NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Oncle Joe raconte : L’insaisissable coucou

Nous étions à la fin du printemps en 1950 et j’étais en train de bricoler dans la petite grange située au fond de la cour derrière notre baraque lorsque Paul Lay débarqua et me dit :

- Viens, je vais t’aider, ça ira plus vite et on pourra aller dans la forêt s’entraîner avec mon nouveau lance-pierre...

Aussitôt dit, aussitôt fait, je récupérais mon lance-pierre ainsi qu’un poignée de vieilles billes que j’enfournais dans la poche et départ en direction de la petite forêt de sapins…

Nous étions en train de nous exercer à tirer à tour de rôle sur de vieilles boîtes de conserve lorsque Pierre Lay (le frère de Paul) et Horace Morico arrivèrent pour nous demander si ça nous dirait de venir avec eux pour essayer de réduire au silence cette saleté de coucou qui coucoulait à longueur de journées…

Nous l’entendions également mais n’y avions jamais véritablement prêté attention jusqu’à ce que Pierre nous en fasse la remarque et il avait raison… Toutes les quelques secondes Coucou... Coucou… Coucou… C’est vrai, ça ne s’arrêtait jamais ! 

 

coucou2.jpg

 

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, notre bonne vieille Ferme de Schoeneck est entourée de forêts et une grande variété d’oiseaux y répandent leurs harmonieux sifflements et leurs chants mélodieux. Il n’y avait que ce coucou qui semblait être à court d’imagination et se contentait de son inlassable et sempiternel coucou… coucou… coucou...

Peut-être que ce printemps là, il cherchait désepérement un copain ou une copine… 

Va savoir ! Bref, toute notre bande de pieds nickelés, armée de lance-pierres, se retrouva au cœur de la forêt pour essayer de réduire au silence ce volatile exaspérant…

Je dois dire qu’à l’époque, ayant habité d’abord à la Ferme de Schoeneck puis à Behren, j’ai entendu de nombreuses fois des coucous ‘coucouler’ sans jamais en voir un seul !

Le premier que j’ai vu, c’était des années plus tard au Zoo du parc Lincoln à Chicago…

Mais revenons à nos coucous… Tout en marchant je demandais à Pierre :

- Et comment allons nous faire pour repérer ce coucou ?

Pierre se contenta de hausser les épaules et répondit :

- Il suffira de suivre le chant et on arrivera forcément à le localiser !

A force de suivre le chant du coucou, nous nous retrouvâmes rapidement au plus profond de la forêt allemande et bientôt, il n’y eut plus de sapins, rien que d’énormes hêtres et de majestueux chênes tout autour de nous…

Notre coucou continuait inlassablement à chanter et je me demandais comment une femelle coucou pouvait bien succomber au charme d’un air si simpliste et répétitif…

Nous étions debout, au milieu de la forêt lorsque je remarquais soudain que la base de certains troncs d’arbre était, par endroits, maculée de boue…

- Eh les gars, vous avez vu dans quoi nous sommes en train de marcher ?

C’est à cet endroit précis du récit que nous allons, comme dans les films au cinéma, faire un court Flashback ou, si vous préférez, un petit retour en arrière…

 

* * * * * * * * * *

 

Quelques semaines plus tôt, à la Mare, notre terrain de jeux attitré, après plusieurs parties de billes et de cartes, nous avions vidé nos fonds de poches et mis en commun le peu de monnaie qu’il nous restait pour aller acheter une grande bouteille de limonade dans l’épicerie - buvette du fermier Muller.

Nous étions donc assis là, à l’ombre du grand marronnier qui trônait dans la cour du bâtiment de ferme, à boire au goulot et à tour de rôle notre limonade tout en discutant à voix haute de choses et d’autres. A un moment donné, sans raison particulière, nous nous mîmes à parler de sangliers…

Le père Muller qui était en train de bricoler pas loin de l’endroit où nous nous trouvions, s’approcha à ce moment là et se mêla à notre conversation...

- Écoutez les gars, je vais vous expliquer comment repérer dans la forêt les endroits où se trouvent des sangliers… Vous pouvez me croire, même si je ne suis que garde-forestier à mi-temps, je m’y connais… Si vous voyez des tronc d’arbres avec de la boue à la base, vous pouvez être sûrs qu’il y a du sanglier dans les parages… Les sangliers aiment se rouler dans la boue pour se rafraîchir et pour se débarrasser des mouches et des insectes et ensuite ils viennent se gratter contre les troncs pour enlever la boue de leur pelage… Rappelez-vous, si vous voyez des arbres couverts de boue à la base, il y a du sanglier dans l’air !

Vous savez, ils sortent surtout le soir ou la nuit, sauf les femelles qui sont toujours là pour protéger leurs petits… Donc, faites attention, elles peuvent devenir agressives et ça peut être très dangereux !

Fin du Flash back, et retour chez nos pieds nickelés dans la forêt…

 

* * * * * * * * * * *

 

Nous restâmes comme pétrifiés devant les arbres maculés de boue et ce fut Pierre qui rompit le silence en disant :

- Merde !A force de chercher ce satané coucou, voilà où nous en sommes maintenant ! En plus, il va falloir ouvrir les yeux et faire gaffe aux sangliers !

Nous continuâmes à nous enfoncer lentement dans la forêt lorsqu’à une vingtaine de mètres devant nous vîmes une clairière parsemée de petits arbustes et de buissons… Une fois arrivés dans la clairière nous entendîmes soudain des petits cris semblables à des vagissements de bébé. Paul s’arrêta et nous dit :

- Hé les gars, on dirait que quelqu’un a abandonné un bébé dans la forêt !

Je lui répondis :

- Tu rigoles ? Qui pourrait bien abandonner ici un bébé ?

Et Horace d’enchaîner :

- Vous savez, il y a toutes sortes de gens dans le monde, tout est possible !

Lorsque nous arrivâmes au bord de la clairière, nous vîmes un trou rempli de boue dans lequel se débattait ’quelques chose’ qui glapissait en émettant des cris semblables à des cris de nourrissons...   Nous avons d’abord pensé à un renard, un écureuil ou un oiseau…

Mais ce n’était ni l’un ni l’autre… Une fois de plus nous avions mis dans le mille : c’était un jeune sanglier qui prenait tranquillement son bain de boue !

Nous étions là, en train de regarder le jeune marcassin s’ébattre dans la flaque d’eau boueuse lorsque soudain un grognement féroce nous fit tourner la tête…

Sur notre droite un énorme animal au pelage brunâtre s’approchait de nous, la gueule grande ouverte en poussant des cris horribles… Sans avoir eu le temps de comprendre ce qui nous arrivait nous nous retrouvâmes tous les quatre perchés tant bien que mal sur les branches d'un des arbustes de la clairière…

Il fallait coûte que coûte sauver notre peau face à cet énorme animal glapissant venu au secours de son rejeton…

La maman sanglier tourna encore deux trois fois autour de l’arbuste puis s’enfuit en quelques secondes dans la forêt en compagnie de son marcassin…

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Nous étions toujours perchés en équilibre précaire sur notre arbuste salvateur lorsque soudain, venue de nulle part nous entendîmes une forte voix hurlant en allemand :

- WAS TUN SIE HIER ? (que faites-vous ici ?)…

- RUNTER, RUNTER, SCHNELL ! (descendez, descendez, vite !)…

Nous regardâmes dans la direction d’où venait cette voix et aperçûmes deux individus vêtus d’uniformes vert foncé… Ceux-là, on les connaissait… C’était les gardes-forestier allemands. L’un des deux était déjà âgé et le second, celui qui tenait un fusil dans ses mains était plus jeune…

- WO KOMMEN SIE HER ? (d’où venez-vous ?)… Pendant un moment nous restâmes silencieux puis Pierre leur répondit :

-Ferme de Schoeneck…

- ACH, AUSLÄNDER ? (des étrangers ?) Je savais ce que cela signifiait pour l’avoir entendu plus d’une fois durant mes jeunes années lors de nos pérégrinations à travers la moitié de l’Europe (*)

Le plus âgé des gardes sortit alors un petit carnet et un crayon de sa poche…

- WIE HEISSEN SIE ?... WIE HEISSEN SIE ? (quel est votre nom ?)...

L’un après l’autre nous déclinâmes nos identité et je dus même épeler le mien :

 

S...U...R...O...W...I...E...C...K...I…

 

Le plus âgé des gardes était debout, face à nous, les mains sur ses hanches et nous dit :

- Je vais vous informer des infractions que je vais retenir contre vous car vous êtes quatre hors-la-loi…

Je vois que vous avez chacun un SCHLEUDER, (un lance-pierre)… Être en possession de cette arme rends votre situation encore plus grave… OH MAN OH MAN ! J’ai assez de charges contre vous, bande de pieds nickelés pour vous mettre en prison pour le reste de vos jours… Voyons… Destruction d’arbustes dans une pépinière, chasse au petit gibier et aux oiseaux à l’aide d’un lance-pierre, c’est formellement interdit, défaut de permis de chasse, intrusion dans un pays étranger sans papiers… Eh ben les gars, votre compte est bon !

Je suis sûr que le juge qui examinera votre cas pourra retenir tout le code pénal contre vous…

Pierre tenta en vain d’expliquer pourquoi nous nous trouvions à cet endroit mais le garde lui intima l’ordre de se taire et de bien écouter ce que LUI avait à dire…

A ce stade, je dois reconnaître que j’étais mort de peur et que tremblais jusqu'aux orteils… Tout ce à quoi j'étais capable de penser était de n’avoir que 12 ans et de me retrouver derrière des barreaux pour le reste de mes jours... Et que dirait ma pauvre mère lorsqu’elle apprendrait ce qui venait de m’arriver…

Non seulement je tremblais comme une feuille morte mais des larmes commençaient à couler sur mes joues… Nous étions tous les quatre dans la même galère et je sentais bien que mes copains étaient à peu près dans le même état désespéré que moi...

Après quelques minutes, Pierre réussit tout de même en sanglotant à raconter notre histoire aux deux gardes et le plus âgé des deux le regarda du coin de l’œil et lui demanda s’il pensait qu’ils étaient assez stupides pour croire une histoire pareille… Pendant que Pierre et le vieux garde discutaient, le jeune s’était approché de la flaque de boue qu’il examina puis appela son comparse. Nous les vîmes discuter pendant quelques instants puis ils revinrent vers nous…

- Bon, nous avons examiné les traces et il y en a de récentes… Je pense que votre histoire de jeune sanglier tient la route… Nous allons donc oublier les charges à votre encontre… Toutefois, je ne veux plus jamais vous voir dans cette forêt avec vos lance-pierres…

La prochaine fois ce sera direction prison sans discussion pour tous les quatre ! Allez au diable, mais je confisque d’abord vos satanés SCHLEUDER… 

Et maintenant, foutez-moi le camp de cette forêt et que je ne vous y revoie plus jamais !

 

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Nous partîmes rapidement et en silence à travers les bois direction Ferme de Schoeneck. Lorsque nous approchâmes de ‘notre’ forêt, celle qui bordait la Ferme, notre ami Horace s’arrêta soudain et nous dit :

- Alors là, les gars, on a frôlé deux fois la catastrophe à cause de ce coucou de malheur… Un fois avec les sangliers et ensuite avec les gardes forestiers… Et vous l’entendez, il continue à nous provoquer avec ses coucou… coucou… coucou… Quand j’y pense, par deux fois j’ai failli faire dans la culotte à cause de cette saleté d’oiseau !

Comme vous pouvez certainement vous en douter, pas un seul d’entre nous n’a jamais réussi à tirer le moindre caillou sur ce maudit volatile qui a continué à nous casser les oreilles pendant des semaines avec ses coucou… coucou… coucou... Mais nous, on partait déjà vers d'autres aventures et faisions semblant de ne plus l'entendre...



(*) Lire ci-dessous : Ma première banane

 

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Lire les autres récits de Joe Surowiecki 

 Ma première banane



17/02/2017
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