NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Oncle Joe raconte : La pêche miraculeuse

C’était un beau jeudi de printemps 1950. Il n’y avait pas classe et nous n’avions rien de particulier à faire que de rester là, assis à notre place de jeux habituelle ‘la mare’.

Eugene Wirowski, Pepe Gammella et moi-même attendions les copains pour jouer à des trucs ou parler des derniers potins du monde du sport…

Quelques minutes plus tard, Roger Birig et Claude Vedrenne nous ont rejoints et pris place à nos cotés sans dire un mot mais avec un énigmatique sourire sur les lèvres…

Après une minute ou deux, Eugène leur demande ce qui les fait sourire bêtement mais aucune réaction de leur part, ces derniers continuent à afficher leur sourire…

Excédé, je leur dit :

- Si c’est tellement marrant les gars, racontez nous également la blague qu’on rigole tous ensemble !

Après un petit moment de flottement Claude se décide enfin à ouvrir la bouche et à nous raconter de quoi il en retourne…

- Eh ben, Roger et moi sommes allés dans la forêt pour repérer des fourches de branches d’arbres pour fabriquer des lance-pierres et après 3/4 d’heures de recherches intenses on a trouvé bien mieux que des fourches…

Et Roger de poursuivre :

Et devinez ce que nous avons trouvé ?

Pepe enchaîne :

Ben on peut trouver de tout dans une forêt… Vous êtes tombé sur un couple en train de faire des trucs ?

Toute la bande éclate de rire… Eugène continue :

- Ce sont des trucs qu’on peut éventuellement voir le soir mais pas si tôt le matin… Quoique… On ne sait jamais…

Roger reprend la parole et dit :

- Bien mieux que ça les gars… Et, regardant Claude d’un air interrogateur…

- Je leur dis ? Pourquoi pas réplique Claude…

- Comme je vous le disais les gars, en cherchant des branches avec de belles fourches nous sommes tombés sur une boîte posée au pied d’un sapin… Et dans cette boîte, je vous le donne en mille… il y avait 5 grenades à main, vous savez, les modèles américains en forme d’œuf...

Au mot ‘grenades à main’ nous nous regardâmes les uns les autres et tout ce que nous fûmes capable de dire fût :

- Ouah, de vraies grenades explosives ?

- Ouais les gars, de vraies grenades répondit Claude…

Piqué au vif, Eugène insiste alors lourdement pour aller jeter un coup d’œil sur l’extraordinaire découverte de ses amis…

 

* * * * * * * * * * 

 

Roger et Claude marchent devant pour ouvrir la voie. Après avoir traversé la route qui donne dans un sens vers le village et de l’autre vers Forbach, nous nous enfonçons d’une bonne cinquantaine de mètres dans la forêt et là, au pied d’un sapin, une boîte à chaussure avec… oui, 5 grenades à main apparemment en état de marche…

Nous restons pendant quelques minutes bouche bée à regarder la boîte… Personne ne dit un mot… Puis Pepe rompt le silence et dit :

- Je pense que celui qui a trouvé ces engins les a laissés ici dans l’idée de les récupérer plus tard…

- D’accord les gars, et maintenant ? Réplique Eugène… Qu’est ce qu’on va faire de tout ça ?

Roger fût d’avis d’en parler au fermier Muller qui officiait comme garde-champêtre à mi-temps et qui possédait un téléphone pour éventuellement téléphoner au village ou à la gendarmerie… Ces derniers pourraient à ce moment là récupérer les grenades avant que quelqu’un ne soit blessé ou tué…

Pendant un bref instant cela semblait être une bonne idée mais je répliquais qu’il fallait d’abord en parler entre-nous avant de les donner à Monsieur Muller, car après tout ce sont Roger et Claude qui les ont trouvées…

- Qu’en pensez-vous les gars ? Je propose qu’on fasse la chose suivante : avant de prévenir qui que ce soit, on va récupérer les grenades et les cacher dans un autre endroit… Ensuite on en discutera tous ensemble... Après tout c’est pas des trucs qu’on trouve tous les jours…

Nous tombâmes rapidement d’accord et partîmes les cacher avant de retourner à la ‘mare’pour y faire une partie de ‘Tour de France’, un jeu de notre invention  qui se jouait avec des capsules de bouteilles de limonade sur une carte dessinée dans le sable… Mais ça, c’est une autre histoire

 

* * * * * * * * * * 

 

Durant le reste de la semaine on ne parla pas beaucoup de notre découverte jusqu’à ce fameux dimanche où Eugène, Roger, Paul, Pierre, Alex et moi-même discutions du film qu’on voulait aller voir au cinéma. Il faut dire que jusque là, Paul, Pierre et Alex ne savaient encore rien des grenades…

Au cinéma UT à Stiring on projetait le film ‘Robin des bois’ avec Errol Flynn et au Palace à Forbach le film ‘Iwo Jima’ avec John Wayne était à l’affiche.

Eugène suggéra que nous allions voir Iwo Jima car c’était un film bourré d’action avec des grenades, des explosions et plein de machins du même genre… Nous prîmes donc la route de Forbach en caressant le secret espoir qu’on allait apprendre plein de trucs au sujet du maniement des grenades…

Sur le chemin du retour alors que nous parlions longuement du film, Eugène abordait systématiquement le thème des grenades… Après quelques instant, Paul, Alex et Pierre ne purent s’empêcher de demander à Eugène pourquoi il semblait tellement fasciné par les grenades… ?

Nous n’avions au départ aucune envie de les mettre dans le secret mais leurs nombreuses questions commencèrent à nous fatiguer et, après quelques regards complices, nous décidâmes de les mettre dans la confidence et racontâmes la trouvaille de Roger et Claude…

Alex ne put s’empêcher de pousser un bruyant ‘WOW !!’ et demanda dans la foulée où elles étaient et ce que nous comptions en faire…

- Eh bien justement, on n’en sait rien… Toi et Paul vous n’avez pas une idée ?

- Vous devriez peut-être vous en débarrasser avant que l’un de vous soit blessé ou tué !

Bien sûr, répondit Eugène

- On en a parlé, et je pense que c’est ce qu’on va faire !

Pendant quelques minutes ce fut à nouveau le silence…

Ce n’est qu’en arrivant à hauteur de la Halte-Schoeneck qu’Alex rompit le silence…

- Ecoutez les gars, je crois que j’ai une idée… On va aller à la pêche avec les grenades… J’ai lu dans un bouquin ou dans une revue qu’on a simplement besoin de les dégoupiller et de les lancer dans l’eau… Au moment où elles explosent elles assomment les poissons et il suffit alors de les cueillir comme de vulgaires champignons…

Pierre confirma ce que venait de dire Alex…

- C’est quand-même pas compliqué… Il suffit de faire comme dans le films de guerre  qu’on vient de voir… Dégoupiller, jeter et attendre...

- Pierre a raison répondit Alex, on en rediscute sérieusement demain après l’école… D’accord les gars ?…

 

* * * * * * * * * *

 

Le lundi après-midi, après l’école, toute la bande se retrouvât comme convenu à la ‘mare’pour discuter et mettre au point ce superbe plan de ‘pêche miraculeuse’…

C’est Alex et Pierre qui parlèrent le plus et qui devinrent en toute logique les meneurs de l’expédition…  Après tout, Alex avait eu cette excellente idée et bénéficiait du soutien sans failles de son ami…

- Voici mon plan… Le seul endroit que je connais et où il y a des poissons c’est… c’est… Evidemment les 3 étangs !  Et le meilleur moment pour passer à l’action c’est d’y aller pendant la semaine car le dimanche, avec le beau temps, beaucoup de gens se baladent là-bas ou font pique-nique dans l’herbe au bord de l’eau… Donc, le  jour idéal c’est jeudi, d’abord parce qu’on a  pas classe et  ensuite parce qu’il aura peu de monde dans le coin…

Nous tombâmes d’accord pour dire que ce jour sera notre inoubliable jour de pêche miraculeuse…

Le jeudi vint rapidement et, après un rapide briefing, nous étions tous prêts et gonflés à bloc pour vivre à fond cette nouvelle aventure…

Tous ? Non… Claude nous fit savoir qu’il avait pesé le pour et le contre et que l’idée de perdre un œil ou un doigt dans ce genre d’aventure ne le motivait pas vraiment…

Aussi, après avoir traité Claude de quelques noms d’oiseaux, Alex, déterminé, nous dit simplement :

- Allons chercher les grenades les gars… Mais soyons prudents, il faut manipuler ces machins avec beaucoup de précautions… Soyons également prudents sur le chemin vers les 3 étangs… On ne sait jamais sur qui on pourrait tomber… Faudrait pas que ce soit le garde-chasse allemand !

Et, sur ces bonnes paroles, nous nous enfonçâmes lentement dans les bois et fort heureusement ne tombâmes sur personne…

 

* * * * * * * * * * 

 

Arrivé aux 3 étangs, pas un chat… Seul un couple de canard qui faisait des ronds dans l’eau et que notre présence ne semblait pas étonner outre mesure…

Nous prîmes place à une dizaine de mètres du bord de l’eau, juste à l’orée de la forêt, prêts pour la pêche de notre vie…

Enfin prêts… pas tout à fait, mais plutôt inquiets, car nous ne savions pas vraiment ce qui nous attendait…

- Merde les gars, on est venu jusqu’ici, on va pas se dégonfler maintenant ! Cria Alex tout en distribuant précautionneusement les 5 grenades de la boîte à chaussure… Puis, sans la moindre hésitation, il dégoupilla d’un geste assuré la sienne et la jeta de toutes ses forces au loin dans l’eau… Son geste audacieux fut suivi par Pierre et lorsque nous vîmes ce que faisait nos deux ‘meneurs’,  et surtout pour ne pas passer pour des trouillards, nous lançâmes tous nos grenades dans l’eau… Seul Paul et Pepe ne lancèrent rien, car nous étions 7 et n’avions que 5 grenades…

Nous restâmes assis au bord de l’eau à attendre le grand BOUM qui n’arriva pas… Le seul mouvement dans l’eau était celui occasionné par l’impact des grenades au moments où elles touchèrent la surface… Rien… Nada… Nothing… Nix…

Pas la moindre explosion… Le silence le plus total…

- Attendons quelques minutes pour voir ce qui va se passer dit Alex…

Nous attendîmes une bonne dizaine de minutes avant de nous approcher avec précaution du bord de l’étang…

Pas le moindre poisson flottant le ventre en l’air… Seuls 2 crapauds assis sur un nénuphar qui semblaient nous narguer… Mais de poissons, pas la moindre trace…

- Tout ça pour rien, je me demande s’il y au moins des poissons dans cet étang ! cria Pierre…

- Les grenades sont peut-être trop vieilles ou elles se sont enfoncées dans la vase sans exploser… rétorqua Alex…

Mais rien n’y fit… Ce jour là il n’y eut aucune explosion et aucun poisson ne montra le bout de ses nageoires…

Ce n’était pas la première fois que nous rentrions bredouille d’une de nos expéditions de chasse ou de pêche et, aussi bizarre que cela puisse paraître, nous commencions même à nous habituer à ces ‘ratages’ répétitifs…

 

Les acteurs de cette passionnante aventure : 

Alex Falewish - Eugene Wirowski - Pepe Gamella - Paul Lay - Pierre Lay - Roger Birig - Joe Surwiecki et… Claude Verenne, le seul de cette bande des Pieds Nickelés possédant un cerveau !

 

Note de Clément :

Il se pourrait qu’au fond de la vase d’un des trois étangs 5 grenades dégoupillées depuis 60 ans attendent le moment propice pour exploser… Mais franchement, dégoupillées depuis 60 ans sans exploser… Tout porte à croire que si elles y sont encore, elles n’exploseront jamais… 

 

Par contre, voici ce qui aurait pu arriver si les grenades avaient explosées...

  

 

DSC_0046.jpg



Le même modèle de grenade que celui trouvé par les pieds nickelés de l'époque.

Celle-ci est bien entendu ! désamorcée et appartient à notre ami Jean-René...

 

* * * * * * * * * *  

Lire les autres récits de Joe Surowiecki :



13/11/2016
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