NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Oncle Joe raconte : Piégés !

Pour la plupart d’entre nous, c‘était notre dernière année d’école et pour être francs, nous étions plutôt contents d’en finir avec les études…

Je me rappelle d’ailleurs que nous chantions ‘Vives les vacances, plus de pénitences, les cahiers au feu… et le maître au milieu !’.  Cette rengaine (dont je ne suis plus très sûr des paroles), nous l’entonnions à chaque début des ‘grandes’ vacances d’été, mais cette fois-ci, pour certains d’entre nous en tous cas, c’était le début des vacances scolaires définitives ! C’est d’ailleurs ce que m’avait dit ma mère en n’oubliant pas de préciser que début septembre je devais me débrouiller pour trouver un boulot !

Je décidais donc d’utiliser ce qui me restait de liberté à profiter de l’été…

Une fin de matinée, alors que j’étais occupé à bricoler dans le jardin, mon amie Odette,  que vous connaissez bien maintenant, apparut soudain devant ma baraque et me dit :

- Je crois que j’ai une meilleure idée que de bricoler dans le jardin… Si on allait cueillir des mûres, tu sais qu’à cette époque de l’année on en trouve partout dans les forêts aux alentours…

Nous partîmes aussitôt en direction de la forêt située entre les deux puits Simon (l’ancien et le nouveau) et le village et nous commençâmes à cueillir des mûres sur les buissons de ronces éparpillées ça et là…

Odette marchait à 15 ou 20 mètres devant moi lorsque j’entendis soudain un cri. Je regardais autour de moi lorsqu’un nouveau hurlement frappa mes oreilles...

Je cherchais Odette… elle avait disparu mais je l’entendais crier…

Au secours ! Au secours !  Aide-moi !

 Lorsque j’approchais de l’endroit d’où venaient les hurlements je vis Odette qui gesticulait au fond d’un trou relativement profond à moitié rempli d’eau et de boue… Je m’empressais de l’aider à sortir de l’excavation et lui demandais si elle allait bien…

-  Ça va… ça va… Mais regarde moi, je suis complètement trempée et pleine de boue ! Et tout ça pour cueillir quelques stupides mûres !

Je me préparais à lui dire que c’était quand-même son idée d’aller cueillir des mûres mais la voyant ainsi, détrempée et pleine de boue je préférais finalement me taire…

Après lui avoir aidé à se débarrasser d’une partie de la boue qui la recouvrait, nous décidâmes de rentrer et de laisser les mûres à d’autres cueilleurs…

Le même soir, un peu plus tard, mon copain Paul me rendît visite et je lui racontais ce qui était arrivé à Odette lors de notre sortie ‘cueillette de mûres’.

Paul me regarda intensément et me dit qu’il venait une fois de plus d’avoir une superbe idée…

- Te rappelles-tu où se situait ce trou ? Je pense qu’il s’agit d’une tranchée datant de la dernière guerre…

- Oui, je m’en souviens, je suis sûr de pouvoir retrouver facilement l’endroit, je connais bien le coin...

Tôt le lendemain matin, Paul était devant chez moi.

- Allons-y, Joe, on va aller retrouver ce trou ou cette tranchée…

Sur le chemin vers la forêt Paul me donna quelques détails concernant son plan...

- Tu vois, le trou est déjà creusé, tout ce qu’on aura besoin de faire c’est peut-être d’élargir l’ouverture et de la recouvrir de branchages puis de feuilles et voilà, nous aurons un superbe piège qui nous permettra certainement d’attraper un animal sauvage, un sanglier ou peut-être même un cerf !

La brillante idée de Paul avait, une fois de plus, tout pour me plaire…

Nous n’avons parlé à personne de notre ‘opération camouflage’, même pas à Odette notre ‘Tom Boy’ (*)  et, bien que ce soit elle qui a ‘trouvé’ le trou, le secret fût bien gardé et seuls Paul et moi étions au courant du fameux piège...

- Et nous vérifierons le piège tous les deux jours en espérant attraper du gibier conclût Paul…

Nous avons effectivement ‘relevé’ notre piège plusieurs fois dans les semaines suivantes avec toujours le même résultat… Rien, toujours rien, même pas une trace d’animal sauvage qui aurait au moins rôdé autour de notre piège…

L’automne arriva rapidement cette année là, puis vînt l’hiver et nous oubliâmes notre piège et la brillante idée de Paul...

 

Le premier mai de l’année suivante, jour de la fête du travail, donc jour de congé, Marcel Birig avait organisé un match de Foot avec les gars de Simon Sud et ce match allait avoir lieu, comme souvent, au stade du village.

En descendant la rue de la Ferme vers le village nous nous engageâmes dans la rue où habitait Roos, la rue de l’arc, si mes souvenirs sont exacts,

Paul et moi partîmes récupérer ce dernier devant sa baraque. Malgré plusieurs appels, notre ami Roos ne donnait aucun signe de vie…

Après une ou deux minutes d’attente ce fût sa mère, Madame Roos, laquelle,  débouchant du fond du potager situé derrière la baraque vint nous dire que son fils Joseph n’était pas là car il avait été hospitalisé à Forbach à l’hôpital Sainte Barbe…

Surpris, Paul demanda ce qui était arrivé à Joseph…

- Il y a quelques jours, mon mari et Joseph sont partis faire une promenade dans la forêt et lors de cette promenade, Joseph est tombé au fond d’un trou et s’est cassé la jambe… Il a également plusieurs coupures à la jambe…

Madame Roos avait à peine prononcé les mots ‘tombé au fond d’un trou’ que j’échangeais un regard rapide avec Paul… Tel un flash, ‘notre’ trou nous vint immédiatement à l’esprit... 

Lorsque nous retrouvâmes les autres, Helmut nous demanda où était Roos et nous lui racontâmes ce qui lui était arrivé et que sa mère nous avait dit qu’il resterait certainement à l’hôpital pendant une semaine ou deux…

Helmut décida, comme nous étions au travail toute la semaine, que notre seul jour libre pour aller lui rendre visite serait le dimanche suivant...

 

Arrivés à l’hôpital Sainte Barbe, nous nous dirigeâmes directement au 2ème étage, l’étage des hommes. Une infirmière nous indiqua une grande salle d’une quinzaine de lits dans laquelle étaient couché en majorité des ouvriers affiliés à la sécurité sociale des HBL.

Notre regard fut de suite attiré par une jambe en extension entourée d’un long plâtre qui partait des orteils et se terminait à l’aine… Nous venions de retrouver notre copain Roos, couché dans un lit près de la fenêtre grande ouverte, une serviette à la main en train de s’essuyer le visage...

Nous pensâmes tout d’abord qu’il était en train de pleurer mais en nous approchant nous vîmes qu’il essuyait la sueur qui coulait de son visage. Dans la pièce régnait en effet une chaleur étouffante car il n’y avait pas de climatisation à l’époque et les deux-trois ventilateurs posés ça et là n’étaient pas suffisants pour réussir à rafraîchir l’atmosphère…

Roos nous reconnut, nous salua de la main en criant ‘salut les gars’ et son visage s’éclaira d’un large sourire. Après les salutations d’usage et les échanges de politesse habituels, Helmut lui demanda ce qui lui été arrivé car que sa mère nous avait raconté qu’il s’était cassé la jambe en tombant dans un trou…

Roos prit alors la parole et nous raconta brièvement toute l’histoire…

- Avec mon père et mon jeune frère nous avons décidé en cette fin d’après-midi de faire une petite balade… En marchant, nous nous sommes retrouvé dans le petit bois entre l’ancien et le nouveau puits Simon, pas loin du village. La seule chose dont je me rappelle c’est que je me suis retrouvé au fond d’un trou boueux, hurlant de douleur et couvert de sang !

Paul et moi gardâmes le silence et Helmut rétorqua qu’il n’avait sûrement pas vu ce trou…

- Non, j’ai contourné un gros arbre et je me suis soudain retrouvé au fond de ce trou stupide que je ne sais qui ou quels imbéciles avaient camouflé pour qu’on ne le voit pas ! Comme vous le savez tous, il y a plein de ces trous datant de la guerre dans la forêt mais on les vois facilement car aucun n’a jamais été camouflé pour qu’on tombe dedans !

Paul et moi échangeâmes à nouveau un regard. Oui, c’était dans ‘notre’ tranchée, préparée pour capturer du gibier, que notre bon ami Roos était tombé…

- Vous savez les gars, dès que je serais sorti de cet hôpital, on devrait aller préparer deux ou trois de ces trous et les camoufler nous aussi en espérant que le ou les abrutis qui ont fait ça y tombent à leur tour et se brisent non seulement la jambe, mais la nuque !!

Paul répondit simplement que ce n’était pas une mauvaise idée et qu’effectivement, c’est ce que nous devrions faire…

Sur le chemin du retour nous n’avons parlé ni de Roos ni de notre piège. Ce n’est qu’arrivé près de la ‘Halte Schoeneck’ que Helmut nous fit part de sa compassion pour ce pauvre Joseph qui allait passer un été épouvantable par cette chaleur avec une jambe dans le plâtre…

Helmut avait raison, pour Roos l’été fût un enfer, un véritable enfer, mais il récupéra relativement vite et se joignit rapidement au groupe pour partager à nouveau nos aventures…

Quand à Paul et moi, lorsque nous regardions notre ami avec ses deux grandes cicatrices à la jambe nous avions du mal à admettre que c’était nous les deux ‘idiots’ à qui il devait ces marques qui lui resteraient jusqu’à la fin de ses jours. Autant que je sache, Roos n’a d’ailleurs jamais su qui étaient les deux idiots…

 

Permettez-moi d’ajouter un petit complément à ce récit…

Pendant que j’étais en train de l’écrire il m’est venu à l’esprit que déjà nous n’avons capturé aucun gibier mais fait tomber notre ami dans ce trou, lui faisant endurer un été de souffrances et des cicatrices pour le reste de sa vie, que se serait-il passé si un enfant était tombé au fond de ce piège surtout pendant la saison de cueillette de baies ou de champignons ?

Dieu merci, à part Roos, il ne s’est rien passé de plus grave car l’inconscience de deux ‘idiots’ nommé Paul et Joe aurait pu faire tourner cette idée stupide en drame...

 

(*) Lire le récit de Joe : Odette, mon garçon manqué

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Lire les autres récits de Joe Surowiecki :



13/11/2016
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