NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

Oncle Joe raconte : Une cigarette ? Non merci !

Nous sommes en 1949. Par cette belle et chaude après-midi d’été, Paul Lay, Roos, Pepe et moi-même sommes assis dans le sable de la mare (1) à attendre nos copains...

En réalité c’est surtout Roger Birig que nous attendons car il est le seul à l’époque à posséder un ‘vrai’ ballon de foot.

Albert Ivancic, un gars du village, également prêt à faire une partie de foot avec nous, viens de rejoindre notre petit groupe. L’attente de Roger (surtout de son ballon !) commence à être un peu longue lorsque soudain Paul se lève et  dit :

- Eh les gars, il me reste un peu de monnaie, si on mettait notre argent en commun on pourrait aller s’acheter des cigarettes non ?

-Bonne idée Paul, répondons nous en chœur… !

Nous avions l’habitude de voir autour de nous les hommes, et parfois même les femmes, une cigarette aux lèvres ou à la main et cela nous faisait penser qu’ils en tiraient probablement un certain plaisir sinon ils ne fumeraient pas…

En tous cas c’est que ce que nous croyions dans nos jeunes têtes…

Paul relança la discussion :

- Je vais aller en chercher du coté allemand chez la ‘Laynche’ (2)

- Pourquoi aller si loin alors qu’il y a le bureau de tabac du ’Tuwakspatz’ au village ? On peut aller acheter un paquet de ’Gauloises’ là-bas non ? Répliqua Roos…

- Non, les ‘ Rot Füchsel(3) chez Laynche sont moins chères et t’en as plus pour ton argent car il y a 25 cigarettes dans chaque paquet ! Rétorqua Paul…

L’argument était imparable et Paul dévala rapidement la colline en direction de l’échoppe de la Laynche située à quelques centaines de mètres, juste derrière la frontière...

Une dizaine de minutes plus tard il réapparut, toujours en courant, un large sourire sur le visage, tenant victorieusement à bout de bras un paquet de cigarettes et une boîte d’allumettes…

boys-and-girl-smoking.jpg

De longues volutes de fumée bleuâtres s’échappaient de la bouche des membres de la bande qui s’étaient regroupés et assis en cercle comme des Sioux autour d’un feu de camp... 

Il y avait tellement de fumée qu’on aurait cru voir une cheminée en plein hiver

Au début, c’était même amusant. Après avoir essayé, sans succès, de faire des ronds de fumée comme certains adultes, Roos s’empressa de lancer un nouveau défi à ses amis :

- Et fumer par le nez, vous savez le faire...? Regardez, c’est simple, vous aspirez la fumée bien au fond des poumons et ensuite vous la rejetez par les trous du nez…

Ce n’était pas vraiment une bonne idée… On était déjà un peu vaseux avant la tentative ’par les trous du nez’ mais après deux ou trois essais on commençait  franchement  à avoir envie de vomir tripes et boyaux…

Nous étions assis là, pâles, le visage défait, le cerveau embrumé, malades à crever mais il fallait aller au bout de notre ‘Challenge’ et finir le paquet de ces satanées 25 cigarettes Rot Füchsel...

Une fois arrivé chez moi, je décidais d’entrer par l’arrière de la baraque pour éviter une éventuelle rencontre avec mes parents. Ce faisant, je pourrais directement entrer dans ma chambre et m’allonger dans mon lit pour essayer de reprendre tranquillement mes esprits…

Hélas, pas de chance… A peine entré dans le jardin, je tombais sur ma mère qui s’empressa de m’alpaguer en me criant :

- C’est bien que toi sois là… N’oublie pas d’aller nourrir les lapins !

Elle me jeta un regard furtif, fronça les sourcil et dit :

- Que se passe-t-il ? C’est quoi cette tête ? Mais tu es blanc comme un linge… Et c’est quoi cette odeur ? Mais c’est pas possible… Mon Dieu, mais tu as fumé ! Oui, tu as FUME !!!…

Les cris de ma mère eurent tôt fait de réveiller mon père qui était en train de faire une sieste car ce jour là il avait poste de nuit. Il apparut soudain  dans l’embrasure de la porte et demanda ce qui se passait et pourquoi tous ces cris….

- Ton fils, notre fils a fumé, voilà ce qui se passe !

- Ah bon, il a fumé ? Un instant... Assied-toi là sur l’escalier, je reviens tout de suite !

 

enfant cigare.jpg

Papa n’était pas ‘l’exécuteur’ familial, c’est en général maman qui faisait la police et qui appliquait la justice mais sur ce coup là je pensais que c’est lui qui allait me remonter les bretelles…

Je restais là, assis sur l’escalier, malade à en crever, toujours blanc comme un linge…

Autour de moi tout tournait et je m’attendais à chaque instant à voir surgir mon père armé d’une ceinture ou d’un bâton, se jetant sur moi pour me mettre la raclée du siècle, …

Je le vis réapparaître après quelques minutes mais à mon grand étonnement sans ceinture ni bâton, mais tenant entre ses doigts un énorme cigare format barreau de chaise, comme aimait les fumer le grand Winston Churchill... Papa ne fumait pas et je n’avais aucune idée d’où venait cet immense cigare.

Debout en face de moi, son cigare à la main il me regarda calmement puis me dit d’une voix qui n’admettait aucune réplique :

- Tu veux fumer ?… OK, alors mets ça dans ta bouche et fumes-le jusqu’au bout…

Je vais même me faire le plaisir de te l’allumer !

Assis en plein soleil sur les marches de l’escalier avec en bouche ce cigare malodorant, je n’en menais pas large et n’avais d’autre alternative que de m’exécuter et de faire ce que papa venait de m’ordonner…

Je tirais plusieurs bouffées du cigare en me disant que finalement le goût en bouche était meilleur que celui des cigarettes, mais mon plaisir ne dura pas longtemps.

Après une douzaine de bouffées mon père me dit :

- Voilà, maintenant tu vas en inhaler une longue bouffée et la garder pendant un moment dans tes poumons…

Tout ce dont je me rappelle c’est que quelques secondes plus tard le contenu de mon estomac s’étalait sur mes jambes, mes chaussures et en partie sur mon père…

Je ne me rappelle d’ailleurs même plus comment j’ai réussi à me traîner jusqu’à la fontaine devant notre baraque où j’ai commencé à nettoyer mes habits et à me rincer la bouche pour me débarrasser du goût horrible de ce produit de la manufacture du tabac…

Après quelques minutes je retournais vers la baraque. Mon père était toujours debout devant l’entrée avec ce qui restait du cigare à la main... 

- Bien… Tu veux finir ton cigare ?

Je le regardais, penaud, les yeux embués et répondit simplement :

- Non…

D’une pichenette, papa envoya ce qui restait du cigare dans le potager puis se dirigea vers la porte de notre baraque. Avant de l'ouvrir, il se retourna une dernière fois et me dit d'une voix ferme :

- J’espère que tu as compris la leçon concernant les cigarettes… Mais avant de rentrer, débrouilles-toi pour nettoyer l’escalier !!

 

(1) La mare était une place couverte de sable, où les enfants de la Ferme se retrouvaient pour jouer.

(2)  La Laynsche (prononcez Léncheu) était une petite échoppe située à la sortie du village juste après la frontière allemande. Elle était tenue par une dame qu’on qualifierait aujourd’hui de ‘personne de petite taille’. On pouvait y acheter du tabac et des friandises. Les enfants du village et de la Ferme y dépensaient une grande partie de leur maigre argent de poche. 

(3) Marque de cigarettes bon marché fabriquées après-guerre en Sarre. Est-il nécessaire de préciser ici que fumer peut nuire gravement à votre santé ?

 

Autres récits de Joe Surowiecki :

 

 

Ces pages devraient également vous intéresser :

Clément Keller : récits & souvenirs

Clément Keller : le CD Anthologie

Schoeneck de A à Z

BD des années 50-60

La Mine

Nos ami(e)s racontent

Je vous parle d’un temps

Nos années 60

Parlez-nous de vous

Programme TV & Humour

Tous les diaporamas Nostalgia  



31/03/2017
57 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 80 autres membres