NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Oncle Joe raconte : La grande course

C’était la mi-août, notre bande, garçons et filles étions en train de jouer à la ‘Mare’ (1)  au Tour de France avec nos capsules de bouteilles de bière et de limonade (2) lorsqu’au milieu du jeu, on vit arriver Ernest Birig avec son vélo flambant neuf…

- Hé les gars, qu’est ce que vous pensez de mon nouveau demi-course Mercier ?

C’est vrai, on avait tous vus des vélos neufs à l’époque mais un vrai demi-course, de surcroît un Mercier, la même marque que celle de notre grand Louison Bobet, ça, jamais…

Après toute une série de Oh de Ah et de hochements de tête admiratifs Ernest nous dit :

- Je vois que vous avez tous vos vélos, qu’est ce que vous pensez d’une petite course afin que je fasse le rodage de mon nouveau demi-course ?

Nous nous regardâmes les uns les autres et l’un d’entre nous cria OK…

Ernest rétorqua :

- Mais pas une petite course autour de la Ferme ou un aller-retour vers le village, non une vrai course depuis la mare jusqu’aux grands bureaux de la mine à Petite-Rosselle et retour…

A ce moment là, deux choses nous vinrent à l’esprit, d’abord la distance et ensuite la route pour y aller… Nous savions tous où se trouvaient les grands bureaux de la mine de Petite-Rosselle pour y avoir été à un moment ou un autre mais jamais en vélo, toujours avec le train des mineurs… Ernest reprit la parole :

- Je connais le trajet et je vous montrerais la route… Nous allons partir tous ensemble direction les grand bureaux et la véritable course ne commencera qu’à partir des bureaux sur le chemin du retour…

Claude releva qu’Ernest aurait tout de même un sacré avantage avec son nouveau vélo, argument aussitôt balayé par l’ensemble de l’équipe si souvent vainqueurs de tours de France en capsules de bouteilles de bière et de limonades en tous genres… Tous étaient partant, même Georges qui n’était pas venu en vélo et qui courut en un temps record vers la maison pour aller chercher sa monture…

Si certains d’entre-nous possédaient de vrais vélos acheté en magasin, il n’y en avait qu’un seul de vraiment neuf, et c’était celui d’Ernest. Les autres n’étaient que des 3 vitesses plus ou moins customisés (à l’époque on disait bidouillés) avec une petite dynamo, un phare avant, un feu arrière réglementaire et des freins à mains plus ou moins efficaces.

Il n’y avait que le vélo de Georges qui était ‘hors norme’ c’est à dire bricolé par son père ou son grand-père à partir de pièces détachées diverses et hétéroclites, système D souvent mis en œuvre à l’époque.

Son vélo était construit à partir d’un cadre de vélo de femme, d’un guidon droit et haut, et possédait un frein à pédale de type allemand (rucktritt). Il n’avait aucun changement de vitesse ni lumière d’aucune sorte, par contre, une dynamo actionnée à l’aide d’une ficelle lui permettant d’être mise en contact avec le flanc du pneu actionnait une sonnette électrique qui sonnait plus ou moins fort en fonction de la vitesse…

Bref, un vélo solide, compact et lourd donc incapable de rivaliser avec les machines à changement de vitesse des autres, mais, comme le disait le baron de Coubertin, l’important était de participer et Georges allait participer avec toute son énergie…

Et voici le parcours de notre course tel qu’Ernest nous l’a ensuite décrit :

- On part d’ici à la mare jusqu’à la Halte Schoeneck, ensuite on tourne à droite direction Petite-Rosselle en passant le long du crassier, puis, à peu près 200 mètres plus loin, après la longue descente on remonte et on prend un virage à gauche vers le Puits Gargan… Ensuite, on traverse les rails du chemin de fer puis de l’autre coté des rails on s’engage dans le petit chemin tortueux direction Puits Wendel. Après le Puits Wendel, on fait une petite boucle en direction du Puits Vuillemin et ensuite on suit la route pavée qui donne directement vers les grands bureaux… Là, on fera demi-tour, et on reprendra la même route pour revenir ici à la Ferme...  

Bon… Apparemment la plupart d’entre nous étaient d’accord mais en réalité nous n’avions aucune idée où nous allions. Ernest vit nos visages défait et ajouta pour nous rassurer :

- Comme je vous l’ai expliqué tout à l’heure, nous partons en groupe et la course ne commencera qu’au retour lorsque nous auront atteint les grand bureaux... 

 

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Ernest Birig avec son vélo demi-course flambant neuf 

 

Sur la ligne de départ ce jour là, une belle brochette de champions cyclistes :

- Ernest Birig... Roger Birig... Pepe Gamella... Paul Lay... Eugène Wyrowsky... Claude Vedrene... Georges Miksa... Pierre Vedrene... et… Joe Surowiecki… !

Du coté des officiels et des Pom Pom Girls :

- Gisela Schulz… Nicole Vedrene… Anna… Odette Schneider… Clara… Rita Gamella… et deux ou trois autres filles dont le nom m’échappe…

Le prix remporté par les trois  premiers arrivés se composait d’un baiser sur les joues et d’un petit bouquet de fleurs cueillies dans un jardin voisin, sans l’autorisation du propriétaire… !

Gisela s’approcha et prit la parole :

- Allez les gars, vous vous alignez sur la route, je fait le compte à rebours et, lorsque je frapperais dans mes mains ce sera le Top départ de la course…

C’était déjà la fin de l’après-midi lorsque Gisela donna le ‘Clap’ du départ et nous partîmes à fond de train… Nous n’étions pas encore arrivés sur la route principale qui menait vers la Halte Schoeneck que la plupart des ’Champion’ étaient déjà hors d’haleine…

Le groupe roulait tant bien que mal jusqu’à la route de Petite-Rosselle, mais à l’approche de la première colline, il se disloqua petit à petit… Les seuls à ne pas avoir de problèmes étaient Ernest et Pepe, le reste de la bande, à bout de force, réussit tout juste à monter la côte...  

Arrivée en haut de la montée, nous vîmes Ernest et Pepe qui nous attendaient à l’entrée du Puits Gargan…

Loin devant, Ernest entraînait toujours le groupe alors que nous approchions du Puits Vuillemin et ceci avec une avance d’une quarantaine de mètres sur le reste du ‘peloton’.

A un moment donné, il hurla quelque chose dans notre direction, mais le bruit qui venait des bâtiments de minecouvrait sa voix et nous n’entendîmes que des bribes de phrases…

 - UNE BOMBE… UNE BOMBE…!

Aussitôt nous nous arrêtâmes et virent au loin Ernest qui continuait à crier : 

 - UNE BOMBE…!

Sans demander notre reste, nous fîmes rapidement demi-tour direction Puits Gargan sans chercher à comprendre ni a voir ce que faisait Ernest…

Nous étions presque arrivés au Puits Gargan lorsque Ernest nous rattrapa en hurlant

- Arrêtez vous… Bande d’idiots… Vous êtes devenus fous ou quoi ? Vous allez où ... ?

Nous nous arrêtâmes une fois de plus et Roger répondit :

- T’as crié UNE BOMBE ! UNE BOMBE, alors on a eu peur et c’est pour ça qu’on a fait demi-tour !

Ernest nous dévisagea d’un air résigné respira profondément puis nous dit :

J’ai crié MA POMPE… MA POMPE ! Ma pompe à vélo s’est détachée et elle est tombée sur la route bande de nazes !

- Ben nous a cru entendre UNE BOMBE, dit Roger et nous éclatâmes de rire…

Ernest proposa alors de commencer la course en direction de la mare à partir de l’endroit où nous étions arrêtés et démarra comme une fusée suivi de Pepe, le seul a être en mesure de lui coller à la roue… Il commençait d’ailleurs à faire nuit et le fait de devoir faire plusieurs kilomètres et de grimper à nouveau cette côte ne nous remplissait pas de joie…

 

* * * * * * * * * *

 

Lorsque nous arrivâmes en vue de la côte, Ernest et Pepe avaient déjà atteint le sommet et nous ne les avons plus revus jusqu’à la ligne d’arrivée. Lors de la montée de cette foutue colline, notre groupe se disloqua une nouvelle fois. Décidément les montées n’étaient pas notre fort, nous n’étions pas des grimpeurs…

Ernest et Pepe étaient en tête, Claude et Eugène étaient à environ 10 mètres devant moi, suivis par Paul, Roger, et tout derrière Georges que nous ne pouvions pas voir mais on entendait sa sonnette toutes les 20-30 secondes ce qui prouvait qu’il était toujours là et vivant… ! 

Lorsque nous arrivâmes à hauteur de la Halte Schoeneck, il faisait déjà nuit et nous avions tous allumé l’éclairage de nos vélos.

- Pauvre Georges dit Eugène, nous devrions peut-être l’attendre…  Paul fut d’accord pour attendre Georges pendant que le reste de l’équipe, consciente qu’aucun d’entre-nous ne gagnerait cette course, continuait sa route…

Nous prîmes tout notre temps pour finir la course avec un petit Baroud d’honneur dans les derniers 50 mètres avant la ligne d’arrivée… Claude fit une échappée et finit troisième et le reste du ‘peloton’ ne prêta plus attention à la course mais la sonnette de Georges continuait inlassablement à résonner au loin jusqu’à ce que Georges, Eugène et Paul traversèrent la ligne d’arrivée…

Il faisait nuit, les filles firent une rapide présentation et nous quittâmes la mare. C’est Pepe qui avait officiellement gagné la course mais il nous avoua quelques jours plus tard qu’Ernest l’avait généreusement ’laissé’ gagner !

Le lendemain lorsque nous vîmes Georges nous lui avons demandé pourquoi diable il faisait retentir sa sonnette sur tout le trajet depuis la Halte Schoeneck jusqu’à la ligne d’arrivée… Il nous regarda d’un air perplexe et dit :

- Vous l’auriez fait également ! Il y avait des enfants sur la route et je sonnais pour éviter qu’ils ne me rentrent dedans et ensuite j’ai continué à sonner pour effrayer les éventuels animaux qui sortaient de la forêt entre la Halte et la mare... J’ai arrêté de sonner lorsque j’ai rejoint Paul et Eugène… Eux ils avaient de la lumière à leur vélo !

Plus tard, nous avons connu bien d’autres courses à vélo mais aucune n’a jamais été aussi intense et inattendue que celle avec Ernest et nous sommes allés plus d’une fois au grands bureaux de la mine à Petite-Rosselle  mais plus jamais à vélo ! Le train de la mine était plus sûr, plus rapide et il nous permettait d’économiser notre énergie pour plein d’autres aventures dans cette bonne vieille Ferme de Schoeneck... 
 

(1)  La mare était une place de jeu couverte de sable où les gamins de la Ferme s’amusaient.

(2)  Le jeu du tour de France consistait à tracer une carte de France dans le sable et de faire avancer à tour de rôle son coureur, matérialisé par une capsule de bouteille de bière ou de limonade, en donnant des impulsions à l’aide du pouce et de l’index sans que la capsule ne sorte du sillon creusé dans le sol…  

 

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13/11/2016
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