NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Oncle Joe raconte : Une cigarette ? Non merci !

Mes premières années à la Ferme de Schoeneck, de l'âge de 10 à environ 18 ans, ont fait partie des meilleures années de ma jeune vie...

Ce n'était pas facile au début, surtout à l'école, mais j'ai fait de mon mieux et j’ai vite trouvé des amis grâce à l’allemand que je parlais depuis notre séjour dans le camp de travail en Allemagne.

La plupart des habitants du village de Schoeneck parlaient une langue locale assez proche de l'allemand qui s’appelait le « Platt ». De ce fait, nous, les enfants des baraques de la ferme, étions dans le même bateau que beaucoup de garçons et de filles du village qui ne maitrisaient pas non plus le français.

Le village de Schoeneck était à environ un kilomètre de distance de la cité de la Ferme et se situait à cheval sur la frontière entre la France et la Sarre (Allemagne) dans un endroit entouré de larges zones boisées dans lesquelles nous passions beaucoup de temps à jouer. Dans la cité, notre principale place de jeux s’appelait « La Mare ».

Il me semble qu’au départ c'était un petit étang peuplé de grenouilles et de canards d’environ 30 mètres sur 30 qui a été rempli et asséché au fil des travaux de construction des baraques par le sable et la terre  extraite par les excavatrices et les engins de chantier.

Pour nous les enfants, c’était du pain béni et cette zone couverte de sable rouge est devenu notre terrain de jeu favori. Tous les jeux pratiqués à cet endroit étaient « mixtes » car les filles étaient toujours les bienvenues. Mais un de nos jeux préférés était plus destiné aux garçons, je veux parler de notre grand « Tour de France ». Pendant le déroulement du « vrai » Tour de France, nous, les enfants, tracions les différentes étapes sur le sable et utilisions des capsules de bière ou de limonade en lieu et place des vélos. Il suffisait de donner une pichenette à votre capsule pour la faire avancer et le premier arrivé au but était déclaré vainqueur de l’étape !

Les trois premiers arrivants de chaque étape obtenaient des points et, après 5 ou 6 étapes, le joueur qui avait obtenu le plus de points était couronné vainqueur de « notre » Tour de France… !

Si les jeux de billes étaient également très prisés à la Mare, il y avait également ce que nous appelions le « jeu de l’argent ».  Ce jeu ressemblait un peu au jeu de la Galine jouée par les enfants dans le Berry et dans le Jura. Pour que le jeu soit intéressant, il fallait au moins 4 joueurs car, plus il y en avait, plus les gains devenaient importants.

Au jeu de la Galine, les joueurs posent chacun une pièce de monnaie – qui constitue leur mise – sur un bouchon placé debout sur le sol. Ils ont chacun deux grosses pièces de monnaie, et jouent à tour de rôle derrière une ligne tracée à environ deux mètres du bouchon. Le premier lance une pièce le plus près possible du bouchon, puis, avec la seconde pièce tente de le renverser. Il gagne la mise de tous les joueurs si celui-ci est plus proche de la première pièce que du bouchon renversé. Sinon, c’est à un autre joueur de tirer. Celui-ci, après avoir éventuellement relevé le bouchon, a la faculté de proposer une nouvelle mise qui, pour être effectuée, doit être acceptée par la majorité. Dans ce cas, les joueurs qui la refusent se retirent du jeu et abandonnent leur mise initiale.

Ce jeux nous amusaient beaucoup et nous permettaient surtout de gagner quelques centimes avec lesquels on s’offrait une boule de glace, des Carambars ou même, plus rarement, une place au cinéma, de la ville voisine.… 

Quand nous étions un peu plus âgés et que nous avions quelques sous en poche il y avait les jeux de cartes comme la Belotte, le Poker ou le 21. Je pense que nous avons commencé à jouer aux cartes à un très jeune âge et, pour nous faire un peu d'argent, nous allions ramasser des bouteilles vides de vin, de bière et de limonade que nous ramenions, contre monnaie sonnante et trébuchante, à l’épicerie du village…

Ces jeux n’étaient pas ce que nous faisions de plus intelligent et pouvaient rapidement nous rendre « accro »… !

Mais il y avait également les jeux dans la forêt comme la chasse avec arc et flèches aux oiseaux, aux écureuils ou aux lapins. Les haches et couteaux n’avaient pas de secrets pour nous mais je dois dire que nous n’avons jamais occasionné ou subi de blessures graves.

Fuir devant un sanglier ne faisait pas partie de nos jeux, mais c’est arrivé plus d’une fois et dans ces moments-là, nous battions des records de course de vitesse dignes de performances olympiques !

Parfois, il arrivait que certains d’entre nous avaient assez d’argent en poche pour se payer une place de cinéma. Nous allions alors au cinéma U.T. de Stiring-Wendel (30 centimes la séance) ou à Gersweiler en Sarre au GLORIA (27 centimes la séance). Nous n’allions que rarement aux cinémas REX ou au PALACE de Forbach (le cinéma EDEN n’existait pas encore à l’époque) car le billet était vendu là-bas 45 centimes ce qui était bien trop élevé à notre goût !

Deux de nos amis avaient la chance d’avoir toujours un peu d’argent en poche, c’étaient Eugène Wirowski et Roger Birig et, bien souvent, pour ne pas se retrouver seuls au cinéma, ils n’hésitaient pas à inviter l’un ou l’autre d’entre nous en lui offrant son billet d’entrée…

Les discussions après une séance de cinéma étaient toujours très amusantes et chacun commentait les aventures de Tarzan, de Robin des bois, des trois mousquetaires ou des pirates à sa façon en s’identifiant à tel ou tel personnage du film.

Mais la partie la plus intéressante consistait à rejouer certaines scènes et les filles étaient toujours les bienvenues… Mais, ne vous méprenez pas sur nos intentions, elles n’étaient que de gentilles amies ne désirant rien d’autre que s’amuser avec nous et tout cela restait bien évidemment dans les limites de la bienséance !  

Durant notre temps libre nous goûtions également aux plaisirs de l'hiver à la Ferme de Schoeneck. Après une bonne chute de neige, les enfants, et certains adultes, faisaient de la luge pour s'amuser et nous utilisions la rue principale (rue de la Ferme) comme piste de luge. Cela nous permettait de dévaler de la colline sur environ 300 mètres et ces soirées étaient très amusantes. Nous faisions également d’interminables batailles de boules de neige suite auxquelles nous rentrions à la maison à moitié gelés, mais nous y retournions le lendemain pour nous amuser encore plus.

Seuls quelques-uns d’entre nous possédaient des patins à glace qu’on attachait aux chaussures alors on patinait à tour de rôle et les brèves séances se terminaient un général sur les fesses…Pas très loin de la cité, il y avait 3 étangs gelés que certains utilisaient pour patiner ou jouer au hockey sur glace mais aucun d’entre-nous n’y allait en hiver car, durant les premières années à la Ferme de Schoeneck, nous n’en connaissions pas l’existence.

Hélas, ces moments ne duraient pas longtemps, car les H.B.L. (les houillères) envoyaient rapidement un camion qui éparpillait de la cendre sur les routes et nos jeux s’arrêtaient jusqu'à la prochaine chute de neige...

 

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Les étangs étaient un endroit idéal pour se baigner et on adorait regarder les filles en bikini style « Brigitte Bardot ». Quelques-unes de ces jeunes filles venaient du village mais la plupart d’entre-elles étaient allemandes. Certaines pratiquaient même la natation sans maillot et cela nous ouvrait des perspectives incroyables... « O My God » comme on dit chez nous aujourd’hui…

Avant de fréquenter les 3 étangs, nous allions à pied à Forbach pour rafraîchir dans les deux piscines de la ville. La Fockloch et une autre située entre Forbach et Marineau dont je ne me je ne me souviens plus du nom. Nous allions souvent dans cette dernière parce qu'elle était plus proche et surtout moins chère ! (seulement 10 centimes alors que l’entrée à la piscine du Fockloch coûtait 25 centimes) !

Oui, la Ferme de Schoeneck était un endroit amusant pour les enfants et plus tard pour les adolescents, mais, tout comme dans un film ou un livre, il y a toujours une fin à tout et il en était de même pour la Ferme de Schoeneck. Petit à petit, notre jeunesse s'éloignait et il est arrivé un moment où nous avons dû dire « Au revoir » aux jeux et à l'amusement pour faire face au monde et aux tâches nouvelles qui nous attendaient. Tout ce qu'il nous reste aujourd’hui, ce sont les souvenirs de ces années où nous vivions sans soucis. Nous étions un grand groupe de gars et de filles dont certains ne sont malheureusement plus parmi nous, mais je peux vous dire qu’ils continuent de vivre dans nos souvenirs aussi longtemps que nous vivrons... 

 

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Une cigarette ? Non merci !

Nous sommes en 1949. Par cette belle et chaude après-midi d’été, Paul Lay, Roos, Pepe et moi-même sommes assis dans le sable de la mare (1) à attendre nos copains...

En réalité c’est surtout Roger Birig que nous attendons car il est le seul à l’époque à posséder un ‘vrai’ ballon de foot.

Albert Ivancic, un gars du village, également prêt à faire une partie de foot avec nous, viens de rejoindre notre petit groupe. L’attente de Roger (surtout de son ballon !) commence à être un peu longue lorsque soudain Paul se lève et  dit :

- Eh les gars, il me reste un peu de monnaie, si on mettait notre argent en commun on pourrait aller s’acheter des cigarettes non ?

-Bonne idée Paul, répondons nous en chœur… !

Nous avions l’habitude de voir autour de nous les hommes, et parfois même les femmes, une cigarette aux lèvres ou à la main et cela nous faisait penser qu’ils en tiraient probablement un certain plaisir sinon ils ne fumeraient pas…

En tous cas c’est que ce que nous croyions dans nos jeunes têtes…

Paul relança la discussion :

- Je vais aller en chercher du coté allemand chez la ‘Laynche’ (2)

- Pourquoi aller si loin alors qu’il y a le bureau de tabac du ’Tuwakspatz’ au village ? On peut aller acheter un paquet de ’Gauloises’ là-bas non ? Répliqua Roos…

- Non, les ‘ Rot Füchsel(3) chez Laynche sont moins chères et t’en as plus pour ton argent car il y a 25 cigarettes dans chaque paquet ! Rétorqua Paul…

L’argument était imparable et Paul dévala rapidement la colline en direction de l’échoppe de la Laynche située à quelques centaines de mètres, juste derrière la frontière...

Une dizaine de minutes plus tard il réapparut, toujours en courant, un large sourire sur le visage, tenant victorieusement à bout de bras un paquet de cigarettes et une boîte d’allumettes…

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De longues volutes de fumée bleuâtres s’échappaient de la bouche des membres de la bande qui s’étaient regroupés et assis en cercle comme des Sioux autour d’un feu de camp... 

Il y avait tellement de fumée qu’on aurait cru voir une cheminée en plein hiver

Au début, c’était même amusant. Après avoir essayé, sans succès, de faire des ronds de fumée comme certains adultes, Roos s’empressa de lancer un nouveau défi à ses amis :

- Et fumer par le nez, vous savez le faire...? Regardez, c’est simple, vous aspirez la fumée bien au fond des poumons et ensuite vous la rejetez par les trous du nez…

Ce n’était pas vraiment une bonne idée… On était déjà un peu vaseux avant la tentative ’par les trous du nez’ mais après deux ou trois essais on commençait  franchement  à avoir envie de vomir tripes et boyaux…

Nous étions assis là, pâles, le visage défait, le cerveau embrumé, malades à crever mais il fallait aller au bout de notre ‘Challenge’ et finir le paquet de ces satanées 25 cigarettes Rot Füchsel...

Une fois arrivé chez moi, je décidais d’entrer par l’arrière de la baraque pour éviter une éventuelle rencontre avec mes parents. Ce faisant, je pourrais directement entrer dans ma chambre et m’allonger dans mon lit pour essayer de reprendre tranquillement mes esprits…

Hélas, pas de chance… A peine entré dans le jardin, je tombais sur ma mère qui s’empressa de m’alpaguer en me criant :

- C’est bien que toi sois là… N’oublie pas d’aller nourrir les lapins !

Elle me jeta un regard furtif, fronça les sourcil et dit :

- Que se passe-t-il ? C’est quoi cette tête ? Mais tu es blanc comme un linge… Et c’est quoi cette odeur ? Mais c’est pas possible… Mon Dieu, mais tu as fumé ! Oui, tu as FUME !!!…

Les cris de ma mère eurent tôt fait de réveiller mon père qui était en train de faire une sieste car ce jour là il avait poste de nuit. Il apparut soudain  dans l’embrasure de la porte et demanda ce qui se passait et pourquoi tous ces cris….

- Ton fils, notre fils a fumé, voilà ce qui se passe !

- Ah bon, il a fumé ? Un instant... Assied-toi là sur l’escalier, je reviens tout de suite !

 

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Papa n’était pas ‘l’exécuteur’ familial, c’est en général maman qui faisait la police et qui appliquait la justice mais sur ce coup là je pensais que c’est lui qui allait me remonter les bretelles…

Je restais là, assis sur l’escalier, malade à en crever, toujours blanc comme un linge…

Autour de moi tout tournait et je m’attendais à chaque instant à voir surgir mon père armé d’une ceinture ou d’un bâton, se jetant sur moi pour me mettre la raclée du siècle, …

Je le vis réapparaître après quelques minutes mais à mon grand étonnement sans ceinture ni bâton, mais tenant entre ses doigts un énorme cigare format barreau de chaise, comme aimait les fumer le grand Winston Churchill... Papa ne fumait pas et je n’avais aucune idée d’où venait cet immense cigare.

Debout en face de moi, son cigare à la main il me regarda calmement puis me dit d’une voix qui n’admettait aucune réplique :

- Tu veux fumer ?… OK, alors mets ça dans ta bouche et fumes-le jusqu’au bout…

Je vais même me faire le plaisir de te l’allumer !

Assis en plein soleil sur les marches de l’escalier avec en bouche ce cigare malodorant, je n’en menais pas large et n’avais d’autre alternative que de m’exécuter et de faire ce que papa venait de m’ordonner…

Je tirais plusieurs bouffées du cigare en me disant que finalement le goût en bouche était meilleur que celui des cigarettes, mais mon plaisir ne dura pas longtemps.

Après une douzaine de bouffées mon père me dit :

- Voilà, maintenant tu vas en inhaler une longue bouffée et la garder pendant un moment dans tes poumons…

Tout ce dont je me rappelle c’est que quelques secondes plus tard le contenu de mon estomac s’étalait sur mes jambes, mes chaussures et en partie sur mon père…

Je ne me rappelle d’ailleurs même plus comment j’ai réussi à me traîner jusqu’à la fontaine devant notre baraque où j’ai commencé à nettoyer mes habits et à me rincer la bouche pour me débarrasser du goût horrible de ce produit de la manufacture du tabac…

Après quelques minutes je retournais vers la baraque. Mon père était toujours debout devant l’entrée avec ce qui restait du cigare à la main... 

- Bien… Tu veux finir ton cigare ?

Je le regardais, penaud, les yeux embués et répondit simplement :

- Non…

D’une pichenette, papa envoya ce qui restait du cigare dans le potager puis se dirigea vers la porte de notre baraque. Avant de l'ouvrir, il se retourna une dernière fois et me dit d'une voix ferme :

- J’espère que tu as compris la leçon concernant les cigarettes… Mais avant de rentrer, débrouilles-toi pour nettoyer l’escalier !!

 

(1) La mare était une place couverte de sable, où les enfants de la Ferme se retrouvaient pour jouer.

(2)  La Laynsche (prononcez Léncheu) était une petite échoppe située à la sortie du village juste après la frontière allemande. Elle était tenue par une dame qu’on qualifierait aujourd’hui de ‘personne de petite taille’. On pouvait y acheter du tabac et des friandises. Les enfants du village et de la Ferme y dépensaient une grande partie de leur maigre argent de poche. 

(3) Marque de cigarettes bon marché fabriquées après-guerre en Sarre. Est-il nécessaire de préciser ici que fumer peut nuire gravement à votre santé ?

 

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31/03/2017
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