guerre. 

Partout dans le village on avait creusé des abris pour les habitants pour leur permettre de se protéger lors des bombardements. Ces abris ont servi dès le bombardement de la ville de Sarrebruck le 31 juillet 1942. Jusqu'en 1944, on continua à creuser des abris et des galeries dans les collines derrière les maisons et à partir du 25 février 1944 la plupart des gens y passèrent leurs nuits ou s'y engouffraient lorsque les sirènes donnaient l'alarme pour annoncer l'arrivée de bombardiers. 

C'est ainsi qu'un bombardier qui revenait après avoir lâché ses bombes sur les villes allemandes voisines s'est crashé sur le ban de Schoeneck le 26-08-1944. Les restes des débris de l'avion étaient encore visibles lors du retour de Charente. Le village a été libéré par les américains après  de violents combats.

Au matin du 25 février 1945, des blindés allemands se replient dans le village, des ''Yabos'' alliés (bombardiers légers) se présentent et décrochent leurs premières bombes, des dizaines de maisons sont détruites et des civils sont tués.

Ces bombardements se poursuivent les jours suivants. Le 5-03-1945 l'église est touchée ainsi que plusieurs maisons sont détruites ou endommagées. Le neuf mars, 24 bombes sont larguées, certaines maisons sont soufflées ainsi que l'auberge Lorraine.

Au matin du 13 mars à l'arrivée des américains, le village est un champ de ruines, 40 maisons totalement détruites et 40 endommagées sur un total de 105. Après la guerre on comptera 60 victimes civiles et militaires, 65 déportés et un village détruit à 75 %.

J’étais né en Charente, et quand pour la première fois j'ai vu ce village, les rues étaient dégagées et les gravats avaient été mis sur le bord de la route mais le reste n'était que désolation. 

Pendant cette période, après le retour de Charente,  on vivait dans des conditions qui frisaient l'impensable. Les enfants dormaient dans une seule pièce sur des matelas improvisés qu'on avait retrouvés dans le grenier. Les hommes ont repris le travail à la mine qui avait été dénoyée entre temps. Chacun essayait de retrouver  ses repères.

Dans un premier temps nous n'avions pas de meubles à part un banc et deux chaises et une caisse pour la vaisselle. C'est seulement suite à une aide de l'état pour dommages de guerre qu’on a pu  s'acheter une cuisine, composée d’une armoire, quatre chaises et une table.

Pour cuisiner et nous chauffer nous avions une vieille cuisinière à charbon.

Les premiers temps j'avais été surpris, tout le monde parlait l'allemand, j’étais né en Charente et  mes parents pour éviter de se faire remarquer ne parlaient que le français avec nous. C’est en retournant en vacances en Charente, peu après la fin de la guerre que j’ai appris la langue avec un prisonnier allemand qui travaillait à la ferme, ce qui m’a bien aidé à mon retour à Schoeneck.

L'enfance

En octobre 1947, à l'âge de six ans je suis rentré la première fois à l'école chez madame Lhomme. C’était une classe mixte et il y avait beaucoup d'enfants qui venaient de la Ferme de Schoeneck, cité construite après la guerre, des baraques où étaient logés des réfugiés venant de toutes les parties de l'Europe et déracinés par la guerre. Beaucoup de polonais, des italiens, des gens venant de l'Ukraine et aussi des allemands. Ils étaient aussi pauvres et aussi malheureux que nous.

Nous étions très nombreux en classe, plus de 40, la maîtresse avait beaucoup à faire, elle était sévère mais respectée. Chaque lundi elle nous contrôlait l'un après l'autre pour voir l'état de nos habits, si les ongles étaient coupés, l'état de nos oreilles. Personne ne s'en offusquait, les temps étaient durs et l'hygiène n'était pas tellement respectée.

Au village tout le monde avait l'eau courante, mais peu de monde connaissait l'usage de la salle de bain. Personne n'avait l'eau chaude à volonté. Ceux de la Ferme n’avaient pas l'eau courante, ils devaient prendre l'eau avec des seaux à des bornes à l'extérieur, et en hiver cela  arrivait qu'elles soient gelées.

A la maison nous avions une salle de bain mais sans chauffage et c'est seulement le samedi qu'on allumait le chauffe-eau avec un feu de  bois pour avoir de l'eau chaude.

L’eau de la baignoire servait à plusieurs. A part le gros savon de Marseille pour se laver il n'y avait pas de produit adoucissant à mettre dans l'eau. Après le bain il y avait une couche de crasse qui surnageait et ce n'était pas très ragoûtant. En hiver, comme il n'y avait pas de chauffage dans la salle de bain, la toilette était très sommaire. L'usage de la brosse à dents était aléatoire et de plus, avec les carences de l'après-guerre, très tôt nous avons dû fréquenter le dentiste pour des caries multiples. Très souvent nous avions des rages de dents et même des infections, tout le monde trouvait cela normal et nous avec.

Une fois nous avons reçu une aide alimentaire, un colis avec des biscuits secs qui sentaient le tabac. Dans le même colis on avait mis deux cent grammes de tabac pour les hommes.

Il y avait aussi des pâtes, de la farine et du sucre ainsi que différents produits alimentaires. On a aussi reçu quelques livres.

Autrement on devait faire avec. Pas de télévision, pas de jouets, pas de musique, pas de poste TSF comme on appelait la radio dans ce temps là. Le grand-père avait un poste radio.

La vie n'était pas très agréable, beaucoup de personnes vivaient dans le besoin ou attendaient encore le retour des prisonniers de guerre qui avaient disparu en Russie. Il y en avait qui revenaient mais ils étaient dans un tel état que souvent ils décédaient à leur retour.

Comme beaucoup de logements étaient devenus inutilisables, le village s'était couvert de baraquements dans lesquels s'entassaient les familles avec leurs multiples enfants. 

On commençait à remettre des maisons en état mais la reconstruction a duré jusque dans les années 1955.

Tout de suite après la guerre, comme l’église avait été détruite, les gens du village ont installé un baraquement à côté du terrain de foot et c'est là que j'ai fait ma première communion.

Les dimanches après-midi à l'heure des vêpres, il y avait des parties de foot qui se déroulaient à côté et les joueurs se faisaient un malin plaisir à envoyer avec grand fracas le ballon contre l'église. Plus d'une fois le curé sortait pour leur remonter les bretelles.

Cette église provisoire a été utilisée pendant quatre années, et c'est sous l'impulsion de l'abbé Freund que tout le village a construit une église, de nouveau provisoire, mais plus grande et en dur, sur un terrain libre derrière le presbytère.

Nous les jeunes on avait le droit de nettoyer les briques de récupération et de les transporter à l'emplacement voulu. Les anciens étaient bienveillants avec nous et on aimait travailler dans cette ambiance.  

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La nouvelle église provisoire construite par les habitants de Schoeneck  vers 1950 (extérieur & intérieur)

 

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Après notre retour, mes grands-parents avaient pris une chèvre. Chaque famille avait sa chèvre et au printemps les prés étaient constellés de chèvres blanches. La nôtre était ramenée chaque matin en face de la maison dans un pré et elle y passait la journée.

Une fois, le grand-père m’a pris avec pour ramener la chèvre chez le bouc. Il connaissait une personne du côté allemand au village voisin de Gersweiler. Après la guerre il n'y avait plus de frontière entre la Sarre et la France. C'est seulement après le 25 octobre 1956 que la Sarre est de nouveau rattachée à l'Allemagne. Pendant ces dix ans on pouvait se rendre de ''l'autre côté'' quand on parlait de la Sarre, sans problème, et en plus ils avaient gardé la monnaie française. Mon grand-père était bien connu et chaque fois qu'il rencontrait quelqu'un il y avait la même question :

– Alors comme ça, tu ramènes la chèvre au bouc'' ?

Et cela bien sûr en patois. Et c'est ainsi, qu'après cet intermède, on avait généralement à Pâques un chevreau au menu de fête. Au fur à mesure les chèvres ont disparu du paysage, cela demandait  beaucoup de travail et le lait qu'on devait boire avait très mauvais goût.

Cela a été la même chose avec les cochons et les poules. Pour améliorer l'ordinaire on pratiquait l'élevage et on avait aussi des canards et des lapins. Du côté de la route de Forbach une famille avait aussi des oies. Le matin quand je revenais de la laitière qui avait son échoppe dans le bas du village, elles me poursuivaient et me pinçaient les jambes.

Elles ne risquaient pas de se faire écraser il n'y avait pas de circulation, pas de voitures, pas de camions !

Après la guerre, pour la première fois j'ai vu des voitures qui fonctionnaient avec du charbon de bois. On appelait ces voitures bizarres, des gazogènes. Comme l'essence était rationnée on utilisait ce moyen de transport qui était économique et cela pendant plusieurs années, pendant et après la guerre. 

 

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  Gazogène à charbon de bois

 

A partir des années cinquante, on a commencé à refaire les routes, à installer des trottoirs et à poser des canalisations pour l’assainissement. Tout était à repenser et à moderniser. Les lignes électriques étaient en aérien et comme on refaisait les routes on a commencé à mettre les câbles en souterrain. Je me rappelle quand ils ont refait la route le long de l'église, on utilisait une machine à vapeur pour rouleau compresseur, tous les enfants étaient émerveillés devant ce monstre qui fumait de partout et qui aplanissait le remblai au fur et à mesure de son avance.

L'installation de l'assainissement nous a privés de nos glissades sur la glace en hiver. Avant, les eaux de ruissellement se retrouvaient dans le caniveau et en hiver tout gelait la nuit. Le matin on était toujours une dizaine d’enfants, d'abord à préparer la glace pour qu'elle soit bien glissante, et ensuite on s'élançait l'un après l'autre et cela sur 10 mètres. Ceux qui avaient des chaussures à clous étaient exclus.

Quand on est revenu de Charente il n'y avait pas d'éclairage public, dès la tombée de la nuit personne ne s'aventurait à l'extérieur. En plus, les coupures de courant étaient fréquentes et souvent on s'éclairait à la bougie.

Pour les courses on avait l'embarras du choix. On trouvait dans le village, deux boulangeries, cinq épiceries, une boucherie, une laiterie. On devait aller aux provisions tous les jours, pour prendre le pain, le lait, un peu de charcuterie pour le casse-croûte du père. La farine était pesée et se trouvait dans un sac de 50 Kg ainsi que l'huile qui se trouvait dans une bonbonne. Personne n'avait de frigo et on ne pouvait pas stocker beaucoup de chose à la maison, surtout l'été.

On mangeait beaucoup de légumes secs et surtout des conserves qu'on faisait avec les légumes du jardin. C’était la grosse corvée. Pendant toute ma jeunesse j'ai aidé ma mère à préparer ses conserves, des bocaux de légumes par dizaines. Il fallait faire la cueillette,  éplucher,  laver, mettre les légumes en bocaux, les stériliser et ensuite ranger le tout à la cave.

Au début on ne trouvait pas de bocaux et pendant une ou deux années on a utilisé des bouteilles. Ce n'était pas seulement les légumes mais aussi les fruits et, pour remplir une bouteille avec des cerises il fallait se lever tôt. Les bocaux étaient mis dans un stérilisateur munis d'un thermomètre et après un certain temps de cuisson on avait le produit fini.

Comme les fruits et les légumes se récoltent en été et que ma mère n'avait qu'une cuisinière au charbon on arrivait facilement à des températures infernales dans la cuisine.

De même pour les confitures je l'aidais à cueillir les fruits. Une fois je l'ai vue fuir lors de la  confection de confiture, la cuisine a été envahie par plusieurs dizaines de guêpes qui étaient attirées par les émanations du sucre et des fruits.

Autre corvée, écosser les haricots secs, ces haricots étaient récoltés en fin d'été. Une dizaine de cageots chaque année qui ensuite étaient stockés au grenier pour sécher pendant deux mois. A partir d'octobre toute la famille, enfants et grands parents compris devaient écosser des haricots pour récupérer les grains et cela pendant une période d'une vingtaine de jours.

Le résultat de ces travaux collectifs, environ 5 kg de grains, était mis dans un sac de jute. Une année des petits vers, des charançons se sont logés dans les grains et la récolte de toute l'année a été perdue. 

A l'âge de 6 ans en 1948, j'ai eu l'honneur de faire ma petite communion. C’est le curé qui s'occupait de nous pour nous inculquer les bases de la religion catholique. Les prières étaient déjà connues car ma mère dès l'âge de trois ans nous avait appris des petites prières enfantines, on connaissait le signe de croix. Il n'était pas question de rater une messe le dimanche.

Tous ce que nous faisions pouvait être un péché, on vivait dans la peur du péché, ne pas saluer une personne était un péché ne pas faire ses prières le matin ou le soir, péché, être impoli, péché.

Ça c'était les péchés véniels. Ensuite on nous apprenait les péchés mortels, ceux-là  comme le mot le dit, étaient vraiment les plus graves, manquer la messe le dimanche, tuer une personne, proférer un juron étaient des péchés mortels.

Résultat d'un tel manquement, si vous mourriez avec un tel péché c'était l'enfer garanti et le diable vous attendait avec sa fourche et ses grandes cornes dans le feu éternel. Tous nos proches nous apprenaient cela dès l'âge de trois ans et nous on filait droit pour éviter de rôtir dans les braises de l'enfer. Pour le reste existait le purgatoire où il faisait moins chaud et où l'on  pouvait espérer sortir après un temps plus ou moins long pour rejoindre enfin le ciel. 

On a beaucoup souffert de ce système. Mon père m'a une fois raconté que le grand père avait arraché une gravure d'un livre d'école où une mère donnait le sein à son enfant. Naturellement c'est mon père qui avait eu sa raclée à l'école car l'instituteur avait cru que c'était lui le responsable.

Beaucoup de garçons étaient servants de messe, et j'ai suivi leurs traces dès que j'avais fait ma première communion. On m’avait appris les prières en latin qu'il fallait connaître pour servir la messe. Ainsi, on était obligé d'être à la messe du matin tous les jours de la semaine. La messe durait une demi-heure mais nous obligeait à nous lever à six heures quinze pour être à l'église à sept heures.

Après la messe, on se rendait directement à l'école qui elle commençait à huit heures. Les horaires de l'école c’était  le matin de huit à onze,  et l'après-midi de treize heures à seize heures. Le jeudi était libre mais le samedi on travaillait normalement. 

La religion a joué un grand rôle dans notre enfance.

Le curé était tout puissant, nos parents ainsi que tout le village suivaient le mouvement.

Les églises étaient toujours pleines, tout était axé sur les différentes fêtes catholiques du calendrier. Noël, Pâques, la Toussaint, l'Ascension étaient des jours fériés et donnaient lieu à beaucoup de ferveur. Pour les fêtes de Pâques nous passions des heures et des heures à l'église.                                                                                                                                

Chaque jour il y avait un autre office et cela commençait déjà avec le mercredi des cendres c'est-à dire quarante jours avant Pâques. Tous les jours on était sollicité. Le vendredi saint on commençait déjà le matin à 6 heures et là, l'office durait deux bonnes heures. Les seules personnes qui étaient présentes étaient le prêtre, la 'sacristaine' qui donnait les réponses au curé et de temps en temps entonnait un cantique, et bien sûr, tous les jeunes enfants de chœur. Comme c'était vraiment long on arrivait à se chamailler et faire des bêtises mais vite réprimandés par la 'sacristaine' ou le prêtre.

C'était le jour où l'on bénissait le cierge pascal et c'est aussi à cette occasion que le curé bénissait l'eau laquelle ensuite était mise de côté pour les baptêmes de l'année.

Dans la journée, les familles venaient avec un récipient pour prendre l'eau bénite nécessaire à leur besoin personnel.

Tout le monde avait sa réserve à la maison qui servait à remplir les bénitiers. Dans une famille croyante avant de se coucher on trempait le doigt dans l'eau du bénitier on faisait le signe de la croix et on récitait une prière.

Chaque saison avait ses fêtes, ses adorations perpétuelles, ses processions qui traversaient le village superbement décoré, surtout la fête Dieu où chaque maison avait un petit autel décoré avec une croix et des fleurs, c'était à celui qui faisait le plus d'efforts.

Chaque quartier avait son autel et son présentoir et sur les photos suivantes on a un aspect de la ferveur des habitants, ces coutumes ont duré jusqu’en 1968. Avec la circulation des voitures qui a augmenté au fur et à mesure des années, cela a causé des problèmes d'organisation, la perte des croyances a fait le reste.

En semaine, au printemps, on avait des processions de moindre importance qui se déroulaient dans les chemins de terre, le matin à sept heures et qui permettaient de bénir les champs pour demander de bonnes récoltes.

 

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  Les autels de Marie et les processions à travers le village

 

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Chaque jeudi le curé était là pour la réunion des enfants de chœur, on était environ une vingtaine de jeunes de l'âge de sept à quatorze ans. À tour de rôle on devait servir la messe en semaine, pour un enterrement qui généralement se déroulait le matin, on avait l'autorisation de quitter l'école avec l'aval de l'instituteur.

Le curé venait aussi à l'école pour nous apprendre le catéchisme. Le prêtre Freund que j'ai connu pendant toute ma jeunesse était un battant, il faisait souvent des sorties avec nous, il nous emmenait à la piscine de Sarrebruck ou de Forbach, le jeudi il nous faisait des projections de films muets, et plus tard tous les dimanches on bénéficiait de projection sur un grand écran, de films parlants à un prix dérisoire.

Pour le jour de l’Épiphanie, le jour des rois mages on déambulait dans les rues du village pour rendre visite aux gens et pour Pâques pendant trois jours on remplaçait les cloches on annonçant les offices avec des crécelles. Le samedi saint on faisait le tour du village pour avoir notre récompense.  Avec les œufs que les gens nous donnaient, la bonne du curé, une personne âgée, nous faisait une omelette géante. Tout cela aussi nous ramenait de l'argent, et une fois par an on avait droit à une excursion pour tous les enfants de chœur.

On partait tôt le matin avec un autobus soit en Allemagne, au Luxembourg ou bien dans les Vosges. Je garde un très bon souvenir de ces journées et cela nous faisait connaître le pays.

 

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Le premier vendredi du mois on accompagnait le curé chez les personnes malades du village qui en faisaient la demande, on parcourait les rues pour se rendre chez ces personnes, le curé avec ses habits d'église et moi en tenue de servant de messe. A l'approche d'un passant je faisais résonner une sonnette et les gens s'arrêtaient pour faire une génuflexion.

En hiver c'était le grand nettoyage des tapis de l'église, en cas de chute de neige on traînait les tapis à l'extérieur et à vingt gamins on le tirait dans la neige et cela le rendait propre.

Pour chaque saison il y avait d'autres coutumes, le mois de mai c'était le mois de la vierge Marie et chaque soir les enfants confectionnaient des couronnes de fleurs qu'on ramenait à l'église pour les faire bénir et naturellement il y avait aussi le rosaire qu'il fallait réciter et chacun était obligé d'avoir son chapelet.

Pour la Toussaint il y avait la prière perpétuelle, il fallait que du matin au soir un enfant de chœur soit présent à l'église pour prier, chaque participant avait une heure bien définie et aucun oubli n'était toléré.

Pour Noël c'était le grand déballage, tous les gamins en grande tenue se devaient d'assister à la messe de minuit, celle ci commençait à vingt deux heures et durait deux bonnes heures. Interdiction de bailler, pour nous qui étions habitués à aller tôt au lit c'était très dur et monotone. Surtout que le curé profitait que l'église soit bien pleine pour faire un sermon qui durait une éternité.

Pendant les mois d'hiver on était aussi de corvée de charbon, on devait récupérer du combustible pour le chauffage de l'église, comme beaucoup de personnes travaillaient à la mine ils avaient  droit à une attribution de charbon et ceux qui avaient du surplus offraient le contenant d’une charrette à main à l'église. Et bien sûr, c'étaient les enfants de chœur qui sillonnaient le village pour en faire le transport.

C'était des moments de franche rigolade, quand on allait dans le haut du village c'était le plus simple, la charrette était vide, pour la descente avec le chargement on faisait des excès de vitesse, pas de remontrance des personnes âgées, ils étaient très conciliants et ils nous connaissaient tous par notre nom.

Toutes les deux semaines on était de corvée de petit bois, on devait préparer du petits bois pour allumer chaque jour la chaudière pour chauffer l'église. On avait à peine dix ans à cette époque.

Une fois pendant les grandes vacances nous avons fait un séjour de trois semaines à Hattigny un petit village de Lorraine. Nous couchions dans une vieille grange et les repas étaient préparés par des volontaires du village de Schoeneck. Cela s'est fait tout de suite après la guerre et je devais avoir huit ans. Une partie des frais a été payée par la mine, une faible participation a été demandée aux familles.

On était une vingtaine d'enfants sous la responsabilité du curé et de deux jeunes qui avaient à peine 16 ans. Tout s'est bien passé, on n'était pas difficile, on faisait des promenades dans la nature et on allait se baigner dans un petit étang qui se trouvait à côté du village.

C'est aussi à cette occasion que nous avons fait une visite à Verdun, on s'est rendu dans la ville avec un bus et nous avons dormi dans un dortoir d'une école catholique.

Le matin vers dix heures, le bus est venu nous chercher à l'école où nous avions dormi.

Tout le monde était prêt, moi j'avais oublié une bricole et je suis remonté au dortoir et quand je suis redescendu, plus personne. Le bus était parti et l'on n’avait pas remarqué mon absence. Même mes deux frères qui auraient été censés s'occuper de moi n'avaient pas fait attention. Catastrophe, j'étais seul, j'ai pensé que le bus reviendrait après quelques minutes, mais non j'ai dû attendre plus de quatre heures avant le retour de tout le groupe. Une petite dame d'un certain âge qui habitait à coté s'est quand même inquiété de mon désarroi et a demandé en apprenant ma mésaventure si je voulais rentrer chez elle et manger avec sa famille. Mais je l'ai remerciée tout en refusant son invitation. 

Tout çà restent  de beaux souvenirs, même si la vie n’était pas toujours facile.

R.J.A., Schoeneck

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10/03/2017
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