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Nadine Chaboussie : le dentier de Wicek

Wicek, à prononcer 'Witzek' ou encore ‘vite sec’, Wicek donc, est arrivé un soir chez nous mais je ne me rappelle plus dans quelles circonstances et avec qui… Je pense que c’était probablement un collègue de travail de mon père.

Wicek n’a passé que quelques heures dans notre baraque, mais nous a laissé un souvenir inoubliable de son passage.

Dans la chambre n°3, transformée en salle à manger, les murs étaient recouverts d'une couche de peinture à l'huile de couleur verte, vraiment moche, gracieusement offerte par les houillères. Au milieu de cette pièce il y avait une table à rallonges entourée de chaises et, sur le coté, collée contre le mur trônait une coiffeuse, posée là car elle ne rentrait pas dans la chambre parentale. Comme souvent, il y  avait du monde pour partager nos repas, bien manger et surtout bien boire. Une fois bien restauré et bien désaltéré, voilà que ‘notre’ Wicek se lève de table et part en courant vers le WC. A peine la porte refermée derrière lui, nous l’entendîmes hurler :

- Au secours, au secours mon dentier, mon dentier… Mon dentier vient de tomber dans la m….e !

Comme Wicek était complètement imbibé d'alcool, c'est mon père qui se dévoua pour essayer de récupérer le dentier…

 

 

Il faut peut-être ouvrir ici une petite parenthèse et expliquer comment étaient conçus les WC dans les baraques. Dans la pratique, il s’agissait simplement d’une fosse située sous le plancher surmontée d’une construction en bois sur laquelle était posée un planche avec un trou fermé par un couvercle sur laquelle on s’asseyait pour faire ses besoins. La fosse quand à elle se situait à quelques mètres en dessous de l’assise…

Mon père réagit immédiatement en allant chercher un râteau dont il rallongea le manche en y ficelant tant bien que mal le balai de la cuisine. Après plusieurs ratissages infructueux, le dentier égaré réapparut enfin, accroché en équilibre précaire entre les dents du râteau.

Wicek, sans demander son reste, saisit l’objet et se dirigea en maugréant vers le seul point d’eau qui se trouvait dans la cuisine, ouvrit le robinet, rinça sommairement son dentier et le remit d’un geste rapide et précis directement dans sa bouche…

Ma mère qui avait assisté à toute la scène devint blême et s’exclama en levant les bras au ciel :

- OHHHH YEEEZZZOUOUSSSS MARRRRRIA ALE TO SZWINIA ! 

(Jésus, Marie mais quel cochon !!!) puis elle se retourna vers mon père et lui dit d’un ton qui n’admettait aucune réplique :

- Celui là, plus jamais tu le ramènes à la maison !

Et Wicek est reparti comme il est arrivé… Venant de nulle part pour s’en aller vers je ne sais où...  Sacré Wicek ! 

 

Note de la rédaction : Que nos lecteurs se rassurent, Nadine a promis qu'il n'y aura plus, à l'avenir, d'anecdotes se déroulant dans les WC. Mais il faut tout de même reconnaître que la courte apparition de Wicek au 120b de la rue des sapins aura marqué son enfance au point d'en faire un récit 60 ans plus tard. Souvenirs, souvenirs...

 

* * * * * * * * * * 

 

Lire les autres récits de Nadine Chaboussie :

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Roger Lepage, mon camarade de jeux

Le commerçant juif polonais de Merlebach

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Visite du Général de Gaulle à Forbach

Nos ami(e)s racontent

 

 



04/02/2017
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