NOSTALGIA, le blog qui fait oublier les tracas...

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Clément Keller : Et (Presque) Boum !

Pour faire suite à l’anecdote de Joe concernant les balles de fusil j’aimerais vous en raconter une autre qui aurait pu être tout aussi dramatique...

C’était au tout début des années 60, en 1959 ou 60 si mes souvenirs sont exacts.

Comme d’habitude, toute la bande de poivrots de la Ferme de Schoeneck était attablée sous l’immense marronnier dans la cours de l’épicerie-buvette du père Muller. Il y avait le Fritz, le Gunther, le Julot, la Jeanne et deux ou trois autres amateurs de jus de houblon dont le nom m’échappe aujourd’hui.

La journée était belle et les gamins, tous âgés d’une douzaine d’années, étaient partis comme tous les jeudis dans la forêt allemande qui bordait les champs du père Muller, ce fermier devenu épicier-bistrotier depuis que la cité de baraques avait vu le jour et depuis que la soif tenaillait les irréductibles gaulois qui habitaient l’endroit…

Bref, les canettes de bière s’étaient succédées à un rythme effréné et le moins que l’on puisse dire c’est que la plupart des personnes attablées étaient dans un état de gaîté avancée... Les rires, les cris et les blagues lourdes résonnaient dans la cour devant la ferme et à table, les cannettes de bière et les verres de Schnaps se succédaient à une vitesse telle que le père Muller lassé de courir de l’échoppe vers la table avait posé les caisses de bières qui se vidaient à vue d’œil à coté de la table.

Dans la forêt, André, le fils du Fritz traînait en compagnie de ses amis Sigmouche et François sans trop savoir que faire, tirant ça et là à l’aide de leur lance-pierres des cailloux sur des moineaux, qu’ils rataient systématiquement, lorsque son regard fût attiré par un objet métallique à moitié enfoui dans le sol couvert de feuilles et d’humus.

Une tige rouillée dépassait du feuillage et André, sans penser à mal, la prit en main et tira dessus… Sans le savoir, le gamin venait de déterrer une grenade à main allemande, vestige de la première guerre mondiale dont il devait rester quelques exemplaires enfouis dans le sol de la forêt.

Tout fier d’avoir trouvé un ’truc’ qu’il ne connaissait pas, André, la grenade à la main, suivi de ses 2 acolyte courut vers la ferme du père Muller pour montrer sa trouvaille à son père qu’il savait attablé sous le marronnier.

Le monde courageux et responsable des adultes ne correspond pas toujours, hélas, à l’image solide et rassurante qu’un enfant serait en droit d’espérer…

Lorsque le Fritz aperçut son rejeton déboucher de la lisière de la forêt et s’approcher d’un pas décidé vers le bâtiment de ferme avec cet objet à la main, son sang ne fît qu’un tour… Il avait tout de suite reconnu une grenade et un vent de panique souffla aussitôt sur la tablée…

- Il a trouvé une grenade !  Mettez-vous tous à l’abri…

Aussitôt dit aussitôt fait… Toutes les personnes assises à table se levèrent d’un bond et chacun se réfugia où il pouvait… La Jeanne derrière un des murs du bâtiment, le Gunther et le Julot derrière le tronc épais du marronnier et le Fritz, tout en reculant lentement pour se planquer également cria ses consignes à son abruti de fils qui n’avait apparemment rien de mieux à faire que de déterrer des grenades dans la forêt…

- Pose lentement ce machin à terre et ne touche surtout à rien… Ne le ramène pas par ici ! T’as encore fait une belle connerie en ramassant ce truc… Ne bouges plus, c’est dangereux et ça peut nous péter dans la gueule d’un moment à l’autre ! Merde, tu vas voir ce que tu vas prendre tout à l’heure !

André en était resté sans voix… Tous ces adultes morts de trouille qui se cachaient et son propre père tétanisé par la vue de ce truc rouillé qu’il tenait en main...  Sans se démonter, toujours suivi par ses amis, il retourna, cette  fois sans courir, vers la lisière de la forêt pour remettre la grenade à l’endroit où il l’avait trouvée…

Dans la cour de la ferme, le Fritz était livide et ses amis, toujours planqués commentaient à voix basse l’action qui se déroulait sous leurs yeux, suivant du regard les 3 compères et priant que la grenade n’explose pas…

Elle n’a, fort heureusement, pas explosé mais André a eu droit à la raclée de sa vie. Je n’ai d’ailleurs jamais su ce qu’est devenu la fameuse grenade, mais vu le courage déployé ce jour là par la bande d’ivrognes patentés, je ne peux imaginer que l’un d’eux ait pris les décisions qui s’imposaient…

Si çà se trouve, elle est toujours au même endroit, recouverte d’un peu plus de terre et encore plus rouillée qu’à l’époque… 

 

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Lire les autres récits de Clément Keller :

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De la Ferme à la mine

La fabrication du lance-pierre

L’élastique - (S’Douaychtsigoumi)

L’église orthodoxe de la Ferme

 Les rois de la mécanique

 Le voleur de charbon

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Bière qui coule n’amasse pas mousse

Schoeneck, le beau coin (1) - (2) - (3) - (4) Nouveau !

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13/11/2016
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